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15/08/2014

Il est urgent de changer de modèle économique !

Des années et des années que les politiques promettent de résorber le chômage, de relancer l'économie et de désendetter l’État, et ça se retrouve dans le discours récurrent sur la croissance de la production intérieure. Et pour retrouver les chiffres de la croissance des trente glorieuses, les gouvernements successifs accouchent de réformes budgétaires qu'ils jugent tous salvatrices.

Or, la croissance économique mondiale croit actuellement de +3,5% par an, et avec une prévision en dessous de 2% à partir de 2050. Et en rapportant cette croissance économique à la croissance démographique mondiale, la croissance économique par habitant est de +2,5% aujourd'hui et elle passera sous le seuil de 1,5% à partir de 2050. Les graphiques proposés ci-dessus illustrent que le 20ème siècle a permis, aux travers d'innovations technologiques majeures, de voir bondir la production de richesses dans le monde entier. C'est la mondialisation ! Sauf que l'on ne peut pas extraire de notre planète plus de ressources qu'elle ne peut en fournir. Cela vaut pour l'eau potable, pour un air propre, pour des matières premières agricoles, pour  des sources d'énergie fossile, pour des métaux, etc.

Pour les pays occidentaux, d'Amérique du Nord et d'Europe de l'Ouest, la croissance de la production par habitant est aujourd'hui de 1,5%. La période 1914-1970 est très particulière en Europe, car les deux guerres ont d'abord appauvri les économies nationales avant de vivre trois décennies de reconstruction pourvoyeuses de richesses économiques.

Aussi, quand l'INSEE affiche pour le second trimestre 2014 un taux de croissance de 0%, comme pour le premier trimestre, il est étonnant qu'aucun économiste ou politique ne se soit persuadé que nous étions désormais dans une période de croissance faible. Cessons de rêver à des taux de 2 ou 3%, et contentons-nous d'un objectif de 1%.

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Première conséquence d'un tel scénario économique à +1% de croissance annuelle, ce n'est pas l'activité économique qui permettra de résorber un chômage endémique et de rembourser une dette équivalente à une année pleine de production intérieure. Pour le travail, la seule issue socialement juste est de le partager. Longtemps les libéraux ont clamé qu'il fallait libérer le travail de ses carcans, et en l'occurrence d'un code du travail trop favorable aux salariés, qu'il fallait faciliter la compétition pour l'emploi. L'exemple le plus souvent cité est qu'un cadre qui améliore significativement ses revenus pourra ainsi payer un jardinier pour entretenir les espaces verts de ses propriétés, payer une femme de ménage pour entretenir ses maisons, etc. Bref, la libéralisation du monde du travail est synonyme d'un retour aux sociétés du 19ème siècle ! Alors que le 20ème siècle nous promettait que des robots allaient tondre nos pelouses, nettoyer les sols de nos maisons ou encore surveiller nos animaux domestiques en notre absence. Les innovations technologiques n'auraient-elles pas été captées que par quelques usages lucratifs ?

Un autre oubli majeur de l'observation des indicateurs économiques, c'est le capital national. Nous sommes le nez sur l'indicateur du revenu national, constatant que nous dépensons plus que ce que nous gagnons chaque année, mais un État est comme une entreprise ou un ménage, il a des revenus et du capital (foncier, immobilier, financier, ...). Ce tableau issu des travaux de Thomas Piketty pour son ouvrage "Le capital au 21ème siècle" présente une situation un peu moins anxiogène que ce que la télé nous sert quotidiennement. En 2012, les dettes publiques, de l’état et des administrations publiques, correspondent à 114% du revenu national, mais les actifs publics constituent 145% du revenu national. Le capital public (patrimoine et actifs moins les dettes) correspond ainsi à 31% du revenu national. Cette approche est très théorique, car l’état va-t-il vendre la Tour Eiffel, le Palais de l’Élysée ou le château de Versailles pour se renflouer ?

Par contre, le capital privé est plus facilement "monnayable". Le total des dettes privées des ménages et des entreprises en 2012 correspond à 72% du revenu national, mais l'ensemble des actifs privés correspond lui à 646% du revenu national ! Cela équivaut à peu près à 6 fois la dette nationale ... Or, dirions-nous d'un ménage qui est endetté de 100.000 € est dans le rouge si à côté il détient 600.000 € de biens fonciers, immobiliers et financiers ?

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Thomas Piketty décompose le capital en quatre composantes : les terres agricoles, les logements, les autres biens industriels et financiers, mais aussi le solde entre ce que la France détient à l'étranger et ce que les étrangers détiennent en France. Il est remarquable déjà que les biens agricoles ne constituent presque plus aucune valeur capitalistique dans la France du 21ème siècle, nous constatons aussi que l'époque coloniale où la France détenait de nombreux biens à l'étranger est bien finie, et que de plus en plus de français sont désormais propriétaires de leur logement.

Une conclusion que Thomas Piketty évoque dans son ouvrage, mais il n'est pas le seul, c'est que les revenus du capital produisent plus de richesses que les revenus du travail. Et nous sommes maintenant dans une période où ceux qui détiennent du capital vont continuer de s'enrichir, alors que ceux qui se contentent de leur travail pour vivre ont peu d'espoir de bénéficier d'un ascenseur social. Les inégalités liées à ce modèle économique-là vont continuer de s'accentuer ...

Il serait assez démagogique de ma part d'associer tous les chefs d'entreprise à d'avides capitalistes, mais les données de l'INSEE sur l'investissement démontrent que les entreprises n'investissent pas. Or, quand le gouvernement accorde aux entreprises des baisses de cotisation salariale ou encore un crédit d'impôt pour la compétitivité des entreprises (cf. CICE), c'est soit pour investir, soit pour embaucher ou soit pour augmenter les salaires des employés. Et là, ces aides financières de l’État iraient plutôt dans les poches des patrons, ce que la baisse de la TVA dans le secteur de la restauration avait déjà démontré :=(

Malheureusement, il faut s'attendre à ce qu'à la rentrée le gouvernement engage de nouvelles réductions budgétaires, ne serait-ce que pour aligner le budget 2014 sur les chiffres de l'INSEE. Et c'est la Sécurité Sociale qui va encore faire les frais de ces mesures. En effet, c'est notre système de protection sociale qui grève les prélèvements publics, le passant ainsi à 57% du PIB et qui place la France en position exceptionnelle.

Un gouvernement de gauche est-il bien conforme à ses valeurs s'il décide de moins bien rembourser des médicaments, de fermer des secteurs hospitaliers, de réduire les retraites, de moins aider les familles pour leurs enfants ou pour leur logement, ... et de permettre aux plus riches de s'enrichir toujours plus ?

12/08/2014

Sénatoriales du 28 septembre 2014 - EELV Languedoc-Roussillon a désigné ses candidats

Comme cela avait été décidé par le Conseil fédéral d'Europe Ecologie Les Verts en juin dernier, le parti de l'écologie politique présentera des candidats partout en France, et en l'occurrence dans les trois départements du Languedoc-Roussillon.

Dans l'Aude où le scrutin est uninominal et où il y a deux sièges pour le Palais du Luxembourg, les candidats EELV seront Claude-Marie BENSON et Christian RIEUSSEC ; leur suppléant(e) respectif(ve) sont Daniel DEDIES et Marie-Laure ARRIPE.

Dans le Gard où trois sénateurs sont à élire au scrutin de liste proportionnel, la liste EELV sera composée de : Franck MEDINA, Dominique ANDRIEU-BONNET, Jean-Pierre BRUDIEUX, Ghislaine LONGHI et Martial JOURDAN.

 

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Enfin, dans l'Hérault où se sont quatre sénateurs qui sont à remplacer, les écologistes présentent la liste suivante : Michèle COMPS, Laurent DUPONT, Agnès GIZARD, Abdel BENBAKIR, Zina BOURGUET et Michel LENTHERIC.

Ces candidatures validées par l'instance régionale d'EELV en Languedoc-Roussillon vont désormais faire l'objet d'un arbitrage national par le bureau exécutif du parti. L'ensemble des candidats pour les 178 sièges à la chambre haute du Parlement seront présents aux journées d'été d'Europe Écologie Les Verts qui se tiennent du 21 au 23 août à Bordeaux, une occasion de se ressourcer avant de se lancer dans une campagne difficile.

Par son mode de scrutin indirect, c'est une élection peu favorable aux écologistes, car ce sont les grands électeurs (parlementaires, élus locaux et délégués des grandes villes) qui votent ; cette élection se déroule dans une relative intimité et les réseaux d'influence jouent à fond. Sauf que les élus locaux s'interrogent de plus en plus sur leur avenir et sur celui de la gouvernance de leur collectivité, et qu'ils seront-là plus vigilants sur les promesses des candidats. Il y a 3 ans, la gauche avait conquis le Sénat en critiquant fortement le projet de "Conseiller territorial" du Président Sarkozy, synonyme de suppression à terme des Conseil généraux et avec la clause de compétence générale en ligne de mire. Aujourd'hui, le projet des socialistes est celui-là, avec d'autres termes et d'autres arguments, et l'issue du scrutin le 28 septembre devrait être un simple retour de balancier.

Or, les élus locaux ne sont pas des imbéciles et on peut leur parler sans faire mille détours. Par ailleurs, un mandat d'élu local n'est pas une fin en soi ; un élu local s'investit énormément pour le logement de ses administrés, pour leurs capacités de déplacement, pour le potentiel économique de son territoire, pour l'accès aux offres de soin de proximité, pour un environnement protégé qui garantisse la qualité de vie de tous les habitants, etc. Et avec le levier de l'intercommunalité, les élus communaux ont juste besoin de compétences clairement identifiées, portées par des acteurs territoriaux ayant les moyens et les ressources pour les assumer.

La réforme territoriale qui sera votée d'ici la fin de l'année au Parlement avec deux lois complémentaires ne doit pas être appréhendée comme un mauvais sort que le gouvernement voudrait jouer aux élus locaux, mais il faut s'appuyer sur une nouvelle organisation territoriale pour que les élus locaux soient plus efficaces dans les politiques publiques mises au service de l'intérêt général.

05/08/2014

L'Allemagne en défenseur du droit public européen

Quel paradoxe qu'un Président socialiste français adoube les accords de libre-échange transatlantiques et que son homologue allemande, pourtant classée à droite, refuse que les intérêts particuliers des entreprises l'emportent sur l'intérêt général. Et c'est pourtant ce à quoi nous assistons. En février dernier aux USA, François Hollande invitait l'administration US à ne pas traîner sur les négociations relatives au traité de libre-échange entre les USA et l'Union européenne (cf. TAFTA). En parallèle, Angela Merkel rejette les clauses de protection juridique offertes aux entreprises dans le texte du traité de libre-échange entre le Canada et l'Europe (cf. TIEA), elle qui était pourtant si enthousiaste sur cet accord lors de sa visite au Premier ministre canadien Stephen Harper il y a deux ans.

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Les négociateurs nord-américains estiment pourtant que protéger les investissements des entreprises est une condition sine qua non pour le développement du commerce, et c'est déjà ce que stipule l'article 11 de l'accord de libre-échange nord-américain (cf. ALENA). Même si son application est controversée, elle reflète un état d'esprit américain où la liberté d'entreprendre doit rencontrer le moins d'obstacles possibles.

Dans l'accord entre l'Europe et le Canada, accord intitulé "accord pour renforcer notre commerce et nos investissements - ARCI", le Canada en attend plusieurs milliards de dollars de retombées économiques annuelles et des milliers d'emplois. Mais rien ne filtre de ce côté-ci de l'atlantique, les rapports des négociateurs européens et les déclarations de la commission européenne sont inexistants ; seuls les chefs d’État sont tenus informés, et seul le gouvernement allemand défend l'intérêt général ...

Il est évident que si l'Allemagne rejette cet accord avec le Canada, celui avec les USA passera aussi à la trappe. Le point de blocage sur ces accords, c'est que des entreprises peuvent empêcher un État de légiférer afin de préserver leurs investissements. Une loi sur le droit du travail qui apporte des avancées sociales sera perçue comme un manque à gagner financier, une loi environnementale de protection du littoral, des cours d'eau ou de l'air sera perçue par des investisseurs privés comme des coûts supplémentaires pour se mettre en conformité, une loi sur l'urbanisation ou sur les normes de construction sera perçue comme un frein à l'expansion d'une entreprise, etc. Et tous ces préjudices pourraient alors faire l'objet d'un arbitrage par lequel l'entreprise lésée obtiendrait une compensation financière ! Et ces arbitrages ne seraient pas jugés dans le pays concerné par sa justice, mais par un comité d'experts économiques et financiers dans le pays choisi par l'entreprise ... Ajouté aux méthodes peu orthodoxes des autorités américaines pour espionner leurs "amis européens", il n'est pas étonnant que les allemands soient méfiants.

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L'Allemagne démontre ici son rôle majeur dans l'évolution de l'Europe. Nous savions que notre voisin allemand était un poids lourd économique, oubliant parfois d'en faire profiter toute l'Europe, mais il se révèle là avoir une vision politique qui fait grandement défaut à de nombreux gouvernements européens. Merci Angela ?