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11/06/2013

La démocratie, nécessaire pas suffisant ...

A quoi ça sert réellement la démocratie ? Peut-elle nourrir tous nos espoirs pour construire un monde meilleur ?

La démocratie, c'est avant tout un rempart contre les pouvoirs qui s'exercent à l'encontre de l'intérêt général. En démocratie, une presse libre permet d'informer les citoyens des dérives de nos dirigeants ou de quelques puissants ; un journal en ligne comme Médiapart ne peut exister qu'en démocratie, et il y joue un rôle clé, de même que le Washington Post dans les années 70 (cf. Watergate). La démocratie, c'est aussi le droit de manifester ou de faire grève. Et par leur vote, les électeurs peuvent sanctionner des élus, des candidats ou des réformes ; c'est ainsi qu'en 2005 les français ont rejeté le référendum sur le traité de constitution européenne.

Mais en même temps, la peine de mort n'aurait pas été abolie en 1981 si la question avait été posée aux français ... Et finalement, le Président Sarkozy a fait ratifier ce traité de constitution européenne (renommé traité de Lisbonne) par sa majorité parlementaire en février 2008.

Il semblerait donc que démocratie et progrès soient antinomiques. D'ailleurs, notre démocratie représentative, corsetée dans des modes de suffrages non pluralistes, reconduit scrutin après scrutin le même personnel politique ; on peut même parler d'oligarchie politique avec tous ces élus que l'on retrouve dans des clubs tels que le Siècle, le cercle de Bildelberg, le cercle de l'Oratoire, la French-American Foundation, qui balisent depuis longtemps les chemins du nouvel ordre mondial (il est nouveau tous les 50 ans).

Ainsi, pendant que des ouvriers se réunissent dans un local syndical pour préparer une manifestation contre une fermeture d'usine ou contre la réforme des retraites, cette nouvelle aristocratie politique participe à des soirées dans des palaces avec le gotha du monde de la finance et des grandes multinationales, sauteries mondaines où tout le monde s'accorde sur les stratégies politiques, économiques et financières qui permettent d'assurer leur discrète hégémonie.

Pourtant, l'éthymologie du mot (en grec, demos le peuple et kratos le pouvoir) signifie donc que la démocratie est le pouvoir du peuple. Et dans la Grèce antique, la démocratie directe s'oppose au pouvoir de l'oligarchie. Or, c'est à partir du moment où les citoyens délèguent leur souveraineté à d'autres que la démocratie fini par être confisquée aux citoyens eux-mêmes.

Et je ne peux pas parler de la démocratie sans citer Pierre Desproges, répondant à Bernard Pivot dans son émission "Apostrophes". A la question "Etes-vous démocrate, Pierre Desproges ?", ce dernier répond "non", précisant que "la démocratie c'est la loi du plus grand nombre, et le plus grand nombre c'est les gens qui regardent Sabatier ; et que ces gens-là votent je trouve ça scandaleux, c'est tout". Un autre, Georges Frêche, était plus respectueux de 95% des électeurs de sa région :=(

démocratie

Mais la démocratie, ancienne ou moderne, se prête assez mal aux changements de société, aux crises et aux guerres où le recours à l'homme providentiel satisfait plutôt les peuples. Ainsi, Charles de Gaulle a été cet homme providentiel à deux reprises au 20ème siècle, d'abord pour incarner la France libre à partir de 1940 puis pour sauver la République en 1958.

Alors, la démocratie ne serait-elle qu'un outil de manipulation des peuples ? De façon générale, et tant que le système sait se protéger, oui. Mais la démocratie porte aussi en elle de petites bombes qui effraient et parfois ébranlent ce bal des faux-culs. L'exemple le plus révélateur est WikiLeaks, ce site Web lanceur d'alertes qui publient des informations pour lesquelles la raison d'Etat appose le sceau du secret. Les listes qui circulent aujourd'hui sur les titulaires de comptes en Suisse, à Singapour et dans d'autres paradis fiscaux font trembler quelques personnalités bien peu citoyennes. Et ceux qui osent révéler ces informations le font souvent au prix de leur liberté. 

 

Car, à tout prendre, une véritable démocratie est quand même le moins pire de tous les systèmes. Et en y ajoutant l'éveil du sens critique dès l'école ainsi qu'une pratique plus large de l'éducation populaire, alors le peuple aura vraiment le pouvoir de contrôler, d'arbitrer et de choisir son destin collectif.

09/06/2013

Moderniser à coups de ciseaux, oui mais les Comités théodule ainsi supprimés ne servaient donc à rien ?

C'est par un décrét publié le 24 mai au Journal Officiel que le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a concrétisé la suppression de 64 commissions administrative à caractère consultatif. Ces suppressions rentrant dans le cadre de la modernisation de l'action publique (cf. CIMAP), mais elles visent surtout un effet de communication politique.

A la lecture des intitulés de ces structures consultatives, il n'est pas évident de juger si elles étaient utiles ou non, mais surtout si leur champ d'intervention était couvert par d'autres organismes publics. Ce ne sont pas les budgets de fonctionnement de ces commissions, conseils et autres observatoires qui vont diminuer significativement le déficit de l'État, car ils sont essentiellement composés de fonctionnaires issus des différents corps de la fonction publique. Quoique certains occupent des locaux luxueux dans les beaux quartiers de Paris et que quelques-uns servent de placard doré à quelques amis du pouvoir, mais faut-il généraliser ?

Néanmoins, les pourfendeurs de ces Comités théodule raillent leur utilité, et le Président de l'Assemblée Nationale, Claude Bartolone, a revendiqué depuis un an la légitimité des parlementaires à mener les réflexions conduites par ces comités consultatifs. Plusieurs centaines de ces comités existent dans notre État jacobin, mais déjà le gouvernement de François Fillon en avait supprimé un peu plus de 300 entre 2009 et 2010. Et Jean-Marc Ayrault en est pour l'instant au chiffre de 101, ce qui représente une diminution de 25% du nombre de ces instances.

Mais la place de ces comités consultatifs pose surtout la question de l'exercice de la démocratie. Le peuple n'est consulté qu'une fois tous les 5 ou 6 ans pour désigner ses représentants, et ceux-ci s'entourent de machins pour les éclairer dans leurs choix. Mais pourquoi ces questions ne seraient-elles pas mises en discussion publique ? Surtout aujourd'hui avec les nouvelles technologies de l'information qui facilitent la participation des citoyens.

cimap,comités théodule

Aucune levée de boucliers n'a été constatée dans les secteurs touchés par ce décret, ils s'adapteront ou alors ils se débrouilleront seuls. Si je prends le cas de la commission consultative des marchés publics (CCMP), elle fournissait des services pour les collectivités territoriales, pour la fonction publique hospitalière et pour les services de l'État ; désormais, chacun devra se débrouiller dans son coin pour résoudre les problèmes de marchés publics, par exemple en ayant recours à des consultants privés :=(

La liste des structures supprimées par le décret :

  • Commission des archives diplomatiques. 
  • Commission nationale du diplôme élémentaire de langue française et du diplôme approfondi de langue française. 
  • Conseil de perfectionnement auprès de chaque CIO. 
  • Commissions préparatoires à l’affectation des élèves à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Wallis-et-Futuna et à Mayotte. 
  • Conseil territorial de l’éducation.
  • Comité de gouvernance des systèmes d’information du ministère de la justice.
  • Commission consultative des archives audiovisuelles de la justice.
  • Commission consultative des marchés publics.
  • Comités consultatifs placés auprès des ministres responsables d’une grande catégorie de ressources.
  • Comité des investissements à caractère économique et social.
  • Commission relative à la procédure de dation de blocs de titres de sociétés cotées destinés à financer un projet de recherche.
  • Commission consultative chargée de donner son avis en matière d’accidents du travail et de maladies professionnelles (à la direction générale de l’Institut national de la statistique et des études économiques [INSEE]).
  • Commission permanente des affaires économiques de défense.
  • Commission consultative relative à la réception des betteraves dans les sucreries et les distilleries.
  • Comité de suivi du dispositif de financement de l’économie française.
  • Comité de lutte contre la grippe.
  • Comité national de suivi du plan pour préserver l’efficacité des antibiotiques.
  • Comité national de suivi des mesures nationales pour la radiothérapie.
  • Comité national des registres.
  • Commission « addictions ».
  • Commission nationale de l’échographie obstétricale et fœtale.
  • Comité de suivi du plan national d’amélioration de la prise en charge de la douleur 2006-2010.
  • Comité national de suivi et de prospective du plan national de lutte contre les hépatites B et C 2009-2012 (décret simple)
  • Comité d’évaluation de la mise en œuvre des dispositions relatives à la modernisation des établissements de santé de la loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires.
  • Commission nationale des résidences hôtelières à vocation sociale.
  • Comité de pilotage pour la prévention du risque routier professionnel.
  • Commission des matériels, des équipements et des technologies de l’information et de la communication de la sécurité civile.
  • Conseil de l’équipement et de la logistique.
  • Conseil supérieur de la police technique et scientifique.
  • Observatoire national des emplois, des activités et des formations des sapeurs-pompiers.
  • Comité de répartition des matières premières et produits industriels.
  • Observatoire de l’énergie.
  • Conseil supérieur d’orientation des politiques halieutique, aquacole et halio-alimentaire, comité de liaison scientifique et technique des pêches maritimes et de l’aquaculture.
  • Commission consultative supérieure.
  • Commission consultative des inventions.
  • Commission de recours contre les décisions relatives aux quotas d’émission de gaz à effet de serre.
  • Comité de liaison des comités de bassin d’emploi.
  • Commission des bonifications.
  • Conseil économique de la défense.
  • Conseil scientifique du service de santé des armées.
  • Conseil de la recherche du service de santé des armées.
  • Commission consultative nationale pour l’habilitation des associations d’anciens combattants et victimes de guerre à ester en justice.
  • Conseil ministériel des études.
  • Conseil scientifique de la recherche et des études à la délégation aux arts plastiques.
  • Commission nationale de validation des études, expériences professionnelles ou acquis personnels (architecture et patrimoine).
  • Haut Conseil de la science et de la technologie et Conseil supérieur de la recherche et de la technologie.
  • Comité national de biologie médicale.
  • Comité de suivi de la licence et de la licence professionnelle.
  • Commission consultative permanente d’œnologie.
  • Commission consultative (test d’évaluation en français [TEF]).
  • Conseil stratégique de l’agriculture et de l’agro-industrie durables.
  • Observatoire des distorsions.
  • Commission administrative de reclassement.
  • Comité de programmation et de pilotage de la formation interministérielle.
  • Commission des comptes du tourisme.
  • Conseil stratégique du commerce de proximité.
  • Commission nationale d’agrément du tourisme social et familial.
  • Commission nationale des guides-conférenciers.
  • Commission nationale pour l’autonomie des jeunes.
  • Commission consultative des arts martiaux et des sports de combat.

Je suis preneur de commentaires pour mieux appréhender les impacts de ce qui peut sembler au premier abord comme une mesure d'économie.

07/06/2013

Avec la mort de Pierre Mauroy, c'est aussi une page qui se tourne dans la façon de faire de la politique.

Le parcours politique de Pierre Mauroy est exemplaire, tant sur sa longévité que sur l'engagement militant pour un idéal socaliste. Rien à voir avec ces femmes et ces hommes qui se présentent un jour à une primaire citoyenne parce qu'ils ont la notoriété suffisante pour briguer un mandat. Pierre Mauroy n'avait rien d'un "people", et d'ailleurs il fréquentait bien peu les plateaux de télé, même pendant son passage à Matignon de mai 1981 à juillet 1984.

Il n'était pas non plus de ces cercles de grands courtisans qui se renvoient toujours l'ascenseur jusqu'à ce que la justice ou la presse n'épingle leurs conflits d'intérêts. Président de l'Internationale socialiste de 1992 à 1999, il présidait encore la fondation Jean Jaurès depuis 1992. C'est sur ses terres du Nord et dans les milieux ouvriers que naissent ses convictions, à partir de là qu'il livrera ses batailles politiques dans le souci constant du progrès social.

Alors Pierre Mauroy n'était pas écologiste, et je ne sais pas quelles étaient ses positions sur les gaz de schiste, sur le nucléaire, sur l'aéroport de Notre-Dames-des-Landes, sur la croissance du PIB, sur le contexte européen et sur tous ces sujets qui sont au coeur d'une nécessaire transformation radicale de notre société, mais Pierre Mauroy était un militant engagé, humaniste et socialiste (au sens historique du terme), et il force le respect.

Même les hommages qui lui ont été rendu aujourd'hui par quelques caciques socialistes, de Harlem Désir à François Hollande en passant par Bruno Le Roux ne sont pas à la hauteur du personnage. Très peu d'entre eux mettent en avant qu'il ait été un grand socialiste ; il faut dire que le socialisme leur est tellement étranger ...