Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

29/04/2018

Développement économique en Coeur d'Hérault, à qui doit-il profiter ?

Le développement économique local est dans toutes les bouches et fait couler beaucoup d'encre, mais de quoi parle-t-on réellement ? Pour les entrepreneurs eux-mêmes, au travers de leurs structures représentatives (associations, syndicats patronaux, chambres consulaires, ...), il s'agit de voir des projets se créer, se développer et s'inscrire dans la durée. La remise annuelle des prix de la Très Petite Entreprise (TPE) sur le Cœur d'Hérault fait écho à l'enthousiasme des porteurs de projet, et les outils mis en place par la Maison de l'économie du Cœur d'Hérault contribuent à leurs réussites. C'est la facette positive souvent médiatisée du développement économique local, et il est naturel que chacun(e) s'en félicite.

Pour les collectivités locales, leurs établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et leurs syndicats mixtes, le développement économique local se décline de façon plus hétérogène, et essentiellement sous l'angle du foncier d'entreprises. Le feuilleton de la Salamane en témoigne sur le Clermontais, dans un EPCI qui a en réalité mis tous ses œufs dans un seul panier. Nos voisins de la Vallée de l'Hérault ont eux neuf parcs d'activité sur Aniane, Gignac, Montarnaud, le Pouget, Saint-André-de-Sangonis et Saint-Pargoire. Le Lodévois-Larzac dispose de six parcs d'activité sur Le Bosc, Le Caylar, Lodève et Soubès, plus un hôtel d'entreprises intercommunal à Soubès. Mais les élus locaux sont obnubilés par ce volet foncier, et ils en oublient le volet social.

Pôle emploi comble cette lacune car cette agence de l’État publie régulièrement des documents sur le marché du travail et sur les besoins en main d’œuvre des entreprises du bassin d'emploi de Lodève (et qui épouse le territoire du Cœur d'Hérault). Les derniers indicateurs publiés sur le marché du travail indiquent qu'à fin décembre 2017 il y avait 8 959 demandeurs d'emploi sur ce bassin d'emploi (cf. document en version PDF). Et les besoins en main d’œuvre exprimés par les entrepreneur du bassin d'emploi de Lodève pour 2018 est évalué à 2 710 intentions d'embauche (cf. document en version PDF). Il ne faut pas être très calé en arithmétique pour constater en un coup d’œil que le tissu économique du territoire est très loin de satisfaire les attentes des demandeurs d'emploi. Et les Rendez-vous de l'emploi qu'organisent les EPCI, pôle emploi et le Pays Cœur d'Hérault sont des gouttes d'eau dans un océan d'incertitudes professionnelles ...

PCH_Affiche-RDV-Emploi-mars-2018.jpg    Fly_rdv_2017-Fév-CCC.jpg

La première réponse la plus efficace, et elle n'est jamais évoquée, c'est de permettre à celles et ceux qui recherchent un emploi d'aller en trouver un là où il y en a ; car la mobilité au sein de la population active est un réel problème en France. Et il faut déjà donner envie d'avoir envie, c'est à dire de présenter les aspects les plus positifs de cette mobilité, tout en donnant les moyens pour qu'elle devienne réalité. Cela peut aller d'un projet Erasmus pour étudier une année en Europe à des moyens de transport plus denses pour rejoindre Béziers ou Montpellier.

La seconde réponse, que les EPCI tentent "maladroitement" de mettre en œuvre, c'est de faciliter la création d'entreprises. En effet, cela ne peut pas se limiter à proposer du foncier ; il doit inévitablement y avoir en amont des études prospectives qui prennent en compte les spécificités de notre territoire. Et là, c'est la page blanche :=(

Qu'indiquent les documents de pôle emploi ? Par exemple que l'emploi saisonnier représente 56% des recrutements prévus pour 2018, ou encore que l'agriculture correspond à un tiers des projets de recrutement, et cela sans difficulté remarquable de recrutement. En même temps, les métiers recherchés par les demandeurs d'emploi collent assez bien aux métiers recherchés par les employeurs : services à la personne et à la collectivité, commerce et vente, BTP, hôtellerie et restauration, etc. L'apprentissage et le formation professionnelle sont déficitaires sur le Cœur d'Hérault, et il y là une nécessité à le faire entendre par la Région et par l’État !

Autre indication, 64% des personnes inscrites à pôle emploi sur ce bassin d'emploi sont indemnisés ; ces 5 414 personnes sont à rapprocher des 5 789 inscrits en catégorie A. Pour les 3 170 inscrits en catégories B et C, leur accroissement est de +12;3% sur un an pour la catégorie B et +16% pour la C. Ce sont des personnes qui "travaillent un peu" et qui recherchent un emploi mieux adapté à leur situation (financière, familiale, patrimoniale, professionnelle, ...). Il y a derrière ces chiffres des révélateurs de paupérisation, et donc d'autres priorités sociales pour les collectivités locales.

Créer et pérenniser des emplois devrait être LA priorité de tous les acteurs économiques d'un territoire, et plus encore celui des élus locaux et des services de l’État. Car il est déjà loin ce temps où un commissariat général du Plan (CGP) définissait tous les cinq ans la planification économique du pays. Né au lendemain de la seconde guerre mondiale pour reconstruire la France, cette institution a disparu sous cet intitulé-là en 2006, et on la retrouve aujourd'hui avec une autre vocation moins intérieure, sous le label de France Stratégie. Mais les collectivités locales sont désormais face à une immense responsabilité, et l’État les place plus en concurrence les unes envers les autres qu'il ne leur fournit des outils stratégiques. Et c'est donc une mutation profonde de la classe politique locale qui permettra de prendre ce challenge socio-économique à bras le corps, à l'échelle de chacun des territoires.

25/04/2018

Le fiasco de la Salamane

Depuis 2008 que je suis élu communautaire sur le Clermontais, la zone d'activités de la Salamane est un véritable boulet. En 2008, le Président Alain Cazorla ouvre deux budgets annexes pour des zones d'activité économique, l'une à Clermont-l'Hérault (ZAE des Tanes-Hautes) et l'autre à Paulhan (ZAE de Vareilhes). Mais au même moment la centrale d'achats de Système U vient chercher 20 hectares pour s'installer à Clermont-l'Hérault, et depuis 2009 nous vivons au rythme de la Salamane. Mais pas selon un plan de développement qu'auraient élaborés les élus communautaires, non, mais au grès des propositions d'installation. Alain Cazorla a clôturé la ZAE des Tanes Hautes en 2012 et la ZAE de Vareilhes est à l'abandon. C'est un fiasco politique !

Nouvel épisode du feuilleton Salamane ce mois-ci avec la visite du préfet sur site le 12 avril. Il était prêt à lever le refus d'installer des commerces de détail à la Salamane, à certaines conditions, mais ce jour-là le maire de Clermont-l'Hérault se faisait l'écho des commerçants de sa commune en refusant lui aussi tout commerce à la Salamane. Et comme c'est lui qui délivre les permis de construire, la messe était dite.

C'est ce que le président Jean-Claude Lacroix a souhaité expliquer à son conseil communautaire ce mercredi soir, et il a été clair : aucun commerce ne s'installera à la Salamane, c'est sans appel. Les prises de parole sont essentiellement venues des conseillers de Clermont-l'Hérault, auxquels les vice-présidents de la CCC et leur président ont tenté d'apporter des réponses. Ce que j'en ai retenu c'est que beaucoup d'élus se sont dit trahis par des commerçants avec qui ils étaient en discussion depuis des mois, et avec une charte à la clé. Le mercredi 11 avril, les commerçants de Clermont-l'Hérault et leur maire Salvador Ruiz étaient d'accord pour tenir le même langage devant le préfet, mais le lendemain à l'issue de la visite de ce dernier ils l'informaient d'un avis contraire ...

JCL_Plan_Salamane_2.jpg

Et la rencontre prévue ce jeudi 26 avril avec les commerçants de Clermont-l'Hérault n'a guère d'autre intérêt que de crever l’abcès ; pourquoi ? Jean-Claude Lacroix avait appris à gérer l'hostilité de l'association Commercer et Investir en Clermontais (CIC) et de son président Thierry Viala, mais il a été décontenancé par la volte-face de l'association Clermont à plein cœur, de sa présidente Béatrice Fabre, ainsi que de la CCI.

Le 11 avril en Conseil communautaire, avec un ordre du jour consacré au vote des budgets, Jean-Claude Lacroix avait annoncé que si la réunion du lendemain se concluait sur un véto alors le budget annexe de la Salamane aurait besoin, en 2019, d'une subvention d'équilibre proche de celle accordée au centre aquatique, on est là autour du million d'euros. Mais ce soir devant l'assemblée communautaire, le président Lacroix a réfuté le terme de fiasco financier parce que ses services ont changé leur fusil d'épaule dès le lendemain de la visite du préfet. Il n'était plus question de geler 15% des lots cessibles pour du commerce, mais il fallait désormais ressortir des cartons tous les pétitionnaires en attente, et dans le domaine des services, de l'artisanat et de l'industrie. Aussi, le vice-président au développement économique, Olivier Brun, annonçait ce soir que la Salamane aurait bientôt tous ses lots commercialisés.

Mais à la sortie du conseil ce soir, les conseillers en étaient encore à se poser des questions ; tout le monde n'avait pas tout compris ...

Plan_Salamane_2.jpgPremière interrogation sur les lots contestés, ceux qui devaient accueillir des commerces, Jean-Claude Lacroix les a pointé comme les zones coloriées en bleu sur le plan de masse de la Salamane. Ce sont deux zones pour lesquelles la communauté de communes fera une moins-value financière en les vendant à des entreprises non commerciales. Or, la pomme de discorde qui aurait fait changer d'avis le maire de Clermont-l'Hérault et les commerçants, c'est le projet de SPM sur la pointe devant Système U, parce qu'au lieu d'y avoir une salle des fêtes, un espace pour les produits régionaux, un vétérinaire, ... il y a désormais un Buffalo Grill (contesté par le préfet lui-même) et des cellules commerciales à la location. Jean-Claude Lacroix nous a invité à aller sur Internet pour voir ce projet, et c'est en effet celui qui est sur la pointe, dans ce "triangle" :

Projet_Aquila_SPM.jpgAu final, on sort de là encore plus interrogatif qu'en y entrant ... Qu'est-ce qu'il y aura demain à côté de la station service Leclerc actuellement en construction et qui devrait être ouverte en juin ? Le projet de SPM verra-t-il ses permis de construire accordés par le maire de Clermont-l'Hérault ?

L'autre interrogation qui préoccupe les élus de Clermont-l'Hérault, c'est l'avenir des commerçants des Tanes-Basses qui pensaient investir à la Salamane pour échapper à des loyers prohibitifs qui les asphyxient ; vont-ils quitter Clermont-l'Hérault ? Et nous avons assisté à un ping-pong entre Marie Passieux qui attendait du président de la CCC qu'il fasse des propositions, et ce dernier qui lui répondait qu'il ne pouvait pas se substituer au maire de Clermont-l'Hérault ... Sauf qu'il y a un SCoT en cours d'élaboration, avec un Document d'Aménagement Commercial qui distribuera les zones commerciales entre Lodève, Gignac et Clermont-l'Hérault, et que le PLU de Clermont-l'Hérault permet des extensions urbaines, comme par exemple sur les Tanes-Hautes.

Pour conclure, je considère que la Salamane est aussi un fiasco économique, parce qu'à ne se focaliser que sur cette ZAE depuis bientôt 10 ans, que l'exécutif continuait ce soir de considérer comme une mine d'or, le Clermontais a tourné le dos au développement touristique, à l'agriculture et à l'artisanat, autant de filières qui peuvent créer de l'emploi et contribuer à un véritable projet de territoire. Par exemple, nos voisins de la Communauté de communes du Grand Orb sont ainsi plus multi-sectoriels, et plus offensifs en matière de tourisme (que nous le sommes avec nos seuls offices de tourisme), puisque le Grand Orb prévoit de créer un établissement d'hôtellerie de plein air moderne, et avec une expertise prise en charge par Hérault Tourisme qui doit être finalisée au printemps.

Mais le Clermontais ne pèsera pas grand chose dans le futur SCoT si l'exécutif intercommunal continue à phosphorer en petit cercle restreint. En exposant ce soir ma vision de la sectorisation du Clermontais, le président Lacroix m'a répondu qu'un bureau d'études était venu animer trois demi-journées de brainstorming, et que tout cela avait déjà été écrit ; qu'il fallait relire les compte-rendus. Sauf qu'aucun conseiller communautaire n'a jamais été invité à ces réunions et qu'aucun compte-rendu n'en a jamais été diffusé. Alors que nous avons pourtant une commission économique. Non, la démocratie sur le Clermontais ne se réduit qu'à la chambre haute, celle du conseil des maires (cf. ma note sur le bicamérisme local). Il faut ouvrir portes et fenêtres pour aérer tout ça ;-)

21/04/2018

ZAD de NDDL, l'esprit de Huckleberry Finn

De quoi la ZAD de Notre-Dame-des-Landes est-elle la représentation ? Longtemps elle n'a été qu'une mobilisation très hétérogène pour s'opposer à un projet d'aéroport, un projet pensé il y a très longtemps et auquel tous les notables de la région s'étaient attachés, comme ils n'accordent d'ailleurs d'intérêt qu'à ce qui brille ... pour eux.

Et il ne faut pas croire que Macron aurait été touché par l'écologie quand il a décidé de mettre fin à ce projet. Il voulait surtout réussir un coup politique, en rupture avec tous ses prédécesseurs, et puis il ne voulait pas débuter son mandat présidentiel avec des accidents mortels à l'occasion d'évacuations musclées, comme à Sivens. Le climat (cf. COP21), la modernité économique et le changement ont alors été ses arguments.

Assemblee_ZAD_2016.jpg

Mais aujourd'hui cette ZAD est une pièce à deux faces : pour les zadistes, elle demeure une opportunité pour expérimenter un autre monde, et pour les autorités locales et nationales, elle est une tâche dans le système uniforme qui doit s'imposer à tous. Et Nicolas Hulot a très bien résumé cette dualité dans cette phrase qui lui restera collée comme un sparadrap : « L'écologie n'est pas l'anarchie ». Pour le ministre de la transition écologique et solidaire, l'écologie est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les mains de doux rêveurs ... Non, une société écologique ne le deviendrait qu'avec le concours d'entreprises spécialisées, bref avec des gens très diplômés et très sérieux. Parce que la transition écologique ne serait qu'une activité économique comme une autre, et surtout une source de profits pour des industriels et des financiers.

Les témoignages de zadistes exacerbent le sentiment que la société enferme, écrase, uniformise, et surtout elle n'offre plus aucune possibilité de vivre autrement. Ainsi, il est reproché aux zadistes qui produisent leur lait, leurs œufs, leurs légumes, ... de ne pas respecter les règles sanitaires standard, alors que ceux-ci se contentent de reproduire des pratiques qui avaient cours il y a quelques décennies à peine.  Par contre, personne ne semble s'alarmer que toutes formes d'allergie touchent aujourd'hui 40% des français ; il y a maintenant 40 fois plus de consultations en urgence pour des personnes présentant des manifestations sévères qu'il y a 10 ans. Notre mode de vie moderne qui est maintenant la norme s'accompagne de pathologies toujours plus conséquentes ... et on pointe du doigt ceux qui voudraient vivre autrement ?

ZAD_Construct.jpg

André Gorz, Jacques Ellul, Ivan Illich, Bernard Charbonneau, ... autant d'intellectuels qui ont théorisé l'écologie politique dans le sens où elle doit inévitablement rompre avec la dictature d'une développement économique accumulateur de bien et prédateurs des ressources naturelles. Et on peut, sans les trahir, les qualifier d'anarchistes. Le mouvement des territoires en transition, qui vise à retrouver des formes de résilience locale, n'est-il pas lui aussi transgressif ? Et comme le disait le député François Ruffin sur France Info le 15 avril, « nous avons tous en nous quelque chose d'Huckleberry Finn ».

Ruffin_Hunck.jpg

La présidence Macron, c'est le triomphe du pragmatisme sur les valeurs, la primauté du réel sur l'idéal, et si son modèle de société désespère la jeunesse, alors il l'invitera à trouver d'autres chemins de foi ... Je ne sais pas s'ils étaient nombreux il y a un an à voir en Macron une sorte de Christophe Collomb du 21ème siècle, mais on a plutôt gagné un nouveau Bernard Gui :=(

02:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)