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15/09/2011

Payer collectivement pour le locataire indélicat ?

Pour illustrer le problème de la dette grecque, les commentateurs économiques nous ressassent sans cesse cette histoire du locataire qui ne paye pas son loyer. Et de demander à la cantonade s'il serait normal que tous les autres locataires payent pour lui ...

Imaginons effectivement un locataire dont la situation financière est fortement dégradée, et qu'il ne s'acquitte plus de ses loyers. Mais en même temps, ce locataire indélicat achète à sa voisine du dessus les confitures, les soupes et les plats cuisinés que ses parents confectionnent à la campagne. Que ce locataire aide sa vieille voisine à aller faire ses courses. Que quelques voisins viennent régulièrement chez lui pour passer un bon moment. Que la femme de ce locataire tant décrié garde en fin d'après-midi quelques enfants de l'immeuble après l'école, et que notre locataire bricoleur dépanne ses voisins pour quelques travaux intérieurs (même au black).

Bref, ce voisin qui ne paye pas son loyer se révèle sous d'autres angles que le seul argent. Il y a du lien social et de la solidarité, et cela compte plus que tout !

Et il en est de même pour la Grèce. Les allemands comme les français aimaient bien les grecs quand ils achetaient des sous-marins et des avions de chasse, et avec des obligations garanties par les banques françaises et allemandes. Si la Grèce devait abandonner la zone euro, cela constituerait pour ses voisins européens une baisse de leur balance commerciale.

Cessons donc de n'avoir les yeux fixés que sur les cours de la bourse et abordons le projet européen avec une autre grille de lecture, plus sociale, plus solidaire et plus exemplaire pour le reste du monde.

28/08/2011

Un graphique pour mieux comprendre ...

La recherche de Kadhafi, le blanchiment de DSK, l'ouragan Irène, le duel Aubry-Hollande et quelques autres évènements sportifs éclipsent totalement la situation économique hexagonale et mondiale qui a pourtant affolé les marchés financiers cet été. Et le CAC40 perdait 1% vendredi soir dans la plus grande indifférence ...

Mais ne nous y trompons pas, notre déficit public chronique qui accroit la dette nationale sera au coeur des débats pour les présidentielles et les légilatives de 2012. Et si la question n'est pas abordée très sérieusement, alors le pouvoir qui sera élu en 2012 nous pressera comme des citrons avec la légitimité du scrutin présidentiel.

Ci-dessous deux graphiques qui indiquent (en valeur puis en pourcentage du PIB), l'usage que l'Etat et les administrations publiques font de la richesse nationale (cliquer sur le graphique pour l'afficher) :

 

L'Etat, les collectivités locales et les organismes publics et sociaux ponctionnent environ 50% de la richesse nationale produite chaque année. En gros, pour une perspective de 2.000 milliards d'euros de richesse nationale qui sera produite en 2011, il y en aura autour de 1.000 milliards qui ira dans les caisses des administrations publiques au travers des impôts, des taxes et des cotisations.

La répartition des prélèvements sur les différentes strates de personnes physiques (les ménages) et morales (les entreprises) est un sujet de débat en lui-même. Or, s'il peut introduire plus d'équité et plus de justice sociale, cette enveloppe d'un demi PIB annuel semble invariant. Mais cela conditionne très fortement le budget de l'Etat et des administrations publiques (cf. l'année 2009 en décroissance).

Par ailleurs, si on ne veut pas nous priver des services publics indispensables à notre développement (éducation, santé, recherche, sécurité, justice, social, ...), alors il faut optimiser les dépenses et favoriser une croissance partagée de notre économie. Un rapport de l'administration fiscale indique que 52 milliards de niches fiscales n'ont aucune efficacité économique, il serait alors urgent de s'y pencher. De même, il y a des dépenses qui mériteraient d'être mutualisées à l'échelle européenne avec un véritable budget européen (tout comme les USA ont un budget fédéral et un budget pour chacun des 51 États).

En tous cas, voilà les données du problème. Reste à regarder les solutions qui vont nous être proposées ...

24/08/2011

"Le coup des 11 milliards d'euros", nouvel épisode de la reconquête du pouvoir par le Général Sarkozy ...

Quand on sait que la dette nationale est aujoud'hui d'un peu plus de 1.600 milliards d'euros et que le déficit annuel du budget de l'Etat était d'environ 150 milliards d'euros pour 2010, l'annonce faite ce jour par le Gouvernement d'une économie de 11 milliards d'euros n'est qu'une annonce conjoncturelle dont le seul objectif est de rassurer les agences de notation. Pour retrouver l'équilibre budgétaire, pour réduire l'endettement de la France et pour continuer néanmoins à créer de la richesse, il faudra bien plus que ces mesurettes.

bonaparte_pont_arcole.jpg

Tel le Général Bonaparte sur le pont d'Arcole, notre Président Sarkozy a entrepris depuis quelques mois la reconquête de son siège à l'Elysée. Comme en 2008 alors qu'il présidait l'Union Européenne, l'actuel Président du G20 va surfer sur la vague de la crise financière pour redonner du souffle à sa courbe de notoriété. Les rencontres avec Angela Merkel et les sommets internationaux dédiés à cette crise devraient se multiplier dans les mois à venir.

La situation internationale autour de la Méditerranée devrait aussi profiter à notre Président ; reconnaissons lui au moins le mérite d'une réelle pugnacité et de beaucoup de réalisme dans la révolution Lybienne. Il efface au passage les erreurs de Michèle Alliot-Marie en Tunisie ...

Mais cet activisme médiatique ne répond pas aux problèmes de fond. Et les questions à long terme portent sur notre démographie, sur le taux d'activité et le taux d'emploi de la population, la productivité du travail (boostée par le progrès technologique et par l'organisation sociale), par la durée du travail tout au long de la vie (et les questions connexes sur l'emploi des jeunes et des séniors), sur les taux d'intérêts qui conditionnent l'investissement des ménages et des entreprises, sur la parité euro/dollar qui joue sur notre balance commerciale, sur le taux d'inflation qui peut accroître un peu artificiellement la croissance tout en plombant le pouvoir d'achat des ménages, et enfin sur les prévèvements fiscaux et sociaux (taxes, impôts, cotisations sociales). Le Gouvernement a décidé de ne se focaliser que sur ce dernier point, c'est à dire les prélèvements sur les ménages et sur les entreprises, mais l'économie réelle dépend de tous les autres points cités ci-dessus. Et ce sont tous ces points qui devront être abordés lors la campagne des présidentielles.

Plutôt qu'un Général d'artillerie, la France aurait besoin d'un plombier ... qui lui n'irait pas réparer une fuite dans la tuyauterie sans d'abord régler l'arrivée d'eau.