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06/09/2012

Le théorème de Chérèque

François Chérèque, secrétaire national de la CFDT, a ennoncé ces derniers jours un théorème pour renforcer la compétitivité des entreprises. J'en rappelle ci-aprés l'ennoncé :
 -10% de cotisation patronale
+ 7% de hausse de salaire
          (qui compense +7 % de hausse de CSG)

= 3% de gain de compétitivité

En complément, il faut préciser que 80% des recettes de la CSG provient des revenus d'activité, le reste provient des revenus du patrimoine et des revenus financiers. Le solde négatif de 3% sur les salaires sera donc compensé par l'augmentation de la CSG sur ces autres revenus touchés par la CSG.

Je ne rentre pas ici dans le débat qui oppose les centrales syndicales pour savoir si le coût du travail est l'une des principales causes de l'échec des entreprises françaises dans leur conquête de nouveaux marchés. Et en fonction des secteurs, ce gain de 3% peut servir à baisser les prix de vente, à investir ou encore à augmenter les salaires.

Mais autant j'étais opposé à la TVA sociale, autant ce transfert du financement de notre système de santé vers la CSG me séduit. A la différence de la TVA dont il est très difficile d'anticiper les recettes, on sait qu'un point de CSG génère environ 10 milliards d'euros de recettes. C'est donc là un outil qui ouvre de nombreuses perspectives, et surtout en faisant peser ces contributions à notre système social sur des revenus qui jusqu'à présent y échappaient.

Evidemment, c'est la réforme de la fiscalité directe proposée par François Hollande (lors de sa campagne pour l'élection présidentielle) qui devrait enfin nous donner un nouveau cadre fiscal plus pérenne et plus juste. Fusionner l'impôt sur le revenu avec la CSG, passer au prélèvement à la source, supprimer quelques niches fiscales, imposer les citoyens dès le premier euro gagné et définir une progressivité sans tabou, voilà le projet dont le gouvernement Ayrault doit accoucher sans trop tarder ...

Mario Draghi sauve SON Europe, pas la notre ...

Le patron de la Banque Centrale Européenne (BCE), Mario Draghi, a rassuré les marchés financiers ce jeudi en informant que la BCE allait racheter toutes les dettes des Etats en difficultés afin de sauver l'Euro. Mais attention, cet ultime recours à la BCE restera conditionné aux mécanismes actuels de contrôle budgétaire, via le FESF et le MES.

En bref, l'Europe échappe à ses institutions démocratiques, et c'est un homme seul qui définit la nouvelle trajectoire de la construction européenne. N'oublions pas que Mario Draghi est un ancien de Goldman Sachs et qu'il est au sein du monde de la finance comme un poisson dans l'eau ...

Car le signal donné aujourd'hui est-il bon ou mauvais ? Le Parlement Européen a-t-il été consulté ? Ce parapluie que garantit désormais la BCE ne constitue-t-il pas un risque de voir l'endettement des Etats de la zone Euro continuer à se creuser ? Et derrière la BCE, ce seront toujours des contribuables européens qui devront payer la facture.

Alors que les peuples européens découvrent petit à petit le caractère machiavélique des mécanismes de financement des banques et des Etats, pointant ici et là des dettes illégitimes, le patron de la BCE vient nous injecter l'overdose !

02/09/2012

Les socialistes Moscovici et Bricq promeuvent une "mondialisation solidaire" ...

Publiée fin août dans le journal Le Monde, les ministres Pierre Moscovici (à l'Economie) et Nicole Bricq (au Commerce Extérieur) ont signé ensemble une tribune sur la mondialisation solidaire (tribune disponible sur le site Web du Ministère de l'Economie ainsi qu'en téléchargement au format PDF). Voilà pourtant deux mots très opposés que nos deux ministres sociaux-démocrates n'hésitent pas à marier :-(

Les auteurs de cette bafouille inscrivent clairement le modèle économique de la France au sein de ce miasme qui a complètement dérégulé les mécanismes commerciaux depuis une vingtaine d'années. Au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les Etats n'ont jamais cessé de nous vendre de la coopération, de la réciprocité, de la négociation équilibrée, de la loyauté vis-à-vis des engagements internationaux, etc. Mais au final, ce sont les mots de dumping et de compétition [sauvage] qui illustrent le mieux ce qu'est devenu le commerce mondial ; et l'éthique comme la morale n'y ont pas leur place. Les débats autour de l'AGCS (Accord Général du le Commerce des Services - GATS en anglais) ou des accords bi-latéraux de libre-échange (ALE) ont émaillé l'actualité de ce début de 21ème siècle, avec la naissance antagoniste d'un alter-mondialisme essentiellement fondé sur la protection du commerce agricole de chaque nation. Ainsi, la construction européenne a été le laboratoire de cette mondialisation, l'OMC y expérimentant ses idées visionnaires ...

Honnêtement, qui aujourd'hui peut faire rymer mondialisation et solidarité ? A part dans l'esprit fossilisé d'un(e) social(e)-démocrate dont le dogme est de mettre coûte-que-coûte un peu de redistribution dans le capitalisme mondialisé, quand la mondialisation s'est-elle attachée à être morale ? Moralisatrice, oui, mais morale ?

Et nos deux ministres fraîchement investis d'écrire par exemple dans leur tribune que "l'Afrique a trouvé la voie d'une croissance forte" ... Mais de quelle Afrique parlent-ils ? Sont-ils déjà installés dans leur bulle dorée pour oublier les guerres, les famines et les maladies qui emportent les jeunes adultes par milliers ? Un récent documentaire sur Arte dévoilait les trafics de produits toxiques entre l'Italie et la Somalie, exemple type de ce que les pays riches échangent comme marchandises avec des pays livrés à la corruption d'Etat.

Car le leitmotiv de Bricq-Moscovici, c'est la croissance qu'ils mettent à toute les sauces ; elle doit être durable, mondiale, forte et au service de l'emploi. Cette croissance qu'en 2007 le candidat Sarkozy disait qu'il irait la chercher avec les dents et qu'en 2012 le candidat Hollande allait imposer à la chancelière allemande ... Ils osent néanmoins écrire que "Tous doivent rechercher la voie d’une économie plus économe des ressources non renouvelables pour lutter contre le réchauffement climatique", mais en réalite la finitude du monde et la limitation des ressources de la planète échappent évidemment à leur analyse, l'intelligence humaine n'a pas de borne et on sent que derrière leur discours pointent les OGM, les gaz de schiste, le nucléaire, les énergies fossiles et des transports pas chers.

Nous savions que la victoire de François Hollande était surtout fondée sur le rejet de Nicolas Sarkozy, mais nous ne pouvions imaginer que l'idéologie de ce gouvernement était celle des gouvernements de François Mittérand ... Les crises mondiales, économiques, financières et environnementales sont pourtant passées par là, mais les socialistes français semblent vouloir jouer une partition ancienne. Sans idée nouvelle pour affronter ce siècle où 7 milliards d'humains voudront tous accéder aux mêmes services et aux mêmes marchandises, cette tribune est un cauchemar !