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16/04/2017

Dernière semaine électorale inédite sous la Vème République ! Mais passionnante ...

Dans sa dernière étude d'opinion de fin de semaine dernière pour le journal Le Monde, l'institut IPSOS apporte des éléments très intéressant sur l'électorat de Marine Le Pen. Déjà, 85% des personnes qui indiquent voter pour elle au premier tour déclarent que leur choix est définitif. Mais en même temps, quand on demande à tous les autres électorats quel serait leur second choix, elle ne récupère que 4% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 1% des électeurs de Benoît Hamon, 2% des électeurs d'Emmanuel Macron et 6% des électeurs de François Fillon. Elle est, parmi les quatre premiers dans les sondages la seule à bénéficier de si peu de seconds choix ! Elle a donc un solide électorat de premier tour, mais sans capacité d'aller très au-delà des projections actuelles.

François Fillon est quasiment dans la même situation que Marine Le Pen, avec seulement 12% des électeurs de premier tour d'Emmanuel Macron qui le placent en second choix, et puis 4% des électeurs de Marine Le Pen. Tout comme Marine Le Pen, François Fillon ne dispose plus que de son socle électoral actuel, étendu peut-être à de potentiels abstentionnistes pour accroître le nombre des suffrages de premier tour ...

2nd_choix_tableau.jpg

Jean-Luc Mélenchon est le second choix pour encore 53% des électeurs de premier tour de Benoît Hamon, pour 30% de ceux d'Emmanuel Macron et pour 26% de ceux de Marine Le Pen. Pour un candidat qui est en dynamique positive, ce sont des gisements de voix à gauche et dans l'électorat populaire très appréciables. Par ailleurs, cette étude IPSOS indique que 34% des électeurs n'envisagent pas encore d'aller voter le 23 avril ; ce taux monte à 42% chez les moins de 35 ans ! Ces abstentionnistes potentiels seront donc la cible principale de cette dernière semaine de campagne, avec à la fois un vote d'adhésion à un projet et à celui (celle) qui l'incarne, mais aussi un vote utile tactique pour éviter telle ou telle issue.

Je reste persuadé que le second tour verra s'affronter un candidat du système dominant (Macron ou Fillon) et un(e) candidat(e) alternatif (Mélenchon ou Le Pen), parce que ce serait à l'image du clivage politique qui prévaut aujourd'hui. Or, les électorats ne se sont pas encore cristallisés sur l'un(e) ou l'autre des candidats de chacun des deux cercles, et tout peut arriver. Mais un second tour Le Pen / Mélenchon ou Fillon / Macron se traduirait par une abstention massive et donc sur un défaut de légitimité démocratique du (de la) futur(e) locataire de l’Élysée.

Il reste une semaine de campagne qu'un évènement international ou que l'édition du 19 avril du Canard Enchaîné peut encore bouleverser ; restons zen et surtout restons fidèles à nos valeurs.

18:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ipsos, mélenchon

11/04/2017

Mélenchon-Macron pour le second tour le 7 mai, si c'est possible !

C'est un duel possible pour le 7 mai, c'est un duel qui est donné probable par les études d'opinion et ce serait pour moi un duel de fond : Jean-Luc Mélenchon contre Emmanuel Macron !

Voilà deux personnalités et deux projets politiques que tout oppose : l'UNEF, le PSU, l'OCI puis l'aile gauche du PS avant de créer son Parti de gauche pour l'un, et un parcours politique à peine pubère pour l'autre. La force du peuple pour l'un et l'alibi des puissances du monde pour l'autre. Deux visions opposées de l'Europe, l'une forgée dans l'histoire d'un continent et l'autre au service d'une mondialisation sans limites. En tous cas, cela donnerait un entre deux tours homérique !

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L'électorat d'Emmanuel Macron est aussi celui de François Fillon, c'est à dire ce fameux Cercle de la raison théorisé par Alain Minc.  Fillon comme Macron représentent un même modèle de société et les mêmes intérêts économiques, agglomérant une gauche sociale-libérale de Valls/Hollande et une droite bourgeoise proche du Medef et de Juppé. Dans les jours qui vont précéder le premier tour, cet électorat va se cristalliser autour d'Emmanuel Macron en garant du modèle dominant à préserver.

Pour Jean-Luc Mélenchon qui siphonnait déjà l'électorat d'un Benoît Hamon lâché de toutes parts (la gauche écolo de Hamon, Jadot et Mélenchon est autour de 26 à 28% depuis le début de l'année 2017), il reste à mobiliser les indécis, celles et ceux qui étaient jusque-là tentés par l'abstention, mais aussi cet électorat populaire et ouvrier qui trouvait un vain refuge dans le vote protestataire Le Pen.

Je pense sincèrement que Fillon est grillé, et le final sera soit Macron contre Le Pen, soit Macron contre Mélenchon. Ce dernier duel n'a pas encore fait l'objet d'étude d'opinion, et c'est tant mieux car il faut que le débat ait lieu en profondeur, exactement comme cela c'était passé au moment du référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen (TCE) ; rien ne doit être tabou, toutes les questions doivent être sur la table.

Je me souviens qu'au lendemain du 10 mai 1981 la presse de droite annonçait l'arrivée des chars russes sur les Champs-Élysées ... Tout ce qui est excessif est insignifiant, et je réponds par avance à celles et ceux qui craignent le personnage que les institutions de la République, la cinquième ou la sixième à suivre, sont protectrices des libertés humaines, garantes des égalités sociales et territoriales, synonymes de fraternité. La République a connu de tels personnages ; son dernier livre sur la Vertu n'est pas sans rappeler Maximilien Robespierre, son hymne à la paix dimanche sur le vieux-port de Marseille avait un élan de Jean Jaurès quand ses exigences sur l'Europe et l'OTAN le rapprochent de Charles de Gaulle ; j'imagine que cela doit donner un vertige historique aux plus jeunes générations, mais la France est endormie depuis quelques décennies ;-)

17:46 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

06/04/2017

Comment Mélenchon pourrait ne pas s'arrêter à la troisième marche du podium ?

Bien malin qui peut prévoir aujourd'hui quels sont les deux candidats qui s'affronteront pour le second tour de l'élection présidentielle le 7 mai. Emmanuel Macron et Marine Le Pen stagnent autour de 25% depuis un mois, François Fillon résiste bien malgré ses méfaits et Jean-Luc Mélenchon est sur une pente ascendante.

Je sais que les sondages ne sont qu'une photographie et qu'ils ne prédisent pas l'issue du scrutin. Mais les données fournies par l'IFOP depuis fin 2016 donnent des tendances qui se vérifient dans les faits. La victoire de Benoît Hamon à la primaire le fait passer de 6% à 18%. Le PenelopeGate se traduit clairement dans les intentions de vote pour François Fillon. Les 4% à 5% attribués à François Bayrou se reportent directement sur Emmanuel Macron après que leur alliance soit scellée. Bref, ces sondages-là reflètent des évolutions que nous constatons dans la vie réelle. Après, se pose la question de l'étalonnage de départ et des méthodes de redressement appliquées. Si Marine Le Pen stagne depuis longtemps, est-ce bien à 25% comme l'IFOP le dit ou bien à 30% ? Mais à la limite, c'est une autre question dont la réponse nous sera donnée le 23 avril. Pour l'instant, il demeure intéressant de mesurer comment les décisions ou comment les positionnements des candidats influent sur les intentions de vote.

gaston defferre,jacques duclos,23 avril,législatives

Et ce qui m'intéresse personnellement, c'est comment Jean-Luc Mélenchon peut réussir, au moins à passer devant François Fillon et au mieux à figurer dans le duo final. Alors nous le constatons depuis deux mois, Jean-Luc Mélenchon siphonne l'électorat de Benoît Hamon. Il n'y a d'ailleurs aucune raison que cela cesse, et même cela devrait s'accentuer car l'électorat de gauche se trouve-là un candidat dont le challenge fait écho à leur attente. Cela pourrait donc lui permettre de passer devant François Fillon, et ça me paraît possible.

En 1969, après la démission de Charles de Gaulle, il y avait trois candidats à gauche. Michel Rocard (PSU), Gaston Defferre (PS) et Jacques Duclos (PCF). A trois semaines du premier tour, le socialiste était donné à 11% par l'IFOP et le communiste à 10%. Au soir du premier tour, Gaston Defferre faisait 5,01% et Jacques Duclos 21,27%. L'électorat de gauche savait que ce serait soit Georges Pompidou soit Alain Poher leur futur président, aussi ses électeurs ont voté avec leur cœur. Je pense que nous sommes un peu dans une même situation.

150px-Gaston_Defferre.jpg    Jacques_Duclos_en_1959.JPG

Pour que Jean-Luc Mélenchon soit au second tour, il faudrait soit : 1. qu'il ait été sous-estimé depuis le début par les instituts de sondage, 2. que le gros tiers d'électeurs indécis se mobilise pour lui, 3. que l'électorat populaire, celui qui auparavant votait communiste, renonce à voter Le Pen pour choisir un bulletin Mélenchon. Je lui souhaite de réussir.

Il y a par contre un effet secondaire à ce mécanisme de vases communicants entre les votes Mélenchon et Hamon, ce sont les législatives de juin. Nous savons depuis le couplage présidentielle/législatives que le score des candidats aux législatives dépend fortement du score de leur candidat(e) à la présidentielle, autant pour donner une majorité parlementaire au nouveau locataire de l’Élysée que pour constituer les rapports de force au Palais Bourbon. Avec la France Insoumise proche des 20% et avec un PS plus près de 5% que de 10%, Jean-Luc Mélenchon devra revoir le cadre des investitures autonomes de la France Insoumise et des accords avec ses partenaires. Il peut avoir à la rentrée de septembre le premier groupe parlementaire de gauche à l'Assemblée Nationale, mais à condition d'avoir dans chaque département une stratégie électorale efficace. Et d'ailleurs, la même question va se poser dans la moitié des départements de France pour les élections sénatoriales en septembre 2017.

C'est important d'anticiper que la photographie électorale qui sortira de toute cette séquence va structurer la recomposition politique dans les prochaines années. Et c'est essentiel de ne pas se rater, là à ces deux élections présidentielle et législatives.