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03/06/2016

Laurent Berger attise le feu allumé par Valls ...

Jeudi 2 juin, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger était l'invité de la matinale de France Inter ; ses explications étaient fortement attendues après que seul son homologue de la CGT Philippe Martinez ait occupé le terrain depuis plusieurs semaines. Comment un syndicaliste allait-il pouvoir justifier son soutien à un texte de loi qui est considéré par une majorité de Français comme une régression sociale ?

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Laurent Berger défend le syndicalisme d'entreprise ! Il s'inscrit dans l'air du temps, c'est à dire de plus de proximité entre le lieu de la décision et le lieu de l'action ; cela vaut autant sur le terrain politique que social. En théorie, ce propos se défend tout à fait, car ce sont bien les salariés d'une entreprise qui sont les plus à même de négocier des accords sur l'organisation du temps de travail ou sur leurs salaires. Mais il n'y a pas dans toutes les entreprises de délégués du personnel ou de délégués syndicaux en mesure d'engager un véritable rapport de force avec leur direction. Et le chantage à l'emploi, à la fermeture et la recherche de compétitivité seront toujours mis en avant par les dirigeants d'entreprise pour grignoter des acquis sociaux. Pour un(e) salarié(e), les acquis sociaux sont des droits hérités de longues luttes syndicales ; le temps de travail, les jours fériés, le salaire minimum, la médecine du travail, la formation professionnelle, ... ; ce sont des progrès sociaux qui font de la population active Française l'une des plus productives et des mieux formées au monde. Mais pour le patronat, tous ces acquis sociaux sont des charges ... et donc des coûts négociables.

Mais je crains que la position adoptée par Laurent Berger soit celle du pompier pyromane. Il attise le feu sur le code du travail pour s'implanter dans les entreprises comme garant ce ses acquis sociaux. Et tant pis si certaines branches professionnelles sont mises à mal, soumises à un dumping social sauvage en leur sein, ou que des salariés de toutes petites entreprises (TPE) soient assujettis à leur patron ... la CFDT ira à la conquête des entreprises, expliquant aux salariés que c'est dans chacune d'entre elles qu'il faut se syndiquer pour sortir gagnants des accords d'entreprise.

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L'inversion des normes sociales est un acte politique majeur, il bouleverse tout le champ de la protection sociale des salariés. Aujourd'hui, quand un accord de branche est adopté entre les syndicats de salariés et ceux du patronat, ce sont toutes les entreprises de cette branche qui en bénéficient et tous leurs salariés, même ceux qui ne sont pas syndiqués. Alain Lipietz a publié sur son blog une note très instructive sur les sociales-démocraties classiques de l’Europe du Nord, « de droit germanique », et sur des pays comme la France, « de droit romain ». Les premiers donnent la primauté au contrat social quand les seconds fondent leur droit social sur la loi. L'idée que la France pourrait tendre vers ce « droit germanique », pour négocier à la Gerhard Schröder (cf. plans Hartz), nécessiterait au préalable que la syndicalisation se généralise. Pour ça, des pays confient des missions aux syndicats qui nécessitent que les salariés se syndiquent pour en bénéficier ; je ne vois pas Hollande, Valls, Sarkozy ou Juppé donner des moyens à la CGT, à Sud ou à FO de se renforcer dans les entreprises. Et comme le signale Alain Lipietz, ce fameux modèle germanique prend du plomb dans l'aile avec l'Europe. Ainsi, une entreprise estonienne installée en Suède n'a pas souhaité adopter les accords de branche. La Cour de Justice Européenne de Luxembourg a estimé dans ce cas-là que si la Suède ne voulait pas permettre à une entreprise de ne pas adhérer à une fédération patronale, alors il fallait qu'elle ... vote une loi !

Aujourd'hui, personne n'est en mesure d'expliquer en quoi cette réforme du code du travail permettrait de créer des emplois ou d'améliorer le pouvoir d'achat des salariés pour relancer la demande. Le bras de fer que le gouvernement a engagé avec les syndicats relève d'abord d'une tactique politique : montrer à l'opinion que la droite si elle revenait au pouvoir ne pourrait pas faire mieux. Et après l'échec de la révision de la constitution sur la déchéance de nationalité, Hollande et Valls ne peuvent plus se permettre de renoncer ... N'y cherchez pas le souci de l'intérêt général, seul leur intérêt électoral personnel est en jeu :=(

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Mais en écoutant Laurent Berger sur France Inter, défendant son syndicalisme d'entreprise, je pensais à France Telecom, une entreprise nationale où des syndicats pourtant très puissants n'ont pas été en mesure de s'opposer à la casse économique et sociale. Des émissions, des reportages et des livres ont été consacrés à la privatisation brutale de France Telecom en 2004 ; des vies ont été brisées, et avec des drames qui restent encore dans notre mémoire (58 suicides dénombrés en septembre 2010, un salarié s'immole par le feu sur le parking de son établissement à Mérignac en avril 2011). En 2004, 4000 employés ont été formés (cf. Plan NExT) pour pousser les salariés vers la sortie (l'effectif devait être réduit de 10%, soit 22000 salariés de moins, mais il est passé de 196.000 à 167.000 entre 2005 et 2009). Mais de constater le suicide de salariés qui étaient pourtant protégés par leur statut nourrit un devoir de vigilance sociale. Non, tous les patrons ne sont pas d'impitoyables prédateurs sociaux, mais il suffit que le cadre légal permette qu'il puisse y en avoir pour s'y refuser de façon véhémente. Tous les conducteurs ne sont pas des chauffards mettant en péril la vie des autres usagers de la route, mais l'idée qu'il puisse y en avoir incite le législateur à nous doter d'un code de la route protecteur. CQFD.

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30/05/2016

Europe Ecologie Les Verts Languedoc-Roussillon - Une obligation de résultats !

Ils sont nombreux les chroniqueurs, les observateurs, les politiques et tous ceux qui préfèrent dire que faire, que ce parti Europe Écologie Les Verts vivait ses derniers jours ... Mais s'il venait à disparaître, alors quelle formation politique serait en mesure de défendre nos écosystèmes vitaux et de porter des orientations qui aspirent à un autre monde que celui d'une mondialisation dérégulée, d'un capitalisme financier vorace, d'un consumérisme qui vire à la pathologie et d'un productivisme qui ne veut être freiné par aucune contrainte environnementale ?

La baisse du nombre des adhérents d'EELV est pointée du doigt, illustration d'un soi-disant désaveu politique, mais cela provient en partie de départs organisés ainsi que d'adhérents désabusés par certains comportements délétères. La plupart des opportunistes de la politique sont partis ; certains avaient fait leurs classes depuis pas mal de temps au sein du parti (Jean-Vincent Placé, François de Rugy, Barbara Pompili, ...), et d'autres étaient arrivés en 2010 quand à la suite des européennes de 2009 le parti Les Verts a souhaité s'ouvrir à ses coopérateurs (Emma Cosse, Christophe Cavard, ...). Sont alors arrivés d'anciens socialistes, d'anciens radicaux de gauche et mêmes d'anciens communistes pour qui l'avenir dans leur ancien parti s'était obscurci. Que tous ceux-là soient partis est un bienfait pour l'écologie politique, car leurs seules aspirations étaient d'écologiser la gauche et de verdir le PS. Et pourquoi ? Juste pour s'assurer une circonscription, un strapontin dans l'arène politique ... Ils avaient fait du parti une fin en soi alors qu'il ne doit être qu'un outil de la démocratie.

En Languedoc-Roussillon, et [certainement] pour la première fois de son histoire régionale, une seule et unique motion d'orientation a présenté à son congrès du 13 mars une liste plurielle pour diriger pendant 2 ans son conseil politique régional (CPR). Les sensibilités demeurent, mais le souci partagé de disposer d'un outil politique dynamique l'a emporté. Et ces sensibilités ont eu le loisir de s'exprimer samedi 28 mai à Marseillan à l'occasion du Congrès national décentralisé du parti (en gros le premier tour du Congrès national du 11 juin à Pantin).

Trois sensibilités ont présenté des candidats pour aller au Congrès national ainsi que pour siéger pendant 3 ans au Conseil fédéral du parti écologiste. La sensibilité du Secrétaire National actuel, David Cormand, a rassemblé 66,2% des suffrages. Une seconde sensibilité affichant son ancrage à gauche a obtenu 25,5% des suffrages. La dernière sensibilité qui reste favorable à des accords avec le PS n'a réuni que 8,3% des votes.

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Ces assemblées des 13 mars et 28 mai ont à chaque fois été des moments très conviviaux, mais aussi des opportunités pour débattre et pour se remobiliser. Il n'y a plus de « Leader Massimo » à EELV-LR, et c'est sur ses militants que le parti fonde son renouveau. Nous disposons pour cela d'élus régionaux très engagés et d'un réseau de groupes locaux qui maille totalement le territoire régional. A l'occasion de la campagne des régionales, nous avons mis en œuvre une démarche collaborative pour produire le Projet en commun et ensuite pour construire un Nouveau Monde. Et nous savons que nous sommes attendus au tournant ... tous ces engagements pris pendant la campagne de 2015 devront nécessairement être suivis d'effet. Et pour cela nous sommes nous-mêmes très exigeants vis à vis de nos nouveaux élus régionaux.

Comme beaucoup au sein d'EELV, je milite activement pour être au rendez-vous des élections locales de 2020. La commune et l'intercommunalité sont les structures les plus propices pour être dans l'action, pour mobiliser dans la proximité et pour réellement transformer nos comportements. C'est à cette échelle que l'on peut proposer d'autres modes de déplacement, favoriser d'autres circuits alimentaires, promouvoir d'autres énergies, ... et pratiquer une éducation populaire qui suscite de la citoyenneté, de la responsabilité et des solidarités. Et dans un contexte technico-administratif de plus en plus complexe, de plus en plus exigeant, nos militants sont autant d'acteurs locaux de la transformation écologique sur nos territoires. C'est dans cette perspective-là que l'exécutif régional d'EELV s'investit, car pour récolter il faut d'abord semer ;-)

Mais il nous faut aussi inventer d'autres fonctionnements ; il est fini le temps où les courants « faisaient des cartes » pour gagner une investiture ou un bon accord. Désormais, les projets politiques s'élaborent par petits bouts et il faut agréger des réflexions et des initiatives qui s'affirment sur de multiples terrains. Et ce n'est pas nouveau. Il y a cinquante ans, ce sont les syndicats de travailleurs et de salariés qui nourrissaient les programmes des partis de gauche ... et puis les partis ont privilégié les tactiques conjoncturelles aux stratégies de long terme. C'est ce que les citoyens reprochent très justement aux partis, et il nous faut retrouver un lien plus étroit avec le réel.

24/05/2016

La démocratie collaborative, type Nuit Debout, ne serait l'apanage que des métropoles ?

C'est ce soir au lycée Joseph Vallot à Lodève que se tenaient les États généraux du rail et de l’intermodalité. Les cinq élus régionaux présents (Monique Bultel-Herment, André Moréno, Hussein Bourgi, Marie Meunier et Danièle Azémar) étaient là pour écouter notre territoire. Mais le territoire n'était pas là ...

Si on décompte des présents les élus et les fonctionnaires de la Région, la proviseur du lycée, le représentant de la SNCF et les participants venus de Bédarieux, nous ne devions pas être plus d'une vingtaine à pouvoir se faire les porte-parole des habitants du Cœur d'Hérault. Et puis surtout, c'est l'absence des élus locaux qui était le plus décevant. En dehors de Marie-Christine Bousquet et de quelques élus de Lodève, je n'ai reconnu aucun maire, aucun président ou aucun(e) vice-président(e) d'intercommunalité ou de syndicat mixte du Cœur d'Hérault. Alors que nous élaborons à l'échelle du Cœur d'Hérault un schéma de mobilité, un plan climat énergie-territoire (PCET) ou encore un schéma de cohérence territoriale (SCoT), et donc que les transports sont un enjeu évident d'aménagement et de développement d'un territoire, la défection des élus à ce type de rencontre n'est pas un très bon signe ... Et d'abord pour les élus régionaux et pour la Région qui ne paraissent pas être les interlocuteurs attendus :=(

Néanmoins, cette réunion a été riche d'interventions de fond sur le désenclavement du Lodévois et du Cœur d'Hérault, sur l'affection de l'argent public à des gares et à des lignes nouvelles plutôt qu'aux transports de tous les jours, sur ce qui existait il y a 18 ans et qui paraît aujourd'hui hors de prix, sur la fragilité de notre société vis à vis de la voiture (et du carburant), sur la politique de la SNCF qui est de moins en moins un service public ou encore sur l'indéniable rôle économique des transports en commun (en plus du rôle social et de son intérêt environnemental).

Ce que j'ai évoqué ce soir, c'est d'abord comment cette tension actuelle sur l'accès aux carburants démontre que c'est toujours les plus fragiles et les plus démunis qui en pâtissent. Et puis il ne faut pas partir avec un à priori négatif sur les coûts d'investissement ; il y a un siècle, et avec des moyens techniques et financiers bien plus modestes, les anciens avaient construit ces lignes d'intérêt local avec tous leurs ouvrages d'art, lignes dont la réouverture est désormais jugée impossible ... En même temps, la Région s'apprête à investir sur l'axe littoral, autant avec ces gares nouvelles excentrées (NÎmes-Manduel, Montpellier-Mogère, Béziers-A75, ...) qu'avec la LGV, et cela va accroître la fracture sociale et territoriale. Or, le scrutin de dimanche en Autriche nous indique comment les populations des territoires ruraux abandonnés transforment leur mécontentement socio-économique en vote de contestation. L'essor du rail en Cœur d'Hérault avait été porté par des besoins économiques (mine d'uranium à Lodève, raison de table dans le Clermontais, mine de basalte à Lézignan-la-Cèbe, mine de bauxite à Villeveyrac, ...), et le trafic voyageur en a profité. Aussi, il  serait utile aujourd'hui d'associer les entreprises qui veulent investir sur le Cœur d'Hérault, qu'elles fassent du rail un axe de développement. Et au moment où la Région va produire son SRADET et que le Cœur d'Hérault élabore son SCoT, il serait opportun que ces collectivités collaborent plus étroitement.

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Peu de participants et peu de corps intermédiaires, mais des échanges intelligents, voilà le sentiment que j'avais en quittant cette réunion des EGRI à Lodève. Il manque sur nos territoires ruraux des lieux de rencontre "rituels", un peu comme la place de la République à Paris pour Nuit Debout, mais aussi comme les cafés ou comme les places de l'église dans nos villages il y a quelques décennies encore. Et en même temps que le lieu, c'est aussi le temps qui fait défaut pour des citoyens qui courent toujours de plus en plus (et qui courent à leur perte comme le disait Raymond Devos). Et ni une page Facebook ni une rencontre sur Skype ne peut remplacer une réunion physique, une forme d'agora tout aussi conviviale sur la forme que prolixe sur le fond. Il faut réinvestir le cœur de nos villages pour qu'ils revivent, pour qu'ils favorisent les liens sociaux et pour qu'ils soient ces lieux de confrontation d'idées et de projets.