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23/06/2013

Le Front National, le père Fouettard de la politique française ... Mais l'essentiel est ailleurs.

Dans le folklore du Nord et de l'Est de la France, mais aussi en Belgique et dans quelques pays d'Europe du Nord, le père Fouettard est ce personnage qui vient punir les enfants turbulents quand Saint-Nicolas apporte des cadeaux et des bonbons aux enfants sages. J'ai connu dans mon enfance à Calais le défilé de la Saint-Nicolas, et avec un peu plus loin derrière le funeste père Fouettard. Et on prédisait aux enfants qui faisaient des bétises que le père Fouettard viendrait leur donner un coup de martinet :=(

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Alors pourquoi ce rappel folklorique et pourquoi l'associer au Front National ?

Il y a tout d'abord cette interrogation personnelle : pourquoi dans la critique qu'ils font du système dominant le Front de gauche et le Front National ne rencontrent-ils pas le même succès dans les urnes ? Et ma sensibilité de gauche ainsi qu'un minimum de lucidité politique m'incitent à penser que Jean-Luc Mélenchon apporte quand même des réponses plus sérieuses et plus responsables que celles de Marine Le Pen. Alors pourquoi, par exemple à Villeneuve-sur-Lot, le candidat du FN arrive à 26,04% quand la candidate du FdG ne fait que 5,08% ? Dans cette législative partielle, il était prévisible que l'abstention serait forte et il était tout aussi prévisible que le PS comme l'UMP seraient sanctionnés pour la situation politique nationale, mais pourquoi le FN fait-il cinq fois plus de voix que le FdG ou que de toute autre formation de gauche non gouvernementale ?

Les arguments récurrents du FN sur l'insécurité, sur l'immigration et sur la préférence nationale seraient-ils suffisants ? Je ne le crois pas. Il me semble surtout que depuis plus de 20 ans le Front National est diabolisé dans le paysage politique français, et que chaque scrutin est l'occasion de médiatiser le spectre d'un Front National qui viendrait punir les sortants de droite comme de gauche pour leur mauvaise gestion de l'Etat et des collectivités locales. Et quand Nicolas Sarkozy et François Hollande font campagne comme des Pères Noêl, Marine Le Pen ne cache pas son ... martinet.

Si elle ou ses amis étaient élus, Marine Le Pen promet de sortir la France de l'Euro, elle annonce qu'elle mettra des barrières douanlères qui pénaliseront les importations depuis les pays émergents, elle jure qu'elle fermera les frontières pour lutter contre une immigration qu'elle accuse de prendre le boulot des français, ... Bref, elle mettrait fin à l'aliénation de la nation française au culte de la mondialisation.

Et les électeurs jouent le jeu, renvoyant à la classe politique elle-même la menace d'un père Fouettard qui viendrait lui mettre un bon coup de pied au cul. Les Français expriment, par les urnes, qu'ils ne croient plus les promesses des uns ou des autres, mais ils attendent néanmoins que cette classe politique-là réagisse. Marine Le Pen ne fait d'ailleurs aucune promesse et personne ne voit en elle une alternative politique sérieuse ; son argumentaire économique lors de la présidentielle de 2012 a été un flop et elle s'est vite empressée de revenir aux fondamentaux du Front National.

Le front républicain que les socialistes ont affiché face à la menace d'une victoire du Front National à Villeneuve-sur-Lot accentue encore ce réflexe du père Fouettard. Plutôt que de voir l'un des partis de gouvernement annoncer puis dérouler un programme de sortie de crise, ils s'unissent dans une forme de fatalisme qui est tout autant conjoncturel (cf. la crise) que structurel. En 2002, le premier tout de la présidentielle a suffit pour que les électeurs manifestent ce ras-le-bol, mais les partis politiques n'ont toujours pas analysé les causes de ce coup de semonce et la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot voit le candidat frontiste accroître au second tour son score du premier tour. Le candidat FN réunissait 8.552 suffrages sur son nom le 15 juin, il en réunit 15.647 ce dimanche.

Peut-on continuer longtemps comme ça ? Notre modèle démocratique majoritaire qui occulte toute pluralité de gouvernance peut-il perdurer ? Tant que nous resterons bloc contre bloc, gauche contre droite, avec une alternance du pouvoir qui se révèle de plus en plus stérile, alors aucune idée nouvelle, aucune politique publique audacieuse, aucune amélioration de notre contrat social et aucune révolution économique ne surviendra. L'échec est toujours la faute du précédent et l'espoir est entre les mains du prochain ... Quand je lis que Nicolas Sarkozy prépare son retour pour 2017, cela illustre bien comment l'intérêt de quelques personnalités prime sur l'intérêt général ; la politique devient un théâtre.

Alors nous finirons peut-être comme aux USA avec une participation d'un électeur sur deux (mais tous les Américains ne s'inscrivent pas sur les listes électorales), et avec une alternance entre démocrates et républicains sans que ni les premiers ni les seconds ne désirent choisir une autre voie que l'American way of life. La mondialisation, Disney et les grands accords économiques bilatéraux finiront peut-être de nous américaniser, et ceux qui ne veulent pas de ce modèle iront vivre en marge d'une société consumériste qui continuera de se faire peur au JT de 20h devant les images d'inondations, de banquise qui disparaît sous les pattes des ours polaires, d'attentats terroristes et d'épidémies qui se propagent au rythme du trafic aérien.

Personnellement, et je milite dans ce sens, je crois que notre culture révolutionnaire qui traverse tous les domaines (science, architecture, culture, politique, arts, ...) est un atout pour bousculer le système ; la France doit être l'épine dans le pied de cette mondialisation qui sinon détruira la terre. La jeunesse est à l'avant-garde pour demander un autre monde, et là ça touche toute la planète. Ce qui s'est réalisé en Tunisie ou en Egypte il y a deux ans se poursuit en Turquie comme au Brésil, et l'étau de Tian'anmen commence à moins peser sur la jeunesse chinoise.

Alors jouons à nous faire peur avec le père Fouettard Le Pen, mais ce sont les enfants du monde entier qui demain nous rappelerons à l'essentiel : partager les fruits de l'activité humaine, préserver la planète et que les progrès scientifiques profitent à tous.

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Severn Cullis-Suzuki a aujourd'hui 33 ans et elle continue de militer. Son discours au sommet de la Terre à Rio en 1992 a inspiré le réalisateur français Jean-Paul Jaud avec le film documentaire "Servern, la voix de nos enfants".

18/06/2013

Le 18 juin ... 2001, René Dumont s'éteignait

Sans pour autant minimiser le caractère historique de la commémoration de l'appel du 18 juin 1940, je tenais à souligner que le 18 juin est aussi une date importante, l'anniversaire de la mort de René Dumont.  

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Le site Web Biosphère, réseau de documentation écologiste, publie plusieurs notes sur René Dumont. S'il est connu du grand public pour avoir été candidat à l'élection présidentielle en 1974, avec sa pomme et son verre d'eau, il a surtout été un visionnaire et un homme qui a changé au fil de ses expériences.

Je n'en dirai pas plus, car les contenus sur Biosphère sont bien plus explicites ; ci-joint le résumé qui est diffusé le plus largement possible pour faire connaître René Dumont : PDF. Il faut relire les textes de René Dumont car ils sont d'une étonnante actualité.

16/06/2013

Législative de Villeneuve-sur-Lot, le signal d'un nécessaire sursaut !

Ce dimanche 16 juin, seulement 46% des électeurs sont allés aux urnes pour désigner le successeur de Jérôme Cahuzac à l'Assemblée Nationale, car c'est bien de l'élection d'un député dont il s'agit. Les médias ont focalisé leurs reportages sur le cas Cahuzac, mais après le dégoût vient le moment démocratique de l'élection d'un député, c'est à dire d'un représentant du peuple qui vote les lois.

législative partielle villeneuve sur lot

Que l'UMP et le PS ne réunissent sur leur candidat que respectivement 12,55% et 10,35% des électeurs inscrits, cela démontre le naufrage de ce modèle démocratique où siègent au Palais Bourbon des élus qui d'un côté adoubent la politique du gouvernement et de l'autre s'opposent par principe. Le spectacle des questions orales au gouvernement, en séance télévisée, est l'un des plus mauvais feuilletons de la télé française.

Mais pourquoi le rejet de ce système, par l'abstention ou par le faible score des partis de gouvernement, ne s'exprime-t-il que dans le vote pour le Front National ? Le candidat FN arrive en seconde position avec 11,38% des électeurs inscrits ? Le candidat du Front de gauche et celui d'Europe Écologie Les Verts arrivent derrière avec respectivement 2,22% et 1,22% des inscrits, alors que ce sont ces deux partis qui aujourd'hui apportent les alternatives les plus réalistes dans le contexte social, environnement et économique actuel ?

Les électeurs déçus sont plus attirés par les diatribes de Marine le Pen et de ses lieutenants que par les propositions argumentées des opposants de gauche. Ce décalage a até constaté lors de l'élection présidentielle en mai 2012, mais il se confirme maintenant scrutin après scrutin. Et cela conduit la France dans une impasse : le PS et l'UMP mènent les mêmes politiques dictées par l'oligarchie financière mondiale avec les nationalistes en embuscade qui revendiquent que la France revienne à son statut d'avant 2002. Il n'y aurait donc pas d'autre alternative que la fuite en avant, aveugle, ou qu'un retour à un souverainisme anachronique ? Un front républicain conformiste contre un nationalisme galvanisateur ?

Sur la réforme des retraites, sur l'accord transatlantique, sur le crédit d'impôt compétitivité-emploi, sur le pacte de croissance européen, sur le rôle de la France en Europe, sur Notre-Dame-des-Landes symbole des grands projets inutiles, sur la transition énergétique qui refuse le tout nucléaire ou le mirage des gaz de schiste, sur l'emploi et le pouvoir d'achat, sur le système de protection sociale et ainsi sur de multiples sujets qui inquiètent les Français alors qu'ils devraient les mobiliser, il est urgent que les forces politiques de gauche qui portent un vrai projet alternatif se fassent entendre.

Or, ce ne sont pas les médias qui feront passer les messages ou qui confronteront les idées. Et s'il existe un réel intérêt des français pour toutes ces questions, cela se constate dans les réunions publiques, comme dans une récente assemblée du mouvement des colibris à Paris où les participants ont investi les rues et les parcs du voisinage faute de place dans la salle, il manque cette articulation entre la prise de conscience et l'élection démocratique de représentants. Les réseaux sociaux y contribuent, mais il manque un symbole de rassemblement. Et je préfèrerai que ce symbole ne soit pas incarné par un homme, comme Barack Obama en novembre 2008 aux USA ou Beppe Grillo en février 2013 en Italie. En France, nous avons Marianne ; elle symbolise la République et toutes les valeurs humanistes des Lumières.