Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

31/10/2010

Financiarisation galopante de la société française

Frédéric Lordon est économiste et directeur de recherche au CNRS. Il signe ce mois ci dans le Blog du Monde Diplomatique un remarquable article sur la financiarisation de notre système social (version PDF de l'article : retraites_financiarisation.pdf). Derrière la réforme des retraites, c'est tout une stratégie de financiarisation qui se joue et qui porte sur des pans entiers de notre contrat social. L'Etat Français n'est plus au seul service du peuple Français, il s'inscrit désormais concrètement dans l'idéologie du capitalisme financier et l'Etat rend compte au marché mondial et aux agences de notation.

Après la privatisation de nombreux services publics, c'est à dire la mainmise du capitalisme financier sur des missions telles que le transport public, l'éducation, la sécurité, les communication, l'énergie domestique, ..., ce sont maintenant la santé publique et la solidarité qui sont livrés aux acteurs du marché tels que la société Malakoff Médéric détenue par le frère du Président de la République. En 1992, j'étais délégué du personnel dans une société de services quand la direction nous a imposé la retraite par capitalisation. J'ai milité pour que l'abondement nouveau des salariés et de l'entreprise vienne s'ajouter aux points de répartition, mais en vain ; il faut dire que dans une entreprise où la moyenne d'age était inférieure à 30 ans et dont les salariés étaient pour la plupart des BAC+5, la notion de solidarité inter-générationnelle est un concept lointain.

Petit à petit, et tout aussi discrètement, les banques, les compagnies d'assurance et les grands organismes financiers s'apprêtent à capter les énormes capitaux du secteur social. Et la France s'américanise doucement ... Toujours cette image de la grenouille que l'on jette dans l'eau bouillante ou que l'on plonge dans une eau tiède et que l'on fait chauffer ; dans le premier cas c'est la révolte, et les grands mouvements sociaux de ces dix dernières années en témoignent, et dans le second cas c'est un endormissement progressif.

Non, décidément, ce n'est pas d'une réforme dont nous avons besoin, mais bien d'une révolution.

18:54 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)

29/10/2010

On ne rigole pas avec la cour !

Un plaisantin a envoyé un mail a Rachida Dati pour lui demander une "petite inflation". Ni une ni deux, la maréchaussée du roi a débarqué chez ce gueux pour perquisitionner son domicile, l'engeoler 48 heures et le déférer devant la justice royale pour "outrage à personne chargée d'une fonction publique". On ne rigole pas avec la cour du roi ...

D'ailleurs, depuis que Nicolas navigue entre la Place Beauvau, Bercy et l'Elysée, le peuple n'a plus le goût à rire. Si la cour peut se permettre de plaisanter ou de faire quelques excès, le citoyen lambda n'a pas intérêt à péter plus haut que son cul. Tout cela semble nous ramener plus de 2 siècles en arrière, avec une aristocratie de nantis qui s'affiche sans complexe, une élite qui se fait complice silencieuse des dérives liberticides et une population qu'on assomme sous les impôts, les taxes et autres prélèvements (sur déjà plus grand chose à la fin de chaque mois).

Bon, l'avantage c'est qu'on connaît la suite de l'histoire. Et on n'est pas obligé de la refaire aussi longue et sanglante qu'en 1789.

14:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)

28/10/2010

Avec le décès de Georges Frêche, une page se tourne en Languedoc-Roussillon

Je ne pouvais pas laisser cette semaine s'achever sans mettre un mot sur le décès de Georges Frêche dimanche dernier. J'ai fait la campagne des régionales de 2004 dans le staff de Georges Frêche, comme salarié des Verts Languedoc-Roussillon, et puis j'ai passé près de 2 ans au Conseil Régional comme chargé de mission du groupe des élus Verts. Georges Frêche était un personnage inoubliable, une figure politique complètement marginale dans le paysage aseptisé de la politique française, et il avait cette faconde méridionale qui transformait toutes ses interventions en une scène irréelle. L'annonce de sa mort m'a ému, surtout qu'il avait parcourru les plateaux de télévision en septembre, avant de partir voir Gorbatchev en Bulgarie et d'aller trois semaines en Chine et en asie. Rien ne pouvait laisser prévoir cet arrêt en plein élan.

Mais le départ de Georges Frêche n'est pas sans conséquence sur l'avenir de la gauche en Languedoc-Roussillon. Les conseillers régionaux ont déjà montré l'exemple en s'accordant sur le nom du successeur ; j'espère que les autres grandes figures socialistes de la région sauront tourner la page. Aucun parti à gauche n'a rien gagné à ces années de luttes intestines au sein du PS, chaque camp mettant les autres partis en position inconfortable de juge de paix.

La situation politique nationale est insupportable. Après les retraites, Sarkozy va s'attaquer à la santé et puis à la fonction publique. On le sait, il veut réduire les dépenses de l'Etat et des collectivités territoriales pour mettre tous les services publics entre les mains du privé. On a tous lu comment son frère allait récupérer les vestiges du système de retraites avec le soutien financier de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) pour promouvoir de la retraite par capitalisation. La gauche a l'obligation de s'y opposer collectivement, et ce sont aujourd'hui le Parti Socialiste et les Ecologistes qui doivent engager des partenariats stratégiques, que ce soit pour les sénatoriales de septembre 2011 (le sénat peut basculer à gauche), ou pour les législatives de 2012.

Ce décès est donc porteur d'émotion et d'espoir, l'image de Georges Frêche allant encore longtemps nous accompagner.