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13/11/2014

Le jour de carence des fonctionnaires, le Saint Graal de la droite parlementaire ...

Pas un jour, pas une publication et pas un discours politique où la droite parlementaire ne parte en croisade contre le fameux jour de carence des fonctionnaires. Ce mercredi 12 novembre, le groupe UDI à l'Assemblée nationale a ainsi tenté de faire passer un amendement au projet de loi de finances 2015 pour réintroduire le jour de carence abrogé par la gauche depuis le 1er janvier 2014.

L'argumentaire est connu. Les salariés du privé ont 3 jours de carence quand ils se mettent en arrêt maladie, alors que les fonctionnaires n'ont aucun jour de carence. Cela constitue donc une injustice flagrante entre deux catégories de salariés, et la droite républicaine revendique donc un traitement égal pour tous les salariés. Mais pourquoi tendre vers le bas et non pas vers le haut ? Pourquoi imposer un jour de carence aux fonctionnaires plutôt que de supprimer les 3 jours de carence dans le privé ? Ce serait pourtant là un vrai progrès social !

Parce qu'en réalité, 74% des salariés du privé bénéficient d'une prise en charge des 3 jours de carence par leur employeur, principalement via des accords de branche. Dans le privé, les jours de carence sont une exonération de la sécurité sociale de verser son indemnité à un salarié malade, mais l'employeur peut s'y substituer. Dans le public, le jour de carence est une interdiction imposée à l'employeur public d'indemniser son salarié malade ; l'employeur public ne peut donc pas compenser ce jour de carence.

Mais ces jours de carence ont-ils un impact sur l'absentéisme des salariés ? Évidemment ! Si, quand vous avez un petit souci de santé vous perdez de la rémunération, alors la tentation est grande d'aller au boulot avec sa rage de dents, son pied blessé ou un rhume le nez dans le mouchoir. Et si pour sa faire opérer d'une dent de sagesse ou pour subir une intervention ambulatoire de 24h il faut sacrifier un jour de rémunération, alors c'est un frein supplémentaire pour l'accès aux soins.

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Et puis un arrêt de travail est d'abord décidé par un médecin ; ce n'est pas le salarié qui s'arrête de lui-même. Si la sécurité sociale exerce sur les médecins une vigilance suffisante, alors il ne devrait pas y avoir d'abus dans les arrêts de travail. Et chacun doit pouvoir accéder aux soins dont il a besoin pour vivre le plus longtemps en bonne santé.

Or, pour la droite, raboter les acquis sociaux des salariés, des chômeurs, des étudiants ou des retraités est comme la quête du Saint Graal, une soif inassouvie pour un modèle de société où dépendre de la solidarité nationale serait culpabilisant. Et attention, car le parti du social-libéralisme n'est pas loin de succomber à la même tentation ; pour faire des économies ...

19:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

07/11/2014

La jeunesse, totalement incomprise par ce gouvernement anachronique

C'était une promesse de campagne du candidat François Hollande : «Je veux redonner confiance dans l’avenir et retrouver la promesse républicaine, et d’abord pour notre jeunesse». Et dans son livre programme de février 2012, titré "Changer de destin", François Hollande précisait : «La jeunesse est la grande sacrifiée de la société française (...) C’est pourquoi j’ai décidé d’en faire la grande cause de cette élection».

Puis cette ambition pour la jeunesse s'est ensuite déclinée sur deux axes, le premier concerne l'emploi des jeunes (contrat de génération, emplois d'avenir, ...), et le second l'école avec le recrutement de 60000 postes dans l’Éducation nationale.

Mais la jeunesse n'a plus confiance dans cette classe politique qui l'invite uniquement à revivre "Les Temps modernes" de Charlie Chaplin (1936). Alors que pendant toute l'enfance les jeunes ont accès de plus en plus facilement à des équipements, à des services et à des outils modernes qui rendent la vie en société plus agréable, plus confortable et plus égale, le passage à la vie active est évidemment un choc. Et les jeunes sont nombreux à refuser cette société-là ...

Un premier exemple de jeunesse qui aspire à un autre monde, ce sont tous ceux qui militent pour l'environnement, une cause que eux ne négligent pas. Les plus radicaux d'entre eux se retrouvent sur les zones à défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes ou de Sivens, et ils ressemblent à nos enfants. Cela me permet d'ailleurs de rendre hommage à Rémi Fraisse, ce jeune de 21 ans tué par les gendarmes le 26 octobre 2014.

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Ces jeunes alternatifs sont la cible constante des forces de l'ordre, leurs actions étant même parfois assimilées à du terrorisme par les pouvoirs publics. Souvenons-nous de Michèle Alliot-Marie en 2008 ! Madame la ministre de l'intérieur voyait dans ce groupe d'intellectuels vivant à Tarnac "une structure à vocation terroriste" issue d'un mouvement "anarcho-autonome d'ultra-gauche" ...

Mais à côté de ces jeunes qui vivent collectivement en marge de notre société consumériste mondialisée, d'autres font le choix d'une radicalisation religieuse. Dans l'Hérault, beaucoup restent encore sans voix devant l'information de ces quatre jeunes de Lunel qui sont morts en Syrie le 19 octobre. Au total, c'est un groupe d'une dizaine de jeunes qui ont grandi à Lunel, qui ont été à l'école de la République et certains d'entre eux ont même une belle réussite scolaire et un avenir professionnel, et qui sont partis en Syrie cette année.

Se convertir à l'islam et se radicaliser au point de ne trouver de sens à sa vie qu'en allant mourir en guerre sainte, ça constitue un échec de notre société moderne. Et il ne s'agit pas que d'un phénomène de cités ; des jeunes de toutes les classes sociales et de tous les territoires sont concernés. Il s'avère néanmoins que le basculement dans un islam fondamentaliste correspond souvent à un passage à vide existentiel, comme ce jeune breton tué ce 5 novembre et qui s'était convertit à l'âge de 13 ans alors que ses parents divorçaient.

Les statistiques nationales révèlent aussi un accroissement des actes de violence chez les jeunes, violences contre eux-mêmes, violences entre eux et violences contre les biens et les personnes dans les espaces privés comme publics.

Quel avenir proposons-nous à notre jeunesse ? Aucun ! Enfin, comme nos gouvernements n'ont de projets que pour les entreprises, il faudrait que les jeunes trouvent à s'épanouir dans un cadre professionnel ... Mais à défaut de travail, ce sont donc les jeunes eux-mêmes qui aspirent à construire une société plus en adéquation avec leurs idéaux. Alors, pourquoi ne pas les y aider ?

19:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

01/11/2014

La gauche française est éclatée, mais qu'en est-il de la gauche mondiale ?

Le journal Libération a publié le 26 octobre la synthèse d'une étude commandée à la société d'études et de conseil Viavoice sur l'identité de la gauche (cf. rapport d'étude) ; et Libération d'en conclure que le peuple de gauche est une famille décomposée.

Cette étude vient percuter la théorie selon laquelle il n'y aurait plus de gauche ou de droite, mais qu'il y aurait des mouvements anti et pro-système, anti ou pro-mondialisation, etc. La proximité politique d'un Manuel Valls et d'un Alain Juppé alimente cette confusion des genres, et Libération a bien du mérite à vouloir faire perdurer une "famille de gauche".

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La carte ci-dessus dessinée par Libération représente des composants aujourd'hui non réconciliables ; trop de valeurs fondamentales propres étant des casus belli. D'Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon, c'est l'adhésion au système économique dominant qui en fait des adversaires durables. Idem entre des écologistes et des communistes sur le productivisme ou le consumérisme ; si pour les premiers le monde pourra toujours produire et consommer plus, nourrissant le dogme de la croissance infinie, les seconds alertent sur la finitude de notre planète. Et cette gauche-là serait bien incapable de présenter un programme commun pour la prochaine mandature 2017-2022.

De l'autre côté de l'échiquier politique, la droite pourrait aussi se répartir sur deux axes ; un premier axe "pro ou anti-système économique et social", et un second axe "nationalisme et protectionnisme". Et là aussi nous observons des conflits irréconciliables entre les composants de la droite.

Mais ces agitations politiques ont-elles l'importance que les médias leurs accordent ? Les français ont le sentiment que leur avenir dépend de moins en moins des politiques, et que les grandes orientations économiques et sociales, sous couvert d'intérêts financiers mondialisés, se discutent dans des salons feutrés entre grands de ce monde. Il y a un siècle, c'est le communisme qui a agrégé toutes les formes de contestation contre le système mondial ; Jaurès refusait la guerre où les prolétaires des pays en conflit ne sont que de la chair à canon pour les intérêts du capitalisme. Cette capacité internationale du communisme à être une force de contestation puissante a aujourd'hui totalement disparue. Les politiques d'austérité menées ces dernières années ont vu se développer des mouvements contestataires en Grèce, en Espagne et en Italie, mais même à l'échelle européenne la famille des contestataires reste difficile à fédérer. Et s'il continue d'y avoir des mouvements contestataires, sur tous les continents du monde et pour des sujets sociaux ou environnementaux, il manque un réel contre-pouvoir au système.

Il faut d'ailleurs noter que le renforcement des pouvoirs et des compétences accordées aux régions rend plus difficile encore la synthèse des courants politiques. La réforme territoriale voulue en France par le gouvernement de Manuel Valls vise à construire "des régions stratèges qui pourront faire face à la compétition mondiale". Chez nos voisins proches, la compétition entre régions est féroce. En Allemagne, certains länders "riches" rechignent de plus en plus à aider les plus "pauvres". En Espagne, la volonté d'autonomie de la Catalogne s'accompagne aussi d'un rejet d'alimenter sans fin et sans contrepartie l'économie espagnole ...

Alors, à quand un même sondage à l'échelle mondiale ? Avec Evo Morales, Rafel Correa, Pablo Iglesias Turrión, Alexis Tsipras, ... pour illustrer la carte des gauches mondiales ...

viavoice.JPG

16:52 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gauche mondiale