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29/07/2014

Philippe Saurel a l'appétit territorial de Georges Frêche, mais y mettra-t-il les formes, lui ?

Souvenons de Georges Frêche et de ses appétits territoriaux ! Mais il était peut-être trop seul à voir si loin, et ... il a échoué. Sur la Septimanie, ce sont les catalans qui lui ont fait mordre la poussière ; il percevait sa région sous l'angle du marketing économique, mais il a trop vite écarté les empreintes culturelles des territoires du Languedoc-Roussillon. Idem avec sa métropole qu'il voyait aller de Nîmes à Sète. Il était légitime de vouloir bâtir le développement économique sur plusieurs piliers : un port, un aéroport et des zones d'activité high-tech. Mais à l'est comme à l'ouest de Montpellier, les élus locaux voyaient d'abord débouler un rouleau compresseur !

Et c'est un peu une impression de déjà vu que Philippe Saurel donne aujourd'hui. Il veut aller vite car la réforme territoriale qui se prépare impose à Montpellier de ne pas se faire distancer par Toulouse. Alors ça pourrait ressembler à la fable de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ; or, si Jean de La Fontaine ironisait sur l'ambition démesurée des bourgeois, donnons au maire de Montpellier quelques circonstances atténuantes.

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Sur la démarche, il n'est pas idiot que la métropole de Montpellier noue des partenariats spécifiques avec ses voisines. La zone portuaire de Sète et l'économie de la mer du bassin de Thau peuvent profiter aux activités économiques de Montpellier, et vice-versa. Idem pour la zone aéroportuaire de Mauguio. Et de concevoir que le Coeur d'Hérault puisse devenir le jardin potager des montpelliérains, autant que leur espace de détente pour le week-end, ça n'a rien de condescendant. Effectivement, des partenariats intelligents peuvent profiter à tous.

Par contre, il y a ce terme de "locomotive" qui me hérisse le poil. Philippe Saurel l'a employé devant les élus du Lodévois-Larzac : "Montpellier [...] est la locomotive et Lodève en est un wagon". C'est très dévalorisant pour les autres communes autour de Montpellier, car un wagon n'a pas beaucoup d'autre latitude que suivre sa locomotive dans les rails qu'elle emprunte ... Je me souviens qu'Alain Cazorla employait souvent cette expression pour illustrer la place de Clermont l'Hérault dans le Clermontais.

Je suis opposé à cette façon de concevoir le développement territorial, il faut au contraire que les territoires tissent un réseau ; et dans un réseau, tous les nœuds jouent un rôle plus ou moins important. C'est d'ailleurs un scénario qu'envisage le gouvernement pour le Conseil départemental, il pourrait devenir la chambre haute des intercommunalités du département. Ainsi, et à l'image du Sénat, les conseillers départementaux seraient des représentants élus des intercommunalités et la compétence de cette assemblée serait justement de coordonner les diverses politiques locales (logement, aide sociale, transports, environnement, tourisme, économie, ...).

Enfin, Marie-Christine Bousquet s'empresse d'anticiper un partenariat avec la métropole de Montpellier alors que le Lodévois-Larzac a rejeté la démarche SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) avec ses voisins du Clermontais et de la Vallée de l'Hérault ... Commençons déjà par construire en Coeur d'Hérault un pole d'équilibre territorial et rural, consolidons nos fondations communes, et après nous pourrons regarder du côté de Montpellier. Autrement, c'est la compétition entre territoires qui est privilégiée et ce ne sont certainement pas les citoyens qui en seront les bénéficiaires.

Retrouvez les positions de Philippe Saurel sur les prospectives de son pôle métropolitain avec le Lodévois-Larzac, dans la Lettre M du 22 juillet et dans Midi Libre du 28 juillet (cliquez sur le lien pour ouvrir le fichier).

05/07/2014

Réforme territoriale, la probable seule réforme de François Hollande d'ici 2017

C'est le Président Hollande lui-même qui a déterminé les 14 nouvelles régions du territoire métropolitain, et il a ainsi donné le top départ d'un processus parlementaire qui conduira le territoire de la République à une nouvelle organisation administrative. Mais en réalité, qui cette réforme territoriale intéresse-t-elle ?

Les citoyens ont de leur côté mille autres préoccupations : la prochaine rentrée scolaire, leur emploi, l'avenir de leurs enfants, le prix des produits alimentaires et de l'énergie, la tranquillité publique, leur accès aux soins, bref tout ce qui fait la qualité de la vie au quotidien. Dans un pays riche comme la France, cinquième puissance économique mondiale, ces sujets ne devraient pas être des problèmes, juste des arbitrages conjoncturels.

Mais c'est la réforme territoriale qui fera l'actualité du second semestre 2014, éclipsant plus de 5 millions de demandeurs d'emploi et une activité économique qui continue de stagner sur les fondamentaux du 20ème siècle. Alors la presse et les élites politiques y vont de leurs sondages ; ainsi, la fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées n'aurait pas la faveur des populations languedociennes ... Et l'attachement aux Conseils généraux seraient indéfectible ...

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Mais quels citoyens se soucient de savoir si les espaces naturels sensibles feront l'objet de politiques publiques départementales ou régionales ? Quels citoyens préfèrent que les services d'incendie (SDIS) soient départementaux plutôt que régionaux ? Et les routes, seront-elles mieux entretenues par la Région que par le Département ? Les collèges rejoignant les lycées dans le giron des régions seront-ils moins bien entretenus ? Il y a tellement de strates administratives que les citoyens ne savent pas toujours qui gère quoi ... Qui s'occupe des déchets par exemple ? Le Département définit le schéma départemental et le bloc communal s'occupe de l'opérationnel, entre commune, communauté de communes et syndicat mixte.

Quant aux fonctionnaires territoriaux qui seront au cœur de cette réforme, qu'en pensent-ils ? Tant que l'objectif est de rendre plus efficace le service public, les fonctionnaires ne s'inquiètent pas vraiment de la collectivité où ils seront affectés d'ici quelques années, leurs missions resteront toujours les mêmes. Mais si derrière cette réforme se cache un projet de réduction des effectifs, alors les politiques devront s'armer d'arguments plus convaincants.

Le Conseiller régional de Midi-Pyrénées Gérard Onesta, ex-député européen écologiste, a publié au mois de juin une analyse très détaillée : "L'impossible réforme ?" (à télécharger au format PDF). Son expérience de vice-président du Parlement européen lui donne la vision globale requise pour ce type de réforme ; les comparaisons européennes sont éclairantes, mais les particularités françaises ne sont pas des anomalies.

Aujourd'hui, ce sont les élus locaux de tous bords qui allument des contre-feux sur cette réforme (cf. ses premiers pas au Sénat), car les structures locales actuelles sont autant de bastions en péril. Au bout du chemin, les citoyens verront peut-être des services publics pérennisés et les fonctionnaires auront certainement leurs missions confirmées, et seuls les élus devront rebattre les cartes d'un jeu électoral dont ils font une tempête dans un verre d'eau. N'oublions pas que dans notre démocratie représentative, ils ne sont que l'expression de la souveraineté populaire ; et quelque soit la configuration territoriale qui sera décidée, les citoyens auront toujours la primauté démocratique.

16:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

26/06/2014

Ecotaxe, après les bonnets rouges les ... bonnets d'âne

Ah oui, il ne faut plus dire écotaxe ... Ségolène Royal ne veut plus que l'écologie soit punitive et associer le préfixe "éco" à "taxe" suffirait déjà à plomber le projet. Voici donc le "péage de transit pour les poids lourds" ! On ne sait plus trop quel est l'objectif poursuivi, mais on sait que c'est une sacrée usine à gaz.

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Le gouvernement abandonne les portiques (ils serviront peut-être pour autre chose), et il décide de rentrer dans le capital de la société Ecomouv qui va percevoir une taxe pour certains camions qui circulent sur certaines routes gratuites selon une technologie qu'il reste à déployer. L'Etat en attend une recette annuelle d'un demi milliard d'euros qu'il souhaite investir dans des chantiers de transports, mais pas nécessairement des transports propres alternatifs comme le rail ; il peut s'agir par exemple de mettre une route nationale en double voies. L'argument massue de Ségolène Royal est que les camions abiment les routes sans avoir à payer leur entretien, contrairement aux autoroutes, et cette nouvelle fiscalité trouve là sa justification.

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Bref, nous sommes très très loin de ce qu'une fiscalité écologique peut poursuivre comme objectif en matière de transport. Une telle fiscalité ne devrait avoir qu'une seule cible : contraindre les usagers des transports individuels et/ou polluants à privilégier des transports collectifs et/ou propres quand ils sont disponibles, la recette de cette fiscalité servant à améliorer l'offre de transports collectifs et/ou propres. Ainsi, là où il y a de multiples avenues et voies rapides qui se congestionnent systématiquement aux heures de pointe, les pouvoirs publics créent des réseaux de transports en commun et ils appliquent un malus aux premiers pour proposer un bonus aux seconds. De même, là où il y a des autoroutes où les camions cheminent en file indienne, cul à cul, il faut mettre en place une offre de ferroutage et taxer le transport routier pour orienter le fret vers le rail.

La stratégie est pourtant simple. Et elle n'est pas compliquée à expliquer. Il faut présenter de façon exhaustive tous les points noirs du transport actuel, et mettre en regard des chantiers de transport alternatif. Quand l'offre est présente, il faut jouer sur cette fiscalité pour faire changer le comportement des usagers de la route. Et si l'Etat doit fixer le cap, il doit déléguer aux régions la mise en oeuvre de cette fiscalité ecologique. Chaque région a ses spécificités en matière de transports et chaque région peut apporter des réponses spécifiques dans un cadre général imposé par la loi.

Mais là, avec ces projets fiscaux définis au sommet de l'Etat et mis en oeuvre par ce même Etat, la réalité du terrain fait apparaître des disparités régionales au dernier moment. Comme avec les bonnets rouge ... Bon, Ségolène hérite elle du bonnet d'âne ; en attendant le(la) prochain(e) ministre de l'Ecologie ;-)