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29/10/2017

Hors de France, des scrutins législatifs aux issues négociées

L'Allemagne votait le 24 septembre 2017 pour élire ses 709 représentants au Bundestag (598 au minimum). Le mode de scrutin Outre-Rhin est mixte : 299 députés sont élus au scrutin majoritaire uninominal à un tour et 299 sont élus à la proportionnelle, puis s'y ajoutent des mandats supplémentaires par région pour que la proportionnalité des listes soit respectée au mieux. A l'issue du scrutin du 24 septembre, aucun parti ne dispose de majorité absolue pour former seul un gouvernement, et il s'engage désormais des négociations pour construire une coalition gouvernementale autour du parti d'Angela Merkel.

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L'Autriche votait le 15 octobre 2017 pour élire ses 183 représentants au Conseil national (chambre basse). C'est à la proportionnelle de listes que le scrutin se déroule, et le scrutin du 15 octobre n'a pas donné de majorité absolue à aucune des cinq formations politiques ayant des députés. C'est autour du leader du Parti Populaire, Sebastian Kurz, que les négociations avancent pour constituer un gouvernement.

Les citoyens de la République Tchèque votaient les 20 et 21 octobre 2017 pour élire leurs 200 représentants à la Chambre des députés. C'est encore un scrutin à la proportionnelle de listes qui fonde le système électoral tchèque, avec des listes dans chacune des 14 circonscriptions électorales. Neuf formations politiques sont présentes à la Chambre des députés, aucune n'ayant de majorité absolue. Les négociations sont en cours et le leader libéral Andrej Babis aura bien du mal à constituer une majorité parlementaire, ce qui pourrait le conduire à présenter un gouvernement minoritaire, plus technique que politique.

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Ce samedi 29 octobre 2017, c'est l'Islande qui renouvelait les 63 députés de son Parlement, là encore avec un scrutin proportionnel plurinominal sur des listes présentées dans chacune des six circonscriptions électorales. La formation du Premier ministre sortant, le conservateur Bjarni Benediktsson, arrive en tête (25,2%) mais n'obtient que 16 sièges. Là encore, les négociations pour former un gouvernement parmi les 8 formations présentes au Parlement ne sera pas un long fleuve tranquille ...

Les détracteurs des scrutins proportionnels pointeraient, au travers de ces quatre exemples récents, la fragilité des gouvernements issus de ces élections. En Islande par exemple, les élections législatives d'hier se sont tenues un an après celles d'octobre 2016, parce qu'un parti a quitté la majorité gouvernementale suite à un scandale judiciaire. Mais cette fragilité-là ne témoigne-t-elle pas au contraire de la force de la démocratie ?

Vu de France, où l'avenir du pays est tracé au soir du second tour de l'élection présidentielle, avec un effet tunnel de 5 ans que les citoyens des pays cités précédemment assimileraient bien à une dictature, ces élections à la proportionnelle sont assez incompréhensibles. Nous, nous évoqueons pudiquement une monarchie républicaine ... En effet, notre Assemblée nationale est la chambre d'enregistrement des décisions du monarque ; c'est évident actuellement avec l'écrasante majorité parlementaire d'Emmanuel Macron, mais c'est inhérent à la Vème République, et plus encore depuis que l'élection des députés est calée sur l'élection du Président de la République.

Au-delà du caractère plus démocratique des scrutins proportionnels, il s'y ajoute une dimension contractuelle qui nous est assez étrangère en France, pays de la verticalité jacobine. Les négociations évoquées dans les quatre pays qui viennent de désigner leurs parlementaires permettent à chacune des formations prêtes à former un gouvernement d'imposer leurs priorités dans une recherche de compromis majoritaire. En France aux élections de 2012, les accords avaient été discutés avant le scrutin présidentiel ; et puis nous avons vu comment le monarque s'est assis sur ces accords. Les ministres écolos l'ont compris au bout de deux ans et ont claqué la porte. Mais si l'Assemblée nationale représentait véritablement la pluralité des courants politiques, alors une négociation des accords pourrait se faire à ce niveau-là.

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Une réforme constitutionnelle est dans les cartons ; réduire d'un tiers le nombre de parlementaires, introduire une dose de proportionnelle, limiter le cumul de mandats dans le temps, simplifier la procédure législative et supprimer la Cour de justice de la République en sont les mesures phares. Mais déjà le Président du Sénat, Gérard Larcher, est opposé à la proportionnelle. Or, la réforme ne pourra pas se passer de la majorité sénatoriale pour être adoptée en Congrès ; sauf à la soumettre à référendum.

Allez, bientôt le cinquantenaire de mai 68 ; on se bouge ?

28/10/2017

Y a-t-il encore un pilote dans le navire Coeur d'Hérault ?

Le Cœur d'Hérault est l'un de ces territoires périphériques qui se développe derrière le « premier de cordée », à savoir ici la métropole de Montpellier, autre version du « ruissellement » ... Et les acteurs politiques et économiques du territoire se contentent d'un tel contexte, évaluant les interactions avec cette métropole. Certains la redoutent, prédatrice de nos terres agricoles pour loger des salariés qui font le trajet chaque jour, et d'autres la courtisent pour développer des activités économiques secondaires ; de plus en plus d'artisans s'installent en Cœur d'Hérault (où les prix du foncier et les coûts de fonctionnement sont attractifs) pour aller sur des chantiers sur la métropole.

Le secteur du tourisme stimule bien quelques programmes locaux, le Cœur d'Hérault disposant de trois grands sites classés (ou en cours de l'être), mais les collectivités locales se limitent à gérer des offices du tourisme ; aucune réflexion n'est engagée pour soutenir telle filière, tel secteur ou telle activité. Les professionnels de la restauration, de l'hébergement, du commerce de cœur de village, des loisirs de pleine nature, ...  sont accompagnés quand ils sollicitent par exemple les services de la Maison des Entreprises du Cœur d'Hérault, mais les décideurs locaux n'ont pas de stratégie prospective.

Or, le développement économique n'est pas qu'une fin en soi. Il peut l'être pour les entrepreneurs, mais les acteurs politiques doivent surtout l'orienter sur des axes qui coïncident avec le marché du travail. A l'été 2017, le taux de chômage sur le Cœur d'Hérault s'établit à 13%. Il y avait 8 785 demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi dans les catégories A, B et C à fin août 2017 ; c'est +5,2% sur un an. Il faut y ajouter 150 demandeurs d'emploi en catégorie D (-5,1% sur un an pour des personnes sans emploi et qui ne sont pas immédiatement disponibles, non tenues d'accomplir des actes positifs de recherche d'emploi parce que en formation, en maladie, etc.), et 1 033 en catégorie E (-6,1% sur un an pour des personnes pourvues d'un emploi et non tenues d'accomplir des actes positifs de recherche d'emploi, comme celles en emploi aidé). Il y avait à fin juin 4 799 demandeurs d'emploi indemnisés. Par ailleurs, la catégorie C enregistre une hausse de +15% sur une année, avec 1 875 demandeurs d'emploi à fin août 2017, +1,9% pour la catégorie A (5 691 demandeurs d'emploi), +7,8% pour la catégorie B (1 219 demandeurs d'emploi inscrits) ; des emplois à temps partiel, de courte durée qui sont synonymes de précarisation.

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L'INSEE, la DARES et Pôle emploi publient des études statistiques très détaillées sur le marché de l'emploi par bassin de vie ; cela va bien au-delà des chiffres distillés par les médias tous les mois ou tous les trimestres, et j'invite à lire les documents téléchargeables en bas de note.

Qu'y apprend-on par exemple pour notre territoire du Cœur d'Hérault ? Par exemple que 1 905 demandeurs d'emploi (22%) recherchent un emploi dans les métiers des services à la personne et aux collectivités, que 1 247 demandeurs d'emploi (14%) recherchent eux dans les métiers du commerce, de la vente et de la grande distribution. De l'autre côté, les services à la personne et aux collectivités sont aussi en tête des offres d'emploi proposées sur 12 mois, mais avec 326 offres d'emploi (17% des 1 878 offres totales). Le commerce, la vente et la grande distribution sont aussi sur le podium des propositions d'emploi avec 276 offres sur 12 mois (15%). Les filières pourvoyeuses d'emplois sont donc bien identifiées par les demandeurs d'emploi, mais ils ont été 9 263 à s'inscrire à Pôle emploi sur les 12 derniers mois quand les employeurs ne proposaient que 1 878 emplois sur la même période. Or, notre territoire connait une croissance démographique continue, et la population active ne cesse de croître.

La création d'emplois doit être la boussole de tous les acteurs politiques, sociaux et économiques du Cœur d'Hérault ; oui, je me limite aux acteurs du territoire lui-même parce qu'il ne faut compter que sur nous-mêmes. Pour créer des emplois, il faut plus d'employeurs parce que les entreprises du territoire ont peu d'employés ; les secteurs de l'agriculture, de la construction, du commerce, de la restauration, des services, ... riment ici avec TPE, PME, professions libérales et auto-entrepreneurs.

Les décideurs politiques ont pourtant plusieurs cordes à leurs arcs. Ils peuvent déjà favoriser telle ou telle filière professionnelle pour répondre au mieux au profil des demandeurs d'emploi. Et puis ils peuvent porter des structures de formation professionnelle ou d'apprentissage qui répondent au mieux aux secteurs qui peuvent créer de la richesse sur le territoire. Mais il faut auparavant faire un travail d'analyse et de prospective, dans une logique de GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences).

Nous avons par exemple sur le Cœur d'Hérault des besoins en matière de développement des énergies renouvelables et de construction de bâtiments à énergie positive. De même sur les marchés de travaux et de service sur la thématique de l'eau, les intercommunalités prenant des compétences dans ce domaine et pouvant ainsi orienter leurs commandes publiques.

Et c'était exactement la mission confiée jusqu'à présent au Plan Local pour l'Insertion et l'Emploi (PLIE) du Pays Cœur d'Hérault, et plus particulièrement à sa Maison de l'Emploi. Je regrette que des élus aient jugé qu'il fallait « reconnaître quand quelque chose ne marche pas et arrêter de financer à fonds perdus un dispositif qui ne donne pas satisfaction », sans se remettre en cause soi-même. Les intercommunalités du Cœur d'Hérault vont donc se lancer dans une concurrence aveugle, déroulant le tapis rouge à tous les faiseurs de promesses ...

Nous retrouvons ici aussi ce concept des « premiers de cordée », avec des villes-centres qui vont s'ouvrir aux zones commerciales et aux lotisseurs de tout poil, privilégiant une croissance hyper-localisée au détriment du développement harmonieux de tout le territoire du Cœur d'Hérault. Faut-il s'y résigner ?


Statistiques et indicateurs pour le marché du travail sur le bassin d'emploi de Lodève à fin aoput 2017 (publication de Pôle emploi Occitanie).   picto_pdf.jpg
Portrait de territoire - Bassin d'emploi de Lodève (publication de Pôle emploi Occitanie de septembre 2017)   picto_pdf.jpg
Protocole d'accord 2012-2015 du Plan Local pour l'Insertion et l'Emploi (PLIE) du Pays Coeur d'Hérault   picto_pdf.jpg

22/10/2017

Les premiers de cordée votent à l'Assemblée Nationale pour nourrir la bulle financière, creusant plus encore les inégalités sociales

L'Assemblée Nationale est de moins en moins un espace de débats enthousiasmants, et nous vivons depuis quelques mois avec un rouleau compresseur en marche qui fait passer ses lois sans trop s'embarrasser des diatribes initiées par l'opposition. Les débats de fin de semaine dernière sont néanmoins très éclairants sur les enjeux de société sous-jacents, et j'invite à lire les quelques dizaines de pages de retranscription que publie le site Web de l'Assemblée Nationale ; et par exemple les débats de la matinée du vendredi 20 octobre sur des amendements complémentaires à l'article 11 et sur l'article 12 du projet de loi de financie pour l'année 2018 (PLF2018).

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Les médias ont réduit ces débats à un échange historique, philosophique ou littéraire entre l'insoumis François Ruffin et le ministre Bruno Le Maire. Mais c'est l'ensemble des propos échangés sur les différents bancs de l'Assemblée qui réveille nos neurones ; et j'avoue que la parole de François Ruffin est à la fois subversive au sein de cette représentation nationale si conformiste, et politiquement vitale dans le nivellement par le bas des idéologies portées par nos députés. Il faut lire les propos de certains députés défendre par exemple les « petits ou moyens riches » ou « les bas de laine constitués de pièces ou de lingots d'or » ...

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A l'occasion des débats sur l'article 11 du PLF2018 (sur le prélèvement forfaitaire unique - réduit à son acronyme PFU ou à son anglicisme de flat tax) et sur l'article 12 (pour la suppression de l'ISF et l'introduction de l'IFI), François Ruffin nous a ramené à la Commune de Paris et à Adolf Thiers, quand notre ministre est remonté aux Lumières et à Marx.

François Ruffin : Cela me fait penser à Adolphe Thiers – puisque ce débat sur l’impôt dure depuis plus d’un siècle – qui, immédiatement après avoir écrasé la Commune de Paris et avoir écrit à ce propos, dans une lettre, « le sol de Paris est jonché de cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon », immédiatement après ces actes criminels, déclarait au Parlement, lors d’une discussion sur l’impôt sur le revenu : « Ce serait un impôt de discorde. Le peuple n’a pas besoin, il faut bien le lui dire et le lui répéter, d’appauvrir le riche pour être heureux lui-même. »

Bruno Le Maire : Je considère que si une querelle politique est aussi vive, c’est évidemment qu’elle a des racines historiques. Au-delà d’un simple outil fiscal, le débat sur l’ISF oppose deux visions de la Nation, de la société et de l’économie, comme l’a souligné M. Mélenchon : d’un côté, Voltaire et son éloge de la prospérité, de l’autre, Rousseau et son éloge de la frugalité ; d’un côté, Tocqueville et son éloge de la société libre et du commerce, de l’autre, Marx et sa détermination à taxer le capital. Dans cette majorité, nous serons résolument du côté de Voltaire et de Tocqueville, du côté de la liberté, du commerce et de la prospérité.

Bon, ne cherchez pas des mots comme écologie, environnement, biodiversité ou climat dans tous ces échanges, il s'agit bien de fric, de blé, d'oseille, ... dont certains se gavent dans une obscénité sociale qui finira par un clash de classes. C'est toujours la même musique : moins taxer les entrepreneurs pour qu'ils utilisent ces gains dans l'investissement, dans leurs prix ou pour l'emploi. Sauf que j'ai le souvenir de la TVA dans la restauration, qui devrait faire baisser l'addition et créer des emplois (sic). Et plus récemment sur le CICE, l'organisme attaché au Premier ministre, France Stratégie, a compilé les données qui concluent à un flop en matière de lutte contre les défaillances d'entreprise et pour la création d'emplois ...


J'invite à télécharger ici le compte-rendu intégral de la première séance du vendredi 20 octobre ; ce sont 63 pages qui reflètent la pluralité des opinions de notre représentation nationale !   picto_pdf.jpg
Analyse du scrutin sur le vote de l'article 11 du PLF2018 en première lecture le 19/10/2017.   picto_pdf.jpg
Analyse du scrutin sur le vote de l'article 12 du PLF2018 en première lecture le 20/10/2017.   picto_pdf.jpg