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05/10/2013

Gaz de schiste, le bras de fer continue !

La société Schuepbach dont le siège est au Texas, c'est un peu la suite du feuilleton Dallas où un rejeton de la famille Ewing pourrait jouer un beau rôle de méchant ... En réalité, Schuepbach s'est vu privée de deux permis d'explorer le sous-sol français en 2011 (Nant dans l'Aveyron et Villeneuve-de-Berg en Ardèche), et ses dirigeants usent de tous les stratagèmes pour emporter la partie.

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C'est d'abord sur le plan juridique que Schuebach a attaqué le vote des Parlementaires français de juillet 2011, en posant auprès du Conseil Constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). C'est vendredi 11 octobre que le Conseil Constitutionnel tranchera sur la fracturation hydraulique, afin de savoir si c'est une nécessaire prévention que d'interdire cette technique d'exploration et d'exploitation des gaz de schiste. Le gouvernement a déjà annoncé que si le Conseil Constitutionnel donnait en partie ou totalement raison à Schuepbach, alors il présenterait un nouveau texte législatif pour que l'impact environnemental de la fracturation hydraulique n'ait jamais à se mesurer en France.

Et face à cet entêtement des autorités françaises à interdire ce qui se fait par exemple au Texas, la société Schuepbach a déposé une plainte au civil pour être dédommagée des pertes occasionnées par cette interdiction. Mais il ne s'agit pas de pertes réellement subies par le pétrolier texan, non, Schuepbach estime que la non exploitation de ses deux permis pour une durée de 50 ans lui ferait perdre plus d'un milliard d'euros ... Et c'est la somme que Schuepbach va réclamer à la France :=(

Car c'est inscrit dans la doctrine de la mondialisation économique : les Etats ne doivent opposer aucune entrave à la bonne marche des affaires. Et si un Etat veut protéger sa culture, son littoral, ses paysages, son agriculture ou tout autre exception locale, alors il lui faudra dédommager les entreprises qui y verraient un préjudice ; et un préjudice non pas sur leur activité réelle, mais sur une activité hypothétique dans le meilleur des mondes possibles.

Et si par malheur les discussions entre les Européens et les Américains sur l'accord de libre-échange transatlantique devaient aboutir, alors une société comme Schuepbach serait encore mieux protégée contre les décisions politiques de l'Etat français. Un tel accord graverait dans le marbre que toute loi ou tout règlement qui empêcherait indirectement l'exercice d'une activité commerciale ou industrielle devrait apporter des contreparties financières aux entreprises concernées.

Bref, tout est pognon !

28/09/2013

Marion Fesneau-Castaing, française avant d'être diplomate !

Marion Fesneau-Castaing est une diplomate française en poste au Consulat général de France à Jérusalem. Le 20 septembre dernier, alors qu'elle accompagnait en Cisjordanie un convoi humanitaire avec d'autres diplomates européens et des ONG comme le Comité International de la Croix-Rouge (CICR), elle a été extirpée de son véhicule par des soldats israéliens, couchée au sol sous la menace de leurs armes. Son titre, son statut et sa mission humanitaire ont laissé de marbre les autorités locales.

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En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, Israël continue d'expulser les populations palestiniennes pourtant installées là depuis toujours, et poursuit tranquillement son œuvre de colonisation. Expulsés de chez eux, les Palestiniens n'ont que deux choix possibles : partir malgré les humiliations ou rester sur place dans des campements de fortune. Et c'est pour les aider dans leur affirmation de droits inaliénables que ces diplomates et humanitaires étaient venus leur apporter des tentes et du matériel.

Or, notre diplomate n'a pas supporté ce traitement manu militari et elle a porté un coup au visage d'un militaire israélien ...

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Ce geste l'a fait passer du statut d'outragée à celui d'auteur de violences volontaires envers les forces de l'ordre, et cela aurait pu lui valoir une mise en détention immédiate. Finalement, le gouvernement israélien a déposé plainte contre la France et la diplomate de 46 ans, attachée de coopération humanitaire et sociale à Jérusalem, va être expulsée d'Israël. Il s'agit-là d'un accord discret qui vise à mettre fin, diplomatiquement, à un incident où les valeurs humanitaires si chères au pays de Voltaire, de Rousseau et d'Hugo sont occultées au profit d'intérêts géostratégiques inavouables ...

 

Avec les Roms, l'Europe affiche sa vacuité en matière sociale ... et la France son nombrilisme hexagonal

De dossier en dossier, l'actualité européenne semble irrémédiablement se résumer à des questions d'argent. Et dans le cas des Roms, ce sont 17,5 milliards d'euros qui ont été affectés aux différents Etats membres pour aider ceux que l'on nomme pudiquement les "groupes vulnérables". Mais la Bulgarie comme la Roumanie, les deux pays d'Europe où vivent la plus grande majorité des Roms, n'utilisent pas ces budgets dégagés par Bruxelles, voire ils les utilisent très mal.

Selon la définition du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne, le terme "Rom" désigne l'ensemble des populations immigrées de Nord-Ouest de l'Inde au premier millénaire. Il regroupe donc les Roms, les Sintés, les Kalés et les groupes de populations apparentés en Europe. En France, le terme "Rom" désigne uniquement les Tziganes originaires des pays d'Europe de l'Est, Roumanie et Bulgarie principalement. Si on s'en tient à cette définition, alors les Roms seraient quelque 15.000 en France (contre 400.000 selon les chiffres officiels de Bruxelles).

Le territoire de l'Europe s'est étalé vers l'est au fil des décennies, avec de nouveaux membres qui étaient très loin d'avoir le même niveau de vie, le même tissu industriel et les mêmes droits sociaux qu'en Europe occidentale. Mais l'Europe est avant tout un marché économique, et chaque nouvel Etat membre constitue surtout un potentiel de consommation, voire de production à bas coût.

L'intégration de nouveaux Etats membres s'est toujours accompagné d'aides financières, et les populations concernées ont pu voir de réels progrès économiques et sociaux ; l'Espagne, le Portugal, Chypre ou encore la Grèce en témoignent. Mais cet apport d'argent dans des nations encore très rurales ne s'est jamais accompagné de changements structurels ; et tous les européens ont jugé les Grecs comme des profiteurs sans trop se remettre en cause ...

Mais quand j'avance que les Roms révèlent l'inaptitude de l'Europe à générer autant de progrès sociaux (au plus grand nombre) qu'elle génère de profits financiers (à quelques-uns), ça ne résout pas le problème en France. Les trois principaux leviers dont dispose la France pour utiliser les fonds européens sont le Fonds social européen (FSE), le Fonds européen de développement régional (Feder) ou encore le Fonds européens agricole pour le développement rural (FEADER) ; mais cela nécessite de présenter des projets structurants ! Or, un projet comme le village d'insertion à Lille reste une exception ...

Pourtant, et le Premier ministre l'a rappelé cette semaine en marge des journées parlementaires d'EELV, une circulaire interministérielle a été signée en août 2012 par sept ministres  : Vincent Peillon pour l'Education Nationale, Manuel Valls pour l'Intérieur, Marisol Touraine pour les Affaires Sociales et la Santé, Cécile Duflot pour le Logement, Michel Sapin pour l'emploi et la formation professionnelle, Georges Pau-Langevin pour la Réussite éducative et Marie-Arlette Carlotti pour la lutte contre l'exclusion. Cette circulaire porte sur l'anticipation et sur l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites.

Sur le papier, et avec les fonds affectés par Bruxelles, cette circulaire pouvait illustrer un véritable engagement de l'Etat français pour l'intégration des populations de Roms. Et un gouvernement "dit de gauche" pouvait augurer un véritable changement d'attitude par rapport à l'époque Sarkozy. Mais douze mois plus tard, chacun tire la couverture à soi : Valls joue sa partition avec efficacité, Duflot utilise habilement le sujet pour détourner l'attention des médias sur les rebellions au sein de son parti, et les cinq autres sont totalement inaudibles.

Les femmes et les hommes politiques français nous offrent-là un bien triste spectacle, pataugeant dans le marigot national de leurs petites ambitions politiciennes, quand d'autres Etats européens font preuve d'un réel sens des responsabilités. C'est aussi l'aveu d'un désintérêt de notre classe politique pour l'échelon européen, le coq gaulois ne limitant son champ d'action qu'à sa basse-cour ...