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16/06/2013

Législative de Villeneuve-sur-Lot, le signal d'un nécessaire sursaut !

Ce dimanche 16 juin, seulement 46% des électeurs sont allés aux urnes pour désigner le successeur de Jérôme Cahuzac à l'Assemblée Nationale, car c'est bien de l'élection d'un député dont il s'agit. Les médias ont focalisé leurs reportages sur le cas Cahuzac, mais après le dégoût vient le moment démocratique de l'élection d'un député, c'est à dire d'un représentant du peuple qui vote les lois.

législative partielle villeneuve sur lot

Que l'UMP et le PS ne réunissent sur leur candidat que respectivement 12,55% et 10,35% des électeurs inscrits, cela démontre le naufrage de ce modèle démocratique où siègent au Palais Bourbon des élus qui d'un côté adoubent la politique du gouvernement et de l'autre s'opposent par principe. Le spectacle des questions orales au gouvernement, en séance télévisée, est l'un des plus mauvais feuilletons de la télé française.

Mais pourquoi le rejet de ce système, par l'abstention ou par le faible score des partis de gouvernement, ne s'exprime-t-il que dans le vote pour le Front National ? Le candidat FN arrive en seconde position avec 11,38% des électeurs inscrits ? Le candidat du Front de gauche et celui d'Europe Écologie Les Verts arrivent derrière avec respectivement 2,22% et 1,22% des inscrits, alors que ce sont ces deux partis qui aujourd'hui apportent les alternatives les plus réalistes dans le contexte social, environnement et économique actuel ?

Les électeurs déçus sont plus attirés par les diatribes de Marine le Pen et de ses lieutenants que par les propositions argumentées des opposants de gauche. Ce décalage a até constaté lors de l'élection présidentielle en mai 2012, mais il se confirme maintenant scrutin après scrutin. Et cela conduit la France dans une impasse : le PS et l'UMP mènent les mêmes politiques dictées par l'oligarchie financière mondiale avec les nationalistes en embuscade qui revendiquent que la France revienne à son statut d'avant 2002. Il n'y aurait donc pas d'autre alternative que la fuite en avant, aveugle, ou qu'un retour à un souverainisme anachronique ? Un front républicain conformiste contre un nationalisme galvanisateur ?

Sur la réforme des retraites, sur l'accord transatlantique, sur le crédit d'impôt compétitivité-emploi, sur le pacte de croissance européen, sur le rôle de la France en Europe, sur Notre-Dame-des-Landes symbole des grands projets inutiles, sur la transition énergétique qui refuse le tout nucléaire ou le mirage des gaz de schiste, sur l'emploi et le pouvoir d'achat, sur le système de protection sociale et ainsi sur de multiples sujets qui inquiètent les Français alors qu'ils devraient les mobiliser, il est urgent que les forces politiques de gauche qui portent un vrai projet alternatif se fassent entendre.

Or, ce ne sont pas les médias qui feront passer les messages ou qui confronteront les idées. Et s'il existe un réel intérêt des français pour toutes ces questions, cela se constate dans les réunions publiques, comme dans une récente assemblée du mouvement des colibris à Paris où les participants ont investi les rues et les parcs du voisinage faute de place dans la salle, il manque cette articulation entre la prise de conscience et l'élection démocratique de représentants. Les réseaux sociaux y contribuent, mais il manque un symbole de rassemblement. Et je préfèrerai que ce symbole ne soit pas incarné par un homme, comme Barack Obama en novembre 2008 aux USA ou Beppe Grillo en février 2013 en Italie. En France, nous avons Marianne ; elle symbolise la République et toutes les valeurs humanistes des Lumières.

15/06/2013

Retraites : le mot "réforme" n'est-il pas usurpé ?

Nous y étions habitués sous la Présidence de Nicolas Sarkozy, la France connaît réforme sur réforme, toutes destinées à renforcer l'efficacité économique de nos entreprises, à sauver nos acquis sociaux mais aussi à apporter quelques avancées sociétales qui marqueront l'histoire. Mais sur les retraites, peut-on vraiment parler de réforme ? Je rappelle que le mot "réforme" fait écho à des changements profonds (la Réforme protestante, une réforme agraire, les réformes de l'Etat, ...), voire à des abandons (un équipement devenu obsolète est réformé). Là, ça fait maintenant 20 ans que le terme "réforme des retraites" cache tout simplement un ajustement des paramètres pour trouver de l'argent.

C'est Edouard Balladur qui a ouvert le bal en 1983 ; et déjà cette réforme décrite comme majeure s'est essentiellement contentée d'adapter deux paramètres : passer de 150 à 160 trimestres de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein et les pensions du secteur privé sont calculées sur les 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures. En allongeant la durée de cotisation, l'Etat augmente les recettes directes du régime des retraites, et en augmentant la base de calcul des pensions, l'Etat diminue le montant des pensions.

En 2003, François Fillon y va de sa réforme pour carrément "sauver le système des retraites par répartition", tout en favorisant dans sa loi la retraite par capitalisation :=( La principale disposition de cette réforme porte sur la durée de cotisation ; les salariés du privé et les fonctionnaires passent à 41 ans de cotisation. Cette mesure est étalée jusqu'en 2012 pour permettre aux fonctionnaires de s'aligner sur les salariés du privé.

C'est Eric Woerth, ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique dans le gouvernement de François Fillon qui porte la réforme de 2010, celle qui a vu tous les syndicats et tous les partis politiques "de gauche" faire grève et manifester à de nombreuses reprises. La principale disposition de la réforme de 2010 porte encore sur la durée de cotisation : L'âge légal de départ à la retraite passe de 60 à 62 ans, et l'âge à partir duquel la décote de 10% par année de cotisation manquante ne s'applique plus passe de 65 à 67 ans. Le taux de cotisation des fonctionnaires s'aligne sur celui du privé.

Evidemment, l'argument de fond qui est à chaque fois mis sur la table est l'allongement de la durée de vie. Il semblerait évident que puisque nous vivons plus longtemps alors il faut travailler plus longtemps. C'est là une vision très capitaliste du progrès social, mais peut-on sincèrement enseigner à une classe de 30 élèves à 67 ans comme à 25 ans ? Et un policier de 67 ans, un chauffeur de bus de 67 ans, un ouvrier du bâtiment de 67 ans, un chauffeur-livreur de 67 ans, un pompier de 67 ans, ... Et cette litanie ne signifie pas que nous sommes foutus à 67 ans, mais que l'on ne peut pas exiger le même rythme de travail, les mêmes objectifs et la même pression hiérarchique quand le corps est plus fatigué qu'à 20 ans.

Et que nous propose le gouvernement de Jean-Marc Ayrault en 2013 ? Encore une fois d'allonger la durée de cotisation, mais aussi de baisser les pensions, soit en élargissant l'assiette de calcul des cotisations pour les fonctionnaires, soit en supprimant l'exonération de 10% et en alignant le taux de CSG pour les retraités.

multi-pistes des retraites.JPG

En 2010, le Parti socialiste demandait au gouvernement UMP de ne pas alourdir les cotisations salariales et d'assoir l'assiette des ressources sur d'autres revenus, tels que les revenus du capital. Mais c'est un peu comme la grande réforme fiscale présentée en 2011 par le candidat Hollande, avec une fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, un prélèvement à la source et une dégressivité plus solidaire. Et pschiiiittt ...

Mais je tiens quand même à revenir sur le sort qui est réservé aux fonctionnaires dans le rapport Moreau. Et d'ailleurs, il est remarquable de lire dans le rapport que : "La dégradation des taux de remplacement et le manque d’équité entre fonctionnaires ont conduit la Commission à envisager plusieurs hypothèses de modifications du mode de calcul de la pension n’ayant ni pour objet ni pour effet un gain budgétaire". Nous sommes donc bien dans de la simple communication, arguant du principe d'égalité pour finalement baisser de quelques points de PIB le poids de la retraite des fonctionnaires.

Le système des retraites est très complexe, et j'étais par exemple sidéré récemment en écoutant une émission de télévision où un syndicaliste, un journaliste et un économiste, en plus du journaliste, qui ont répété pendant toute l'émission que la retraite des fonctionnaires était payée par le budget de l'Etat. Et ils l'ont répété de concert même quand les téléspectateurs les interpellaient sur les fonctionnaires territoriaux ou hospitaliers. Or, il faut savoir que seuls les fonctionnaires de l'Etat sont dans ce cas, et c'est normal puisqu'ils conservent le même employeur toute leur carrière. Mais pour un fonctionnaire territorial qui peut changer de collectivité locale plusieurs fois dans sa carrière, qui lui paierait sa pension ? Il existe donc une caisse de retraite, la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL).

Enfin, je souhaitais présenter les deux graphiques suivants qui illustrent la carrière d'un fonctionnaire (avancement progressif à l'échelon et au grade avec des primes qui sont très variables) et celle d'un salarié du privé (qui peut connaître des périodes sans emploi, des changements d'employeurs et donc une rémunération très chaotique).

Fonctionnaire.JPG

Privé.JPG

Aligner la méthode de calcul des fonctionnaires sur celle des salariés du privé est insensé puisque les courbes n'ont absolument rien à voir, mais les trois-quarts des français y sont favorables ... J'en reviens à ma précedente note sur la démocratie ;-)

14/06/2013

François Hollande place la barre très bas en vue des prochaines européennes de 2014

La nuit dernière à Bruxelles, à l'issue d'une réunion de plus de onze heures, les chefs d'Etats et de Gouvernements des 27 pays membres de l'Union Européenne ont donné mandat à la commission pour démarrer (ou plutôt poursuivre) des négociations avec l'adminsitration US pour aboutir à un accord de libre échange.

Je vous invite à lire la lettre ouverte que ATTAC avait envoyée à Madame Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, afin de l'alerter sur les risques inhérents à un tel accord commercial. Il n'y a rien à y ajouter.

La France peut s'enorgueillir aujourd'hui d'avoir écarté les activités culturelles du périmètre des négociations, mais cet accord est quand même un abandon de ce qui fait toute notre histoire, toute notre culture gastronomique, toute la beauté de paysages et de lieux qui font de la France la première destination touristique mondiale et de façon générale notre modèle du vivre ensemble. Demain, une entreprise américaine pourra attaquer une municipalité ou un Département parce qu'elle (il) a confié à une association le soin d'organiser une programmation sportive.

Le communiqué d'ATTAC, ci-dessous, est là aussi à la hauteur des enjeux, pour nos enfants, pour notre morceau de planète et pour l'avenir des 7 milliards d'humains qui voient le poids grandissant des multinationales dans leur quotidien.

Il y aura en juin 2014 une élection pour élire les députés européens, ce sera alors le moment de se mobiliser pour dire NON à ces accords de libre-échange qui n'intéressent réellement que le dernier centile des rémunérations en France.

libre-échange,accord transatlantique


Accord transatlantique : fin de l’exception démocratique

Communiqué de presse commun Attac – Aitec (15/06/13)

Les ministres européens du commerce ont donné mandat à la commission européenne pour négocier un partenariat avec les États-Unis, portant sur le libre-échange des biens, des services des capitaux, et surtout sur la suppression des normes et réglementations qui porteraient préjudice au commerce et à l’investissement des entreprises. La France a porté le principe de l’exception culturelle, qui pour l’instant et de manière très confuse, se trouve exclue des négociations, avec possibilité de rouvrir le dossier. Le processus est donc lancé.

Les gouvernements ont accepté de négocier leurs choix agricoles et alimentaires,  les services publics, les droits sociaux, les normes financières, les choix énergétiques et climatiques. Ils ont accepté de renoncer à la capacité politique de construire démocratiquement des normes, des règlements, et de la transférer aux entreprises et aux tribunaux ad hoc qui jugeront des litiges entre les entreprises, les États et les collectivités territoriales.

Comme nous avons su le faire au moment de l’Accord Multilatéral de l’investissement, au moment de l’ACTA, nous refusons l’engagement dans un tel processus, et nous appelons à une mobilisation très large des mouvements sociaux et des élus, parlementaires et élus locaux, pour faire connaître ce processus qui se réalise dans l’opacité sur la plus totale et pour l’arrêter. Nous travaillons dans le même sens avec nos réseaux européens et internationaux.

Attac France et AITEC,

A Paris, le 15 juin 2013


Décidément, François Hollande ne cesse de poursuivre le mandat de son prédécesseur, sans que rien ne puisse plus distinguer les politiques de l'un et de l'autre. Et c'est assez frustrant puisque le 6 mai j'avais moi-même voté pour "le changement c'est maintenant" :=(