Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

08/12/2014

Pôle Métropolitain de Montpellier, une démarche associative (au début)

C'est devant une vingtaine d'élus du Clermontais que Philippe Saurel est venu présenter vendredi dernier son projet de Pôle Métropolitain (PM).

      

Après avoir informé les élus de la méthode et des étapes qui ont permis la création de la Métropole de Montpellier, de façon démocratique et après délibération des conseils municipaux des 31 communes de l'Agglomération, le Président de Montpellier Agglomération a expliqué son projet de Pôle Métropolitain.

Ses explications figurent déjà dans ma précédente note sur le sujet, mais Philippe Saurel a apporté des précisions intéressantes. Tout d'abord sur la forme, car ce Pôle Métropolitain pourrait [par la loi MAPAM] être un syndicat mixte réunissant tous les EPCI qui le souhaitent, avec une gouvernance minimale si nécessaire, mais avec au moins une existence formelle. Là, Philippe Saurel a indiqué que cela pourrait prendre la forme d'une simple association, voire même d'une association de fait, sans aucune administration et sans aucun budget, et avec une réunion semestrielle de la trentaine de présidents d'EPCI concernés. Le but de Philippe Saurel est de réunir une trentaine de présidents d'agglomérations, qui représentent chacun quelques dizaines de maires, afin d'agir de façon coordonnée dans l'intérêt de notre actuelle région. Car le Pôle Métropolitain de Philippe Saurel va d'Alès à Narbonne et de Millau au Vigan.

Cette forme d'association minimaliste évite les querelles de leadership et elle permet de fonctionner efficacement sans contrainte financière, mais elle délègue de facto toutes les questions d'intendance à Montpellier. Quel numéro de téléphone pour le Pôle Métropolitain ? Celui de Philippe Saurel. En fait, le Président de l'Agglomération de Montpellier est le fondateur et l'ambassadeur du Pôle Métropolitain pour l'extérieur, et son animateur en interne. Tiens, ça me fait penser au roi Arthur, aux croisades, aux chevaliers de la table ronde, à la quête du Graal, etc.

Mais revenons à la rencontre. Nous avons été deux élus, avec Bernard Fabreguette (de Clermont l'Hérault), à évoquer le rôle clé que joue aujourd'hui le Pays Cœur d'Hérault pour les trois intercommunalités du Lodévois-Larzac, du Clermontais et de la Vallée de l'Hérault, et nous souhaitions que ce soit le Pays qui fasse le lien avec le Pôle Métropolitain. Mais Philippe Saurel a rejeté cette place du Pays que nous voulions réaffirmer, car pour lui le Pays ne devrait pas exister ; ou en tous cas, il ne devrait pas être cet interlocuteur que nous souhaitions. Le Pays ne lève pas l'impôt et ses membres ne sont pas élus par les citoyens, c'est donc une structure intercommunale de circonstance, mais en aucun cas un interlocuteur politique.

Les trois intercommunalités du Cœur d'Hérault devraient donc continuer de coopérer au sein du Pays, structure que la loi MAPAM permet de transformer en Pôle d’Équilibre Territorial et Rural (PETR) pour contrebalancer en zone rurale le poids des métropoles ; et ce PETR du Coeur d'Hérault pourrait se réunir tous les six mois autour de Philippe Saurel pour s'entendre sur des orientations régionales de premier ordre. Car l'union des élus que sous-tend le projet de Philippe Saurel est justifiée, surtout dans la fusion avec Midi-Pyrénées où il faudra souvent faire preuve de solidarité régionale. En tout cas pour la partie orientale du Languedoc. J'ai ainsi évoqué en réunion le risque de voir partir vers Toulouse les directions régionales des services déconcentrés de l’État (DREAL, DRAC, DRAAF, DIRECCTE, DRFIP, ARS, Rectorat, ...), éloignant ainsi un peu plus les centre de décision de nos communes, et voilà bien un exemple de combat qui ne peut se mener qu'en union. Mais il en est de même pour la ligne à grande vitesse, pour les subventions européennes, etc.

En conclusion, la démarche de Philippe Saurel est naturelle du point de vue d'un Président de Métropole, et donc depuis une aire urbaine qui rayonne sur toute notre actuelle région, mais les territoires ruraux requièrent d'autres modes de gouvernance pour d'autres dynamiques territoriales. Et là, c'est bien la future région qui, avec son schéma régional d'aménagement durable du territoire (SRADT), assurera le développement équilibré et coordonné des espaces urbains et des espaces ruraux.

Et pour le Cœur d'Hérault, il est urgent de transformer le Pays en PETR, de la même façon que Philippe Saurel propulse son PM ; la première réunion des Présidents d'agglomération du Pôle Métropolitain devrait se tenir au printemps 2015.

03/12/2014

ZADisme ou Démocratie ?

Le phénomène tend à se généraliser, celui du ZADisme. Les ZAD sont des Zones A Défendre qu'occupent des citoyens qui ne se reconnaissent plus dans les codes et dans les règles communes qui régissent la vie en société. Ces ZADistes ne sont pas nécessairement des personnes non intégrées dans une vie sociale, professionnelle ou familiale, mais ils prennent plus que d'autres la mesure de l'impasse dans laquelle toute notre société dite moderne s'engouffre les yeux fermés. Rémi Fraisse était l'un d'eux.

Le ZADisme se caractérise par l'occupation d'un site sur lequel la société veut réaliser un projet qui est le fruit de tous les conformismes économiques, technologiques, démocratiques et financiers, projet qui écarte d'un revers de main tous les enjeux humains et environnementaux. Et l'opinion publique (*) reproche à ces ZADistes de prendre la démocratie en otage ; une petite minorité de citoyens militants, déterminés et bien organisés bloquent tous les processus administratifs et contractuels légitimement adoptés par des assemblées d'élus. Par ailleurs, une ZAD n'est pas qu'une barricade dressée contre l'autorité, elle est aussi un lieu de vie qui tend à démontrer que des alternatives existent.


A l'été 2011, la Salamane aurait pu devenir une ZAD. L'association de la Salamane avait organisé une grande manifestation sur les parcelles de Roland Sanchez, parcelles qui sont dans le périmètre de la ZAC, et de nombreux collectifs étaient venus pour débattre et pour constituer une convergence des luttes contre l'artificialisation de nos terres agricoles (Jardins de Bonne Terre à Pézenas, l'Hinterland de Poussan, les Gardiens de la Gardiole de Fabrègues, ...). Mais d'autres militants plus radicaux avaient contacté les organisateurs pour venir occuper le site de la Salamane, et en faire une ZAD comme à Notre-Dame-des-Landes. L'association de la Salamane avait rejeté cette proposition, naïvement confiante dans les autres moyens de lutte qu'elle déployait depuis deux ans (dans les médias, aux élections, devant la justice, au sein des assemblées d'élus, ...). Mais finalement, l'association de la Salamane n'a pas réussi à convaincre et nous avons au bord de l'A75 une aire de 70 hectares qui est un abîme financier pour la Communauté de communes qui porte ce projet, en plus d'être une horreur paysagère et le totem d'un urbanisme prédateur.

Mais désormais, les ZAD sont appelées à se multiplier. Ainsi, à Roybon en Isère, une ZAD s'est récemment constituée sur le site d'un projet de village de vacances Center Parcs. Les opposants au projet mettent en avant des atteintes environnementales, des risques sur la nappe phréatique, mais aussi de l'argent public (via des mesures de défiscalisation et des investissements municipaux) qui finance un projet privé. Les élus écologistes se sont opposés à ce projet dès le départ. Aujourd'hui, ce sont les élus communistes du Conseil général de l'Isère qui sortent du rang, et puis le Président socialiste du Conseil régional de Rhône-Alpes qui devait y mettre 7 millions d'euros ... Cf. article de L'OBS sur la ZAD de Roybon.

Manifestation des opposants au projet de Center Parcs à Roybon en Isère le 30 novembre 2014 (PHILIPPE DESMAZES / AFP)Manifestation des opposants au projet de Center Parcs à Roybon en Isère le 30 novembre 2014 (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Le gouvernement ne sait plus trop bien sur quel pied danser ... Fin novembre, en clôture de la conférence environnementale à l’Élysée, François Hollande avait annoncé que tous ces projets devaient être plus respectueux de la démocratie locale, qu'ils devaient être expliqués aux citoyens et que le recours au référendum local devait s'inscrire dans le processus de décision. Mais les ministres du gouvernement de Manuel Valls sont de la vieille école. Interrogé en début de semaine par un député de l'Isère, Bernard Cazeneuve a déjà donné sa position : « [...], il faut aussi que les principes de la République soient mis en œuvre de façon claire, nette et sans ambiguïté. Lorsque des élus légitimement et démocratiquement élus conduisent des projets qui ont franchi toutes les étapes du droit, ces projets doivent pouvoir se mettre en œuvre au terme des discussions que j'évoquais à l'instant ». Et interrogée ce mercredi par la député EELV Michèle Bonneton lors des questions au gouvernement, Ségolène Royale lui a répondu : « On peut concilier la création d'activités et d'emplois et le respect des règles de protection de l'environnement ».

Les processus démocratiques empruntent des voies trop éloignées du quotidien des populations. Les décisions se fondent sur des études confiées à des sociétés de conseil et d'ingénierie, les procédures se déroulent dans la discrétion des commissions d'élus, les personnes publiques concernées sont consultées sans publicité (services d'incendie et de sécurité, services départementaux du ministère de l'écologie, chambre d'agriculture, ...) et les financements publics se cantonnent exclusivement à la création et à la préservation de l'emploi. Mais notre environnement se dégrade tous les jours sans que le chômage de masse ne dévie de sa courbe ascendante ... Alors il n'est pas étonnant que tout cela révolte, et les jeunes sont les premiers à le manifester avec passion.  Petit à petit, espérons qu'il y aura de plus en plus de Jean-Jack Queyranne parmi nos élus locaux.

- - - - - - - - - - -
(*) Opinion publique : Des notables qui s'appuient sur la communication institutionnelle de leurs collectivités territoriales et sur une presse peu critique pour asséner un point de vue que les citoyens finissent par faire leur.

30/11/2014

Le Pen / Sarkozy, deux méthodes et deux messages opposés à l'occasion de leur prise de leadership interne

Ce week-end aura été marqué politiquement par l'élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP et par celle de Marine Le Pen à la tête du Front National. Mais sur le fond comme sur la forme, ces deux accès au leadership de leur formation politique diffèrent considérablement.

Pour l'UMP, la procédure suivie par les militants était un vote électronique en 24 heures qui a réuni 155.801 suffrages. Nicolas Sarkozy obtient 64,5% de ces suffrages, devant Bruno Le Maire avec 29,18% et Hervé Mariton avec 6,32%. Mais cette élection ne conforte pas Nicolas Sarkozy dans un rôle de patron incontesté de l'UMP, et les prochains mois lui imposeront de composer avec de nombreux cadres de sa famille politique.

Crédits photo : GONZALO FUENTES/REUTERS

Au FN, c'est par un vote par correspondance que les militants ont apporté leur suffrage à l'unique candidate au poste de président(e) du parti ; Marine Le Pen a recueilli 22.312 voix, et donc 100% des suffrages exprimés. Elle est donc reconduite dans son second mandat de présidente du FN, et elle incarne le rôle de patronne incontestée tout en poursuivant la mainmise du clan Le Pen sur cette formation.

Embrassade lors du congrès du FN, à Lyon.Crédits photo : © JEFF PACHOUD / AFP

Et si Nicolas Sarkozy a ponctué cette accession à la présidence de l'UMP par deux brèves apparitions (à son local de campagne samedi soir et au 20h de TF1 dimanche soir), celle de Marine Le Pen était inscrite à l'ordre du jour du XVème Congrès du Front National à Lyon ; et elle a enflammé une assistance galvanisée par un discours très politique, à la tribune avec tous les cadres de son parti.

Personne ne connait aujourd'hui le programme de Nicolas Sarkozy ; il est revenu parce ce que c'était soi-disant son devoir et une nécessité pour la France, mais sa courte campagne à cette investiture interne n'a rien dévoilé de nouveau. Et pourtant, il dit qu'il a changé ... Cette élection a le goût de l'inachevé, de l'incertain et il y aura encore de nombreux épisodes à ce feuilleton. Et puis l'UMP ne semble faire écho qu'à des problématiques sociétales et urbaines, très loin de ce qui préoccupe les français qui vivent loin des métropoles. A l'inverse, Marine Le Pen a ressassé dimanche après-midi les thèmes stratégiques du Front National : la mondialisation, l'Europe, l'immigration, la République, la laïcité, le social et la démocratie. Elle dit représenter le peuple et elle attaque : « Messieurs Sarkozy et Hollande, vous avez tout raté ! Messieurs Sarkozy et Hollande, il vous a été confié un trésor, la France ; un diamant, son peuple ; et vous avez abîmé l’un et abandonné l’autre », dénonce-t-elle.

Bref, Marine Le Pen va dérouler tranquillement sa feuille de route pour la présidentielle de 2017 alors que Nicolas Sarkozy s'apprête à suivre un parcours semé d'embuches. Elle affirme qu'elle sera au second tour de cette présidentielle-là, et elle y sera très certainement. Elle rejette ce système qui divise, qui appauvrit et qui inquiète la majorité des français, et elle est pour cela en phase avec l'opinion. De son côté, Nicolas Sarkozy n'est que l'un des hérauts de ce modèle dominant.

La présidentielle de 2017 verra certainement s'affronter un représentant du système et un représentant de l'anti-système. En France, c'est Marine Le Pen qui incarne majoritairement cette opposition, alors qu'en Espagne par exemple c'est la formation Podemos qui représente l'alternative au système. Le Front National se cantonne dans une contestation nostalgique qui se nourrit de clivages opportunistes, Podemos ouvre des pistes nouvelles pour changer de modèle. C'est aussi ce que propose l'écologie politique, mais elle pâtit de l'attitude de ses représentants politiques qui peinent à échapper à l'arène nationale.

Personnellement, j'estime que les pouvoirs doivent se reprendre localement, à l'échelle des bassins de vie et en coordination avec les territoires voisins, le tintamarre parisien tient plus du spectacle que de la vie réelle ...