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04/05/2015

Quels échelons sont vraiment décisionnels pour le développement des territoires ?

Non, je ne parle pas toujours d'écologie sur mon blog, et cette nouvelle note comme les dernières pourrait sembler s'en éloigner plus encore. Mais les questions de démocratie représentative et de citoyenneté sont essentielles pour la mise en œuvre de politiques publiques résolument environnementalistes. « Ça se décide où ? » est la question clé, surtout que la réforme territoriale en cours change profondément la réponse ...

D'emblée il faut acter que le rôle des maires ne sera plus jamais ce qu'il a été. Déjà, la règle de non-cumul des mandats écarte tous les titres de député-maire ou de sénateur-maire. Or, c'est dans ce double rôle que certains élus ont marqué l'histoire de leur ville ; des équipements publics, des aménagements ou des infrastructures en sont le témoignage. Très modestement pour la commune de Paulhan, Vincent Badie et Paul Pélisse, respectivement député-maire et sénateur-maire, ont remarquablement marqué le développement de la commune. Quelques décennies plus tard et après quelques lois de décentralisation, le maire est plutôt dans un rôle d'animateur socio-culturel. Il est l'interlocuteur privilégié de ses administrés, des associations locales et des clubs sportifs, et il a au travers de son devoir de police l'obligation d'assurer la sécurité, la salubrité et la sûreté sur le territoire communal. On peut parler de sacerdoce ! En effet, le maire pouvait par le passé réaliser des grands projets urbains, économiques ou sociaux, donnant ainsi à son mandat l'éclat minimum pour ne pas en faire un chemin de croix.

Mais aujourd'hui, ce rôle visionnaire revient à l'intercommunalité et à elle seule. Car si la Région dessine des orientations à long terme à l'échelle de vastes territoires et que le Département intervient comme partenaire technique et financier de proximité, ce ne sont ni le Département ni la Région qui décident de créer des crèches, des écoles, des piscines, des théâtres, des jardins familiaux, de restaurer un centre ville, d'aménager des chemins pour les déplacements doux, ... à la place des élus de terrain. Et c'est donc l'intercommunalité qui devient l'espace démocratique privilégié pour anticiper et investir dans l'intérêt général des territoires.

Et assez naturellement, ce sont les maires des plus grandes villes qui ambitionnent la présidence des intercommunalités, visant un effet tremplin mais créant ainsi une centralité territoriale très frustrante pour tous les autres maires. Or, ce cumul n'est pas une légitime fatalité et il faut pointer les enjeux économiques, environnementaux et sociaux à l'échelle intercommunale qui ne peuvent pas s'envisager d'un point de vue communal. Le cas de Philippe Saurel est symptomatique d'une certaine forme de jacobinisme (ou de bonapartisme), où l'avenir de Montpellier se confond avec celui de tout le Languedoc dans le sillage d'une personnalité conquérante.

Sur le plan politique, nous constatons depuis peu une dépolitisation des municipalités. Longtemps bastions de gauche ou de droite, les mairies étaient les maillons de réseaux d'élus locaux qui structuraient les instances départementales ou régionales des partis politiques. Mais le PS comme l'UMP perdent peu à peu cet enracinement local, alors que le Front National conquière des mairies. Et cela coïncide parfaitement avec le changement des missions confiées à un maire ; plus de proximité sociale et culturelle, mais de moins en moins d'investissements structurants. Cette distinction est évidente dans le Biterrois avec le maire Robert Ménard qui s'empare de toutes les dimensions sociales de sa ville quand Frédéric Lacas porte un projet plus économique dans l'agglomération Béziers Méditerranée.

A noter que les élections départementales des 22 et 29 mars ont couronné un an de mandat pour Philippe Saurel comme pour Roberd Ménard ; l'un comme l'autre dispose d'un groupe politique au sein du nouveau Conseil départemental avec des élus de leur territoire communal. Cela traduit l'attachement des citoyens à la dimension sociale et aux services de proximité dans leur commune, les enjeux économiques et environnementaux restant encore mal appréhendés.

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C'est donc aux intercommunalités de se politiser. Je ne dis pas qu'elles doivent devenir l'arène d'enjeux politiciens entre les diverses formations de droite et de gauche, mais elles représentent l'échelle à laquelle nous devons nous interroger sur le développement des territoires. Et là, il y a des visions politiques qui peuvent, voire qui doivent s'opposer. Il reste à inventer les espaces de débats, de propositions et de démocratie contributive ; nous constatons que ce ne sont plus les partis politiques qui jouent ce rôle, et il faut donc concevoir d'autres formes d'agora. Et la chute de cette note rejoint mes exigences écologistes : ce n'est qu'à l'échelle de l'intercommunalité que pourront se mener des politiques qui préservent la planète, sa biodiversité, ses ressources et la qualité de vie que nous devons donner en héritage à nos enfants.

Voilà en tous cas un challenge très enthousiasmant.

01/02/2015

A Paulhan aussi la laïcité est mise à mal

Comment interpréter l'accrochage d'une tête de cochon sur la devanture d'une épicerie tenue par un épicier de religion musulmane dans un village comme Paulhan ? Les faits se sont produits ce dimanche matin, le maire et la gendarmerie se sont rendus sur les lieux. Or, la vie dans le village ne connait aucun problème lié à la religion d'aucun de ses citoyens, quelque soit cette religion, et un tel acte n'a donc aucun lien avec d'autres faits sur le territoire de la commune.

Alors pourquoi ? Je doute qu'il s'agisse d'un acte politique, c'est à dire un acte ayant été anticipé par un groupe militant qui cherche à exister politiquement à partir de telles provocations contre nos concitoyens de confession musulmane. Je penche plutôt pour un acte spontané de quelques individus qui ne mesurent pas la portée de leur geste. Oui, je sais, ça semble vouloir minimiser l'acte, mais je ne veux pas croire que notre République soit tellement affaiblie qu'elle ait pu laisser se constituer des mouvements structurés qui privilégieraient la violence à la démocratie.

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Bien évidemment, notre groupe d'opposition au sein du Conseil municipal de Paulhan condamne cet acte. C'est un acte lâche et violent, mais Paulhan n'est malheureusement pas un cas isolé. Le journal Libération relayait la semaine dernière une dépêche AFP ; il y a eu en France pendant les deux semaines qui ont suivi les attentats des 7 au 9 janvier autant d'actes islamophobes que pour toute l'année 2014 (cf. article).

Comment mettre fin à cette surenchère ? Cela a déjà été dit et de gros efforts sont à faire à l'école qui a un rôle crucial dans la transmission des valeurs et des principes républicains. Et dans une société où Internet et les réseaux sociaux prennent une telle place dans la vie des jeunes, les enseignants doivent descendre de leur estrade pour éveiller leurs esprits. N'oublions pas qu'il y a un siècle déjà l'école de la République a réussi l'exploit de réduire l'emprise de la religion dans notre sphère publique. Et alors que la position ancestrale de l'église catholique irriguait toute la société !

Cependant, les auteurs des actes contre les lieux de culte musulman ou contre les biens et les personnes de confession musulmane ne sont pas le fait de jeunes élèves de l'école primaire ou du collège. Il s'agit d'adultes, et la publicité qui est faite sur leurs actes alimente le processus ... Il y a donc urgence à endiguer ce phénomène, et c'est là où la gendarmerie et la justice ont un rôle clé (encore des institutions de la République qu'il faut sanctuariser). Il faut arrêter les auteurs de ces actes stupides, il faut les condamner et il faut plus communiquer sur les sanctions infligées que sur les actes eux-mêmes.

Par contre, je tiens à indiquer ici qu'auditionner de jeunes enfants dans les locaux de la police est aussi dangereux qu'inutile ; dangereux pour les enfants qui vivent là une expérience traumatisante, et inutile dans la perspective d'une éventuelle prise de conscience individuelle. A Villers-Cotterêts (Aisne), c'est un enfant de 9 ans qui a été entendu par la police, parce qu'un autre enfant a rapporté à sa mère des propos qui n'ont été entendus par personne d'autre. Le procureur lui même évoque un « emballement inutile » pour des faits « totalement infondés ». A Nice, c'est un enfant de 8 ans qui a été entendu dans les locaux de la police pour des propos échangés dans une discussion de classe sur l'attentat à Charlie Hebdo. Là, c'est plutôt à l'enseignant d'avoir un peu plus de discernement, mais ce n'est pas à la police d'intervenir.

La religion prend désormais une place [trop] considérable dans notre quotidien, et c'est un phénomène qui accompagne ce 21ème siècle naissant. S'il y a encore 15 ou 20 ans l'actualité des religions se portait sur l'église de scientologie ou sur les églises évangéliques, cela restait limité à la sphère privée de leurs adeptes. Désormais, le judaïsme et l'islam sont constamment dans notre actualité, et ces deux religions occupent une part de plus en plus importante de notre activité publique. Il faudrait mesurer le nombre de fois que le Président Sarkozy ou que François Hollande ont reçu des délégations religieuses à l’Élysée, ou qu'ils se sont rendus dans des lieux de culte, et comparer à l'époque de Pompidou ou de Mitterrand. Et c'est Nicolas Sarkozy qui a changé la donne avec son concept de laïcité « active » : création du Conseil français du culte musulman (CFCM) en 2003 alors qu'il était ministre de l'intérieur, participation inédite comme Président de la République au diner annuel du CRIF à partir de 2008, etc.

Les gouvernements français successifs ont appliqué une laïcité trop molle, cédant trop facilement aux exigences religieuses particulières ; c'est cette laïcité « positive » qui veut séduire les religions plutôt que de les restreindre à la seule sphère privée. En même temps, nos institutions sont devenues plus paresseuses sur le front des valeurs, voire archaïques vis à vis des médias modernes. Aussi, avant même que l'école éveille les esprits et que la justice sanctionne les délits racistes, et pour que tout cela ne ressemble pas à un récipient percé que l'on continue de remplir, il est nécessaire que toutes les autorités publiques inscrivent leurs actes dans le respect de la laïcité républicaine.

30/01/2015

Rama Yade à Paulhan pour galvaniser la droite locale

L'information était étonnante : Madame Rama Yade allait venir à Paulhan pour participer à une conférence sur la ruralité. Mais on peut vivre à Paris et militer sur les réseaux sociaux et dans les médias tout en ayant de l'intérêt pour l'aménagement des territoires ruraux ;-) En tous cas, c'est poussé par une certaine curiosité que j'ai décidé d'assister à cette conférence, et nous étions très nombreux dans cette attitude.

Rama Yade a expliqué en début de réunion que, sous l'égide de son club de réflexion Allons Enfants, sa démarche était de contribuer aux débats en cours sur l'avenir des territoires ruraux, et elle fixait deux axes de réflexion : d'abord l'opportunité d'un moratoire sur la disparition des services publics, et ensuite une nouvelle vague de pôles d'excellence rurale. Le cadre était posé, mais les débats en sont très vite sortis.

Pour sa part, le maire de Paulhan insistait en introduction sur le caractère apolitique de cette réunion, le déroulement de celle-ci lui donna tort. En effet, le délégué héraultais d'Allons Enfants, Alain Mora, a fait tourner la parole auprès de notables (plutôt de droite) : Robert Lecou, l'ancien député-maire UMP de Lodève, Jacques Godfrain, l'ancien ministre et ancien député-maire UMP de Millau, une responsable du Groupe Casino, l'ancien Président de la FDSEA de l'Hérault, etc. Mais Alain Mora est comme Rama Yade adhérent de l'UDI, et cette dernière était surtout venue appuyer la campagne d'Alain Mora pour l'élection départementale des 22 et 29 mars sur le 6ème canton de l'Hérault. Et tout le monde aura par ailleurs remarqué l'absence du Président des maires de l'Hérault, le socialiste Christian Bilhac, pourtant à l'affiche de cette conférence, mais qui n'aura certainement pas voulu servir de caution à ce qui était en réalité un meeting politique.

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Le seul intervenant officiel qui trouve grâce à mes yeux dans ce tableau, c'est Denis Carretier, l'actuel Président de la FDSEA de l'Hérault, agriculteur à Olonzac. Un ton direct et un propos juste sur la ruralité lui ont permis d'apporter une réelle contribution au débat.

Les propos des autres intervenants ont essentiellement porté sur la culture et sur l'éducation, et avec des contenus sans lien spécifique avec la ruralité. Mais c'est sur l'éducation que le débat m'a étonné (et même choqué). J'ai découvert une Rama Yade très conservatrice, insistant sur l'instruction, plutôt que sur l'éducation, et précisant qu'il fallait remplir les têtes des enfants à l'école plutôt que d'y laisser rentrer n'importe quoi quand ils sont à l'extérieur. Elle est revenue sur l'autorité à l'école, dans une école sanctuarisée, et elle remettait même en cause la suppression des estrades dans les classes, estrades d'où l'enseignant(e) dominait ses élèves. Et à propos de la liberté d'expression qui fait l'actualité depuis l'attentat contre Charlie Hebdo, Rama Yade de dire que « Maintenant qu'il y a cette histoire de liberté d'expression, le cours de morale va finir en pugilat ». Rejet donc d'une relation plus proche entre les professeurs et leurs élèves, et rejet aussi pour l'éveil de l'esprit critique. Nous étions loin de Montaigne qui voyait dans l'école autre chose que du bourrage de crâne, il préférait une tête bien faite plutôt qu'une tête bien pleine.

Mais c'est le maire de Paulhan, pourtant ancien instituteur qui a remarquablement adapté son discours à son assistance. Ainsi, il mettait sur un même plan l'église, l'armée et l'école ; la première étant en perte de fréquentation (pour les chrétiens) et la seconde n'étant plus obligatoire, il ne reste donc selon lui que l'école comme dernière institution républicaine pour transmettre des valeurs. Et pour répondre à une question de la salle sur la pauvreté du langage chez les jeunes, le maire de Paulhan a pris l'image des plantes en indiquant qu'il fallait « mettre des tuteurs aux enfants pour qu'ils ne poussent pas de travers » :=(

#PartiRadical #UDI

La conférence s'est achevée sur la Marseillaise chantée par toute la salle, surprenante conclusion pour une conférence sur la ruralité portée par un club de réflexion apolitique ;-) Je n'avais jamais assisté à un meeting d'une formation de droite, mais je ne regrette pas : c'est effrayant !