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30/07/2016

Liberté, Egalité et Fraternité ou Sécurité ; quelle République demain ?

Le terrorisme qui exporte en France et en Europe la guerre que mène l’État Islamique en Irak et en Syrie frappe de plus en plus souvent nos populations et nos institutions, mais ses "soldats" sont des personnes aux profils différents (ceux ayant été formés par les djihadistes, ceux s'étant radicalisés en prison, délinquants de droit commun ayant franchis le pas, jeunes auto-radicalisés, étrangers arrivés avec les réfugiés, ...). Il reste quand même des facteurs qui facilitent la préparation et l'organisation des attentats, c'est le contexte géopolitique et c'est la situation sociale dans les pays occidentaux ; je l'avais évoqué dans une précédente note.

Or, loin de considérer ces facteurs-là comme les clés à actionner en urgence pour ne plus subir ce climat de terreur, toute la classe politique allant du PS au FN prône une inflation sécuritaire. Pour les uns, il faudrait un Guantánamo à la Française pour tous les français soupçonnés de radicalité, et avec le risque évident que se créée un climat de suspicion et de peur vis à vis de tous nos compatriotes d'origine maghrébine. Le syndrome du "mauvais français" refait surface, et on se croirait revenir un siècle en arrière avec le scénario dramatique qui a ravagé l'Europe. Mais un consensus semble établi sur la nécessité de renforcer les moyens de sécurité ; le Président François Hollande propose la constitution d'une garde nationale composée de dizaine de milliers de réservistes de l'armée et de la gendarmerie, ainsi que de volontaires (à partir de 17 ans). Les membres de cette garde nationale seront formés pour intégrer les unités de la gendarmerie ou de l'armée, et ils porteront la même tenue que les gendarmes ou les militaires ; ils porteront aussi une arme dont ils auront été formés au maniement.

La France est-elle en train de ressembler à un pays comme Israël, où la sécurité impose des règles de vie au quotidien qui sont aux antipodes de celles que la France connait depuis deux siècles ; Eric Ciotti et d'autres parlementaires de droite ont pris ce pays pour modèle au lendemain de l'attentat de Nice le 14 juillet. Et qu'en dit la gauche ? Elle vote très majoritairement la prolongation de l'état d'urgence et elle ne sait plus dire ou penser autre chose que "sécurité" ...

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Il y a encore quelques années, un gouvernement de gauche aurait réfléchi aux mesures à mettre en place pour assurer plus de liens dans les villages et dans les quartiers. Cela passe par les moyens dont disposent les associations pour aider les personnes en souffrance, par le réseau d'assistant(e)s sociales(aux) qui aident les familles à faire face aux exigences administratives, par une véritable politique de la ville (*) et par des financements adaptés. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, est constituée en France la République des Jeunes ; elle est l'ancêtre des MJC et sa priorité dès octobre 1944 est de rebâtir, de recréer les liens sociaux et d’insuffler de nouvelles valeurs à un pays en proie au désarroi, notamment la jeunesse. Les Maisons des Jeunes et de la Culture (MJC) ont connu un essor remarquable dans les 30 à 40 années qui ont suivi, mais elles sont désormais les oubliées de toutes les politiques de la jeunesse. C'est ainsi qu'à Lunel en juin 2015, le maire divers-droite de cette ville que l'actualité a rebaptisée "djihad city" ferme la MJC pour lui substituer un service jeunesse ... Un éducateur de Lunel, Tahar Akermi, est le témoin inquiet de ce désengagement des pouvoirs publics (cf. film sur un blog de Médiapart).

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L'élection de François Hollande en 2012 a conforté le creusement des inégalités sociales, le chômage a continué d'augmenter et les jeunes français ont de plus en plus de raisons d'être pessimistes pour leur avenir. Nadia Remadna, présidente de l'association "La brigade des mères" à Sevran, indique que les 13-14 ans sont des bombes à retardement (cf. son interview sur Europe 1), et elle dénonce la place de plus en plus grande qui est donnée au religieux. Il y a un an, c'est le député Malek Bouthi qui remettait un rapport à Manuel Valls ; il décrivait « une jeunesse frustrée, prête à basculer » ; lire l'article du Figaro Djihadisme : le cri d'alarme de Malek Boutih. La réponse sociale face au terrorisme djihadiste ne rencontre guère d'écho dans la classe politique, et il ne manque pas de leaders politiques pour y voir de l'angélisme. Or, même si tous les terroristes ne sont pas passés à l'acte parce qu'ils ont souffert socialement, il y a néanmoins un terreau social qui favorise leurs actions.

J'avais adhéré il y a quelques mois au fait que le paysage politique français était composé de trois groupes : les conformistes à la mondialisation (PS, PRG, UDI, Modem, LR, ...), les nationalistes (FN, RPF, DLF, ...) et les alternatifs (NPA, FdG, EELV, ...), c'est à dire ceux qui veulent d'un autre monde, sans renoncer aux progrès technologiques, en promouvant les progrès sociaux et en prenant bien en compte que nous n'avons qu'une seule planète. Le terrorisme qui s'est installé et amplifié depuis janvier 2015 en France sera certainement au cœur de l'élection présidentielle de 2017, et les deux premiers groupes listés précédemment vont surenchérir les uns sur les autres ; le terrorisme est un avatar de la mondialisation décomplexée et il nourrit les peurs de l'autre. il est donc urgent d'en appeler aux consciences, et de faire de nos libertés un principe républicain intangible. « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux » - Benjamin Franklin.

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(*) Le ministère de la Ville a été successivement confié à Michel Delebarre, Bernard Tapie, Simone Veil, Claude Bartolone, Jean-Louis Borloo, Fadela Amara, Maurice Leroy ou encore Patrick Kanner. Ce ministère créé sous Mitterand en 1990 est l'exemple de ce qui se fait de mieux pour ne pas s'attaquer aux problèmes :=(

19/07/2016

Et si on écoutait la France au lieu de la terroriser ?

Au lendemain de l'attentat de Nice, l'institut IFOP a mené pour le Figaro une enquête d'opinion auprès d'un échantillon de 1000 personnes (cf. résultat de l'étude). Il en ressort des réponses attendues sur la perception de la menace terroriste et sur la capacité des institutions de la République à la combattre ; les forces de l'ordre bénéficient d'une confiance constante et élevée (autour de 85%) depuis les attentats de janvier 2015, quand le gouvernement passe de 51% à 33% de confiance pour faire face ou pour lutter contre le terrorisme.

Mais ce qui continue de m'inquiéter, c'est la propension de nos concitoyens prêts à accepter d'avantage de contrôles et une certaine limitation de leurs libertés pour garantir leur sécurité face à la menace terroriste actuelle ; ils sont 81% à y être favorables aujourd'hui, alors qu'ils étaient 84% à y être favorables au lendemain des attentats de Paris en novembre 2015, et qu'ils étaient encore 75% pour que la sécurité prime sur les libertés en mars 2016.

Ce mardi 19 juillet en séance publique à l'Assemblée nationale, nos députés surenchérissent eux aussi pour mettre en place un cadre législatif de plus en plus sécuritaire. Et des députés de droite, comme Christian Jacob ou Laurent Wauquiez, n'hésitent pas à réclamer des mesures d'exception, ce à quoi Manuel Valls refuse toute perspective d'une législation d'exception où tout un lot d'articles de loi nous ferait revenir à l'époque de Guy Mollet pendant la guerre d'Algérie.

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Néanmoins, l'analyse des dispositions de cette nouvelle loi mettant en œuvre un état d'urgence de 6 mois est un écran de fumée. N'oublions pas que le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas expliquait au micro de Jean-Jacques Bourdin sur RMC le 13 juillet que nous allions sortir fin juillet de cet état d'urgence déclaré en novembre 2015, car l'arsenal législatif désormais proposé aux services de police et à la justice permettait de lutter contre le terrorisme. Le Président Hollande a répété la même chose le 14 juillet à l'occasion de son interview télévisée. Alors pourquoi voter cette semaine une nouvelle prolongation de cet état d'urgence ? Le premier ministre précise que cet état d'urgence a prouvé son efficacité, et que c'est pour cela qu'il faut le prolonger ... Il ne fait pas référence au drame du 14 juillet à Nice, mais à d'autres tentatives d'attentat qui auraient été déjouées grâce à l'état d'urgence.

Derrière cet état d'urgence, il y a la possibilité de procéder à des perquisitions administratives et à imposer des assignations à résidence. La loi qui est en débat cette semaine revient sur une disposition que le Conseil Constitutionnel avait censurée en février 2016, à savoir que la juridiction administrative pouvait se saisir de matériels et de données informatiques au détriment des libertés individuelles. Peut-être que cette fois-ci le Conseil Constitutionnel trouvera que la présence d'un officier de police judiciaire lors des perquisitions administratives constituera une garantie sur nos droits, mais les terroristes ne stockent plus leurs fichiers et leurs données informatiques sur le disque dur de leur ordinateur ; ils les partagent sur Google Drive, sur DropBox ou sur d'autres services en ligne de partage de fichiers. Comme pour Hadopi, le législateur a dans le domaine des nouvelles technologies une longueur de retard ...

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L'Europe dans les années 30 a déjà connu ces contextes où des politiques sécuritaires devaient faire obstacle au désordre et réprimer des vagues de violence. A cette époque, en Italie, en Espagne et en Allemagne, ce sont les revendications des communistes et des socialistes qui étaient diabolisées par les classes dirigeantes, et nous avons vu dans ces trois pays-là comment le sécuritarisme a été étatisé au point de dérouler le tapis à des régimes fascistes. Moins d'un siècle après, nous devons promouvoir d'autres réponses à ces situations où la République est fragilisée. Et je crois beaucoup plus au dialogue, à la pédagogie et à la participation citoyenne pour que les liens sociaux restent noués. Nous le constatons avec l'auteur du massacre de Nice le 14 juillet, ses proches qui ont constaté son changement d'attitude récente ne disposaient pas des moyens pour tirer le signal d'alarme.

Alors plutôt que de renouveler l'état d'urgence et de solliciter la réserve opérationnelle de la gendarmerie et de la police nationale, pourquoi ne pas faire appel au 36 000 maires de France pour mettre en place une large consultation nationale sur le vivre ensemble ? Nous avons besoin qu'une autre mobilisation vienne du local et qu'elle fasse remonter des exigences, des revendications et des orientations pour créer et pour maintenir du lien entre tous. Cela peut concerner la jeunesse, le tissu associatif, les pratiques religieuses, la construction européenne, etc. Je suis persuadé que ces sujets ne laissent pas indifférents nos concitoyens, qu'ils en parlent en famille ou avec des amis, mais que nos élites politiques sont suffisamment confites de certitudes pour s'exonérer d'un tel brassage d'idées. Pourquoi ce qui marche dans un village de quelques dizaines ou centaines d'habitants ne fonctionnerait pas à l'échelle d'une grande ville ou d'une métropole ? Que chaque maire de France érige un (ou des) arbre(s) à palabres pour rompre avec les replis individualistes qui dressent des murs de renoncement ... l'émancipation de l'esprit et l'humanisme doivent être des urgences pour mieux vivre ensemble !

18/07/2016

Repenser la place d'une France du mieux-vivre ensemble dans un monde en ébullition

A Nice le 14 juillet, le drame provoqué par un individu motivé par une haine radicale de notre société a mis en évidence l'incompétence d'une classe politique qui s'installe dans la surenchère verbale. Depuis janvier 2015, les partis politiques, dits de gouvernement, ne savent répondre que par l'incantation face aux attentats qui meurtrissent le pays. Les parlementaires ont voté des lois sur le renseignement et contre le terrorisme, ils se sont écharpés sur la déchéance de nationalité, mais tout ce tapage politicien ne répond pas au problème qui terrorise les Français. Le Président de la République et ses ministres veulent nous installer durablement dans ce climat de terreur, de guerre contre le terrorisme, mais en sachant bien que des meurtres et que des massacres tels que ceux que nous subissons depuis 18 mois ne pourront jamais être empêchés si nous ne changeons pas radicalement de contexte. Quant aux médias, ils soufflent sur les braises, sans eux non plus chercher des explications plus rassurantes pour l'avenir ...

Nous sommes confrontés à une situation où la violence, individuelle et collective est de plus en plus courante, et où une cause terroriste rencontre un écho de plus en plus favorable auprès de quelques-uns de nos concitoyens. Je regrette que ministres, parlementaires et politiques de haut-rang ne sachent pas sortir des appels toujours plus sécuritaires, toujours plus anxiogènes, pour au contraire faire un peu plus de pédagogie et mener des politiques économiques, sociales et internationales qui donnent du sens aux engagements de la France. La ville de Nice compte plus d'un millier de caméras de vidéo-surveillance, sa police municipale est armée et le feu d'artifice du 14 juillet se déroulait sous la protection des forces de l'ordre et des militaires de l'opération Sentinelle, mais cela n'a pas empêché un individu de préméditer ce massacre. Au lendemain des attentats de janvier 2015, Christian Estrosi affirmait de façon péremptoire : « Je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipé du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés ». Voilà le genre d'analyse que porte un député, ancien maire de Nice et actuel Président de la Région PACA. Indécent !

La violence est la manifestation d'un évènement intense, brutal et parfois destructeur, mais je ne parle pas ici de la mer, du vent ou d'un volcan, mais bien de la violence qui émane des hommes. Notre éducation et notre culture qui se sont enrichies au fil des siècles devraient nous rendre individuellement moins violents, or les faits sont têtus. Je n'aborde pas ici les violences collectives (guerres, émeutes, hooliganisme, gangs, ...), tout aussi condamnables, mais qui reposent sur des motifs dépassant l'entendement individuel. Non, ce qui interroge, c'est le mécanisme qui fait passer une personne d'un cadre social "normal" à un dessein mortifère. Les suicides et autres drames familiaux traduisent déjà cette violence ultime infligée à soi-même ou à des proches, mais ils sont malheureusement devenus des faits divers qui ne suscitent plus d'émoi collectif, et encore moins de mesures pour les empêcher. Des policiers, des agriculteurs et en réalité toutes les professions et toutes les classes sociales sont touchées par cette lutte pour une existence sociale digne et viable. L'exemple de cette jeune maman de 31 ans qui a mis fin à ses jours début juillet à Armentières devrait être exceptionnel, mais il se banalise  (cf. article de la Voix du Nord). Se loger, manger, se vêtir, se soigner et éduquer ses enfants devraient être des droits humains garantis par l’État ; nous constatons au contraire un creusement des inégalités qui engendre de la marginalisation, qui produit des souffrances et qui fragilise irrémédiablement des individus. Et la religion s'ajoute à cette réalité, souvent en positif et parfois en négatif.

Mais ces violences individuelles que l'on qualifie d'attentats islamistes témoignent surtout d'une volonté de les accompagner d'un message politique. Trois militaires en faction devant un centre communautaire juif ont été agressés au couteau à Nice en février 2015 par quelqu'un qui avait la haine de la France, de la police, des militaires et des Juifs. En avril 2015, un militaire français est attaqué et blessé à l'aéroport d'Orly. En juin 2015, un chef d'entreprise est décapité par un employé radicalisé à Saint-Quentin-Fallavier, ce dernier se suicidant dans sa cellule six mois plus tard. Le 7 janvier 2016, des policiers en faction devant leur commissariat de Barbès sont agressés à l'arme blanche par un islamiste marocain qu'ils tuent. Le 11 janvier à Marseille, c'est un enseignant juif qui est agressé à l'arme blanche par un adolescent récemment radicalisé. Le 13 juin 2016 à Magnanville, ce sont deux policiers qui sont tués à l'arme blanche à leur domicile par un jeune de 25 ans. Dans tous ces cas, la revendication djihadiste est fortement clamée par leur auteur, dans un acte suicidaire médiatisé sous le macabre label "État islamique". Et nul besoin d'une formation militaire en Syrie pour commettre de tels actes, la fréquentation de certains réseaux sociaux ou de prédicateurs salafistes suffit à corrompre les esprits.

Le 14 juillet, Paul Rogers, le "Alain Bauer britannique", publiait un rapport intitulé "Guerre asymétrique: daech et les nouvelles menaces des marges". Sa thèse est que le terrorisme commis ces 15 dernières années par des groupes dits islamistes extrémistes, n’est au fait que l’expression apparente d’un malaise mondial beaucoup plus profond et qui ne manquerait pas d’embraser le monde, à l’avenir, si rien de crédible, n’est fait pour le solutionner. Selon lui, les causes socio-économiques qui alimentent les conflits terroristes croissent beaucoup plus vite que le nombre de ces mouvements. C'est aussi ce schéma que décrivent deux chercheurs français, Olivier Roy et Alain Bertho. Pour Olivier Roy, le djihadisme salafiste n'est pas la conséquence d'une "radicalisation de l’islam", mais d'une "islamisation de la radicalité", dans un contexte où l'islam est devenu l'une des dernières offres politiques disponibles "sur le marché de la révolte radicale". Pour Alain Batho "la réussite d’une telle offre politique, celle de l’État islamique, tient au fait que, pour des gens déstabilisés, elle donne du sens au monde et à la vie qu’ils peuvent y mener. Elle leur donne même une mission".

Évidemment, tous ceux qui souffrent ne traduisent pas leurs angoisses en gestes qui attentent à la vie de soi ou d'autrui, mais les mouvements terroristes trouvent parmi ces personnes des sujets plus réceptifs à la radicalisation. Vu sous cet angle-là, le problème du terrorisme en France n'a pas de solution à court terme, et ce que nous apprenons sur l'auteur de l'attentat de Nice le 14 juillet n'est pas pour nous rassurer. Mais nous avons une culture républicaine qui devrait, si elle n'était pas si dévoyée, promouvoir une société plus fraternelle, plus solidaire, plus éclairée et dont les institutions sont les garantes.

Néanmoins, il y a autant de gens qui sont marginalisés socialement en France qu'en Espagne, qu'en Grèce ou qu'en Argentine, alors pourquoi le terrorisme semble s'être décidé à frapper principalement notre pays ? Là, c'est la politique étrangère de la France qui est en cause, et nous sommes-là sur la même position que les USA, qui est une puissance mondiale régulièrement touchée par le terrorisme islamiste (des Twin Towers à New-York en 2001 jusqu'au massacre d'Orlando il y a un mois avec cinquante morts et autant de blessés). La France est aussi une puissance mondiale qui veut compter, et qui compte sur la scène internationale ; nos interventions en Afrique et au Proche-Orient sont d'ampleur et elles modifient significativement la géopolitique des États concernés ; il n'est donc pas anormal que nous soyons en retour la cible des groupes qui les subissent. Par ailleurs, l'idéologie salafiste est incompatible avec les valeurs de notre République, valeurs que nous portons universellement à travers le Monde ; la France est donc une cible évidente, et la date du 14 juillet à l'issue du traditionnel feu d'artifice n'est pas un hasard.

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La France doit totalement repenser son rapport au monde, car oui c'est là l'une des clés majeures pour avancer dans ce 21ème siècle. Devrons-nous vivre dans notre pays comme les israéliens sur leur sol, avec un niveau de sécurité intérieure maximum et permanent ? Que les candidats à l'élection présidentielle nous présentent les orientations possibles, et le peuple décidera quel chemin emprunter. Lorsque la Pakistanaise Malala, prix Nobel de la paix à 17 ans et rescapée des talibans, a rencontré Barack Obama, elle lui a dit une chose : « arrêtez de combattre le terrorisme par la guerre et faites-le par l’éducation et l’instruction ». La France a longtemps rayonné à l'international par sa culture, avec des lycées français et des centres culturels dans de très nombreux pays de la planète, exportant ses auteurs, ses artistes, ses philosophes et ses œuvres cinématographiques. Il n'est pas possible aujourd'hui de ne plus exporter que des missiles, des rafales et des frégates :=(

Donc voilà les deux axes sur lesquels à mon sens nos gouvernants devraient agir pour que notre pays ne soit plus le théâtre de tels drames, le mieux vivre ensemble en France et une politique étrangère qui s'en donne les moyens. Évidemment, cela s'inscrit dans le long terme, et le message que clame Manuel Valls depuis l'hiver 2015 n'est pas acceptable ; non, nous ne devons pas nous habituer à vivre sous la terreur d'attentats revendiqués ou inspirés par l’État islamique ! Nous attendons du gouvernement de la France des messages plus mobilisateurs et plus positifs qui précisent le chemin pour sortir de cet état d'urgence permanent et retrouver une vie quotidienne plus apaisée. Winston Churchill disait : « là où se trouve une volonté existe un chemin », mais en dehors des coups de menton et des joutes politiciennes qui vont se multiplier à l'approche de l'élection présidentielle, quels hommes ou femmes d’État expriment une volonté précise de transformer la France autrement qu'en s'alignant sur la mondialisation homogène des échanges et des comportements ? Notre histoire nous invite à d'autres alternatives !