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02/02/2013

L'emploi à tout prix, ça suffit !

L'actualité illustre une fois de plus ce dogme selon lequel la création ou le maintien des emplois prime sur toute autre chose.

Localement sur Gignac, c'est l'entreprise Contralco qui se sépare de 150 employés (intérimaires ou en contrat à durée déterminée) suite à l'annonce du Ministre de l'Intérieur de ne pas imposer la présence des éthylotests dans les véhicules. Contralco avait recruté ces 150 employés au cours des 12 derniers mois parce que le gouvernement précédent justifiait une diminution des accidents de la route liés à l'alcoolémie des conducteurs par la présence de ces éthylotests. Certains avaient critiqué à l'époque le travail de lobbying de Contralco, mais en réalité cette mesure était plus commerciale que sécuritaire.

Mais c'est la réaction du député Patrick Vignal qui est surprenante (cf. Midi Libre). Et le parlementaire Héraultais d'affirmer : "Le message du président de la République François Hollande, c'est 1 l'emploi, 2 l'emploi, 3 l'emploi. Manuel Valls aurait dû s'interroger sur les conséquences de sa décision. On ne peut pas prendre des décisions qui vont à l'encontre de cette priorité". Cela justifie-t-il d'imposer à 40 millions d'automobilistes et de routiers la possession de deux éthylotests, d'imposer aux forces de l'ordre de verbaliser les contrevenants et de créer ainsi une mesure de prévention routière exclusivement destinée à faire travailler quelques entreprises de ce secteur ?

Et Monsieur Vignal ne doit pas être loin de justifier l'exploitation des gaz de schiste pour dynamiser l'activité économique de l'Hérault. Et pourquoi pas une centrale nucléaire, une raffinerie, ... ?

A Amiens, le Groupe Goodyear (qui contient aussi Dunlop) vient d'annoncer la fermeture de son site où la CGT refuse depuis des années d'accepter des clauses sociales de compétitivité. A côté, l'usine Dunlop a accepté en 2007 de passer aux 4x8. Cela consiste à faire tourner 4 équipes selon le rythme suivant : 2 jours du matin, 2 jours de l'après-midi, 2 jours de nuit et 2 jours de repos avant de recommencer. Ce cycle tourne toute l’année, week-end et jours fériés inclus. L’équivalent hebdomadaire de ce cycle est de 42 heures par semaine pour des postes de 8h, et de 44,6 heures pour des postes de 8h30.

En contrepartie, l'usine Dunlop bénéficie d'un plan d'investissement de 50 millions d'euros pour moderniser le site et donc gagner des parts de marché sur les pneus de tourisme. Du côté de Goodyear, la position de la CGT à Amiens-Nord s'est enfermée au fil des années dans une opposition ferme vis-à-vis de la direction du groupe, conduisant à la fermeture du site et laissant près de 2000 salariés sur le carreau.

Mais quand on regarde ce cycle des 4x8, on se rend compte immédiatement qu'il entraîne un mode de vie complètement asocial. Plus de notion de journée ou de week-end qui rythme pourtant la vie de notre société, juste des "ouvriers-machines" qui sont employés aux horaires qui conviennent à la compétitivité du groupe Goodyear.

On rétorquera que le groupe Goodyear est en grande difficulté, qu'il ne verse plus de dividende à ses actionnaires depuis des années, et c'est donc aux salariés de faire des efforts pour maintenir leur emploi. Ca me rappelle le livre de Zola, "Germinal" ... L'état de notre société regresse au point de revenir à ce qu'il était à la fin du 19ème siècle.

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Avec Contralco et Goodyear, chacun à son échelle, voilà deux exemples du dogme de l'emploi à tout prix. Les patrons ne sont pas en cause, leur fonction étant naturellement de faire du profit, mais ce sont les politiques qui ne sont pas au rendez-vous. Ils doivent arrêter de nourrir de faux espoirs dans des secteurs en déclin, et le secteur de l'automobile en Europe n'aura plus jamais l'activité qu'il avait dans la seconde partie du 20ème siècle quand l'acquisition d'une première voiture par foyer était la règle.

Il faut donc anticiper les secteurs de demain, ceux que la recherche scientifique a déjà révélés et pour lesquels il faut intensifier la formation. Mais dans des secteurs de l'énergie, de la médecine, de l'éco-construction, des nano-technologies, de l'informatique, de l'eau, ... les emplois nécessitent de la qualification. La formation est donc une condition nécessaire pour créer de l'emploi, et il faut tout faire pour ne pas laisser des demandeurs d'emploi sans qualification. C'est ce modèle social des Etats du Nord de l'Europe, qui privilégie la formation tout au long de la vie, dont nous devons nous inspirer.

Le RSA et toutes les mesures qui s'identifient à une politique de l'assistanat ne devraient jamais durer. C'est comme les Restos du Coeur que Coluche ne pensait certainement pas voir perdurer, mais qui aujourd'hui s'étendent au logement et à l'insertion par l'emploi. Plus notre société maintiendra de personnes dans la non-qualification et plus nous connaîtrons des tensions sociales, voire des violences.

L'orientation prise par le gouvernement de François Hollande en faveur de l'éducation, avec le recrutement de 60.000 enseignants en 5 ans, va dans la bonne direction. Mais la formation initiale, très généraliste, n'y suffira pas. L'adéquation entre les besoins économiques à anticiper et les qualifications de la population active devrait être la priorité du gouvernement. Or, qui connaît Monsieur Thierry Repentin, actuel ministre délégué à la formation professionnelle et à l'apprentissage ? Il n'a par ailleurs aucune compétence particulière dans ce domaine (cf. biographie), son parcours politique étant plutôt ciblé sur le logement. Mais la très médiathique Nadine Morano qui occupait ce ministère jusqu'à l'an dernier a-t-elle fait quelque chose ?

Je reste donc sur mes dinosaures modernes qui s'éteignent les uns après les autres, laissant des salariés anéantis, et avec des femmes et des hommes politiques qui ne pensent qu'à leur prochaine élection ...

25/01/2013

Frédéric Cuvillier défend le monopole de la SNCF :=(

Son  nom fait rarement la une des médias, mais il a eu des prédécesseurs plus illustres : Louis Mermaz, Charles Fiterman, Dominique Bussereau ou encore Jean-Claude Gayssot. Monsieur Cuvillier est Ministre des Transports. Enfin, Ministre délégué ... Élu de Boulogne-sur-Mer, cet homme politique n'a pas de compétence particulière en matière de transport, il est surtout un très proche de François Hollande.

Mais sortons des mondanités pour évoquer les propos tenus par le Ministre délégué Frédéric Cuvillier devant les commissions des affaires européennes et du développement durable de l'Assemblée Nationale. Monsieur Cuvillier refuse d'appliquer la décision de la Commission Européenne de séparer les activités des gestionnaires d'infrastructures et les opérateurs ferroviaires. La Commission Européenne souhaite ouvrir le transport de voyageurs à la concurrence dès 2019, mais aussi bien la SNCF que la Deutsche Bahn s'y opposent. Le rapport que se proposait de présenter sur ce sujet le Commissaire Siim Kallas d'ici la fin du mois est reporté sine die.

Or, l'Etat a-t-il pour mission de faire circuler des trains ? Évidemment non ... De même qu'il n'a pas vocation à faire voler des avions (Air France est totalement privatisé depuis 10 ans) ou à construire des voitures.

Mais le transport assure des missions de service public que l'on ne retrouve pas chez Renault, et on sent bien que l'Etat ne doit pas s'en désengager totalement. Or, il y a un domaine où l'Etat peut vraiment assurer un contrôle de ces missions de service public, c'est dans la gestion du réseau. C'est à l'Etat d'entretenir et de développer le réseau ferré afin de permettre à des opérateurs privés d'assurer un trafic de voyageurs et de fret. Et si aucun opérateur ne veut assurer la circulation de trains sur des territoires peu fréquentés, alors c'est à l'Etat de faire payer au prix fort sur les axes les plus fréquentés pour aider les opérateurs qui maintiendront des lignes peu fréquentées.

On le constate depuis de nombreuses années, la SNCF se concentre sur les grandes agglomérations (RER) et sur les inter-cités les plus rentables (TGV). Et les fermetures de "petites lignes" s'additionnent année après année. La SNCF, malgré son statut national, se comporte comme une société commerciale lambda.

Ainsi, la règle "Gestionnaire public de réeau / Opérateur privé d'utilisation du réseau" est généralisable à tous les réseaux (télécom, autoroutes, aérien, fluvial, maritime, postal, électrique, ...) ; l'Etat doit être le propriétaire des infrastructures et il doit en faire payer l'usage par des opérateurs privés. L'Etat peut alors assurer des missions de régulation et de contrôle tout en garantissant le respect de l'intérêt général.

Quant à la concurrence entre opérateurs privés, elle est saine ; c'est le monopole qui est anormal. Mais nous retrouvons dans l'audacieuse position de notre Ministre un statu-quo plutôt rétrograde. Décidément, le changement ce n'est pas encore pour maintenant ;-)

Police, justice, éducation, ... L'Etat transfère doucement aux collectivités locales.

Un débat avait lieu cette semaine au Sénat à propos des polices municipales, et le Ministre de l'Intérieur y a fait une intervention déterminée. Mais Manuel Valls a asséné un discours qui inscrit les policiers municipaux dans le dispositif opérationnel de son Ministère et de ses services territoriaux. Aux côtés des policiers et des gendarmes, les policiers municipaux sont appelés par exemple à lutter contre les trafics de drogue ..

Or, les policiers municipaux sont des fonctionnaires territoriaux placés sous l'autorité du Maire et leurs missions se limitent à faire respecter les arrêtés du Maire dans le cadre de son pouvoir de police. Mais rien n'oblige un Maire à recruter des policiers municipaux ! Le policier municipal n'est ni un enquêteur ni un chasseur de délinquants, et il a même le devoir de transmettre à la police nationale ou à la gendarmerie toute information qu'il recueillerait sur un délit ou un crime. Par sa présence dans les rues de la commune, devant les écoles ou sur les marchés, le policier municipal assure le bon ordre. Il peut aussi verbaliser les infractions au code de la route commis sur le territoire de la commune ainsi que tous les actes d'incivilités comme les atteintes à la salubrité. Le policier municipal a aussi pour tâche de s'assurer que les arrêtés du Maire ou de ses adjoints sont respectés ; cela vaut en matière d'urbanisme, d'occupation de la voirie, de rassemblement ou de manifestation sur un lieu public, d'horaires d'ouverture des débits de boisson, etc.

Dans une commune rurale comme Paulhan, ces missions étaient auparavant assurées par la gendarmerie. Mais les gendarmes se font de plus en plus rares et leurs missions se recentrent sur les crimes et délits.

Or, la sécurité publique est une compétence régalienne de l'Etat, elle doit être assurée de la même façon sur l'ensemble du territoire national. En la déléguant à des fonctionnaires municipaux, on prend le risque que la sécurité publique ne soit plus assurée de la même manière d'une ville à l'autre. Certaines communes riches pourront se doter d'une police municipale avec des moyens adaptés, les plus petites ou les plus pauvres en seront dépourvues.

Mais les missions de la police nationale et de la gendarmerie sont financées par l'impôt, nos parlementaires ayant la responsabilité d'en vérifier le bon usage. Les polices municipales sont financées par les communes, sur leurs recettes de fonctionnement (fiscalité locale et dotations de l'Etat). Et si ce transfert de compétence "en douceur" ne s'accompagne pas d'un financement de l'Etat, alors les communes vont devoir augmenter les impôts locaux :=(

La sécurité publique n'est pas un cas isolé. L'actualité se porte par exemple sur l'école où les communes sont de plus en plus sollicités. C'était déjà le cas pour le service minimum d'accueil dont sont chargées les communes lors des grèves dans les écoles élémentaires et primaires. Ce sera bientôt le cas pour les activités péri-scolaires avec le passage au rythme de 4,5 jours par semaines.

La justice est encore un autre exemple. Un rapport parlementaire publié cette semaine sur la surpopulation carcérale propose que les collectivités locales soient invitées à développer les peines de travail d'intérêt général (TIG). Mais quand une personne condamnée à un travail d'intérêt général réalise sa peine au sein d'un service municipal, ce sont les agents de la commune qui assurent son encadrement et sa formation.

Le mot qui revient systématiquement quand les communes sont ainsi associées aux missions de l'Etat, c'est "proximité". Trop facile ... Petit à petit, l'Etat réduit le périmètre de ses missions, essentiellement pour des raisons budgétaires, mais les missions des communes et les moyens qui en dépendent ne font jamais l'objet de débats de fond. Il y a la question financière, mais il y a aussi le contrôle qu'exercent les citoyens sur leurs représentants. Comment contrôler l'efficacité du système éducatif ou de la police si les responsabilités sont distribuées de façon aussi obscure ? Il s'agit pourtant d'un droit constitutionnel !