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11/08/2017

La confiance, c'est un sentiment qui se partage. Que les élus fassent d'abord confiance aux citoyens avant de leur demander la leur ...

En février 2017, François Bayrou met fin au suspens de sa candidature à l'élection présidentielle ; il annonce une alliance avec le candidat Macron, mais à quatre conditions, dont celle d'une loi de moralisation de la vie publique. Nous sommes depuis quelques semaines en plein PenelopeGate, et dans la même période d'autres élus de la République sont entachés par des pratiques "familiales" ... Cette exigence-là de François Bayrou qui sera scellée par un accord électoral va incontestablement booster la campagne d'Emmanuel Macron.

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Mais que dit François Bayrou dans sa conférence de presse de fin février ? Il évoque les « abus » concernant François Fillon. Il veut une loi qui s’attaque avant tout aux « conflits d’intérêts ». Il explique qu'il « refuse, comme il l’a refusé toute sa vie que des intérêts privés, de grands intérêts industriels ou financiers, prennent la vie publique en otage. Il ne cédera rien sur la séparation nécessaire de la politique et de l’argent. C’est l’occasion ou jamais de l’imposer ». Mais il ne s'arrête pas qu'à la classe politique, car la vie publique englobe aussi la fonction publique et ses hauts fonctionnaires que le « pantouflage » stigmatise.

Quand François Bayrou, devenu ministre de la justice et garde des sceaux, présente son projet de loi à la début juin, il s'agit d'une loi de moralisation de la vie publique, avec des articles sur « l'interdiction pour tous les détenteurs d'un casier judiciaire non vierge de se présenter à une élection », la « suppression de la Cour de justice de la République »,  et « l'encadrement strict des pratiques de lobbying ». La « réserve parlementaire » ainsi que les « emplois familiaux » sont inclus dans ce projet de loi pour lequel François Bayrou invite les acteurs civils et les parlementaires à apporter leurs amendements.

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Mais au fil du temps, deux mots évoluent petit à petit. Tout d'abord, on ne parlera plus de moralisation mais de confiance, et puis cela ne portera plus sur la vie publique mais sur la vie politique.

Or, sur la confiance que les citoyens peuvent avoir envers l’État, les fonctionnaires et leurs élus, une loi suffit-elle ? Car chaque nouvelle affaire nous fera découvrir une dérive jusqu'alors occultée et il faudrait alors amender cette loi au fil du temps ... pour arriver à une sorte de cahier des charges ou de fiche de poste de l'élu(e) qui serait comme les « dix commandements ». Quel est l'état d'une démocratie qui a ainsi besoin de formaliser par le détail tout ce que ses représentants n'ont pas le droit de faire ... afin de conserver un lien de ... confiance ? L'affaire Cahuzac a démontré comment le mensonge pouvait s'installer à la tête de l’État, jusqu'à l'aveugler. L'affaire Fillon a démontré comment le « Père la morale » de la droite française pouvait être le roi des coquins. Et j'en oublie tant d'autres.

Non, ce qui constitue pour notre démocratie le meilleur rempart contre ces dérives dans la vie publique, c'est une presse libre et indépendante. Et c'est à la lecture des articles de cette presse-là que les citoyens peuvent mesurer l'éthique de leurs représentants, du gouvernement et des principales institutions de la République.

Et si les citoyens de Levallois-Perret votent Balkany depuis plus de 30 ans, alors que la chronologie de son parcours judiciaire remonte au début des années 2000 (abus de pouvoir, trafic d'influence, fraude fiscale, corruption, abus de faiblesse, blanchiment de corruption et fraude fiscale aggravée, ...), alors une loi ou une sanction judiciaire verra un clone de Balkany le remplacer comme premier magistrat de sa commune. Car malgré son passif judiciaire qui alimente les médias depuis 15 ans, Patrick Balkany a été réélu en 2014 dès le premier tour de l'élection municipale avec 51,56% des voix [des deux-tiers] de ses administrés !

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Et je pense que la loi initiée par François Bayrou et portée par Nicole Belloubet au Parlement aurait méritée un article sur le référendum révocatoire. Voilà une disposition du code électoral qui sortirait les citoyens de l'infantilisation dans laquelle toute la classe politique et les médias les enferment. Il est irresponsable de signer un chèque en blanc pour 5 ou 6 ans à des personnes qui doivent nous servir (et non se servir) ; et pouvoir révoquer un(e) élu(e) qui ne réalise par le projet politique pour lequel il(elle) a été élu(e) est une clause que l'on enseigne en première année de Droit comme base du droit des contrats.

Enfin, le glissement de « publique » vers « politique » exclue du champ de cette nouvelle loi toute la haute fonction publique ; le noyau dur de l’État demeure à l'écart de toute exigence de moralisation. Dans la logique de ce que je viens d'exprimer plus haut (une presse libre et indépendante plutôt qu'une loi en cache-sexe des intérêts privés de nos élus), je ne revendique rien pour ces hauts fonctionnaires ainsi que pour les cabinets des ministres et des présidents d'exécutifs territoriaux, mais cela trahit néanmoins le poids des appareils d’État sur notre démocratie.

Notre démocratie représentative vient de se faire un petit ravalement de façade, un petit coup d'éclat bien visible de l'extérieur sans que nous soyons invités à rénover l'intérieur :=(

27/07/2017

Sur la sécurité publique comme dans tant d'autres domaines, un territoire de France n'est pas qu'une variable d'ajustement du budget de l'État !

C'est un peu moins de 10 milliards d'euros que l’État a ponctionné au budget de fonctionnement des collectivités territoriales sous Hollande, et c'est 13 milliards d'euros que Macron s'apprête à ponctionner pendant son quinquennat dans un duel sauvage ; il ne baissera les dotations de fonctionnement que si les collectivités ne réussissent pas à faire elles-mêmes les efforts attendus ... En parallèle, la taxe d'habitation ne sera plus payée par les citoyens mais compensée par l’État dans les recettes des collectivités territoriales ; encore une sacrée usine à gaz :=(

Nous entendons tous ce message selon lequel la puissance publique, c'est à dire l’État et ses agences, les collectivités territoriales et leurs syndicats mixtes, l'hôpital et la santé publique, vivent sur une dette sans cesse croissante qui pèse sur les générations futures. Mieux investir et être plus efficient en matière de finance publique sont des messages tout à fait raisonnables, mais pourquoi ne pas avoir le courage de revoir tout cet édifice public, ses missions, ses financements et sa pertinence au service du mieux vivre ensemble ?

Et j'en veux pour preuve la sécurité publique, qui dans le contexte actuel s'impose lourdement. Les communes pallient de plus en plus les services de police et de gendarmerie nationales dans leurs missions de surveillance, de prévention et de coercition. A Paulhan, et jusqu'en 2014, la police municipale n'avait pour seule mission que de faire respecter les arrêtés du maire et d'assurer la sécurité sur la voirie aux sorties des écoles. A l'époque, deux policiers municipaux non armés y suffisaient ; ils assuraient aussi des missions de conformité des permis de construire, ils dressaient des procès-verbaux pour les incivilités (crottes de chiens, déchets sauvages, ...), et ils assuraient le recouvrement des droits de place pour occupation du domaine public.

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Depuis 2014, ce sont des caméras de vidéo-surveillance qui ont fleuri dans le village ; et puis l'effectif est passé de 2 à 5 agents au poste de police municipale, ensuite les policiers municipaux ont été équipés d'armes à feu à l'été 2016, et ils vont désormais partager avec leurs collèges de Clermont-l'Hérault et de Lodève des jumelles Eurolaser SAGEM pour opérer des contrôles de vitesse sur le territoire de la commune (cf. protocole adopté au conseil municipal du 20 juillet). Et c'est vrai que nous voyons de moins en moins de contrôles effectués par les gendarmes, donc là encore la police municipale se voit confier une mission qui jusqu'à présent relevait des compétences régaliennes de l’État ... Mais alors est-ce que demain nos polices municipales devront aussi prévoir dans leurs locaux des cellules de dégrisement, un garage pour les véhicules confisqués à leur propriétaire délinquant ou des équipements de séquestre pour les objets liés à des délits constatés (drogue, armes, ...), etc ?

Ce désengagement de l’État [en matière de sécurité publique] sur les collectivités locales pose de nombreux problèmes. Le premier, c'est que ce sont les communes qui en ont les moyens qui peuvent y remédier ; les autres deviennent petit à petit des zones de non droit : personne pour constater des dépôts de déchets sauvages, pour constater une construction illégale, pour contrôler la vitesse des automobilistes dans la traversée du village, pour prévenir de désordres lors d'une fête votive, etc.

L'autre problème majeur est autant opérationnel que financier, mais il pose clairement la question des missions dévolues à l’État et aux collectivités territoriales. Aujourd'hui, le Pdt Macron se la joue "pépère la vertu" avec son respect unilatéral du diktat européen de passer sous le seuil de 3% d'endettement public, et il pointe du doigt ces maudites collectivités locales qui accroissent sans cesse leur budget de fonctionnement, leurs charges de personnel et seraient incapables d'investir efficacement. Mais plutôt que de subir cette ire Jupitérienne, les 77 communes du Cœur d'Hérault ne devraient-elles pas plutôt tenir assemblée pour enfin se prendre en main de façon responsable ?

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Les temps d'activité périscolaire (TAP), le contrat local de santé du Pays Cœur d'Hérault, le développement économique, la préservation de notre patrimoine, le défi posé par le pastoralisme face à la préservation d'espèces protégées comme le loup, ... nous sommes 77 communes tout à fait capables de proposer puis de dérouler un projet intercommunal ... « de transition ».

Cessons de nous faire tondre la laine sur le dos ! Nous avons environ 80 000 citoyens qui vivent sur un territoire remarquable, et nous sommes chacun(e) dans notre commune à nous lamenter que l’État se désengage ou qu'il nous impose des chartes ou des directives rédhibitoires ; je suis convaincu, et je ne suis pas seul, qu'il y a un projet de « territoire en transition à construire », à l'échelle de tout le Cœur d'Hérault, mais il faut passer du rôle de « figurant » à celui de « premier rôle » !

Nous savons par ailleurs pouvoir nous appuyer sur le Département ainsi que sur la Région, alors pourquoi continuer à subir ??? Et n'est-ce pas le Pdt Macron, à la tribune du Congrès à Versailles, qui appelait les territoires à conclure de « de vrais pactes girondins » ? Dans son livre « Décoloniser les provinces » (Les Éditions de l’Observatoire, 2017), l’essayiste Michel Onfray proposait ainsi « une révolution pacifique inspirée des Girondins de la Révolution française », qui consisterait à « redonner le pouvoir aux communautés, aux collectivités, aux régions ».

Je pense que nos voisins de Montpellier, du Bittérois et même du Pic-Saint-Loup sont déjà dans cette démarche-là, alors n'ayons pas le bonnet d'âne de la classe ...

19/06/2017

La France Insoumise, simple relooking politique ou ambryon d'un nouveau souffle démocratique ?

Melenchon.jpgL'élection de députés de la France Insoumise ce dimanche 18 juin a dépassé [un peu] les pronostics d'après premier tour, mais nous restons quand même très loin de la vague d'avant le 23 avril. A 10 ou à 20, dans un groupe politique ou en non inscrits, des élus d'opposition en si petit nombre ne seront qu'un grain de sable dans la chaussure de Macron ... Jean-Luc Mélenchon peut discourir, et l’hémicycle lui donnera l'occasion d'exercer ses talents de tribun, mais je crains fort qu'il ne se cantonne dans le rôle de Rodrigue.

Je passe rapidement sur Mélenchon pour m'attarder sur les seconds rôles ; d'ailleurs, le cinéma nous a appris à nous attacher à ces seconds rôles, constants et attachants. Et là, en politique aussi, ils donnent la réplique sur le terrain, au plus près des citoyens. Leur tâche est même la plus difficile, car ils sont confrontés quotidiennement au réel sans renoncer à l'idéal.

Ressiguier.jpgJ'ai d'abord des félicitations pour Muriel Ressiguier, car elle ne s'est appuyée sur aucune vague pour être élue ce dimanche. Au soir du premier tour, le retard qu'elle avait sur la protégée de Philippe Saurel ne lui donnait pas la meilleure cote, mais avec les militants qui l'entouraient elle a su mobiliser dans les quartiers et faire revenir dans les bureaux de vote les abstentionnistes du premier tour. Et c'est là un long chemin de 5 ans qui l'attend, car elle ne pourra pas revenir devant ses électeurs pour leur annoncer demain l'abrogation de la loi Travail, plus tard la convocation d'une constituante ni même la sortie du nucléaire d'ici 2030 ; c'est donc un cheminement de résistance qui se profile, et elle devra s'appuyer sur les syndicats de salariés, sur des partenaires politiques, sur des collectifs, sur des associations et sur tous les citoyens qui pacifiquement lutteront contre le détricotage de notre contrat social.

Ruffin.jpgEt puis ce matin sur le chemin du boulot j'ai zappé sur RTL, et j'ai écouté François Ruffin. Il serait, selon tous les médias, l'un des 17 députés de la France Insoumise. Sauf que lorsque l'on reprend son acte de candidature et sa campagne, il a plutôt été soutenu par la France Insoumise, comme par le PCF et par EELV. Et quand Mélenchon revendique un groupe parlementaire discipliné, François Ruffin réaffirme sa totale liberté ; il ne suivra pas aveuglément les consignes d'un groupe politique. Et mieux que cela, François Ruffin a remis son mandat entre les mains de ses électeurs, qui pourront le révoquer s'ils le décident par un référendum révocatoire réunissant plus de 25% des inscrits. De même, il s'inscrit dans la charte des élus de Podemos en réduisant drastiquement ses indemnités, au niveau du SMIC.

Si on mélange un peu de Mélenchon, un extrait de Ressiguier et un zeste de Ruffin, et cela pour tous les députés de la France Insoumise, cela peut produire un élixir de très profond renouveau démocratique ; mais attention, ça peut aussi tourner vinaigre. Quand on regarde le pédigrée de ces 17 nouveaux députés de la France Insoumise, nous sommes loin de certificats de virginité politique comme s'en réclament bien des députés Macronistes, et il ne faudrait pas que la FI ne soit qu'un relooking du PG. Néanmoins, ces 17 députés insoumis ne sont pas des béni-oui-oui, et il y a donc du potentiel pour semer et pour moissonner demain.

Mon message est ici celui de tous les électeurs français qui attendent que leurs élus les fassent sortir de cette léthargie dans laquelle les pouvoirs de gauche et de droite les ont plongé depuis bien des années. Alors certains ont misé sur Macron, espérant qu'en faisant sauter tous les verrous la France renouera avec son lustre d'antan. Nous savons déjà qui en récoltera les fruits, toujours les mêmes. Dans d'autres camps, les députés sont des sentinelles, voire des éclaireurs ; je compte sur celles et ceux de la France Insoumise pour mobiliser les citoyens attachés à leurs droits, à leur qualité de vie, à leur histoire et à leurs cultures, et qui veulent transmettre ce patrimoine-là plutôt que de se répandre en promesses illusoires.