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16/04/2018

Quelle centralité administrative pour le Coeur d'Hérault ?

Brignac_Canet_Clermont_ML_14_04_2018.jpgL'édition de Midi Libre - Vallée de l'Hérault - du 14 avril informait ses lecteurs d'un projet de fusion entre les communes de Brignac, de Canet et de Clermont-l'Hérault, c'est en tous cas la démarche qu'entreprend son maire Henri Jurquet. A l'origine de cette idée, la situation financière des collectivités locales, et le maire de Brignac souligne l'extrême fragilité de son budget, avec de vives inquiétudes au-delà de 2020.

Mais il s'y ajoute un autre argument qu'oublie le correspondant de Midi Libre, c'est qu'une telle conurbation pourrait demain briguer la place de "communes centre" de communauté d'agglomération dans l'éventualité d'une fusion des trois intercommunalités du Clermontais, du Lodévois-Larzac et de la Vallée de l'Hérault. Désormais, une telle fusion est devenue une quasi certitude, et plus personne ne la diabolise ; en tous cas sur le Clermontais et sur la Vallée de l'Hérault. Or, dans une telle configuration, la réunion de ces trois communes du Clermontais (près de 14 000 habitants) rend possible cette position centrale sur le Cœur d'Hérault. Un même rapprochement s'opère actuellement entre Gignac et Saint-André-de-Sangonis, mais avec aujourd'hui 2 000 habitants de moins. Néanmoins, ces deux "centres" du Cœur d'Hérault n'ont pas la même maturité en ce qui concerne le rayonnement de leurs villes ...

Tâches_Urbaines_CCB_SADGG.jpg

Personnellement, je suis très attaché au principe de "territoires en réseau", chaque secteur et chaque commune d'un territoire apportant ses richesses et bénéficiant des mêmes services. Je comprends bien les intérêts des élus de ces villes centres de vouloir conquérir une position administrative qui concentrerait des services publics et qui apporterait des dotations financières supplémentaires de l’État, mais il ne faut pas brûler les étapes.

Par ailleurs, cette information dévoilée par Midi Libre, dans la même édition que deux autres articles sur la Salamane et sur la stratégie des commerçants de Clermont-l'Hérault, ne peut que jeter le trouble. Ce que l'on appelle le "triangle d'or" du Clermontais, autour de la sortie n°57 de l'A75, laisse présager un accroissement de l'urbanisation et des installations de commerces qui vont vider le centre-ville de Clermont-l'Hérault. Et on retrouve le même déplacement des activités de Coeur de ville entre Gignac et Saint-André-de-Sangonis, les centralités urbaines se transportant là où il y a une activité humaine.

Je n'ai pas encore pris connaissance du Diagnostic Stratégique et l’État Initial de l'Environnement qui a été présenté au maires du Cœur d'Hérault le 13 avril, après un an de travail des services et des bureaux d'études, mais c'est là une première marche dans l'élaboration du SCoT ; j'en découvrirai le contenu pour le Conseil syndical du 4 mai. Néanmoins, l'étape la plus importante est celle du PADD, programmée pour cette année 2018. Le PADD (Projet d'Aménagement et de Développement Durable) exprime le projet politique de tous les élus des 77 communes du territoire, et la question des centralités urbaines et administratives y prendra toute sa place. Je souhaite que cela se réalise de façon constructive et responsable pour l'avenir de tous les habitants du Cœur d'Hérault.

14/04/2018

Le bicamérisme local pour revitaliser la démocratie dans nos territoires

La montée en puissance des structures intercommunales, et des vastes compétences qui leur incombent, met en évidence un cruel déficit de démocratie locale. Et nous constatons depuis quelques années des aspirations contradictoires, avec d'un côté les maires qui ne veulent pas perdre leur légitimité qu'ils tirent du suffrage universel, et de l'autre les citoyens qui ne sont plus représentés à l'occasion de prises de décision majeures.

Mais les diverses lois qui bâtissent depuis 30 ans une nouvelle architecture publique locale dessaisissent de plus en plus les maires de leurs prérogatives. Ainsi, les métropoles ou les intercommunalités XXL accentuent la disparition des « petites communes ». Et c'est ainsi que Marie-Christine Bousquet, à l'époque maire de Lodève et présidente de la Communauté de communes Lodévois-Larzac, avait conditionné l'entrée de son EPCI dans le périmètre du SCoT du Pays Cœur d'Hérault à la mise en place formelle d'un « Conseil des maires », des 77 maires du territoire du Cœur d'Hérault. Philippe Saurel, en 2014, avait assis sa présidence de l'agglomération de Montpellier sur un « Pacte des maires ».

Aujourd'hui se tenait à Montpeyroux le Conseil des maires du Cœur d'Hérault pour valider le Diagnostic stratégique et l'État Initial de l'Environnement du SCoT. C'est une étape-clé dans la procédure d'élaboration du SCoT, mais le passage devant une assemblée de maires ne repose sur aucune loi ; disons qu'ici les maires sont consultés, mais ce sera le Conseil Syndicat du SYDEL qui en délibèrera.

Conf_Maires_Montpeyroux_13_Avril_2018_C.jpg

Cette situation n'est pas satisfaisante, et elle ne peut susciter que des frustrations. Il y a d'abord les citoyens qui sont totalement exclus de ces débats et de ces décisions. Et puis il y a les maires qui ne sont que consultés ; alors aujourd'hui les services des intercommunalités adaptent leurs documents aux avis des maires, mais demain cette étape consultative pourrait n'être qu'une façade.

Néanmoins, les cas de conflits entre des communes et leur intercommunalité se multiplient, et pas que pour des villages de quelques dizaines d'habitants occultés par la grande ville du secteur. La ville de Béziers et l'agglomération Béziers Méditerranée en sont un premier exemple, mais il y a aussi la ville de Narbonne avec l'agglomération du Grand Narbonne ; le maire de Narbonne est exclu de toutes les commissions de l'Agglo et n'est pas invité à la Conférence des maires, alors que le président de l'Agglo siège dans l'opposition municipale de Narbonne. Mais je pourrai aussi citer l'Agglomération de Nîmes ou la Métropole de Montpellier Ces exemples illustrent les impasses dans lesquelles peut conduire cette décentralisation inachevée.

Alors pourquoi une nouvelle loi pour l'organisation des territoires de la République n’instituerait pas le bicamérisme local ? C'est à dire deux institutions, ou deux chambres, qui auraient chacune une place bien précise dans les processus de décision. Nous pourrions ainsi avoir des intercommunalités (communautés de communes, communautés d'agglomération, communautés urbaines et métropoles) avec des assemblées communautaires intégralement élues au suffrage universel direct, à la proportionnelle de listes, et des assemblées de maires. Dans un système bicaméral à la française, ou comme cela se pratique dans les États fédéraux, la chambre haute représente les États ou les collectivités territoriales, et elle vient atténuer les transformations [plus ou moins radicales] voulues par la chambre basse, celle-ci étant représentative de la population. Dans l'Esprit des Lois en 1748, Montesquieu écrivait que « le corps législatif y étant composé de deux parties, l'une enchaînera l'autre par sa faculté mutuelle d'empêcher » ; trois siècles plus tard, Montesquieu proposerait certainement un système bicaméral pour l'organisation des institutions représentatives locales.

Estelle_Grelier.png

Les études et les travaux relatifs au bicamérisme se concentrent principalement sur l'organisation de l’État, avec la construction des lois et le contrôle des politiques gouvernementales (cf. publication du Conseil d’État, par Jean-Marc Sauvé, sur l'état présent du bicamérisme en France), il manque encore une réflexion sur l'extension de ce modèle aux intercommunalités, et les quelques parlementaires ou ministres qui ont tenté de l'aborder à l'occasion des débats parlementaires sur la loi NOTRe en 2015 ont rapidement été marginalisé. C'est par exemple le cas d'Estelle Grelier, trop éphémère Secrétaire d’État chargée des Collectivités territoriales (février 2016 - mai 2017), qui avait pour les EPCI des positions très avant-gardistes.

Le seul défaut du bicamérisme, enfin un défaut pour ceux qui sont au pouvoir aujourd'hui, c'est que ce système à deux chambres induit que les dossiers passent d'une chambre à l'autre dans la transparence. Or, les structures intercommunales sont aujourd'hui des championnes de l'opacité et de l'entre-soi clientéliste. Il ne manquerait plus que les débats soient retransmis en direct (ou en podcast) sur Internet, comme ceux du Sénat et de l'Assemblée Nationale ...

08/03/2018

Quel est l'état de l'Europe, et pour quelle Europe voterons-nous en 2019 ?

Les élections législatives dimanche en Italie ont marqué la victoire des anti-européens ; c'est ce qui revient dans tous les commentaires des journalistes. En Autriche, en Pologne ou encore en Hongrie, la nationalisme a pris les rênes du pouvoir ; et dans de nombreux autres pays européens, l'essor des partis souverainistes s'est désormais banalisé. Par ailleurs, la Pologne et la Hongrie sont les deux États les plus réfractaires à une construction de l'Europe transférant des compétences dites régaliennes, comme pour la protection des frontières de l'UE, ou vis à vis des valeurs de l'Europe en matière de droit.

Europe_Pigeons.jpgEt c'est dans ce contexte-là que la présidence bulgare de l’Union européenne s'est donnée comme priorité l’adhésion des six pays des Balkans occidentaux ; en plus de la Slovénie et la Croatie qui sont déjà membres de l’Union européenne, mais ce sont deux États qui demeurent fragiles. La Serbie est certainement le candidat le plus sérieux, quand le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, l'Albanie, la Macédoine et le Kosovo sont encore très loin des critères d'adhésion ; sans oublier le conflit des Balkans dans les années 90 qui est encore dans toutes les mémoires et dont les plaies ne sont pas encore cicatrisées.

La corruption gangrène aussi nombre de ces pays, comme en Slovaquie où le journaliste Jan Kuciak et sa compagne, Martina Kusnirova, ont été assassinés à leur domicile fin février 2018. La corruption, au plus haut niveau de l’État, est aussi à l'origine de l'assassinat de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia en octobre 2017 à Malte dans l'explosion de sa voiture, piégée, devant son domicile.

En ce début d'année 2018, c'est la Roumanie que la Commission européenne a mise en garde, suite à une réforme de la justice adoptée le mois dernier qui serait trop indulgente vis-à-vis des élus ou des dirigeants accusés de corruption. Plus d’un quart de siècle après la mort du tyran Ceaucescu, la Roumanie est encore minée par l’enrichissement personnel de ses dirigeants (cf. article du JDD). La Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE, est elle aussi toujours minée par un système de passes-droits hérité de l'époque communiste.

Et dans ce tumulte européen, il n'est pas possible de ne pas évoquer le Royaume-Uni, l'un des États les plus eurosceptiques de l'Union qui la quitte au début de l'été 2019, alors que le Royaume-Uni en est l'un des plus anciens membres (adhésion au 1er janvier 1973 avec l'Irlande et le Danemark pour rejoindre les six pays fondateurs de l'UE). Quant à l'Europe des régions qui permettrait à la Catalogne, à l’Écosse ou à la Flandre d'accéder à leur indépendance au sein d'une Europe fédérale, c'est le cauchemar de tous les nationalistes

europe-dechiree-24d2d.jpgAlors qu'est-ce que l'Europe aujourd'hui ? Pouvons-nous nous contenter de n'y voir qu'un marché, ou de n'y voir que la liberté de déplacement des personnes, des biens et des capitaux ? Existe-t-il un peuple européen ? Des valeurs européennes ? Portons-nous une identité européenne qui  soit véhiculée dans le monde entier ? Il devient donc très malhonnête de se déclarer pro ou anti-européen quand on ne sait pas définir l'objet que l'on soutient ou ce que l'on conteste.

Et comment promouvoir alors un projet politique pour l'Europe quand sa réalité varie tant d'un État à l'autre ? Car c'est l'expression du vote italien de ce dimanche ; l'Italie ne s'en sort pas, dix ans plus tard, des affres de la crise économique et financière. Et puis elle n'est pas épaulée par le reste des États membres face aux vagues migratoires de la méditerranée. Alors pourquoi un peuple qui se sent autant abandonné serait-il europhile ? Il en est de même pour la Grèce, étrillée par les institutions européennes et contrainte de dilapider des pans entiers de son patrimoine public. Qu'apporte donc l'Europe à ces pays-là ?

Alors l'élection du Parlement européen à l'été 2019 sera-t-elle le couperet qui mettra fin à cette Europe-là, avec une assemblée majoritairement souverainiste et europhobe ? Dans ce cas-là, le Conseil européen serait incapable de faire élire son(sa) candidat(e) par le Parlement européen ... Une situation de blocage entre le Conseil et le Parlement ouvrirait alors la voie à la négociation de nouveaux traités, voire à de nouvelles formes de coopération européenne.

Aussi, avant de poursuivre cette fuite en avant aveugle et de se retrouver au pied du mur, il est nécessaire de redéfinir un projet européen, et voire l'Europe bien au-delà de simple traités.