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06/07/2012

Ayrault-Hollande, la rigueur budgétaire "Européenne", synonyme de contraction de l'économie

3% de déficit public en 2013, voilà l'objectif que la zone Euro impose à ses Etats membres pour bénéficier des mécanismes de soutien financier. Or, en période de récession où les recettes publiques diminuent, cela signifie mécaniquement que les dépenses publiques doivent baisser encore plus ... Mais si les administrations publiques dépensent moins, alors les commandes publiques auprès des entreprises de service et de travaux vont diminuer elles aussi. On s'oriente donc vers une contraction de l'activité économique qui entraînera une spirale infernale de décroissance.

Ah tiens, la rigueur pourrait produire de la décroissance ... Certains pourraient s'en amuser et préciser que c'est justement une revendication des écologistes de moins produire et de moins consommer dans un monde aux ressources limitées. Sauf que la décroissance souhaitée par les écologistes doit être un projet et non pas un mode de développement subi. Par ailleurs, il faut "mieux produire et mieux consommer", et pas nécessairement moins.

Mais je reviens au fil de ma note, à savoir la stratégie budgétaire de la France. Il y a une section importante du budget de l'Etat que les gouvernements successifs passent allègrement sous silence, c'est le service de la dette. Aujourd'hui, la dette publique représente 90% de la richesse nationale produite chaque année, soit 1800 milliards d'euros de dette sur 2000 milliards d'euros de PIB (avec des chiffres ronds, on retient mieux ;-). Première question, mais elle se pose à l'échelle mondiale, ces dettes publiques pourront-elles être remboursées un jour ? Faut-il attendre que la situation en Grèce nous atteigne tous pour que l'on se pose dans 2, 3 ou 4 ans la question de l'évaporation d'une partie de nos dettes publiques ? Mais en même temps, les taux directeurs des banques centrales d'Europe, de Chine et de Grande-Bretagne ont été abaissés ces derniers jours, cela signifie que les Etats pourraient emprunter à des taux très réduits (si la BCE était autorisée à prêter directement aux Etats).

En conclusion, faut-il continuer de laisser les banques spéculer sur les taux d'intérêts, en même temps que les populations se serrent la ceinture, et avec des situations dramatiques pour certains ? Faut-il vouloir satisfaire à tous prix les agences de notation en respectant la cible de 3% en 2013, mais avec en toile de fond une rigueur qu'il ne faut même pas nommer ? Oui, il y a une alternative, c'est de remettre à plat l'ensemble de l'économie mondiale en se posant sérieusement la question de la dette. Imaginez une course de 100 mètres où tous les athlètes auraient des poids attachés aux chevilles. Bon, certains auraient des poids moins lourds que d'autres, mais il est évident que ces athlètes donneraient le meilleur d'eux mêmes en se délestant de ces handicaps.

Et ce que j'attends vraiment de François Hollande, c'est qu'il engage la France, l'Europe et même le G20 dans cette révolution de l'économie mondiale. Malheureusement, nous manquons d'économistes pour produire ces nouveaux modèles ; ils étaient plus féconds il y a un siècle quand le capitalisme était l'idéologie porteuse. Nous manquons aussi d'audace en politique, et je fais ici écho au Nouvel Observateur qui, en juin dernier, invitait François Hollande à faire comme Roosevelt dans les années 30 ...

Mais cela ne fait que deux mois que François Hollande est à la tête de l'Etat, je lui laisse le bénéfice du doute.

Ayrault-Hollande, le problème de la méthode ... et toujours l'approche comptable des problèmes.

Les lettres de cadrage adressées par le Premier ministre aux membres de son gouvernement expriment essentiellement des objectifs comptables : baisse de 2,5% du nombre des fonctionnaires et baisse de 7% des dépenses de fonctionnement de tous les ministères à l'exception de la Justice, de l'Education Nationale et du Ministère de l'Intérieur. Ainsi, l'objectif de stabilité "en valeur" des dépenses publiques entraîne mécaniquement le gel, voire la baisse du pouvoir d'achat de tous les fonctionnaires.

Intérrogée sur France Inter à propos de la journée de carence dans la fonction publique, la Ministre Marylise Lebranchu a avoué que le gouvernement Ayrault ne pourrait pas revenir dessus car le gouvernement précédent avait inscrit 225 millions d'euros en recettes sur les salaires non versés. Et la Ministre de la Fonction Publique d'indiquer que ce sera finalement aux partenaires sociaux d'endosser le mauvais rôle de choisir si oui ou non l'annulation de cette journée de carence est une priorité ...

Ainsi, la gauche au pouvoir marche dans les pas de Nicolas Sarkozy, avec sa RGPP et sa poliitique du chiffre dans tous les domaines.

Or, chacun reconnaît que la fonction publique pourrait être modernisée, restructurée, remise à plat et que la question principale n'est pas de pointer la fonction publique comme étant un boulet, mais bien de se demander comment les missions de service public peuvent être toujours mieux assurées. La disparition des bureaux de poste, des perceptions, des hôpitaux locaux, des antennes de police, des gares, ... ajoute à l'incompréhension des Français ; il y a de moins en moins de services publics et les effectifs de la fonction publique sont sans cesse stigmatisés.

Mais transformer nos administrations en vue de garantir que l'intérêt général reste la clé de voûte de la République, voire même en misant sur une petite révolution de nos institutions, ce serait quand même plus mobilisateur, plus positif que de nous annoncer cinq années de rigueur - oups, j'ai écrit le mot qu'il ne faut surtout pas dire ou écrire :=(

Comme fonctionnaire territorial, mais aussi comme élu local, je constate sans cesse  que l'on peut mutualiser des moyens, réduire les couches du mille-feuilles, rapprocher les missions déconcentrées de l'Etat et celles des collectivités territoriales. Alors, que le gouvernement conçoive d'abord un projet, en concertation avec tous les acteurs concernés, et je suis persuadé qu'à l'arrivée nous ferons plus d'économies encore, avec plus d'efficience à la clé, qu'en se contentant de restrictions budgétaires.

22:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

05/07/2012

Ethylotests obligatoires, un exemple hallucinant de mesure productiviste !

C'est désormais obligatoire depuis le 1er juillet, chaque véhicule devra disposer de deux éthylotests. Ceux qui ne boivent jamais ou qui sont attentifs à leur consommation d'alcool n'en auront pas besoin, et ceux qui ont un comportement dangereux avec l'alcool ne s'arrêteront pas à un ballon gonflable ...

reactif_ballon.JPG

Le ballon de l'éthylotest est composé d'une poche souple en polyéthylène et d'un embout rigide en polypropylène. Le tube réactif contient 0,8 g de dichromate de potassium (K2Cr207). Quand l'éthanol contenu dans l'air expiré passe sur le réactif, les ions dichromates l'oxydent en acide éthanoïque. Et même si le réactif a perdu quelques ions chrome au passage, ce dichromate de potassium demeure un produit dangereux pour la santé. Il y aura des millions d'éthylotests usagés ou périmés qui seront jetés chaque année, soit donc quelques tonnes de dichromate de potassium et quelques autres tonnes de plastiques.

Voilà donc un exemple typique de consumérisme que nous ne devrions plus jamais voir. On créée artificiellement un besoin, on consomme des produits (polymères) issus de la pétrochimie et on génère un problème de déchets toxiques. Tout cela créée de la richesse (c'est à dire du PIB) que l'on peut qualifier de négative. Nous continuons d'aggraver notre dépendance au pétrole et nous créons des risques sanitaires et environnementaux ...