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01/01/2015

François Hollande clôture 2014 sous l'égide du conformisme, et sans volonté d'y échapper pour 2015

L'année 2014 s'est achevée dans la liesse pour des millions de français qui ont réveillonné toute la nuit de la St-Sylvestre, mais c'était aussi une soirée comme toutes les autres pour des millions d'autres. Elle est là aussi l'illustration des inégalités croissantes au sein de la population ... Alors l'intervention télévisée du Président de la République ce 31 décembre avait-elle de quoi susciter l'espoir d'un avenir plus serein pour de plus en plus de français ? Non, rien dans son discours pourtant volontariste n'annonce de changement à la hauteur des urgences sociales et environnementales qui sont là sous nos yeux et qui ne feront que s'accentuer si la France continue sur cette voie-là. Ses hommages aux actions engagées par Manuel Valls et par Emmanuel Macron sont un bien maigre vœu pour 2015, très en deçà des programmes de Syriza et de Podemos pour sortir la Grèce et l'Espagne du marasme.

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Le Président de la République a bien essayé de rebondir sur la conférence internationale sur le climat qu'il organise à Paris en décembre 2015, insistant avec beaucoup de ferveur sur cette échéance, mais en occultant aussi les oppositions réitérées à chaque sommet international par Washington, par Moscou ou encore par Pékin. Et François Hollande est malheureusement la victime de ses propres promesses non tenues comme la fameuse inversion de la courbe du chômage ...

Mais ce 1er janvier 2015, c'est la promotion de la légion d'honneur publiée au Journal officiel qui renforce ce sentiment que tout va continuer comme par le passé. 691 personnes figurent sur la liste des gratifiés, des anciens combattants ainsi que des artistes, des scientifiques, des fonctionnaires et bien d'autres membres de la cour du monarche républicain. Ils ont été 1.926 à être ainsi distingués en 2014 et cette distinction créée par Napoléon Bonaparte en 1802 compte 92.000 membres.

L'économiste Thomas Piketty a annoncé aujourd'hui qu'il refusait sa nomination au grade de chevalier de la légion d'honneur, rejetant la légitimité d'un gouvernement à décider qui est honorable. Il rejoint ainsi une longue liste d'esprits libres, essentiellement des artistes (Gustave Courbet, Brigitte Bardot, Jacques Tardi, ...), quelques scientifiques comme Pierre Curie, de trop rares hommes politiques comme Philippe Séguin et Jack Ralite, ou encore l'Abbé Pierre. D'autres personnalités ont manifesté leur opposition à la légion d'honneur, par principe ou par refus d'en être décoré (Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Marie Curie, Georges Brassens, Marcel Aymé, Guy de Maupassant, Albert Camus, Aimé Césaire, Jacques Prévert, ...). Les motifs évoqués portent soit sur le souhait de rester libre (l'ordre étant une forme d'acceptation d'un certain ordre établi), soit sur le fait qu'il est galvaudé par d'autres récipiendaires à la vie peu honorable.

Thomas Piketty

Espérons qu'en 2015 nous serons plus nombreux encore à dire Non et à proposer des alternatives plus conformes à la devise de la République : "Liberté, Égalité et Fraternité".

29/12/2014

En 2015, encore un espoir d'une autre Europe !

Y a-t-il un pays qui soit LE malade de l'Europe, ou l'Europe n'est-elle pas simplement malade d'elle-même ? L'image qu'elle nous renvoie, mais aussi les effets qu'elle produit la rendent repoussante ; ce n'est pas l'Europe que nous voulions ou que ses pères fondateurs avaient imaginé, elle n'est que le laboratoire expérimental d'un capitalisme mondialisé qui ne recule plus devant rien pour satisfaire le Marché. Le dernier exemple qui nous touche, nous français, c'est la vente de l'aéroport de Toulouse-Blagnac à un consortium d'investissement chinois :=(

Car l'Europe est à vendre ! Avec la crise qu'a rencontré la Grèce il y a deux ans, la fameuse troïka avait vendu des parts dans le port du Pirée aux chinois. En visite à Athènes en juin 2014, le Premier ministre chinois affichait son ambition de faire du port du Pirée « l'un des plus compétitifs du monde » (cf. article du Parisien). Mais Monsieur Li Keqiang veut faire de ce port « la porte d'entrée de la Chine en Europe », et il envisage d'acquérir la participation majoritaire dans la société du port du Pirée ; il souhaite aussi acheter la société nationale de chemin de fer grecque Trainose afin de pouvoir irriguer toute l'Europe. Du point de vue d'un investisseur chinois, c'est logique.

Les États européens vendent leurs biens publics au Marché ; c'est normal, les États empruntent au Marché et ce dernier se sert sur la bête ... Un documentaire "Europe à vendre" d'Andréas Pichler diffusé sur Arte en août 2014 a suscité de vives réactions, et Jean-Claude Guillebaud a signé une excellente chronique dans l'Obs en septembre "Tout est à vendre même le Tyrol !". Ce documentaire décrivait comment les États (ou leurs administrations régionales) vend des montagnes, des forêts et des îles, mais aussi des bâtiments chargés d'une histoire qui est consubstantielle de la culture des nations.

Et que répond le grand argentier de l’État français quand on l'interroge sur la vente de l'aéroport de Toulouse-Blagnac ? Le consortium Symbiose a mis 308 millions d'euros sur la table, et Macron se contente de dire qu'il a fait le choix du concurrent le mieux-disant, le "prix" étant le principal critère de sélection dans cet appel public de vente. Et tout le monde se satisfait, l’État comme l'investisseur chinois, de voir dans l'aéroport de Toulouse-Blagnac le futur hub aéroportuaire pour les compagnies aériennes chinoises, portant le nombre de passagers par an à plus de 20 millions à l'horizon de 2040, contre 7 millions aujourd'hui. Et cela sans demander aux populations, aux associations et aux collectivités locales si cette augmentation du trafic aérien leur convient ... Et demain, pourquoi ne pas vendre la Tour Eiffel, le Mont-Blanc, la station de métro Chatelet, le port de Marseille ?

Mais l'aéroport de Toulouse-Blagnac est surtout celui où Airbus développe ses nouveaux modèles et exécute tous ses programmes d'essai. Mettre des chinois dans la place, c'est faire entrer le loup dans la bergerie ! Un recours a été déposé ce lundi 29 décembre par des riverains, des associations et des élus locaux auprès du Conseil d’État pour excès de pouvoir de l’État ; le jugement en référé est attendu ce mardi. J'en pense personnellement que l’État se rend coupable de dilapider notre patrimoine national, et simplement pour rassurer le Marché. Vous savez, ce « véritable adversaire qui n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, qui ne présentera jamais sa candidature et qui ne sera donc jamais élu, mais pourtant qui  gouverne », et bien avec des marionnettes comme François Hollande, il gouverne bien !

francois hollandeFrançois Hollande en campagne électorale lors du meeting du Bourget, le 22 janvier 2011

Alors faut-il renoncer à cette Europe qui incarne ce modèle économique ultra-libéral ? Les politiques ont-ils tous renoncé à faire de notre continent et de ses 500 millions d'habitants autre chose qu'un grand supermarché des biens et des services qui transitent entre États dans le seul intérêt de quelques uns ?

L'année 2015 verra des élections législatives se dérouler en Grèce (le 25 janvier) et en Espagne (en novembre). Dans ces deux pays qui paient un lourd tribu social aux politiques budgétaires imposées par Bruxelles, ce sont des partis de gauche qui sont aujourd'hui en tête des intentions de vote. Et je ne parle pas de partis sociaux-libéraux engagés dans une gouvernance servile au profit du Marché, mais bien des partis qui aspirent à une rupture politique qui aille dans le sens de l'intérêt général.

Syriza_Alexis_Tsipras.jpg   Podemos_Pablo_Iglesias.jpg

Dans les programmes de ces deux partis, l'investissement public, la dette publique, l'intervention de la Banque Centrale Européenne, la démocratie participative, l'emploi et le progrès social sont quelques unes des priorités majeures. Leur idéal est que la bonne marche d'une société ne doive plus alimenter principalement la rente de quelques capitalistes, mais surtout les rémunérations de la population active, les pensions des retraités et les aides aux plus démunis.

N'est-ce qu'un simple vœu que d'imaginer que l'Europe puisse prendre une nouvelle direction, sous l'impulsion de peuples libérés d'une oligarchie profondément inégalitariste ? Parce que ni Alexis Tsipras ni Pablo Iglesias ne porte un projet anti-européen, leur parti politique revendique simplement que les populations européennes soient pleinement et démocratiquement associées à leur destin commun. L'Italie de Matteo Renzi a elle aussi cessé de croire en cette politique économique pour laquelle ce sont toujours les mêmes qui font des sacrifices (régression du droit du travail, restrictions budgétaires, moins de services publics, ...), mais il n'y existe pas encore de réponse politique comme pour l'Espagne et la Grèce. En tous cas, ces deux pays méditerranéens témoignent que l'alternative politique au modèle européen dominant ne se résume pas qu'au nationalisme ou au repli sur soi, et c'est là un sérieux espoir pour l'Europe.

En tous cas, si j'avais un vœu à faire pour 2015 ...

23/12/2014

Antoine Deltour et l'inconfortable situation des lanceurs d'alerte ...

Sans en être béat, la France du 19ème puis du 20ème siècle disposait de corps intermédiaires puissants pour faire éclater des affaires de corruption, de prise illégale d'intérêt, de trafic et de toutes sortes de raccourcis avec la loi. Un journal, un syndicat ou une association nationale avait suffisamment de poids pour prendre sur soi la dénonciation de comportements qui fissurent notre démocratie. Mais aujourd'hui, ceux qui constatent ces dérives sont seuls, et ils en subissent souvent eux-mêmes les effets quand ils refusent de s'y associer ou d'y être bienveillants. C'est fermer les yeux ou perdre son emploi, voire même du harcèlement moral et physique sur soi-même, sur ses biens ou sur sa famille.

En décembre 2013, la France a légiféré contre la fraude fiscale et contre la grande délinquance économique et financière (cf. circulaire), donnant en même temps aux « lanceurs d'alerte » une protection générale. Cela ne concerne malheureusement pas tous les cas où un individu est menacé ou mis en danger pour ne pas vouloir fermer les yeux ... L'actualité médicale et pharmaceutique pointe régulièrement des affaires où l'intérêt général est bafoué au profit d'intérêts financiers personnels ; cela a été le cas pour le Médiator.

Et c'est aussi le cas pour Antoine Deltour, ce Français qui travaillait au Luxembourg pour un cabinet de conseil (PriceWaterhouseCoopers), et qui a découvert un système par lequel des centaines de multinationales négociaient avec les autorités luxembourgeoises des accords fiscaux bien plus qu'avantageux, les fameux « tax rulings ». Quatre cabinets d'audit internationaux (PWC, KPMG, E&Y et Deloitte) étaient les portes d'entrée de ce système par lesquelles les multinationales voyaient l'administration fiscale luxembourgeoise leur accorder des gains fiscaux préjudiciables à tous les autres États où ces multinationales exercent leur activité.

Antoine Deltour vit à peu près le même parcours qu'a connu Hervé Falciani à la banque HSBC en Suisse. Dans les deux cas, leur ex-employeur leur reproche d'avoir subtilisé des fichiers confidentiels, et ils sont tous les deux poursuivis en justice, le premier en Suisse et le second au Luxembourg. Et pour éviter à Antoine Deltour de vivre le même périple qu'Hervé Falciani (prison, mise au secret, sécurité renforcée, collaboration discrète avec les autorités espagnoles puis françaises), l'organisation Transparency International lui a ouvert un site Web de soutien.

 

Comme je l'ai fait personnellement, je vous invite à signer la pétition de soutien à Antoine Deltour dans ce qui s'appelle aujourd'hui l'affaire LuxLeaks :

 

luxleaks,antoine deltour,wpc,luxembourg,juncker

L’État français qui a été spolié dans cette affaire doit lui apporter la protection requise. Mais les opérations d'optimisation fiscales dévoilées par Antoine Deltour ne sont pas en soi illégales, et la France ne pourrait pas attaquer WPC comme elle a attaqué la HSBC dans le cas d'Hervé Fulciani. Antoine Deltour ne pourra donc pas échapper à des poursuites internationales, sauf si le Grand-Duché de Jean-Claude Juncker y était fortement incité. Le Président François Hollande serait bien inspiré, dans son combat contre le monde de la finance, d'en toucher deux mots à son ami Jean-Claude ...

Heureusement, la prise de conscience citoyenne se généralise et des organisations viennent pallier la défection des corps intermédiaires. L'une d'elles, ANTICOR, s’immisce de plus en plus dans le vie politique, par exemple en faisant signer une charte aux candidats et en évaluant régulièrement la transparence de la vie publique. Internet et les réseaux sociaux se révèlent être des relais d'opinion très réactifs et à fort potentiel de mobilisation, mais la France reste encore difficile à faire bouger :=(