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19/01/2013

Au Sahel, il faut combattre ... l'injustice !

L'une des régions les plus pauvres du monde dispose de ressources naturelles très convoitées : pétrole, gaz, or, phosphates, diamants, cuivre, fer, charbon, nickel, zinc, bauxite, uranium, plutonium, manganèse, cobalt, argent, chrome, étain, sels minéraux, bois précieux, etc. Je parle ici du Sahel, cette longue bande qui sépare le Maghreb et l'Afrique sub-saharienne, et qui traverse le Sénagal, la Mauritanie, l'Algérie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigéria, le Tchad, le Soudan et le Cap-Vert.

Le journal Le Monde consacre une infographie du Sahel qui donne toutes les clés pour mieux comprendre les enjeux humains, historiques et économiques de cette région qui fait aujourd'hui notre actualité (cf. vidéo).

C'est essentiellement la question des Touaregs qui est sous-jacente au conflit actuel au Mali. Voilà un peuple dont la zone de peuplement se situe au nord du Mali et du Niger, ainsi qu'au sud de l'Algérie et de la Lybie ; elle se situe en plein centre du Sahel dans une zone historiquement traversée de couloirs d'échanges commerciaux. Mais aux commerces du sel, d'épices, d'étoffes et de nourritures, ce carrefour commercial voit désormais s'échanger des armes, de la drogue et d'autres produits de contrebande. On parle de zones de non-droit pour évoquer ces zones sahéliennes de la même façon que l'on pointe du doigt les quartiers de nos banlieues où les trafics de drogues sont les seuls ressorts économiques.

Azawad_Sahel.JPG

Dans cette zone, la France a des accords de coopération militaire avec la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, elle dispose de bases militaires à Abidjan et à N'Djamena, mais elle s'appuie aussi sur Aréva pour exploiter les mines d'uranium d'Arlit (Niger) pour approvisionner les centrales nucléaires de l'hexagone. La France coloniale a occupé ces territoires toute la première moitié du 20ème siècle, et son implication militaire au Mali depuis quelques jours rappelle cette période ...

10% de la population du Mali se trouve au nord, dans cet espace que les Touaregs du MNLA ont appelé l'Azawad. Mais c'est toute l'Afrique qui est ainsi découpée par des frontières héritées des guerres tribales et des conquêtes coloniales du 19ème siècle.

Alors faut-il laisser les groupes islamistes croître sur un terrain qui leur est si propice ? Des occidentaux diabolisés parce qu'ils exploitent indûment les ressources de pays pauvres et des États corrompus ne laissent pas d'autre choix aux populations démunies que de rallier la loi islamique et ses leaders. Cela fait des décenies que les États exploiteurs laissent la situation se pourrir, et ils interviennent ici comme une brigade de CRS intervient dans un quartier de banlieue après quelques violences. Mais sans jamais essayer de résoudre les problèmes en amont, en s'attaquant aux causes et non aux conséquences.

Pour l'Afrique, il faut que les Nations-Unies lancent une concertation avec les pays concernés pour rendre aux peuples leur identité et leurs biens. Il n'est plus supportable que cette colonisation économique de quelques grands groupes industriels internationaux génère autant de souffrances. Ce n'est pas le terrorisme qu'il faut combattre, c'est l'injustice !

13/01/2013

Intervenir militairement pour lutter contre un islamisme radical ? Ou juste pour maintenir le Monde dans l'état où il est ?

L'intervention française au Mali est saluée par tous les partis politiques ainsi que par de nombreux États occidentaux, la sanctuarisation d'un islamisme radical au Mali étant jugée inacceptable pour la stabilité du Sahel. Comme Charles Martel à Poitiers, l'opération militaire française a stoppé la progression des groupes islamistes qui se dirigeaient vers Bamako ; et comme au VIIIème siècle en France, la reconquête de la totalité du territoire national Malien est l'objectif que soutient le Président F. Hollande.

Mais les occidentaux tenaient un même discours pour l'Irak, pour l'Afghanistan et pour la Lybie. Et à chaque fois les interventions militaires des occidentaux se sont enlisées dans des pays où l'islam est la religion d'Etat. L'occupation par les forces militaires occidentales de ces pays musulmans auraient pu donner l'occasion aux populations de se libérer de la pression religieuse, de refuser que la peine de mort punisse encore certaines violations de la loi islamique, comme l'adultère. Or, l'islam est resté un rempart populaire contre un dogme prosélythe de la "démocratie occidentale" !

Même scénario dans les pays du Maghreb suite aux révolutions du printemps 2011. Même crainte en Syrie où l'après-Assad pourrait être pire que la situation actuelle (avec des impacts au Liban et dans le reste du Moyen-orient).

Le Mali est l'un des pays les plus pauvres du monde, comme ses voisins du Sahel, mais ce sont les grandes entreprises occidentales (Europe, Amérique du Nord) et orientales (Chine) qui s'enrichissent en exportant de l'or, du coton, du fer, du bétail, etc. Les populations pauvres du Mali n'ont de la mondialisation que des images inaccessibles, et la religion est leur ultime recours ; surtout quand les groupes islamistes apportent des réponses sociales (nourriture, soins, ...).

La reconquête de l'intégrité du territoire malien par les forces militaires de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), assistées par les militaires français, ne résoudra donc pas la situation du Mali. Les coups d'État et les révoltes tribales ne cesseront pas dans un État Malien aux frontières rétablies, le mal est plus profond.

Pays_Islam.JPG

De la Mauritanie à l'ouest jusqu'àux Philippines à l'est, juste-au dessus de la ligne de l'équateur, des États pauvres, aux pouvoirs corrompus et à la démocratie chaotique ont trouvé dans l'islam un exutoire à la crise internationale ; les populations de ces États ne fondent aucun espoir dans le modèle économique dominant dont elles resteront toujours les exclues.

Mais ce que l'islamisme illustre dans ces pays musulmans, on le retrouve en Amérique du Sud où se situent les États les plus violents du Monde, on le trouve aussi en Chine et en Inde où une classe aisée affiche sa réussite de façon ostentatoire devant deux milliards de très très pauvres. La violence, qu'elle soit individuelle ou organisée, est le contre-modèle qui est appelé à se développer dans le Monde entier.

Le milliard d'occidentaux (Amérique du Nord, Europe, Japon, Océanie, ...) qui souhaiterait ne rien changer à son mode de vie a deux solutions : soit laisser le reste du Monde devenir un champ de ruines (et en envoyant des forces militaires ou de l'aide humanitaire au cas par cas pour dire de ne pas faire l'autruche), soit prendre l'initiative d'un changement de modèle mondial. Neuf milliards d'humains pourraient vivre sur Terre, de façon pacifiée et viable d'ici la fin du siècle si nous cessions de subir la dictature de quelques grandes banques et de leurs actionnaires richissimes. C'est entre autres ce que promeut l'écologie politique.

Ne soyons pas dûpes quand le chef de l'Etat rend les hommages de la Nation aux soldats morts sur ces terrains extérieurs, ils n'ont pas sacrifié leur vie pour la liberté ou pour des valeurs universelles, ils ont été tués pour maintenir le Monde dans l'état où il est, avec juste ce qu'il faut pour ne pas passer pour des profiteurs égoïstes. Des poêtes et des philosophes ont maintes fois décrits cette hypocrisie, et je pense par exemple à la chanson de Pierre Perret "La petite Kurde".

Les chaînes d'infos en continu vont nous passer les opérations militaires au Mali en boucle, les téléspectateurs français auront le sentiment que nos soldats font oeuvre utile dans cette ancienne colonie où résident de nombreux français, mais échapperons-nous au final à un Sahélistan ?

09/01/2013

Acte III de la décentralisation, le gouvernement mise sur la bonne intelligence entre les collectivités locales ...

Un avant-projet de loi a été transmis fin décembre aux associations d'élus (AMF, ADF, ARF, ...) pour leur présenter ce qui sera soumis au Sénat dans quelques semaines en matière de décentralisation. Hier, la Ministre de la réforme de l'Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique profitait de ses voeux aux élus pour apporter quelques précisions complémentaires.

Mais le gouvernement est pris en tenaille, il doit d'un côté trouver 10 milliards d'euros d'économies budgétaires par an et de l'autre rendre plus efficiente l'action des collectivités locales. L'un des points les plus emblématiques de cette équation est la clause de compétence générale. Car si chaque niveau de collectivité à son domaine de compétence propre (le développement économique et la formation professionnelle aux régions, la solidarité et la cohésion des territoires aux départements, le logement, l'urbanisme, la mobilité et l'énergie aux communes), il est des compétences comme le sport, la culture, l'environnement, l'éducation, ... pour lesquelles chaque niveau de collectivité peut s'engager.

Et si Nicolas Sarkozy avait misé sur la suppression des départements pour espérer faire des économies, ce sont désormais les communes qui sont la cible de François Hollande et du gouvernement Ayrault. Dans l'avant-projet de loi, les compétences des communes vont de plus en plus être déléguées aux intercommunalités. C'est vrai pour des compétences actuelles comme les Plans Locaux d'Urbanisme (PLU), mais aussi pour de nouvelles compétences comme la production d'énergie et la gestion des milieux aquatiques. L'avant-projet de loi et les voeux de la Ministre mettent aussi l'accent sur la mutualisation des services et des moyens entre les communes et leur EPCI. Cela s'ajoute à la gestion des subventions, de l'Europe à l'Agence de l'Eau, qui passent de plus en plus par des contrats de territoires établis par les intercommunalités.

Mon inquiétude porte aussi sur la gouvernance que nous propose la Ministre, les "conférences territoriales de l'action publique". Autour d'une table, il y aura les représentants de la Région, des Départements, des Communes et de leurs intercommunalités (ou métropoles), et il leur incombera, par le dialogue, d'établir les "modalités concrètes d'exercice" des compétences qui leur sont dévolues. L'exercice est possible, et André Vézinhet cite souvent l'exemple d'Hérault Transport où en tant que Président du Conseil général de l'Hérault il a réussi à organiser cette compétence avec toutes les agglomérations du département, et même celles qui ne sont pas de son bord politique. Mais cette "bonne intelligence" respectueuse de l'intérêt général est-elle partagée par tous les Présidents d'assemblées territoriales du Languedoc-Roussillon ?

Je rejoins évidemment Marylise Lebranchu quand elle précise que tout cela ne peut pas se gérer depuis Paris, qu'il faut sortir d'un réflexe centralisateur qui a toujours succédé aux vagues de décentralisation. Le challenge est audacieux, mais il sera impératif d'y associer très étroitement l'ensemble des citoyens. Car comment un citoyen de Paulhan juge-t-il le bon emploi de ses impôts comme la Constitution le précise ? En 2012, les Paulhanais ont versé 1.488.586 € à la commune (en taxes d'habitation et foncières), 1.147.773 € à la Communauté de Communes du Clermontais (taxes locales, taxes professionnelles, taxe d'enlèvement des ordures ménagères, ...), 596.450 € au Département (taxe sur le foncier bâti et taxes professionnelles) et 65.309 € à la Région. En retour, le citoyen de Paulhan se demande si chacun de ces cinq bénéficiaires de sa fiscalité locale lui restitue la part d'intervention publique qui lui revient. Et tout cela demande de la pédagogie, car le périmètre d'intervention de ces cinq niveaux de collectivité ne sont pas bien connus de tous !

Reste au final qu'il restera à tous les élus qui se retrouveront autour de la table des conférences territoriales de l'action publique de compléter l'action de l'Etat dans le développement économique (la création et le développement d'entreprises et d'emplois), dans le progrès social (logement, transports, éducation, santé, culture, ...) et dans la préservation de notre environnement (en réalité celui des générations futures).