Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

08/05/2012

Europe Ecologie Les Verts, le début de la fin ?

La campagne d'Eva Joly est passée complètement à côté du projet écologiste, et elle a plutôt joué au sniper contre Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, les ténors du parti écologiste ont obtenu du Conseil Fédéral d'EELV l'adoption d'une motion acceptant le principe d'une participation au gouvernement. Et chacun y va de son fantasme (cf. Artricle de Rue 89). Cécile Duflot a même déjà annonçé son départ du secrétariat national après le 17 juin.

Il doit bien rigoler le Président Hollande ... Et puis il n'a pas besoin des Duflot, Joly, Placé, Baupin et autres starlettes écolo pour dérouler son projet présidentiel ; d'une part parce que l'écologie n'est pas une priorité de son mandat, et d'autre part parce qu'il a déjà d'anciens Verts autour de lui pour le conseiller utilement (Marie-Hélène Aubert, Aurélie Filippetti, Yves Pietrasanta, ...).

En même temps, des adhérents d'un courant minoritaire d'EELV ont gagné un référé au tribunal de Grande Instance de Paris car la désignation des candidats pour les législatives n'était pas statutaire. En réalité, les nouveaux statuts d'EELV n'ont pas été calqués sur ceux des Verts ; ils sont plutôt inventifs, mais pas du tout réalistes. Au final, tous les candidats aux législatives se retrouvent dans l'incertitude de pouvoir utiliser le logo de leur parti et bénéficier des ressources d'EELV.

Le rassemblement des écologistes au sein d'Europe Ecologie Les Verts n'a jamais réussi à donner à l'ancien parti Vert un socle pérenne pour aborder les échéances électorales. La dynamique d'Europe Ecologie issue des Européennes de 2009 s'est toujours heurtée aux valeurs historiques des Verts (parité, pluralité, démocratie interne, discipline statutaire, ...). Et c'est ainsi que la moitié des candidats investis sur les circonscriptions négociées avec le PS l'ont été par cooptation, à l'opposé de la traditionnelle proportionnelle des motions de congrès qui assurait la représentation de tous les courants du parti.

Alors que va devenir Europe Ecologie Les Verts ? Ce qui est certain, c'est que des milliers de militants ne se retrouvent pas du tout dans cette écologie de salon où l'ambition de quelques uns prend le pas sur les vrais rapports de force politique. Peut-on participer à un gouvernement qui va oeuvrer pour la construction de l'EPR à Flamanville et pour la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

Il y a urgence pour la planète ; et on se souvient du discours de J. Chirac au Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 sur la "planète brûle et ils regardent ailleurs ...". Toujours sous la Présidence de J. Chirac, la Constitution Française s'est par la suite dotée d'une charte de l'environnement. Puis sous celle de N. Sarkozy, il y a eut le Grenelle de l'Environnement ... Et alors ? Notre empreinte écologique diminue-t-elle ? Les trop rares initiatives de l'Etat et des collectivités territoriales sortent-elles des frontières de l'hexagone ?

Il y a un espace politique pour l'écologie, mais aucun autre parti politique que les Verts (puis EELV) n'a vraiment investi ces enjeux prioritaires pour la planète, et donc pour nous et pour nos enfants. Alors laissons nos quelques Icare aller se brûler les ailes sous les ors de la République, et revenons sur le terrain des luttes pour l'environnement.

23:13 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eelv, gouvernement

Pourquoi Marine Le Pen ?

En France, mais aussi dans de nombreux pays occidentaux, le paysage politique s'est longtemps déterminé selon deux axes ; le premier axe socio-économique a vu s'opposer les partisans du progrès social contre ceux de la compétition économique, le second axe sociétal voit s'affronter les modernes et les conservateurs.

Sur le plan socio-économique, les républiques populaires ont illustré par leurs excès dogmatiques comment l'intérêt général pouvait être liberticide. Oui, ces républiques ont brillé dans les domaines de l'éducation, de l'industrie, de la santé ou encore de la recherche, mais au prix de trop de renoncements. Aujourd'hui, la gauche est représentée par plusieurs mouvements politiques héritiers de l'internationale socialiste, mais les idéologues ont laissé la place aux communiquants. A l'opposé, c'est le modèle américain qui représente le mieux la liberté d'entreprendre, l'individualisme exacerbé. Aux USA, Barack Obama et son projet de réforme du système de santé (health care) passe pour un dangereux communiste aux yeux de toute une population qui voit dans les prélèvements sociaux une véritable extorsion de fonds.

Jusqu'au début des années 2000, la France connaissait une multitude de partis politiques qui s'inscrivaient sur cet axe en mettant le curseur plus ou moins haut sur les solidarités, sur la fiscalité, sur le rôle de l'Etat ou encore sur le code du travail. Arlette Laguillier et Alain Krivine étaient à l'extrême gauche de cet axe quand Alain Madelain était à l'extrême droite. C'est au travers du mouvement poujadiste que Jean-Marie Le Pen a fait son apparition sur la scène politique dans les années 50, mais le Front National ne s'est jamais réellement positionné sur ces questions économiques et sociales. Même Marine Le Pen a très mal réussi à convaincre sur ces thèmes lors de la campagne des présidentielles ; c'est beaucoup trop éloigné de la culture et du corpus idéologique du Front National.

Sur les questions de société, il y a eut un avant et un après mai 1968. Le monde ouvrier et les étudiants contestaient violemment contre une classe bourgeoise conservatrice, mais il y avait aussi des mouvements pacifistes, féministes, humanistes qui ajoutaient aux revendications pour une société plus moderne. L'abolition de la peine de mort, le vote des étrangers aux élections locales, le mariage des couples homosexuels sont autant de thèmes qui divisent encore profondément la société Française.

La gauche aspire beaucoup plus que la droite à rompre avec certains archaïsmes, mais les questions sociétales ne sont pas aussi clivées que cela entre la droite et la gauche. Par contre, le Front National a misé à 100% sur la préservation des traditions, sur la patrie et sur la préférence nationale. Tout ce qui pourrait éloigner la France de sa culture, de son patrimoine et de ses racines chrétiennes devient un ennemi à combattre farouchement ; l'Europe, la mondialisation, l'immigration, l'islam, la classe politique aux mains des grandes entreprises financières trans-nationales, ... voilà les fronts sur lesquels Marine Le Pen fait tous les amalgames.

C'est donc bien plus sur l'axe sociétal que sur l'axe du développement socio-économique que Marine Le Pen se positionne à l'extrême droite de l'échiquier politique ; elle n'a aucune solution pour ce qui fait le quotidien de nos concitoyens, mais elle fait croire à ceux qui ont peur pour leur avenir ou pour celui de leurs proches qu'ils pourraient aussi perdre leur nation (plus de monnaie nationale, plus de frontière. ...). Six millions et demi de Français ont voté pour Marine Le Pen le 22 avril, et de plus en plus sur des territoires ruraux que l'Etat délaisse d'année en année. Et quand on ne voit pas de quoi l'avenir sera fait, pire quand le quotidien dessine un avenir incertain, alors on se raccroche à ce qui reste encore et on cible des boucs-émissaires.

Longtemps l'Etat était doté d'un ministère du Plan ou encore d'un ministère de l'aménagement du territoire. Désormais, c'est le marché mondial qui gouverne l'économie nationale et ce sont les grandes entreprises qui décident seules de leur implantation. Tout cela fluctue au grè de l'intétêt des conseils d'administration et des dividendes versés aux actionnaires. Et tant que l'Etat associé aux collectivités territoriales n'aura pas repris l'initiative, alors Marine Le Pen continuera de capitaliser sur les drames et sur les peurs.

La droite aura une responsabilité immense dans les prochaines années. Sera-t-elle tentée par les thèmes du Font National comme Nicolas Sarkozy l'a fait pendant tout son mandat ? Ou reviendra-t-elle défendre des positions économiques pertinentes ? On pouvait ne pas être d'accord sur le fond avec Raymond Barre à la fin des années 70, mais son positionnement politique était sans ambiguïté.

Marine Le Pen ira aux oubliettes si la droite assume l'alternance démocratique, si l'Etat rétablit les services publics sur tout le territoire, si François Hollande concrétise ses propositions qui vont dans le sens du progrès social (éducation, logement, emploi, santé, transports, justice, ...) et si l'Europe devient enfin autre chose qu'un marché économique. Sinon, ce n'est pas le risque de Marine Le Pen qui se profile, mais carrément une révolte populaire à l'échelle européenne.

15:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

04/05/2012

Vivement la 6ème République !

La campagne pour l'élection présidentielle prend fin aujourd'hui sur deux constats amers. Le premier constat est que nous allons bien élire un monarque, dans la tradition historique de la France. Les Français sont comme ça, ils ont besoin d'un chef ; Clovis, Henri IV, Napoléon, De Gaulle, ... mais pas Sarkozy ;-) Et cette campagne qui n'en finissait pas a été un trop long concours de gonflette et de provocations.

Le second constat porte sur le projet qui conduira la France jusqu'en 2020 et au delà. François Hollande l'a rappelé, il ne s'engage auprès des Français que sur ses 60 propositions et ce sera le socle de sa majorité parlementaire. Est-ce à dire que le Parlement sera figé dans ce carcan programmatique pendant toute la durée du mandat ?

Déjà, les 60 propositions de François Hollande ne constituent pas une rupture de modèle économique, social et politique ; on reste là dans la continuité du modèle dominant qui fait la part belle à la mondialisation, au consumérisme et à la financiarisation des activités humaines.

Alors quelle liberté de légiférer restera-t-il à la majorité qui sera élue le 17 juin ? On peut espérer qu'elle revendiquera le respect de la séparation des pouvoirs, et que les parlementaires pourront porter au débat des propositions plus audacieuses que celle du candidat socialiste à l'élection présidentielle. Mais les députés et les sénateurs seront confrontés au dilemme des légitimités concurrentes du Président de la République et du Parlement. Les deux sont élus au suffrage universel (indirect pour les sénateurs), et dans les deux cas ces élus du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif peuvent revendiquer la légitimité démocratique de leur élection par les citoyens.

La démocratie ne peut pas être la démocratie dans une telle situation où deux mêmes légitimités démocratiques se font face. Et on a bien vu dans les périodes de cohabitation comment l'exécutif et le législatif s'affrontaient, avec un gouvernement à fleurets mouchetés comme courroie de transmission ...

Il faut désormais réclamer une vraie démocratie parlementaire avec de nouvelles règles de gouvernance de l'Etat. L'Europe ajoute à l'urgence de nous doter d'un édifice politique plus démocratique ; nous avons vu ces derniers mois pendant la crise de la zone Euro comment Angela Merkel et Nicolas Sarkozy intervenaient, la première sous mandat du Bundestag et le second de sa propre autorité. De nombreux partis politiques et beaucoup d'intellectuels ont travaillé à l'élaboration d'une nouvelle constitution, celle de la 6ème République. Il faut cesser d'en parler dans des conférences pour initiés, il faut la mettre en place !

15:15 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)