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21/06/2014

Dieudonné-Valls, l'information éclipsée par deux super-communicants

L'actualité de l'hiver dernier a été occupée par le prosélytisme de l'humoriste Dieudonné, mais sa part d'audience dans les médias est surtout le fait de son principal "sparring-partner", à savoir le ministre de l'intérieur de l'époque, Manuel Valls. Le premier dénonce un système, une classe médiatico-politique entre les mains du sionisme, et le second défend l'ordre républicain même si cela doit empiéter sur les libertés individuelles.

Les courbes d'audience de Dieudonné sur le Web témoignent de impressionnante accélération de l'intérêt qui lui a été porté cet hiver :

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Cette courbe présente 10 années de fréquentation sur le Web de pages consacrées à Dieudonné. Si quelques évènements lui permettent de monter à 5 ou 10 points d'audience, c'est en décembre 2013 qu'il grimpe à 100 !

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La courbe ci-dessus s'échelonne sur 12 mois et montre bien que sitôt terminée la phase d'hyper-médiatisation du conflit Valls-Dieuonné, même quelques évènements résiduels ne suffisent pas pour que Dieudonné suscite à lui seul une fréquentation paroxystique sur le Web.

Dieudonné excelle dans la provocation et tout lui est prétexte pour communiquer. Mieux, il appelle ses admirateurs à remplir ses salles de spectacle, non pas pour faire des entrées payantes (ça c'est du off), mais pour effrayer le système. Plus les salles seront pleines à craquer et plus les élites trembleront. En face, Valls multiplie les attaques, et sur tous les plans (judiciaires, administratifs, fiscaux, médiatiques, ...). Il prend publiquement la défense des juifs de France qu'il qualifie quand même comme l'avant-garde de la République et de nos valeurs (le 19 mars 2014 lors d'une manifestation au Trocadéro en mémoire de l'assassinat par Mohamed Merah de trois enfants et d'un adulte juifs devant une école confessionnelle de Toulouse).

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Alors pourquoi je reviens sur ce duel que rien ne mérite de rejouer ? Parce que ce sujet illustre une précédente note sur la différence entre information et communication. Le cas Dieudonné a été instrumentalisé à la veille d'élections qui s'annonçaient très défavorables pour le pouvoir en place, et nous avons été les témoins, et trop souvent les victimes d'une guerre de communicants. Cela nous oblige à une plus grande vigilance intellectuelle face aux "affaires" que les politiques ou les médias nous jettent en pâture. Elles ne sont trop souvent que l'écume des vagues ...

Quand les médias et les politiques s'occuperont-ils des problèmes simples qui touchent tout le monde ? Quel modèle économique pour que le chômage baisse enfin, fortement et durablement ? Comment permettre à chacun de se soigner, de se loger, de s'alimenter, de se déplacer, de tisser des liens sociaux, de transmettre à ses enfants autre chose que les valeurs du modèle dominant, d'avoir accès à un air et à une eau propre, etc ? Ce sont toutes ces choses-là qui préoccupent les français, et les citoyens constatent que leurs élus ne font rien, et pire qu'ils ne proposent rien de crédible.

Ces jours-ci, c'est la coupe du monde de football qui fera l'objet d'une communication à outrance ; il ne nous est même pas épargné de voir le Président de la République assister aux matchs de l'équipe de France dans les salons de l’Élisée.

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17/06/2014

Pour une autre Europe, mais vraiment une autre Europe !

Il y a des jours comme ça où le monde semble marcher sur la tête, et cette information découverte aujourd'hui continue de m'étonner : la Commission européenne attribue des subventions aux entreprises qui font de la recherche sur les gaz de schiste ! Le programme de recherche sur les technologies innovantes dispose d'un budget de 80 milliards d'euros pour la période 2014-2020, et un fonds de 113 millions d'euros serait destiné à aider les entreprises qui exploitent "proprement" les gaz de schiste ; 33 millions d'euros sont déjà engagés sur 2014.

Déjà, remarquons que les entreprises aidées ne sont pas dans le besoin. Il ne s'agit pas ici d'aider les pêcheurs de Sète ou le pastoralisme sur le Larzac, avec des bénéficiaires pour qui ces aides constituent un facteur de réussite indispensable. Non, il s'agit ici des grandes compagnies pétrolières internationales qui brassent des milliards d'euros ! Mais c'est justement comme ça qu'elles s'enrichissent, en multipliant les sources de recettes et en optimisant leurs dépenses. En tous cas, le budget européen est bien mal employé et ce n'est pas ce genre de gabegie qui contredira les suffrages du 25 mai dernier.

Mais surtout, quel message politique la commission nous adresse-t-elle ! Les gaz de schiste émettraient moins de C02 que d'autres ressources fossiles et la Commission va même jusqu'à parler de contribution à la transition énergétique de l'Union européenne. Les besoins en eau et les dégâts environnementaux sont passés sous silence, de même pour les dégagements de méthane, un gaz qui a une contribution au réchauffement climatique nettement supérieure au CO2.

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Je mesure combien le bon score de José Bové sur le Cœur d'Hérault le 25 mai dernier est encore loin de répondre à ces errements politiques, mais je sais qu'en élisant José Bové au Parlement européen nous avons un député qui défendra un autre projet de société, qui se battra dans toute l'Europe contre ces atteintes irréversibles à notre environnement et qui viendra ici sur le terrain pour relayer les propositions qu'il défend à Strasbourg.

16/06/2014

Fuir les communicants pour se nourrir d'une information brute

Voilà une note qui peut sembler atypique, mais qui permet de comprendre pourquoi ce blog dans un monde où la communication éclipse l'information. L'information est une ressource, comme l'eau et l'air, et elle nous nourrit. Chacun peut prendre connaissance de l'information à son rythme, sur une étendue très variable de sources et pour des motifs aussi variés qu'apprendre, se divertir ou réfléchir.

La communication fait de la promotion, et elle nous atteint le plus souvent sous un angle biaisé. Quand un constructeur automobile sort un nouveau modèle, c'est une source d'informations. Mais vendre ce modèle passe par une communication qui adapte un message donné à une cible commerciale. Je prends cet exemple parce que les communicants ont souvent été des publicitaires, et puis leurs techniques ont atteint d'autres domaines. Le premier d'entre eux est la politique, et Jacques Séguéla en est l'archétype.

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Le drame, c'est que la politique était jusqu'à la fin du 20ème siècle une affaire d'idéologies. Et même si des erreurs ont été commises, les citoyens savaient pourquoi ils allaient voter. Aujourd'hui, chacun sait que Manuel Valls a été nommé premier ministre parce que sa maîtrise des outils et des techniques de communication pouvait redorer la cote de popularité du Président Hollande.

Mais le réflexe de communiquer plutôt que d'informer est assez naturel, il vise à convaincre, à séduire et à promouvoir un point de vue. Quand un enfant présente son bulletin de notes à ses parents, il ne le donne pas pour qu'ils le lisent, il sait pointer les éléments les plus favorables du document tout en apportant des informations qui n'y figurent pas formellement.

Je digresse, mais c'est une illustration innocente de ce que nous préférons de plus en plus souvent consommer de la communication plutôt que de faire l'effort de chercher l'information. Les chaînes d'information en continu tablent sur ce format, elles distillent leurs messages aux publics du moment pour servir des intérêts très peu visibles (politiques, économiques, financiers, ...). Tout l'inverse d'un Médiapart !

Alors faut-il voir en son médecin, son banquier, son patron et même ses proches des manipulateurs d'une information souvent rébarbative ? Non, parce que tous ceux-là communiquent souvent de façon inconsciente, comme tout le monde, mais de temps en temps il faut savoir débrancher pour aller se perdre dans des musiques d'il y a trente ans, dévorer des livres qui informent, suivre son imagination devant une bonne toile ou simplement contempler ce qui nous entoure.

L'adage dit que la curiosité est un vilain défaut, je trouve au contraire que c'est un formidable moteur pour découvrir autre chose que ce qu'on veut nous imposer. Attention quand même à ne pas gratter trop fort, car on peut vite devenir un Julien Coupat et donner des boutons à toutes nos autorités ...