Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

11/04/2017

Mélenchon-Macron pour le second tour le 7 mai, si c'est possible !

C'est un duel possible pour le 7 mai, c'est un duel qui est donné probable par les études d'opinion et ce serait pour moi un duel de fond : Jean-Luc Mélenchon contre Emmanuel Macron !

Voilà deux personnalités et deux projets politiques que tout oppose : l'UNEF, le PSU, l'OCI puis l'aile gauche du PS avant de créer son Parti de gauche pour l'un, et un parcours politique à peine pubère pour l'autre. La force du peuple pour l'un et l'alibi des puissances du monde pour l'autre. Deux visions opposées de l'Europe, l'une forgée dans l'histoire d'un continent et l'autre au service d'une mondialisation sans limites. En tous cas, cela donnerait un entre deux tours homérique !

Les_11.jpg

L'électorat d'Emmanuel Macron est aussi celui de François Fillon, c'est à dire ce fameux Cercle de la raison théorisé par Alain Minc.  Fillon comme Macron représentent un même modèle de société et les mêmes intérêts économiques, agglomérant une gauche sociale-libérale de Valls/Hollande et une droite bourgeoise proche du Medef et de Juppé. Dans les jours qui vont précéder le premier tour, cet électorat va se cristalliser autour d'Emmanuel Macron en garant du modèle dominant à préserver.

Pour Jean-Luc Mélenchon qui siphonnait déjà l'électorat d'un Benoît Hamon lâché de toutes parts (la gauche écolo de Hamon, Jadot et Mélenchon est autour de 26 à 28% depuis le début de l'année 2017), il reste à mobiliser les indécis, celles et ceux qui étaient jusque-là tentés par l'abstention, mais aussi cet électorat populaire et ouvrier qui trouvait un vain refuge dans le vote protestataire Le Pen.

Je pense sincèrement que Fillon est grillé, et le final sera soit Macron contre Le Pen, soit Macron contre Mélenchon. Ce dernier duel n'a pas encore fait l'objet d'étude d'opinion, et c'est tant mieux car il faut que le débat ait lieu en profondeur, exactement comme cela c'était passé au moment du référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen (TCE) ; rien ne doit être tabou, toutes les questions doivent être sur la table.

Je me souviens qu'au lendemain du 10 mai 1981 la presse de droite annonçait l'arrivée des chars russes sur les Champs-Élysées ... Tout ce qui est excessif est insignifiant, et je réponds par avance à celles et ceux qui craignent le personnage que les institutions de la République, la cinquième ou la sixième à suivre, sont protectrices des libertés humaines, garantes des égalités sociales et territoriales, synonymes de fraternité. La République a connu de tels personnages ; son dernier livre sur la Vertu n'est pas sans rappeler Maximilien Robespierre, son hymne à la paix dimanche sur le vieux-port de Marseille avait un élan de Jean Jaurès quand ses exigences sur l'Europe et l'OTAN le rapprochent de Charles de Gaulle ; j'imagine que cela doit donner un vertige historique aux plus jeunes générations, mais la France est endormie depuis quelques décennies ;-)

17:46 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

06/04/2017

Comment Mélenchon pourrait ne pas s'arrêter à la troisième marche du podium ?

Bien malin qui peut prévoir aujourd'hui quels sont les deux candidats qui s'affronteront pour le second tour de l'élection présidentielle le 7 mai. Emmanuel Macron et Marine Le Pen stagnent autour de 25% depuis un mois, François Fillon résiste bien malgré ses méfaits et Jean-Luc Mélenchon est sur une pente ascendante.

Je sais que les sondages ne sont qu'une photographie et qu'ils ne prédisent pas l'issue du scrutin. Mais les données fournies par l'IFOP depuis fin 2016 donnent des tendances qui se vérifient dans les faits. La victoire de Benoît Hamon à la primaire le fait passer de 6% à 18%. Le PenelopeGate se traduit clairement dans les intentions de vote pour François Fillon. Les 4% à 5% attribués à François Bayrou se reportent directement sur Emmanuel Macron après que leur alliance soit scellée. Bref, ces sondages-là reflètent des évolutions que nous constatons dans la vie réelle. Après, se pose la question de l'étalonnage de départ et des méthodes de redressement appliquées. Si Marine Le Pen stagne depuis longtemps, est-ce bien à 25% comme l'IFOP le dit ou bien à 30% ? Mais à la limite, c'est une autre question dont la réponse nous sera donnée le 23 avril. Pour l'instant, il demeure intéressant de mesurer comment les décisions ou comment les positionnements des candidats influent sur les intentions de vote.

gaston defferre,jacques duclos,23 avril,législatives

Et ce qui m'intéresse personnellement, c'est comment Jean-Luc Mélenchon peut réussir, au moins à passer devant François Fillon et au mieux à figurer dans le duo final. Alors nous le constatons depuis deux mois, Jean-Luc Mélenchon siphonne l'électorat de Benoît Hamon. Il n'y a d'ailleurs aucune raison que cela cesse, et même cela devrait s'accentuer car l'électorat de gauche se trouve-là un candidat dont le challenge fait écho à leur attente. Cela pourrait donc lui permettre de passer devant François Fillon, et ça me paraît possible.

En 1969, après la démission de Charles de Gaulle, il y avait trois candidats à gauche. Michel Rocard (PSU), Gaston Defferre (PS) et Jacques Duclos (PCF). A trois semaines du premier tour, le socialiste était donné à 11% par l'IFOP et le communiste à 10%. Au soir du premier tour, Gaston Defferre faisait 5,01% et Jacques Duclos 21,27%. L'électorat de gauche savait que ce serait soit Georges Pompidou soit Alain Poher leur futur président, aussi ses électeurs ont voté avec leur cœur. Je pense que nous sommes un peu dans une même situation.

150px-Gaston_Defferre.jpg    Jacques_Duclos_en_1959.JPG

Pour que Jean-Luc Mélenchon soit au second tour, il faudrait soit : 1. qu'il ait été sous-estimé depuis le début par les instituts de sondage, 2. que le gros tiers d'électeurs indécis se mobilise pour lui, 3. que l'électorat populaire, celui qui auparavant votait communiste, renonce à voter Le Pen pour choisir un bulletin Mélenchon. Je lui souhaite de réussir.

Il y a par contre un effet secondaire à ce mécanisme de vases communicants entre les votes Mélenchon et Hamon, ce sont les législatives de juin. Nous savons depuis le couplage présidentielle/législatives que le score des candidats aux législatives dépend fortement du score de leur candidat(e) à la présidentielle, autant pour donner une majorité parlementaire au nouveau locataire de l’Élysée que pour constituer les rapports de force au Palais Bourbon. Avec la France Insoumise proche des 20% et avec un PS plus près de 5% que de 10%, Jean-Luc Mélenchon devra revoir le cadre des investitures autonomes de la France Insoumise et des accords avec ses partenaires. Il peut avoir à la rentrée de septembre le premier groupe parlementaire de gauche à l'Assemblée Nationale, mais à condition d'avoir dans chaque département une stratégie électorale efficace. Et d'ailleurs, la même question va se poser dans la moitié des départements de France pour les élections sénatoriales en septembre 2017.

C'est important d'anticiper que la photographie électorale qui sortira de toute cette séquence va structurer la recomposition politique dans les prochaines années. Et c'est essentiel de ne pas se rater, là à ces deux élections présidentielle et législatives.

03/04/2017

Le 23 avril 2017, on continue comme maintenant, on refait comme avant ou bien on change enfin nos modèles ?

Il est désormais dépassé ce traditionnel clivage gauche/droite, et les affrontements PS contre RPR ou Mitterrand contre Chirac sont à classer dans les archives de notre histoire politique. Le point d'articulation entre ces deux côtés du paysage politique de cette époque-là, c'était le travail et les revenus que l'on pouvait en tirer, comme salarié(e) ou comme actionnaire. Et avec la rémunération du travail, c'est toute une ère de consumérisme qui s'est développée, avec le concept d'Henry Ford mis en œuvre au début du 20ème siècle, à savoir que les ouvriers de ses usines automobiles devaient gagner suffisamment pour pouvoir s'acheter eux-mêmes des voitures ; les gains de productivité générant des gains salariaux qui devaient ainsi alimenter une croissance sans fin. Sur le plan politique, la gauche arguait que c'était le progrès social qui favorisait le progrès technologique et donc l'efficacité économique, quand la droite assenait que c'étaient les fruits du progrès économique qui permettait de financer le pacte social. Ce clivage-là valait à l'échelle d'un bassin de vie, d'un pays comme de toute la planète.

Mais depuis une vingtaine d'année, voire une trentaine, la mondialisation a brisé ce modèle-là. Les marchandises, les personnes et les capitaux voyagent désormais sans frontière, et Henry Ford serait désespéré de voir ses ouvriers de Detroit acheter des voitures importées de Corée du sud ou du Mexique. Le commerce international existe depuis la nuit des temps, mais les marchands vendaient (ou échangeaient) à l'étranger ce que les autochtones n'avaient pas chez eux. Pour nous, le laboratoire de la mondialisation a été la construction européenne ; après que l'Europe Occidentale ait œuvré pour structurer les marchés du charbon, de l'acier, de l'énergie et l'agriculture, et après qu'elle ait rayonné dans le monde entier avec ses industries aéronautiques, chimiques, nucléaires, pharmaceutiques, ... elle a pris le chemin de la délocalisation de ses activités manufacturières. Et l'élargissement de l'Europe était à la fois une volonté politique de permettre à des pays européens de se développer qu'une volonté économique d'optimiser des coûts de production.

E(8).jpg

Si je dresse cet état des lieux historique, c'est qu'il justifie à mon avis la fin du clivage gauche/droite dans notre pays, mais aussi dans tous les pays voisins. Aujourd'hui, le clivage oppose la mondialisation au patriotisme, l'Europe à la Nation. Et si les inégalités sociales ont toujours existé, elles trouvaient au sein d'une même société des instruments d'atténuation : des délégués du personnel dans une entreprise, des syndicats dans les négociations de branche professionnelle, des leaders politiques au Parlement, des intellectuels pour porter les éléments du débat. Le traité de constitution européenne (TCE) de 2005 a révélé cette rupture, et le NON du peuple français a été occulté. Or, les français ont une longue culture politique et ce déni de démocratie demeure une plaie non cicatrisée.

Or, il n'est plus possible de continuer à faire comme si, comme s'il suffisait de vouloir copier l'Allemagne ou la Grande-Bretagne pour vaincre le chômage, comme si l'abandon de l'Euro pour un nouveau nouveau franc suffirait à améliorer notre balance commerciale, comme si la fermeture de nos frontières ou un protectionnisme douanier suffirait à créer de l'emploi en France. Il est des peuples qui se sont toujours alignés sur de plus puissants, de plus exemplaires ou de plus convaincants, mais pas la France. Et je ne dis pas cela par chauvinisme exacerbé, mais parce que notre histoire est jalonnée de réussites scientifiques, démocratiques, sociales, industrielles, littéraires, artistiques, sportives, ... qui ont depuis toujours contribué au rayonnement de la France dans le Monde. Et les attentats à Paris en janvier puis en novembre 2015 ont bouleversé tous les habitants de la planète, parce qu'autant il était admis qu'une telle violence aveugle et insupportable puisse sévir dans de multiples pays du monde, autant Paris demeurait un mythe, un havre de paix et un écrin du savoir-vivre à la française. La France est la première destination touristique du monde (plus de 80 millions de touristes étrangers visitent la France chaque année), et personne ne se demande pourquoi ?

Naturellement, l'écologiste que je suis ne peut pas négliger l'impact des activités humaines sur notre environnement, sur nos ressources naturelles, sur les écosystèmes et sur la biodiversité. Il y a là une nécessité vitale de revoir tous nos modèles à l'aune d'une transformation écologique urgente de nos modes de vie, de production, de consommation, de déplacement et d'alimentation. Ou alors tous les 5 ans nous pourrons dire comme celui-là qui tombe du haut d'un immeuble qu'à chaque étage passé « jusque là tout va bien ».

A(17).jpg

Dans la séquence politique actuelle, il n'est pas possible d'en appréhender les ressorts si nous ne nous imprégnons pas de tous ces contextes-là. Et réduire notre réflexion politique à la durée du temps de travail, aux marges des entreprises, à la sécurité publique, au progressisme, au réformisme, au nationalisme ou aux errements éthiques de quelques candidats n'est pas à la hauteur des enjeux. Notre culture politique est nourrie d'une histoire remarquable, elle est alimentée par des auteurs et par des philosophes de toutes époques, elle repose sur la pensée moderne et intemporelle des Lumières ; et tout cela ne nous offre pas le luxe de la paresse intellectuelle. Nous sommes collectivement mus par une aspiration à rompre avec le modèle dominant, surtout s'il est oppressant et injuste.

Alors au moment de voter le 23 avril, il faut se demander lequel (ou laquelle) des candidats est apte à porter un tel projet de transformation, voire de rupture. Et si ce vote-là ne porte pas ses fruits le 7 mai avec la désignation du(de la) futur(e) locataire espéré(e) à l’Élysée, il peut germer pour la constitution d'un groupe parlementaire en juin et puis essaimer au-delà pour la recomposition des forces politiques. Personnellement, je crois plus aux messages que nous propageons qu'aux certitudes qui nous confortent dans une certaine vision du monde.

D(26).jpg

Il reste trois semaines pour se décider, et c'est assez pour prendre un minimum de recul et réfléchir à ce qui est le mieux pour demain.