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16/09/2017

Macron/Mélenchon, quand l'État veut soumettre la Nation

Il y a deux notions qui sont souvent mises en équivalence, où dont la distinction échappe aux citoyens ; le pire, c'est que l'on entend souvent des femmes et des hommes politiques mélanger les deux, Nation et État. Et aujourd'hui où le paysage politique se cristallise autour de deux personnalités, mais aussi de deux synergies déterminantes, j'ai trouvé pertinent de rapprocher les deux analyses.

Tout d'abord, il est utile de rappeler ici ce qu'est un État et ce qu'est une Nation, et dire comment la France se situe dans cet entre-deux. L’État gouverne un peuple, quelque soit la forme de son régime politique, et dans le souci de l'intérêt général. Un État n'est pas toujours associé à un territoire ou à un régime démocratique. Ainsi, le Vatican est un État, le plus petit du monde avec un millier d'habitants sur 44 hectares à Rome ; c'est une théocratie qui règle sur 1,2 milliard de personnes [baptisées] à travers le monde. L’État s'identifie par un drapeau, par un hymne, par une monnaie, ... tout ce qui lui permet d'avoir des relations avec tous les autres États, mais il s'appuie aussi sur des institutions pour organiser la vie de son peuple et lui apporter tous les services qui permettent de vivre et de se projeter dans l'avenir. Si l’État du Vatican s'appuie sur près de trois mille évêques qui administrent chacun un diocèse, c'est son monarque qui élabore les grandes orientations de son mandat. Dans une République comme la France, l’État s'appuie sur ses institutions : l'école, l'armée, l'hôpital public, les finances publiques, la justice, la diplomatie, ... pour répondre aux besoins de ses populations. Et même le Vatican a une armée et une diplomatie.

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La Nation s'identifie beaucoup plus à un peuple et à un territoire (de naissance ou d'adoption). Et une nation peut ne pas avoir d’État, quand une population vit par exemple sous le joug d'un pouvoir extérieur qui s'est accaparé sa souveraineté. Les peuples kurdes et palestiniens sont ceux dont l'actualité parle le plus ces temps-ci, mais nous avons aussi en France des populations régionales qui revendiquent leur souveraineté et aspirent à se doter de leur propre gouvernement. Prochainement, c'est le peuple de Catalogne qui est invité à participer à un référendum revendiquant son indépendance vis à vis de Madrid.

En France, nous élisons tous les 5 ans le chef de L’État. Mais nous élisons aussi tous les 5 ans la représentation nationale. Historiquement, la France est d'abord un État, bien avant que d'avoir été une Nation après la guerre de 14-18. Tous les rois de France, en passant par François 1er, Henri IV, Louis XIV, et sans oublier des personnalités comme Richelieu, puis d'autres chefs d’État comme Napoléon 1er ont construit la France au fil des siècles. Et c'est en 1914, dans les tranchées, que l’état-major des armées s'est rendu compte que la France n'était pas encore une Nation ; leurs hommes ne parlaient pas la même langue, et chacun avait son « Pays », Provence, Savoie, Bretagne, Flandre, Gascogne, Auvergne, etc. Des provinces qui d'ailleurs au long de l'histoire se sont alliées avec des pays voisins pour rejeter le pouvoir central de l’État français. Et n'oublions pas l'Alsace-Lorraine ... Mais c'est après cette guerre-là de 14-18 que l’État fait Nation, que dans tous les villages de France s'érigent des monuments aux morts, en hommage à tous ceux qui se sont battus pour la Patrie, pour la République. Sur certains monuments, c'est Marianne qui symbolise le sacrifice de la Nation.

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Il est d'ailleurs remarquable qu'en 1919 naisse la Société des Nations (SdN), qui est devenue aujourd'hui l'Organisation des Nations Unies (ONU). Je note d'ailleurs l'ambiguïté de cette institution, car elle réunit des « États membres », mais qu'il y a deux ans l'ONU a autorisé la Palestine à y siéger comme « État non membre observateur ».

Mais j'en reviens à la France de 2017, avec le locataire de l’Élysée qui dirige l’État, et une Assemblée Nationale qui représente finalement de moins en moins le peuple de France. Pire, avec le couplage entre élections présidentielle et législatives, l'Assemblée Nationale est devenue la chambre d'enregistrement des décisions du monarque républicain. Et depuis trois mois, les seules voix qui font écho aux attentes du peuple sont celles de Jean-Luc Mélenchon et des députés de la France Insoumise. Et il commence à s'installer un duel entre Macron et Mélenchon, le premier représentant l’État et le second voulant représenter la Nation, allant jusqu'à la mobiliser dans la rue, et après avoir plaidé pour une constituante.

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Cette dichotomie est nouvelle dans notre démocratie, car jusque-là l'opposition entre la gauche et la droite ne s'exprimait que sur la conduite des affaires de l’État ; et les alternances au pouvoir permettaient à chaque camp de marquer leur temps sur le mur de notre République (le SMIC, la peine de mort, les 35 heures, les radios libres, l'impôt sur les grosses fortunes, la fin de la conscription, le mariage pour tous, le projet européen, ...). On parle d'ailleurs, pour tous ces présidents et ministres, de femmes et d'hommes d’État (sans que cela soit toujours mérité d'ailleurs). Quant aux populistes et autres nationalistes, qui rejettent haut et fort les politiques menées par ce « cercle de la raison » (la formule est d'Alain Minc et a déjà 15 ans), ils ont été trop longtemps incarnés médiatiquement par le clan des Le Pen ; et c'est pour eux un fond de commerce.

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Alors la séquence ouverte au printemps 2017 par Macron et par Mélenchon est passionnante, et je pense qu'elle va rythmer notre vie démocratique ces prochaines années. Qu'importe ces personnes-ci, car elles ne font qu'incarner une facette de la France, mais ce qui est nouveau serait que ces deux  facettes-là puissent se confronter durablement. Et c'est important qu'il y ait de la confrontation, voire du conflit, car c'est de là que naît le progrès ;-)

02/09/2017

Bilan de mi-mandat, le maire de Paulhan n'a pas d'autres actions à présenter que celles de ... son prédécesseur :=(

Dans l'édition de Midi Libre du 30 août (cliquer sur l'image ci-dessous pour l'agrandir), Claude Valéro a présenté son bilan de mi-mandat. C'est là un exercice classique pour un maire, mais encore faut-il avoir de la matière ... et savoir « rendre à César ce qui appartient à César ».

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Si dans le domaine de la sécurité les engagement de campagne ont bien été tenus (caméras et renforcement de la police municipale), j'ai été surpris de lire comme engagements tenus les « animations à la piscine », « la mise à disposition de la salle des jeunes aux associations », des « conférences à thème » et des « rencontres intergénérationnelles à l’EHPAD » ; tout cela se faisait déjà au mandat précédent de Bernard Soto. Quant au maintien des « bébés lecteurs », nous n’en trouvons aucune communication sur le site Web de la bibliothèque Jeanne Grizard, et pour cause, l’association porteuse de cette action phare, l’association « Boulevard de la Liberté », a cessé de fonctionner en 2015.

Sur les équipements publics, l’achat de la gare avait été voté et financé en mars 2014 après que la Communauté de communes ait renoncé à faire cette acquisition, mais qu’elle a pourtant faite pour la gare de Clermont-l’Hérault. Par contre, c'est le projet de « logements sociaux » à la gare qui est toujours dans les limbes alors qu'il conditionne la subvention de 50% de l'achat du bâtiment par le Conseil départemental. De même le maire s’attribue la paternité de la « maison médicale Saint-Sébastien » alors qu’elle est le fruit d’un long travail de la précédente équipe municipale, et avec l'investissement de Monsieur Patrick Perez.

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Pour la construction de la seconde tranche du groupe scolaire (les financements et les délibérations avaient été votés au précédent mandat), mais le maire de Paulhan a suspendu ces investissements pour y inclure un restaurant scolaire. Sauf que la Communauté de communes aurait dû faire cet investissement, et que là c'est la commune qui le réalise à ses frais (subventions de dotation rurale DETR déduites). Avoir des « relations apaisées » avec l'intercommunalité signifie ici que Paulhan est écartée des investissements intercommunaux. Car le Clermontais investit pour la petite enfance à Ceyras ou à Clermont-l'Hérault, pour le tourisme à Mourèze, etc. Et à Paulhan, l'intercommunalité a fermé l'office de tourisme ainsi que la déchetterie :=(

A mi-mandat en 2011, le PLU avait déjà été révisé trois fois pour permettre la réalisation de projets significatifs, et dont les inaugurations ont jalonné le mandat de Bernard Soto (d'ailleurs, il n'y a eu aucune inauguration à Paulhan depuis 3 ans). A noter d’ailleurs que la révision générale du PLU prescrite le 9 juillet 2015 est au point mort, ... deux ans plus tard !

Je n'aurai pas publié cette notre si le maire s'était contenté de décliner sincèrement son bilan de mi-mandat, et même de reconnaître que la tâche est plus compliquée qu'il ne l'avait prévu en se présentant au suffrage des Paulhanais. Mais je pense que tous nos administrés qui auront lu cet article ne sont pas naïfs ...

28/08/2017

A une semaine de la rentrée, surtout ne parlez pas d'école !

A peine occupait-il son Palais de l’Élysée que notre nouveau monarque décidait « lui tout seul » d'autoriser les communes de France à revenir à la semaine de 4 jours. Car autant pour le passage à la semaine de 4,5 jours de très longues discussions ont eu lieu entre le ministre Peillon, les enseignants, les parents d'élèves et les maires, autant là c'est le « fait du prince ». En 2013, la réforme s'appuyait sur les avis d'experts, sur des rapports nombreux (et souvent contradictoires) ainsi que sur des comparaisons avec nos voisins d'Europe ; mais là Emmanuel Macron n'a besoin de personne pour savoir ce qui est bon pour nous ... Merci not'bon maître.

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Je reste néanmoins frustré qu'aucun bilan n'ait été préalablement tiré de ces deux ou trois années de semaine à 4,5 jours. L'un des arguments forts de l'époque, c'était que les enfants étaient plus réceptifs et avec une meilleure capacité d'apprentissage aux premières heures du jour ; d'où l'idée d'avoir 5 matinées par semaine au lieur de 4. On nous parlait alors de notre horloge biologique et de nos rythmes circadiens. Les familles et les enseignants ont-ils constaté des changements dans l'apprentissage des savoirs élémentaires ? Ça n'aurait pas été inutile de le savoir avant de changer, non ?

Et l'autre argument de la réforme de 2013 était d'apporter aux enfants un éveil sur d'autres apprentissage en milieu d'après-midi ; ce sont les temps d'activités périscolaires (TAP). Mais les activités n'étaient pas confiées à l’Éducation nationale mais aux communes, avec toutes les distorsions liées à la richesse des collectivités locales ainsi qu'à leur environnement local. La ville de Montpellier dispose de ressources sur son territoire, ainsi que d'une capacité financière qu'aucune autre commune de la région ne peut offrir. Néanmoins, les élus locaux ne sont pas restés les bras ballants et, avec les associations locales et avec toutes les bonnes volontés, ils ont présentés des projets éducatifs très honnêtes.

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Je regrette l'empressement des parents d'élèves comme des enseignants, voire même d'un tiers des communes de France à adopter sans délai la semaine de 4 jours. Les profs bosseront un jour de moins et les communes feront quelques économies, mais l'intérêt des enfants ne semble intéresser personne ...

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Et puis se pose la question de la garde du mercredi. Combien de gamins vont rester devant la télé tout le mercredi à grignoter des biscuits et à boire des sodas ? Pendant ce temps-là, dans les familles qui y sont sensibilisées et qui en ont les moyens, les enfants auront le mercredi matin des cours de musique ou bien des apprentissages ludiques, voire même des cours en ligne sous forme de jeux. D'ailleurs, les profs qui vont gagner un mercredi pourront mieux s'occuper de leurs bambins.

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Et puis à l'école on n'apprend pas qu'à lire, écrire et compter ; c'est surtout un espace de sociabilisation dans le cadre des valeurs de la République. Je pense que plus un enfant passe de temps à l'école et mieux c'est, reste à savoir les activités qui lui sont proposées. Les derniers attentats de Barcelone et Cambrils pointent le facteur « déscolarisation précoce » dans la fragilité de ces adolescents ou de ces jeunes adultes. Je cite parfois Montaigne : « Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine », car l'école ne doit pas remplir des têtes mais les rendre réceptives, critiques, créatives et bienveillantes. L'école d'aujourd'hui construit les citoyens de demain ; et Macron a sur notre société future une vision très conformiste, que d'un côté TF1 continue de « vendre à Coca-Cola du temps de cerveau disponible » (dixit Patrick Le Lay il y a déjà 30 ans) pour éduquer à un consumérisme addictif, et que de l'autre se reproduisent les classes privilégiées.

Post-scriptum : J'écoutais ce matin le nouveau rendez-vous de France Info Toussaint/Apathie qui recevait Anne Hidalgo. Et bien nos deux super-chroniqueurs ont réussi l'exploit de recevoir la maire de Paris près d'une demi-heure sans lui poser de question sur les rythmes scolaires (à une semaine de la rentrée), ou par exemple sur la réduction des contrats aidés. Mais le sieur Apathie a conclu l'émission par une question à Anne Hidalgo sur le PSG et sur Neymar, les valeurs du sport et l'argent. Toussaint est incompétent et Apathie est faux-cul, les duellistes n'ont posé que des questions qui ne ... dérangeaient pas leur invitée.

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Éteignez la lucarne !