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25/03/2015

Urgence démocratique : il faut renouer les liens entre élus et citoyens pour endiguer le rejet électoral

Les citoyens sont de plus en plus nombreux à refuser le système politico-économique qui leur est imposé, et ils l'expriment par une abstention croissante aux élections, ou pire encore par un vote de défoulement. J'ai regardé les chiffres de Paulhan, et depuis un peu plus de 10 ans il n'y a qu'un paulhanais sur deux qui va voter. Et si j'additionne les votes du Front National aux abstentionnistes, synonymes d'une même démarche de rejet de ce système politique, alors il ne reste plus que trois paulhanais sur dix qui vont voter pour un candidat ou pour une liste portant un projet déterminant pour leur avenir.

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Dans cette analyse, j'exclue l'élection présidentielle et l'élection municipale où il s'agit de désigner un chef, un maire ou un président. Là, la campagne électorale se réduit trop souvent à un combat de personnalités et les électeurs s'en satisfont. Par contre, quand il s'agit de se prononcer sur un projet, et c'est le cas aux élections européennes, régionales, départementales et même législatives, alors le citoyen s'estime trop éloigné, trop rejeté par le système pour lui apporter son vote.

Tableau_FN_Paulhan.jpg

Mais les candidats et les élus continuent de ne s'adresser qu'à cet électorat qui leur est réceptif, exhortant les autres à voter ou à revenir dans le droit chemin. Or, ce corps électoral conformiste se rétrécie de scrutin en scrutin, et c'est la légitimité démocratique de nos représentants qui est alors mise en cause.

Les réussites de Syriza et de Podemos ont donné des espoirs aux formations de gauche qui revendiquent la rupture avec le social-libéralisme mis en œuvre dans la majorité des pays d'Europe, mais nos partis politiques restent malgré tout fortement ancrés dans le système politique en place. Syriza et Podemos sont à la croisée de formations politiques radicales et de mouvements sociaux qui sont nés en réaction aux politiques d'austérité en Grèce et en Espagne (cf. mouvement des indignés). En France, la volonté politique de rupture d'un Jean-Luc Mélenchon ou d'un Olivier Besancenot n'a pas rencontré de mouvement social suffisamment porteur pour que se développe une alternative politique à gauche du PS.

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Raoul Marc Jennar a diffusé hier sur son blog Médiapart une remarquable analyse sur l'échec du Front de gauche. Il y fait le constat que « les partis à gauche du PS font naître un espoir, mais que leurs pratiques déçoivent », et « ils ne font pas partie de la solution ; ils font partie du problème ».

Ce sont les partis politiques qui sont désormais le problème ! D'autres formes de structuration de notre vie démocratique sont envisageables. Il ne faut pas essayer de "recopier" des modèles, il faut au contraire inventer les nôtres. D'ailleurs, les modèles comme celui de Podemos ne sont pas sans défauts ! Il y avait en début d'année un excellent article dans le Monde diplomatique sur Podemos, ce parti qui bouscule l'Espagne.

Dans mon parcours politique, qui s'est toujours inscrit dans les codes classiques de la pratique politique, la campagne des élections régionales de 2004 et les premiers temps du mandat régional ont été une expérience particulière. Prenons le cas des meetings électoraux ; ils sont souvent très codifiés avec des élus qui apportent leur soutien et des candidats qui présentent leur programme (et leur bilan pour les sortants). Les meetings de Georges Frêche faisaient intervenir des personnes de la société civile, un ostréiculteur, un vigneron, un écrivain, un chef d'entreprise, un enseignant, etc. Je pourrai même dire que Georges Frêche n'avait pas beaucoup d'estime pour ses pairs, il préférait aller chercher dans la société civile des personnes ou des projets qui allaient éclairer sa route. Et Georges Frêche accumulait les succès électoraux, semant la zizanie au sein de toutes les formations politiques de gauche comme de droite, et se plaçant au-dessus des partis. Sur ses traces, c'est aujourd'hui Philippe Saurel qui reprend cette stratégie et qui rencontre d'ailleurs un écho assez favorable. Aujourd'hui sur Montpellier, ce sont ses "candidats citoyens" qui sont au second tour des départementales face au FN dans 4 cantons sur 5 ; balayés les candidats de gauche, de l'écologie, du PS et de l'UMP.

Mais il faut faire attention de ne pas tomber dans le culte de la personnalité ! Ces personnages ambitieux et visionnaires ne sont toujours que des hommes, et avec parfois des défauts insupportables. C'est leur démarche que je décrypte ici, ce n'est ni leur charisme ni leurs orientations politiques dont je m'inspire.

Assistant ce soir à une réunion publique des candidats socialistes sur le canton de Clermont l'Hérault, j'ai entendu des candidats et des élus (maires, conseiller général sortant et sénateur) mettre l'accent sur les relations privilégiées entre le conseiller départemental et les maires de sa circonscription. A aucun moment les candidats ne précisent leur interaction personnelle future avec leurs concitoyens, sauf au travers des missions du Conseil départemental dont ils votent les budgets et les programmes. Oui, ces nouveaux cantons comptent de 20.000 à 40.000 électeurs pour seulement deux conseillers départementaux, et c'est ce ratio qui fonde le principe de démocratie représentative, mais faut-il s'en contenter ?

Pour sortir de cette impasse démocratique, plusieurs alternatives sont envisageables. Je viens d'en citer quelques-unes, et je pourrai par exemple développer les avantages du tirage au sort, mais en réalité il faut développer une démarche en adéquation avec chaque territoire. Ce qui peut s'entreprendre à Mauguio ne marcherait pas forcément à Montpellier, et ce qui se fait en Lozère ne serait pas toujours réplicable sur les territoires ruraux du nord de l'Hérault.

Aussi, au lendemain de cette séquence électorale, il est urgent de concevoir et de mettre en œuvre des outils de gouvernance contributive qui réconcilient les citoyens avec leurs élus, qui démystifient les processus délibératifs et qui sauvent la démocratie.

24/03/2015

Les chiffres "manipulés" du score d'EELV aux départementales

Dès dimanche soir, et les médias continuent de marteler ce chiffre, les écologistes étaient donnés à 2% de voix à l'occasion du premier tour de ces départementales. Et de là toutes les railleries et, pire, des analyses d'éditorialistes ou de chroniqueurs qui annoncent la fin du parti Europe Ecologie Les Verts. Le pompom est décroché par quelques responsables d'EELV qui instrumentalisent ce chiffre pour régler leurs comptes.

Mais pourquoi ce chiffre de 2% serait-il erroné ? Car quand même, il est donné par le Ministère de l'intérieur dans un résultat officiel diffusé sur son site Web :
4630335_ide-departementales-150323-resultats-histo-01.jpgLa "manipulation", diront certains, a deux origines. La première est qu'il n'y a pas des candidats EELV dans les 2054 cantons français, et la seconde que les binômes sont "étiquetés" selon leur composition et que seuls les binômes 100% EELV sont comptabilisés par les services de l’État.

Prenons le cas de l'Hérault, où le site Web de la préfecture affiche un 5,37% pour les binômes EELV du département. Mais ce chiffre de 5,37% s'obtient en rapportant les 20.640 suffrages obtenus par ces 12 binômes sur les 384.146 exprimés dans les urnes de tout le département, soit sur la totalité des 25 cantons. Or, si déjà les suffrages de ces 12 binômes n'étaient rapportés que sur le  total des exprimés sur les seuls cantons où ils étaient candidats, soit 182.650 suffrages, alors le rapport passe à 11,30%. Par ailleurs, sur les 17 cantons où des écologistes participaient à des binômes, 9 étaient totalement EELV, 5 l'étaient avec le Front de gauche et 3 avec le PS ou le PRG. Et si nous rapportons les résultats de ces 17 binômes où des écologistes étaient présents sur le total des bulletins exprimés sur ces cantons, alors le résultat passe à 13,3%.

Le détail de ces suffrages par binômes étiquetés est donné dans le tableau ci-joint : tableau.pdf.

Il est effectivement difficile d'extrapoler le résultat de 12 ou de 17 cantons aux 25 cantons de l'Hérault, mais on ne peut quand même pas faire comme s'il n'y avait aucun électeur écologiste sur la moitié des cantons du département ! En réalité, ce sont les interprétations de toutes les élections à scrutin uninominal qui peuvent devenir manipulatoires, et chaque camp avance sa propre interprétation. Pour le gouvernement, c'est clairement de marginaliser les formations de gauche et écologistes qui contestent ses décisions.

Le dernier scrutin de listes à la proportionnelle dans l'Hérault est celui des européennes de 2014 où la liste conduite par José Bové avait réalisé 12,62% des suffrages exprimés, soit 43.047 voix. C'est bien plus conforme aux résultats "redressés" que j'ai proposé ici.

Les services de l’État ont du reprendre l'adage selon lequel il n'est pas nécessaire de boire toute la soupière pour savoir si la soupe est assez salée, une cuillère y suffit, mais ils ont oublié qu'il fallait bien remuer la soupe auparavant ...

23/03/2015

Le jour d'après ...

La première réaction au lendemain de ce scrutin départemental dans le 11ème canton de l'Hérault, celui de Lodève, c'est de remercier les 1282 citoyens qui ont choisi de voter pour un projet écologiste, d'affirmer le souci de préserver notre environnement, de formaliser leur volonté que tout projet de société doit mettre l'homme au cœur des politiques publiques, de refuser la marchandisation des biens communs, de revendiquer un égal accès aux soins, à l'éducation, au logement, aux transports, à une alimentation saine, aux œuvres culturelles et à l'emploi. Ce ne sont pas quatre candidats qui ont obtenu 8,56% des suffrages exprimés ce dimanche, mais un projet politique d'intérêt général. Aussi, ce n'est pas pour les quatre personnes qui se présentaient sous l'étiquette écologiste et citoyenne que nous avons un brin d'amertume, mais c'est bien pour le projet que nous portons.

Est-ce un échec ? Non, certainement pas ! Car une élection est un moment privilégié où des candidats se heurtent à des réalités du terrain qu'ils rencontrent rarement, qu'ils échangent avec des citoyens enthousiastes ou désespérés et le rendez-vous déterminant n'est pas seulement pour les jours de scrutin, mais pour tous les jours d'après.

L'analyse partagée par tous les observateurs est que l'abstention marque ce premier tour des départementales. Et j'ajoute les électeurs du Front National à l'ensemble des électeurs qui rejettent les projets politiques des partis républicains. Aussi, il n'y a que 39% des électeurs inscrits sur les listes électorales du 11ème canton qui ont porté leur voix sur un programme et sur des candidats qui avaient des engagements concrets pour notre département, tous les autres ont manifesté leur rejet de ce système politique-là. Et nous les avons rencontrés sur les marchés, demandant à avoir en face d'eux les ministres qui les laissaient ainsi dans l'impasse. « Pourquoi voter pour un système qui ne fait rien pour nous ? ».

Mais c'est la peur qui a guidé les électeurs ce dimanche 22 mars ... Pour les uns, c'est la peur de perdre leur emploi, la peur de panne d'avenir pour leurs enfants, et la peur entretenue de tous les bouc-émissaires connus qui conduit à l'abstention ou au vote FN. Et pour d'autres, c'est la peur du score du FN qui justifie un vote utile. Pour l'anecdote, il y a des communes de ce canton où les écologistes font habituellement des scores très élevés, à Celles, à Olmet-et-Villecun, à Montoulieu, à Lauret, etc. Ce sont de petits villages dont les scores ne renversent pas les tendances de fond, mais ils sont des marqueurs intéressants. Et ce 22 mars, la peur que la gauche ne figure pas au second tour a motivé un vote utile.

Alors notre activité à venir ne sera pas de grenouiller dans tous les sens pour viser d'autres élections, pour nouer d'hypothétiques alliances et pour gagner des sièges d'où nous professerions des idées savantes, car la fonction politique n'est pas d'être savante mais bien garante du lien qui s'établit dans la société. Nous devons entretenir des relations et produire des arbitrages. C'est ce que nous voulons faire au travers des Fabriques Citoyennes ! Ce sont nos valeurs qui doivent en transparaître dans cette démarche, et pas nos idées qui appartiennent à beaucoup plus que nous ne sommes. Nous n'avons pas à être des penseurs, mais des agents de cohésion entre toutes les composantes de notre société. C'est le challenge que nous devons réussir pour que les citoyens se réapproprient leur démocratie.

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Une Fabrique Citoyenne ne doit pas être un outil politique, une nouvelle forme d'alibi politique qui affranchirait les élus d'entreprendre une vraie démarche de gouvernance contributive ; elle doit faire écho à une réelle demande des citoyens. Cette campagne nous a révélé que les demandes étaient là, car les gens veulent retrouver le chemin d'une démocratie vivante, ils veulent être entendus et ils veulent que leurs élus viennent à leur rencontre. Je vous informerai sur mon blog des suites qui seront données à cette démarche innovante.

Ci-joint le tableau des résultats du 1er tour, avec une décomposition par ancien canton, plus proche des actuelles intercommunalités : tableau.pdf