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26/11/2015

Régionales en LRMP, le Nouveau Monde doit-il nécessairement fusionner avec le PS au second tour ?

Publier une note sur ce blog n'est jamais un acte irréfléchi, et je ne le fais jamais sans me relire longuement. Aussi, je n'ai jamais dé-publié une note mise en ligne. Mais concernant la note publiée hier, intitulée « Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées - La gauche donnée gagnante, mais nous pouvons encore choisir quelle gauche ! », où je pensais encore possible un accord technique de fusion de second tour, mes certitudes se dissipent au fil du temps.

En effet, face au Front National qui approche le seuil de 34% (c'est le seuil à partir duquel la liste arrivée en tête au second tour obtient seule la majorité absolue au sein de l'assemblée régionale), un accord de fusion technique entre les listes Nouveau Monde de Gérard Onesta et Notre Sud de Carole Delga semblait être logique. Un tel accord permet à la liste EELV/FdG de peser pendant tout le mandat sur les délibérations de la Région, mais au prix quand même d'une fusion avec une candidate qui est ici l'ambassadrice du social-libéralisme de Valls et Macron. Avec Carole Delga, c'est le Medef et la FNSEA qui entrent à la Région pour porter un projet de développement économique basé sur le productivisme ; elle ne s'en cache pas. Et c'est aussi le barrage de Sivens qui reviendrait à l'ordre du jour comme cette gare de la Mogère au sud de Montpellier ...

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Mais avec le tournant sécuritaire pris par le gouvernement, le Parti Socialiste a définitivement rompu avec des valeurs de gauche. La lutte contre le terrorisme était l'argument prioritaire pour justifier la prolongation de l'état d'urgence, tout comme il justifiait aussi la loi sur le renseignement, mais nous constatons que ce régime d'exception permet aux préfets et aux forces de l'ordre de perquisitionner, d'arrêter et d'assigner à résidence tous ceux qui « troublent l'ordre public ». Alors on parle aujourd'hui d'erreurs à la marge, mais il y a quand même un préfet en Dordogne qui a ordonné la perquisition chez un couple d'agriculteurs bio au nord de Périgueux (cf. récit des faits sur bastamag).

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Ces deux maraîchers n'ont jamais été plus que des citoyens engagés, participants à des manifestations ou adhérents d'un syndicat paysan ... Les manifestations pour le climat ce dimanche 29 novembre ont été interdites. Les enfants des écoles et des collèges qui devaient participer à la COP21 ce week-end ont été interdits d'aller à Paris ; 500 enfants Français seront interdits de COP21 alors que 4500 enfants de toute la planète y seront ... cherchez l'erreur !

Et nous apprenons par ailleurs que Joël Domenjoud, qui participe à la «legal team» (le conseil juridique) de la Coalition climat (qui regroupe 130 organisations de la société civile), doit désormais pointer trois fois par jour au commissariat, a indiqué la Ligue des droits de l’homme dans un communiqué. Selon l’ONG, le ministère de l’Intérieur reproche à ce membre du collectif de soutien aux opposants à Notre-Dame-de-Landes de faire « partie de l’ultra-gauche parisienne qui veut remettre en cause la tenue de la COP ». Mediapart rapportait aujourd’hui que Joël Domenjoud était convoqué au commissariat jeudi en début d’après-midi. Son assignation dure jusqu'au 12 décembre, indique à Libération son avocate, Muriel Ruef, qui déposera dès demain un recours devant le tribunal administratif.

Les assignations à résidence et les perquisitions ne concernent pas que les personnes soupçonnées de liens avec l’islam radical, et François Hollande réalise là une volte-face inédite quand on se souvient de sa campagne des présidentielles.

Alors que se passera-t-il au soir du premier tour des régionales ? Les sympathisants de la liste Nouveau Monde que nous rencontrons sur les marchés, dans les réunions publiques et sur les réseaux sociaux sont très réticents à une fusion avec la liste PS/PRG. La liste conduite par Gérard Onesta est pour beaucoup de monde une vraie alternative à l'abstention, essentiellement par rejet des partis de l'oligarchie. Et rejoindre le PS au second tour passe souvent pour une trahison :=(

Et si nous laissions Carole Delga et Dominique Reynié s'unir pour faire barrage au FN ?

23/11/2015

La fuite en avant sécuritaire ... vue de Belgique ;-)

Le Parlement a voté la prolongation de 3 mois de l'état d'urgence. Je me suis déjà exprimé dans mes précédentes notes sur la situation de notre pays vis à vis des menaces terroristes, mais j'ai trouvé dans les analyses de deux journalistes de Mediapart une réflexion de fond qui me convient tout à fait. Thomas Cantaloube analyse très bien les postures politiques qui ont suivi les attentats du 11 septembre aux USA de celles que nous voyons s'exprimer en France après le 13 novembre (cf. texte au format PDF). Quant à Edwy Plenel, il refuse que la démocratie soit la guerre (cf. texte au format PDF).

Mais la séance de la commission des lois du 18 novembre est un épisode de la vie parlementaire à regarder avec soin, car elle illustre clairement le décalage qui existe entre notre classe politique dirigeante et la réalité de notre vie moderne. Face à des externalités qu'ils ne savent plus maîtriser, ou avec lesquelles ils ne savent plus composer, nos députés se lancent dans de redoutables digressions. Mais quand le gouvernement, par la voix du rapporteur Jean-Jacques Urvoas recadre les voix discordantes, alors tout le monde au PS a le doigt sur la couture du pantalon. Cf rapport écrit de la séance du 18 novembre sur la loi de prolongation de l'état d'urgence.

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Et l'amendement CL41 déposé par la député socialiste Sandrine Mazetier en est la caricature ; cet amendement ne proposait rien d'autre que de réintroduire un contrôle de la presse :

« Le décret déclarant ou la loi prorogeant l’état d’urgence peut, par une disposition expresse, habiliter les autorités administratives visées à l’article 8 à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales. »

Ce sont une trentaine de députés socialistes qui ont cosigné cet amendement, dont les députés de l'Hérault Stéphane Denaja et Christian Assaf ! Au motif que les réseaux sociaux et que les chaînes d'information en continu représentent un danger pour la sécurité nationale quand ils relatent en temps réel les opérations menées par les forces de l'ordre, ceux qui se prétendent être les héritiers de Jaurès sortaient la grosse artillerie. Mais ont-ils encore un grain de bon sens ? Souvenons-nous que l'état d'urgence avait été déclaré puis prolongé sous Jacques Chirac suite aux émeutes dans la banlieue parisienne, mais la loi votée par le Parlement et publiée le 20 novembre 2005 au Journal Officiel ne reprenait que l'article 11 de la loi du 3 avril 1955, article relatif aux procédures de perquisition. Mais imaginons que le contrôle de la presse ait été appliqué à l'époque, que n'aurions-nous pas entendus les députés socialistes crier à l'atteinte à nos libertés fondamentales ... Et une telle loi incluant le contrôle de la presse, dans un gouvernement de Marine Le Pen ?

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A noter que dans les propos qui sont souvent revenus dans la bouche de nos députés, c'est que la justice est trop procédurière, qu'elle freine les opérations de lutte contre le terrorisme. Alors qu'en substituant à de trop peu nombreux officiers de police judiciaire (corsetés par le code de procédure pénale) des militaires qui obéissent, on peut dire que la fin justifie les moyens. Et l'impétueux député de l'Hérault Denaja de publier sur son compte twitter que c'est grâce à l'état d'urgence que les forces de l'ordre ont pu prendre d'assaut l'appartement des terroristes en pleine nuit, et sans attendre 6h comme en temps normal. Sauf que l'assaut a eu lieu à 4h30, et il n'est pas certain qu'une heure et demi plus tard les policiers auraient été accueillis différemment. Mais surtout, le code de procédure pénale autorise (depuis la loi n° 203-2004 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité) les perquisitions de nuit pour des investigations relatives aux crimes et aux délits constituant des actes de terrorisme prévus par les articles 421-1 à 421-6 du code pénal (cf. article 706-73 du code de procédure pénale).

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Mais ce sont nos voisins belges qui m'ont finalement redonné confiance dans l'aspiration démocratique d'un peuple. Dans le contexte stressant de ces derniers jours, où le risque d'attentat est maximum et que les forces de l'ordre procèdent régulièrement à des interpellations, il n'est pas besoin d'une loi pour contrôler la presse ; le souci de l'intérêt général prévaut, et il peut même se décliner avec humour. Les internautes et les médias ont mis en scène des chats pour passer le temps :

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Et la police a remercié internautes et médias avec le même ton humoristique :

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Que nos ministres et parlementaires Français abandonnent leurs discours anxiogènes, qui n'ont pour but que de légitimer des politiques sécuritaires qui flattent les opinions les plus conservatrices. Qu'ils donnent plutôt de l'espoir, qu'ils fassent passer des messages positifs et qu'ils opposent notre culture festive, laïque et éclairée à l'obscurantisme des salafistes et autre wahhabites.

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18/11/2015

Est-ce d'un état d'urgence dont nous avons besoin ?

Les attaques de Paris du 13 novembre sont différentes de celles du mois de janvier. En janvier, des terroristes s'étaient attaqués à la presse, aux forces de l'ordre et à des juifs, c'est à dire à des symboles de ce qui constitue notre République. Ces cibles étaient aussi très clivantes, et nous l'avons constaté lors de la minute de silence dans certains établissements scolaires où des élèves trouvaient des circonstances atténuantes aux auteurs de ces assassinats odieux. Là, les attaques de vendredi ont touché la société elle-même, et la minute de silence dans les établissements scolaires a été vécue de façon très différente par les élèves. Déjà l'attaque dans le Thalys illustrait bien cette évolution dans les cibles des terroristes, et le but recherché est bien de diviser les Français, qu'ils se trouvent des boucs émissaires et que la France se "libanise".

La réaction des Français est remarquable, et plus ils sont attaqués plus ils revendiquent leur culture républicaine, laïque, humaniste et festive. Ce contexte les oblige à être plus vigilants, mais les Français refusent de changer leurs habitudes. Par ailleurs, des proches des victimes et des victimes survivantes ont pris la parole sans exprimer de haine ou de désir de vengeance ; ce sont beaucoup de témoignages poignants de personnes pour qui ce vendredi 13 novembre marquera leur vie à jamais. Celui du joueur international de football Lassana Diarra est l'un d'eux :

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Et dans ce contexte, il faut avouer que la séance des questions au gouvernement, ce mardi à l'Assemblée nationale, n'a pas du tout été à la hauteur ; les députés ont fait de la politique, bêtement, se discréditant une fois de plus vis à vis de la population.

La veille en Congrès à Versailles, et à l'issue du discours du Président de la République, M. François Hollande, chacun des groupes parlementaires du Sénat et de l'Assemblée nationale a pris la parole : M. Bruno Le Roux, M. Bruno Retailleau, M. Christian Jacob, M. Didier Guillaume, M. Philippe Vigier, M. François Zocchetto, Mme Cécile Duflot, Mme Éliane Assassi, M. Roger-Gérard Schwartzenberg, M. Jacques Mézard, M. André Chassaigne, Mme Corinne Bouchoux et M. Nicolas Dupont-Aignan. [cliquer sur le nom de l'intervenant pour accéder au texte de son discours en version PDF]. Le contexte de guerre contre l’État islamique est largement partagé, de même que le souci d'assurer la sécurité de tous nos compatriotes sur le territoire national.

Un regret néanmoins, c'est que notre classe politique dirigeante est très hermétique à la paix. Dans les discours du Congrès de Versailles, le Président n'a pas une seule fois prononcé le mot « paix » ; mais il a prononcé 15 fois le mot « guerre », 18 fois le mot « terrorisme » et 18 fois encore le mot « terroriste ». Répondre aux attaques, défendre les Français et assurer notre sécurité, oui bien sur, mais l'objectif final ne devrait-il pas être d'aller vers la paix ? Ne serait-ce que « vivre en paix », même cette expression est écartée du texte. C'est inquiétant que nos dirigeants soient à ce point imperméables à un idéal de paix, mais que la guerre les transcendent autant. Je précise quand même que si parmi les quatorze intervenants cités ci-dessus, trois ont cité une seule fois le mot « paix », l'intervention de la sénatrice communiste Elianne Assassi était vraiment dans l'esprit de Jean Jaurès (sept fois le mot « paix » pour la France et pour le Proche-Orient). Ce décompte peut sembler anecdotique, mais en réalité il reflète le climat dans lequel évolue la France aujourd'hui.

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Et c'est dans ce climat-là que le Président de la République propose au Parlement de prolonger l'état d'urgence pour trois mois ... Bien évidemment, très peu de monde conteste cette proposition, car contester la mise entre parenthèses de notre État de droit serait considéré comme une concession face au terrorisme. C'est un peu comme contester la vidéo-surveillance dans une commune, on a vite fait de vous taxer d'irresponsabilité face à la délinquance ...

L'état d'urgence n'avait été utilisé que deux fois sous la Vème République. Le 21 avril 1961 un « quarteron de généraux en retraite » tentait un putsch à Alger ; le 23 avril, Charles de Gaulle, Président de la République prenait les pouvoirs de l’article 16 de la constitution, il les garda jusqu’au 29 septembre, 5 mois de dictature temporaire justifiée par le putsch des généraux. Le putsch lui s’était terminé 5 jours après avoir commencé, le mercredi 26 avril les derniers militaires putschistes s’étaient rendu ou étaient en fuite. Le 8 novembre 2005 le gouvernement Villepin décrétait l’état d’urgence, le 16 novembre le Sénat vote sa prolongation pour 3 mois à compter du 21 du mois, il y sera mis fin le 4 janvier 2006. Les émeutes elles s’étaient arrêtées le 17 novembre. Or, toutes les mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence pouvaient légalement être prises par d’autres moyens légaux.

Là, l'état d'urgence déclaré par décret le 14 novembre 2015 était justifié ; il a permis aux services de renseignement et de police de procéder très rapidement aux investigations requises par la situation, et nous en mesurons les effets depuis quelques jours avec des arrestations et des recherches très ciblées d'individus. Mais passé ce moment particulier où il faut aller très très vite, pourquoi poursuivre dans un tel cadre ? En quoi le gouvernement et son administration sont-ils plus aptes que le pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris à mener les investigations et à procéder aux opérations sur le terrain pour endiguer le terrorisme qui nous touche ? Je rappelle que notre État de droit repose sur trois pouvoirs séparés : exécutif, législatif et judiciaire.

Et le Président de la République veut aussi modifier la constitution (ses articles 16 et 36) pour « pouvoir disposer d’un outil approprié pour fonder la prise de mesures exceptionnelles, pour une certaine durée, sans passer par l’état de siège, ni renier les libertés publiques ». En clair, il s’agirait d’un état d’urgence un peu « allégé » sur le plan des pouvoirs octroyés à l’État, mais qui pourrait durer plus longtemps. Une proposition qui n’est pas sans rappeler le « Patriot Act » que l’administration Bush avait fait voter après le 11 septembre 2001. Après deux lois anti-terroristes et une loi sur le renseignement, et si cette modification constitutionnelle est adoptée, le mandat de François Hollande marquera l'histoire comme l'un des plus sécuritaires de la République.

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. Benjamin Franklin

J'ai entendu et lu que notre justice est complexe, lente et inefficace ; mais alors donnons à la justice les moyens qui lui manquent ! Ce lundi, le Syndicat de la magistrature (SM) a publié un communiqué s'inquiétant du « discours martial repris par l'exécutif et sa déclinaison juridique dans l'état d'urgence ». Il poursuivait ainsi : « Des interdictions et des restrictions aux libertés individuelles et collectives habituellement encadrées, examinées et justifiées une à une deviennent possibles par principe, sans autre motivation que celle, générale, de l'état d'urgence ». Cette position n'a pas plu au syndicat des commissaires de police qui répond : « Nous préférons – et l'écrasante majorité des habitants de nos quartiers et villages avec nous – un risque mesuré, encadré et temporaire d'“arbitraire administratif" à une dictature de juges aveugles ». Avant d'assurer « le Syndicat (sic) de la magistrature et tous ses inféodés » de leur mépris, ajoutant qu'ils « sont les alliés objectifs de tous les terrorismes ». Voilà le climat qui prévaut désormais, le « pacte de sécurité » du Président de la République devenant son leitmotiv.

Les Français sont lucides et exigeants, ils ne supporteront pas de posture purement politique ! Ils attendent des réponses claires à des questions précises, comme la façon de mettre fin aux exactions de l’État islamique sur les territoires qu'il occupe et dans le reste du monde, comme la nécessaire unité nationale des citoyens Français de toutes origines, de toutes cultures et de toutes confessions, comme l'urgence de ne plus laisser une partie de notre jeunesse se désespérer au point de choisir le terrorisme salafiste, etc. Même les enfants de nos écoles ont fait part d'une extraordinaire humanité, comme quoi malgré quelques addictions à la télé, aux tablettes et aux hamburgers, notre jeunesse constitue toujours notre meilleur atout pour l'avenir.

Demeurons fidèles à la devise de la République : Liberté, Égalité et Fraternité !