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14/01/2017

Les scrutins de 2017 seront paradoxalement fertiles pour la gauche et pour l'écologie

Au début du 20ème siècle, la section française de l'internationale ouvrière (SFIO) est ébranlée par l'extension du bolchévisme. Et après quatre années d'une guerre qui a ravagé l'Europe, et surtout sa classe ouvrière qui servit de chair à canon, le congrès de Tour en décembre 1920 donna naissance au Parti communiste français (PCF). Et cela fait donc près d'un siècle que ces deux formations politiques, le PS (ex-SFIO) et le PCF, structurent la gauche française.  J'écris "structure", mais ce verbe est très en deçà de ce que ces deux formations ont apporté à la France.

En 2017, le PCF et le PS pourraient peut-être disparaître, chacun respectivement dévoré par Jean-Luc Mélenchon et par Emmanuel Macron. Politiquement, les cadres, les militants et les sympathisants de ces deux partis ont cheminé vers ces fins annoncées. En 2012, quand le Front de gauche refuse de rejoindre la majorité présidentielle, et puis avec la fronde grandissante de députés PS, Jean-Luc Mélenchon n'avait plus qu'à cueillir le fruit mûr ; reconnaissons lui l'intelligence, l'opportunité, l'expérience et le charisme qui catalysent désormais toute la gauche radicale. De l'autre côté, François Hollande a servi pendant 5 ans de booster pour la fusée Macron ; celui-ci exprime clairement aujourd'hui dans ses discours toutes les politiques menées pendant son mandat par le Président de la République.

Les militants communistes ont voté majoritairement fin novembre pour faire campagne derrière Jean-Luc Mélenchon. Ils savaient, parce que leurs cadres avaient voté contre en conférence nationale début novembre, que cette stratégie signait la mort du PCF. Mais c'est autant par proximité militante que par principe de réalité que ces militants ont choisi de faire front commun. Et cet été, à l'issue de la séquence électorale de 2017, la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon deviendra parti politique, avec peut-être des parlementaires, mais avec assurément un financement public nourricier pour cette jeune formation citoyenne.

Au PS, ce sont les députés sortants qui s'appliquent ce principe de réalité ; dans quelle écurie auront-ils les meilleures chances d'être sur le podium ? Même les cadres du PS ont donné des consignes de bonne conduite vis à vis d'Emmanuel Macron, car il ne faut jamais injurier l'avenir. Le dernier sondage BVA POP2017 du 12 janvier donne entre 31% et 32% à Emmanuel Macron au 1er tour de la présidentielle. Ah oui, ce n'est pas le résultat publié par l'institut de sondage, mais c'est l'addition que j'ai faite des intentions de vote qui se porteraient sur le candidat socialiste, sur Emmanuel Macron et sur François Bayrou. Ce résultat permettrait à Emmanuel Macron d'être présent au second tour de l’élection présidentielle, voire d'occuper demain à l’Élysée le fauteuil de son Pygmalion. Il permettrait surtout aux députés sortants du PS et du PRG de pouvoir négocier leur réélection dans un contexte plus favorable que derrière un candidat PS qui ne dépasserait pas les 10% au premier tour de la présidentielle ...

Les observateurs et autres commentateurs de notre vie politique prédisent une traversée du désert pour la gauche française ; je pense au contraire qu'elle est dans un état de bouillonnement qui la prédispose le mieux à nourrir notre démocratie. La transformation du monde est très mal appréhendée par les dirigeants politiques du PS/PRG, des LR/UDI et surtout du FN, alors que le peuple de gauche irrigue de ses nombreuses initiatives des courants de pensée qui fondent cette révolution permanente que je décrivais dans une précédente note.

Et l'écologie politique dans tout ça ? Elle a besoin plus que jamais de s'appuyer sur un parti politique, sur des militants et sur des élus, ainsi que sur un candidat à l'élection présidentielle. Imaginons que Yannick Jadot ne puisse être présent au scrutin d'avril 2017, alors aucun autre candidat(e) ne mettrait au cœur de cette campagne des questions vitales sur les aspects environnementaux de notre qualité de vie (pollutions, climat, alimentation, ressources naturelles, biodiversité, énergies, ...). Enfin, je veux dire autrement qu'en tant que moyen pour assouvir les appétits consuméristes des uns ou les appétences productivistes des autres.

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Les rencontres citoyennes d'En Marche ou les primaires de le droite puis de la gauche postulent qu'elles sont LE moment de l'élaboration et de l'adoption d'un projet politique, le scrutin officiel n'étant plus qu'une formalité de notre vie démocratique. Je considère que c'est la campagne électorale qui est le moment pendant lequel qu'un projet politique se peaufine, qu'il se confronte aux critiques des électeurs rencontrés sur les marchés, dans des réunions et sur les réseaux sociaux. Pour un(e) militant(e) politique, ce temps de la campagne électorale est précieux. Au début de l'été prochain, toutes les formations de gauche et de l'écologie auront accumulé une somme de ressentis et de confrontations de terrain ; ce sera le terreau pour semer d'autres graines ;-)

07/01/2017

Le germe de l'écologie est dans la recomposition politique en cours à gauche

La plupart des candidats à l'élection présidentielle fondent leur projet politique sur la relance des activités économiques, pour donner de l'emploi, pour que les entreprises aient des marges pour investir, pour financer les budgets publics, etc. Mais dans tous les cas, l'environnement est perçu comme un simple paramètre, et cela ne doit surtout pas handicaper le monde des affaires. Outre-Atlantique, Donald Trump donne le ton : il faut d'abord faire beaucoup d'argent, et puis l'intelligence humaine saura nous adapter comme elle a toujours su le faire. Marine Le Pen a elle aussi un préalable économique, mais en proposant de revenir à la situation d'il y a 20 ans ; la nostalgie est un très efficace moteur émotionnel, mais progresser est dans l'essence de l'homme.

Deux candidats sont souvent qualifiés d'écolo-compatibles. Je choisis de commencer par Benoît Hamon, car c'est vrai qu'il tient des propos comme je les entends au sein des Verts (et d'EELV) depuis toujours. L'interview qu'il donne aujourd'hui dans Midi Libre est à ce titre très révélatrice (cf. article Midi Libre). Mais alors en quoi se distingue-t-il du candidat écolo Yannick Jadot ?

Si sur les finalités ils convergent largement, ils partent de points de vue différents. Benoît Hamon a une approche sociale, insistant sur les inégalités et sur la raréfaction du travail. Il y intègre la dimension écologique parce qu'il analyse très bien que ce sont les plus démunis qui doivent prendre leur vielle voiture pour aller travailler, qui privilégient la grande distribution pour leurs achats alimentaires et qui vivent dans les endroits les plus exposés d'un point de vue sanitaire. Travailler ne suffit pas, il faut aussi bien vivre. Yannick Jadot part des indicateurs environnementaux : pollutions aux particules fines, consommation de viande carnée, artificialisation des sols, dérèglements climatiques, consommations d'énergies, etc. Et ce sont ceux qui ont le moins de ressources qui en sont la cause, en même temps que les victimes.

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Mais cette convergence de deux approches politiques symétriques figurait déjà dans l'accord programmatique signé par Martine Aubry et Cécile Duflot le 15 novembre 2011 ; un pacte de gouvernance pour la mandature 2012-2017 (cf. pacte en version PDF). Sauf que François Hollande s'est assis dessus dès son élection :=(

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Martine Aubry n'a pas encore apporté de soutien formel à Benoît Hamon pour la primaire socialiste, mais elle ne tarit pas d'éloges à son intention. Cela illustre que des passerelles ont existé, et qu'elles sont certainement à reconstruire. Mais il faudra attendre l'issue de cette séquence électorale pour poser les fondations d'une nouvelle offre politique.

Le second candidat à l'élection présidentielle qui est à mon avis le plus écolo-compatible, c'est Jean-Luc Mélenchon. La polémique entre lui avec Cécile Duflot en mai 2015 sur son livre « Le Hareng de Bismark », illustre la divergence méthodologique, et il est utile de relire leurs propos de l'époque (« L'Allemagne n'est pas notre ennemie », de Cécile Duflot dans Libération le 19 mai, et la réponse de Jean-Luc Mélenchon le 27 mai dans l'Humanité : « Chère Cécile la convergence se fera »). Et cette divergence, elle se fonde à mon avis sur leurs démarches politiques. Quand Cécile Duflot s'exprime ainsi, elle retranscrit une pensée qui est celle de son parti. Cette pensée-là est portée par les militants d'EELV et elle fait l'objet de travaux, de débats et de motions au sein des instances. Alors je ne cible pas spécifiquement son propos sur le livre de Jean-Luc Mélenchon, mais sur le contexte politique dans lequel elle l'écrit. De son côté, Jean-Luc Mélenchon est porteur de son propre message, ce message fédérant des sympathisants au sein aujourd'hui de la France Insoumise. Et c'est à mon sens ce qui distingue actuellement les formations politiques traditionnelles des mouvements dits "citoyens" dans cette campagne de la présidentielle, que ce soit avec Melenchon ou avec Macron. Nous l'avons vu avec la primaire écologiste ; Cécile Duflot n'a pas été choisie, mais d'autres candidats étaient sur les rangs, dont Yannick Jadot qui représentera les écologistes à la présidentielle. Mais si Macron ou Mélenchon devait se retirer, que deviendrait leur mouvement ?

Sur l'écologie, les diverses composantes de l'ex Front de Gauche ou de la France Insoumise ne sont pas à l’unisson ; les propos de Jean-Luc Mélenchon sur la question sont appréciables, mais on voit bien que son futur groupe parlementaire à l'Assemblée nationale sera pluriel. D'ailleurs, la charte qu'il impose à ses futurs parlementaires est très déconcertante, exigeant d'eux des votes conformes à l'expression de son mouvement.

Mais ce qui est très satisfaisant, c'est que sur le terrain des militants proches de Jean-Luc Mélenchon, de Benoît Hamon ou d'EELV ont des convergences réelles. Et c'est là que doit se construire la recomposition politique, dans les bassins de vie. Nos approches sociales et environnementales doivent se conjuguer pour devenir forces de propositions. Nul doute que cette séquence 2017 aura des impacts sur notre paysage politique, et après cet été nous pourrons tisser localement les réseaux nécessaires pour préparer les élections locales de 2020.

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05/01/2017

Les territoires ruraux ne doivent pas rester les supplétifs des métropoles

Le ministre de l'Aménagement du territoire, Jean-Michel Baylet, était dans l'Hérault aujourd'hui ; il est venu signer deux contrats de soutien financier de l’État au développement de deux territoires, la métropole de Montpellier d'une part, et le Pays Cœur d'Hérault d'autre part. Cette visite et les cérémonials de signature officielle sont le lot quotidien d'un ministre, mais que revêtent réellement ces contrats ?

L’État est depuis quelques années focalisé sur l'émergence de métropoles qui auront demain une place significative à l'échelle européenne ; nos 15 métropoles [1] réalisent aujourd'hui 51% du PIB de la France, portent 43% de l'emploi tout en n'accueillant que 39% de la population. Déjà au sein de l'Union européenne, les métropoles doivent se "muscler" pour attirer à elles les investisseurs, les chercheurs et les entrepreneurs ; et notre culture historique d'un État jacobin et colbertiste ne favorise pas ce projet-là. Chez nos voisins, la structure plus fédérale des États a permis depuis longtemps à des capitales régionales de devenir les locomotives de leur territoire. La métropolisation, au sein d'une mondialisation affirmée, est un sujet plus vaste et il n'est pas l'objet de cette note. Mais mon propos ici est de pointer la façon dont les métropoles sont portées sur un piédestal, alors que le reste du territoire national est laissé en jachère.

Ainsi, quand au début de l'année 2014 le législateur a voté la loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles (Maptam), il a élaboré un cadre législatif très favorable aux métropoles, et la loi NOTRe (pour une Nouvelle Organisation du Territoire de la République) l'a renforcé. Et quand la loi Maptam permet aux métropoles de créer des pôles métropolitains pour élargir aux communes voisines leur dynamique économique, elle offre aux territoires ruraux l'opportunité de créer des pôles d'équilibre territorial et rural (PETR). Et là, quand le ministre vient dans l'Hérault, il signe d'un côté un pacte métropolitain d'innovation, avec une manne de 7,1 millions d'euros (sur l'enveloppe du fond de soutien à l'investissement public local de 1 milliard d'euros en 2016, enveloppe qui passera à 1,2 milliards d'euros en 2017), et de l'autre un contrat de ruralité en Cœur d'Hérault ; mais là, pas d'annonce financière précise. Mon sentiment, c'est que l’État ne veut pas passer pour le fossoyeur de la France périphérique, et qu'il met systématiquement dans la balance un ersatz d'ambition politique pour la ruralité, faute d'avoir une vraie vision de son développement.

Et dans ce contexte-là, les acteurs politiques locaux subissent un effet levier, mais soit en plus soit en moins. Philippe Saurel a profité du pacte qui lui était proposé pour développer le concept « Montpellier Capital Santé » ; aux 7,1 millions d'euros de l’État, la métropole ajoutera 3,59 millions d'euros pour 6 projets structurants dans le domaine de la recherche médicale et de la santé. Là, l'effet levier est positif et la métropole de Montpellier se donne des moyens pour rayonner en Europe sur ces thématiques.

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Pour le Cœur d'Hérault et pour son contrat de ruralité, je ne suis pas aussi béat que le ministre dans l'interview donnée ce matin à Midi Libre. A le lire,  les élus du Cœur d'Hérault « ont  présenté un projet remarquable, qui aborde tous les enjeux de ce territoire : l'attractivité économique, l'accès aux services publics, aux soins de proximité, le soutien aux plus âgés mais aussi aux jeunes, et même l'éducation artistique, d'où ma venue ». Mais comment s'est élaboré ce contrat ? Il fallait monter quelque chose pour être les premiers dans l'Hérault à signer un contrat de ruralité, alors les présidents des intercommunalités du Cœur d'Hérault ont battu le rappel de tous les maires pour qu'ils fassent remonter tous les projets qu'ils avaient dans les cartons, et on a inscrit le tout dans les rails du Projet de territoire 2014-2025 du Cœur d'Hérault. Et c'est une multitude de projets qui figurent dans la maquette financière pluri-annuelle 2017-2020 : le renouvellement d'un réservoir d'eau potable (782 k€), l'a construction d'une crèche (1,6 M€), la construction d'une gendarmerie (6,1 M€), la construction d'une cantine scolaire (267 k€), la construction d'une école (1,1 M€), l'élaboration d'un PLU intercommunal (400 k€), un agrandissement de bibliothèque municipale (1,2 M€), de l'immobilier d'entreprise à la Salamane (1,5 M€), l'agrandissement d'un musée (3,5 M€), la construction d'une résidence sénior (2 M€), etc. Je ne suis pas exhaustif, mais il n'y a au final que des projets communaux pour lesquels le contrat de ruralité est un énième guichet. L’État ne propose pas ici d'enveloppe financière, contrat par contrat. Il indique juste qu'il y affectera 216 millions d'euros en 2017, en plus des autres aides financières que sollicitent les collectivités locales (les dotations de l’État comme la DETR [2], le volet local des contrats de plan État-Région (CPER), et les fonds européens. Mais ce sont les préfets qui décideront de soutenir tel ou tel projet ...

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Ce paragraphe était long, mais il exprime bien comment un président de métropole dispose d'un financement fléché pour 6 projets structurants pour son territoire, quand 77 maires du Cœur d'Hérault vont se tirer la bourre pour que leur propre projet soit accepté par le préfet de l'Hérault. Pour le Cœur d'Hérault, pour ses habitants comme pour ses acteurs économiques, c'est simplement de l'enfumage ; il n'y a aucune ambition collective pour le Cœur d'Hérault, juste une somme de besoins locaux. Je n'étais pas invité ce soir à la sous-préfecture de Lodève pour assister à la signature de ce contrat de ruralité, mais il faut certainement beaucoup d'épaisseur pour se prêter au jeu. Élu local depuis bientôt 9 ans, j'aspire à nourrir ce lien avec les citoyens, car ils doivent collaborer plus étroitement à ces opérations qui vont structurer leur vie et celle de leurs enfants. Ce blog y contribue, et vous êtes nombreux à me lire, mais je préfèrerai être un porte-parole agissant plutôt qu'un témoin désabusé. Voilà un beau vœu pour 2017, non ?

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[1] : Bordeaux, Brest, Grenoble, Lille, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Rennes, Rouen, Strasbourg et Toulouse sont 12 métropoles de "droit commun" ; s'y ajoutent 3 métropoles à statut particulier, ce sont Aix-Marseille, Lyon et le Grand Paris.
[2] Dotation d’Équipement des Territoires Ruraux attribuée aux communes et aux EPCI sous condition de population et de potentiel financier par habitant.