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26/03/2017

A quatre semaines du 1er tour, c'est l'incertitude qui prédomine ...

Dans quatre dimanche, en soirée, nous connaîtrons les deux finalistes pour le second tour de l'élection présidentielle. Mais force est de constater que règne aujourd'hui une incertitude totale au sein de l'ensemble du corps électoral.

Les sondages nous annoncent un duel Macron / Le Pen pour le 7 mai. Je concède pour ma part que les tendances qui se dessinent depuis plusieurs semaines nous amènent à cette issue. Si nous reprenons les scrutins présidentiels antérieurs, il s'avère que l'état de l'opinion à quatre semaines du premier tour s'est concrétisé dans les urnes. Alors on évoque le 21 avril 2002 en contre-exemple, mais les instituts de sondage français ont depuis 15 ans apuré leurs modèles et les procédures de correction sont désormais éprouvées. On cite aussi la primaire de la droite en contre-exemple ; mais le corps électoral était difficile à cerner et il n'y avait pas d'antériorité pour corriger les données brutes. On cite encore l'élection de Trump, mais en nombre d'électeurs c'est Hilary Clinton qui est arrivée en tête ; ce sont certains États très volatiles qui ont fait basculer l'issue du scrutin. Enfin, le référendum britannique sur le Brexit a donné tort aux instituts de sondage, mais ça nous rappelle le référendum sur le TCE en 2005 et la difficulté de prédire ce type de scrutin.

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Non, ce qui pourrait faire mentir les instituts de sondage sur ce que diront les urnes au soir du 23 avril, c'est le taux encore significatif d'électeurs qui ne savent toujours pas pour qui ils vont voter. Dans sa douzième vague d'étude opinion réalisée du 14 au 19 mars, le CEVIFOP indique que seulement deux tiers des électeurs disent avoir l'intention d'aller voter le 23 avril ; et sur celles et ceux qui sont certains d'aller voter, seulement 59% ont déjà effectué un choix définitif de vote. C'est dire comme les indications assénées jour après jour par les enquêtes d'opinion demeurent précaires, et qu'il est raisonnable que des candidats demeurent confiants.

Mais sur le fond, cette élection présidentielle sonne le glas de la Vème République ; la gauche et la droite telles que nous les connaissons vont disparaître. Nous en sommes les témoins conscients ; le fameux « cercle de la raison », que théorisait Alain Minc et que la fondation Saint-Simon avait appliqué à la gauche mitterrandienne, attire à lui tous les nantis du modèle dominant comme une arche de Noé qui veut survivre à tous prix. Emmanuel Macron est leur phare et ils feront tout pour poursuivre les mandats de Sarkozy et de Hollande, dans leur « meilleur des mondes possibles ».

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A côté de ce bloc de la raison, existe un bloc national-souverainiste qui n'aspire qu'à retrouver les contours des mondes anciens, le passé étant moins anxiogène que le futur. Je ne m'attarderai pas sur ce bloc-là car il n'est qu'un symptôme, mais prenons garde néanmoins à sous estimer la maladie.

Dans cette élection, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon incarnent un bloc encore en gestation ; et il est bien dommage qu'ils n'aient pas réussi à s'entendre pour ne faire qu'un. Autour de valeurs de solidarité, d'égalité et d'humanisme, sur la base des urgences environnementales et sociales, il est un monde en transitions multiples à construire, mais notre éducation citoyenne nous éclaire en même temps qu'elle nous bride. Nous avons les connaissances pour bâtir d'autres modèles de développement, mais nous pataugeons dans un système aliénant qui ressemble à ces cauchemars dont seul le réveil peut nous en délivrer.

Il reste quatre semaines pour convaincre qu'un autre monde est possible, mais sinon ce sont nos territoires qui devront se mettre en transition, avec un rendez-vous en 2020. Ce sont des échelles plus appréhendables, plus propices aux expérimentations et qui misent bout à bout peuvent faire système. En tous cas, si l'avenir est incertain il reste plein de promesses.

18/03/2017

Un service d'urgence à Lodève doit être inscrit dans le prochain SRS 2018-2022

L'organisation et la gestion de notre système hospitalier sont véritablement confiées à des personnes qui doivent habiter à côté d'un hôpital en plein cœur de Paris ; parce que vu d'ici, les attentes sont très loin d'être satisfaites. Le maître mot des services de l’État et du ministère de la santé en matière de couverture hospitalière est « mutualisation ». C'est ainsi que l'été dernier, conformément à la loi du 26/01/16 de modernisation de notre système de santé, notre hexagone a été maillé de 135 groupements hospitaliers de territoire (GHT). Il y a deux GHT dans l'Hérault ; l'un, le GHT de l'Est Hérault et du Sud Aveyron réunit neuf structures : CHU de Montpellier, centres hospitaliers des hôpitaux du Bassin de Thau (HBT), de Clermont-l'Hérault, de Lodève, du pôle de santé de Lunel, de Lamalou-les-Bains, de Millau, de Saint-Affrique, et de Sévérac-le-Château. L'autre, le GHT Ouest Hérault, réunit trois membres : les centres hospitaliers de Béziers, de Bédarieux, et de Pézenas.

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Sur le papier, ces GHT ont pour ambition de faire collaborer des établissements et des personnels dans l'intérêt des patients. Aucune fermeture d'établissement ou de structure n'en découle ; bien au contraire, l'ambition est que les plus gros soutiennent les plus petits. Le GHT de l'Est Hérault et du Sud Aveyron couvre ainsi une population de près de 900 000 habitants, en offrant près de 4 200 lits et places et en s’appuyant sur plus de 12 000 professionnels de santé ainsi que sur les compétences et les spécificités de chaque établissement. Mais si un patient peut prendre rendez-vous en pédiatrie ou en obstétrique dans l'un de ces 9 établissements et s'y faire soigner dans des conditions optimales pour sa santé, ce sont les services d'urgence qui sont les plus sensibles aux yeux de la population, car là on ne peut pas attendre.

En Cœur d'Hérault, nous n'avons pas de structure capable d'assurer un service d'urgence avec un plateau technique, une salle de réveil, des médecins et du personnel urgentiste. Face à cette situation, le Pays Cœur d'Hérault a fait écho aux sollicitations des acteurs médicaux du territoire, et en l'occurrence des docteurs Guy Lassalvy (Gignac) et Laurent Garcin (Clermont-l'Hérault) ; cf. une note d'il y a 4 ans sur le contrat local de santé du Cœur d'Hérault (cf. bulletins du CLS). Pour les urgences médicales, cela se concrétise aujourd'hui par deux structures ; d'une part la maison médicale de garde de Clermont l'Hérault et d'autre part une unité mobile d'urgence et de permanence des soins (UMUPS), toutes deux basées à l'hôpital local de Clermont l'Hérault. Les patients qui sont orientés vers la maison médicale de garde par le 15 n'ont pas d'urgence vitale, mais des soins rapides doivent néanmoins être prodigués. En complément, pour les urgences vitales, les patients sont pris en charge par l'UMUPS, c'est à dire par un ambulancier du SDIS accompagné d'un médecin de garde basés à l'hôpital local de Clermont-l'Hérault. Et il semblerait que l'UMUPS sera prochainement remplacée par un véritable SMUR (Service Mobile d'Urgence et de Réanimation), toujours basé à Clermont-l'Hérault.

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Mais si quelqu'un a un grave accident de chasse à Saint-Privat ou fait un infarctus à Roqueredonde, ses chances d'arriver dans un véritable service d'urgence en moins de 30 minutes sont bien minces. Un SMUR basé à Clermont-l'Hérault est déjà un plus, mais encore une fois il vaut mieux avoir un accident de santé à Montpellier que dans nos territoires ruraux.

ght,caps,mmg,umups,smur,srs,ars,chru

Sur Lodève, c'est la clinique Saint-Pierre qui assurait un service d'urgence médicale jusqu'à ce que le groupe Oc Santé décide de fermer cet établissement en 2008. Pour y pallier partiellement, l'hôpital local de Lodève a ouvert un Centre d'accueil et de permanence des soins (CAPS). Et puis en 2012, l'Agence Régionale de Santé (ARS) autorisait l'hôpital de Lodève à transformer ce CAPS en un véritable service d'urgences. Mais d'un schéma régional d'organisation sanitaire (SROS) à l'autre, c'est à dire de 2012 à 2015, l'ARS décidait de supprimer cette autorisation pour divers motifs. L'un de ces motifs est qu'il faut une fréquentation annuelle d'au moins 12 000 patients pour justifier d'un service d'urgence, alors que le CAPS de Lodève n'est consulté que par 8 000 patients par an. Mais c'est certain que la MMG et que l'UMUPS de Clermont-l'Hérault atténuent ces chiffres sur le Lodévois.

L'argument de la démographie médicale est aussi faussé. Dans le privé, les cliniques comme celle de Pézenas font appel à des médecins urgentistes de leurs établissements de Montpellier. Alors avec un CHRU, le GHT ne devrait pas manquer d'internes capables de se projeter par exemple sur Lodève. Reste qu'il manque sur Lodève un plateau technique et des moyens adaptés aux urgences, mais alors il ne faut pas les envisager comme un investissement spécifique ; de tels moyens peuvent aussi servir à d'autres unités de soin.

ULCGT.jpgNous étions une vingtaine de participants hier soir à Lodève pour répondre à une sollicitation de l'union locale de la CGT Lodève/Clermont-l'Hérault, des associations locales, des syndicalistes et des formations politiques. La santé ne doit pas être chiffrée, elle doit avant tout être assurée de la même façon sur tout le territoire national, et la France a les moyens pour satisfaire ces exigences de santé publique. Cette semaine à Corte, des centaines de personnes et beaucoup d'élus locaux ont manifesté pour la création d'un service d'urgence (cf. article de France Bleu). Ce sont donc des situations qui émergent un peu partout à l'occasion de l'élaboration des futures schémas régionaux de santé (SRS) 2018-2022 ; c'est effectivement maintenant qu'il faut se mobiliser !

28/02/2017

Comme un manchot sur son iceberg regardant sombrer le Titanic ...

Je ne vais pas revenir sur ce qui vient de se passer depuis un mois, car c'est l'avenir qui doit nous préoccuper. Juste un rappel du passé que mes amis écologistes d'EELV oublient trop rapidement, c'est la motion qui a été adoptée très majoritairement à notre Congrès de Pantin en juin 2016 (télécharger la motion en version PDF). Nous avions là une orientation claire, ambitieuse et mobilisatrice ; certains d'entre nous sont enthousiastes des discours de Benoît Hamon et vont s'investir dans sa campagne aux côtés de Yannick Jadot, d'autres sont franchement hostiles à cet effacement politique.

Personnellement, et depuis les premiers jours de février, j'ai cessé de croire que Benoît Hamon allait poursuivre sur sa lancée de la primaire de la BAP avec les thématiques qui l'ont fait gagner ; le mois écoulé en témoigne. La concurrence entre Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon ne permettra à aucun des deux de figurer au second tour de la présidentielle ; je ne sais pas si le premier l'espérait encore, mais je suis certain que le second joue le leadership au PS et à gauche au-delà du 23 avril. Car même si Hamon emportait l'élection présidentielle, nous savons déjà qu'il hériterait d'un groupe socialiste à l'Assemblée dominé par les amis de Manuel Valls. Alors qu'est-ce que les écolos d'EELV vont faire dans cette galère ?

Actuellement, et contrairement à la période des différentes primaires, la campagne se focalise sur des postures, qu'elles soient individuelles ou collectives ; et les projets des candidats sont passés à la trappe. Pire encore pour nous, on parlera de moins en moins d'écologie avec l'avancement de la campagne. C'est le mot « recomposition » qui est dans toutes les bouches et suscite une inflation d'analyses et de projections. Fallait-il la faire si tôt ou attendre l'issue des scrutins ? Les positionnements des uns et des autres sont-ils sincères ou simplement motivés par la volonté d'être à la bonne place pour le coup d'après ? Pendant ce temps, il y en a une qui n'a pas besoin de se recomposer ou de se repositionner, c'est Marine Le Pen ; elle se renforce au fur et à mesure que ses concurrents s'affrontent pour une place au second tour.

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Le PS, celui que nous connaissons depuis son congrès d'Épinay en 1971, ne survivra pas dans cette forme-là à cette séquence. Ce pronostic qui date de plusieurs mois, théorisé par « les deux gauches irréconciliables » de l'ex Premier ministre, semble se confirmer de jour en jour. L'appareil du PS ne fait pas campagne derrière Benoît Hamon (comme ce fut le cas pour Ségolène Royal en 2007), et la fronde des parlementaires a changé de camp. D'autres partis sociaux-démocrates en Europe ont été fatalement écartelés par des aspirations contradictoires, d'un côté soutenir les acteurs économiques dans une mondialisation dérégulée, et de l'autre de défendre un modèle social sans s'en donner les moyens. Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron incarnent ces deux orientations, et au sein du PS Benoît Hamon et Manuel Valls en sont les ambassadeurs.

Comment l'écologie politique en sortira-t-elle ? Elle aura été très audible jusqu'à présent, mais ni Benoît Hamon ni Jean-Luc Mélenchon ne seront aux affaires le 7 mai 2017 pour dérouler le contenu de leur programme. Or, c'est bien cela qui me préoccupe ! Qui demain pour arrêter le nucléaire ? Qui pour arrêter Notre-Dame-des-Landes, Bure et le Lyon-Turin ? Qui pour faire de l'impact des pollutions sur notre santé un enjeu prioritaire ? Etc.

La leçon de ce scrutin est que nous devons changer nos pratiques politiques ; l'affaire Fillon aura douché tout le monde tant le bonhomme passait pour un chevalier blanc de la probité, et puis les instructions judiciaires vont se poursuivre. En tous cas, cela aura jeté l'opprobre sur la classe politique dans son ensemble, aussi injuste que cela puisse être. Les formations politiques, et la mienne en premier lieu, doivent innover. Et paradoxalement, notre motion de Congrès de juin 2016 pourrait être d'une actualité prégnante en juin 2017. Le « hacking démocratique » que nous avons pratiqué pour décider du rassemblement avec Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon est à développer, mais de préférence avec des personnes physiques sur un territoire à taille humaine plutôt que via les réseaux sociaux. Et ce sont des « territoires politiques en transition » qu'il nous faut désormais explorer !

22:57 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)