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30/01/2015

Rama Yade à Paulhan pour galvaniser la droite locale

L'information était étonnante : Madame Rama Yade allait venir à Paulhan pour participer à une conférence sur la ruralité. Mais on peut vivre à Paris et militer sur les réseaux sociaux et dans les médias tout en ayant de l'intérêt pour l'aménagement des territoires ruraux ;-) En tous cas, c'est poussé par une certaine curiosité que j'ai décidé d'assister à cette conférence, et nous étions très nombreux dans cette attitude.

Rama Yade a expliqué en début de réunion que, sous l'égide de son club de réflexion Allons Enfants, sa démarche était de contribuer aux débats en cours sur l'avenir des territoires ruraux, et elle fixait deux axes de réflexion : d'abord l'opportunité d'un moratoire sur la disparition des services publics, et ensuite une nouvelle vague de pôles d'excellence rurale. Le cadre était posé, mais les débats en sont très vite sortis.

Pour sa part, le maire de Paulhan insistait en introduction sur le caractère apolitique de cette réunion, le déroulement de celle-ci lui donna tort. En effet, le délégué héraultais d'Allons Enfants, Alain Mora, a fait tourner la parole auprès de notables (plutôt de droite) : Robert Lecou, l'ancien député-maire UMP de Lodève, Jacques Godfrain, l'ancien ministre et ancien député-maire UMP de Millau, une responsable du Groupe Casino, l'ancien Président de la FDSEA de l'Hérault, etc. Mais Alain Mora est comme Rama Yade adhérent de l'UDI, et cette dernière était surtout venue appuyer la campagne d'Alain Mora pour l'élection départementale des 22 et 29 mars sur le 6ème canton de l'Hérault. Et tout le monde aura par ailleurs remarqué l'absence du Président des maires de l'Hérault, le socialiste Christian Bilhac, pourtant à l'affiche de cette conférence, mais qui n'aura certainement pas voulu servir de caution à ce qui était en réalité un meeting politique.

Valero_Rama_Yade_UDI.jpg

Le seul intervenant officiel qui trouve grâce à mes yeux dans ce tableau, c'est Denis Carretier, l'actuel Président de la FDSEA de l'Hérault, agriculteur à Olonzac. Un ton direct et un propos juste sur la ruralité lui ont permis d'apporter une réelle contribution au débat.

Les propos des autres intervenants ont essentiellement porté sur la culture et sur l'éducation, et avec des contenus sans lien spécifique avec la ruralité. Mais c'est sur l'éducation que le débat m'a étonné (et même choqué). J'ai découvert une Rama Yade très conservatrice, insistant sur l'instruction, plutôt que sur l'éducation, et précisant qu'il fallait remplir les têtes des enfants à l'école plutôt que d'y laisser rentrer n'importe quoi quand ils sont à l'extérieur. Elle est revenue sur l'autorité à l'école, dans une école sanctuarisée, et elle remettait même en cause la suppression des estrades dans les classes, estrades d'où l'enseignant(e) dominait ses élèves. Et à propos de la liberté d'expression qui fait l'actualité depuis l'attentat contre Charlie Hebdo, Rama Yade de dire que « Maintenant qu'il y a cette histoire de liberté d'expression, le cours de morale va finir en pugilat ». Rejet donc d'une relation plus proche entre les professeurs et leurs élèves, et rejet aussi pour l'éveil de l'esprit critique. Nous étions loin de Montaigne qui voyait dans l'école autre chose que du bourrage de crâne, il préférait une tête bien faite plutôt qu'une tête bien pleine.

Mais c'est le maire de Paulhan, pourtant ancien instituteur qui a remarquablement adapté son discours à son assistance. Ainsi, il mettait sur un même plan l'église, l'armée et l'école ; la première étant en perte de fréquentation (pour les chrétiens) et la seconde n'étant plus obligatoire, il ne reste donc selon lui que l'école comme dernière institution républicaine pour transmettre des valeurs. Et pour répondre à une question de la salle sur la pauvreté du langage chez les jeunes, le maire de Paulhan a pris l'image des plantes en indiquant qu'il fallait « mettre des tuteurs aux enfants pour qu'ils ne poussent pas de travers » :=(

#PartiRadical #UDI

La conférence s'est achevée sur la Marseillaise chantée par toute la salle, surprenante conclusion pour une conférence sur la ruralité portée par un club de réflexion apolitique ;-) Je n'avais jamais assisté à un meeting d'une formation de droite, mais je ne regrette pas : c'est effrayant !

24/11/2014

L'intercommunalité, boudée en zones rurales et réalité quotidienne des aires urbaines

Dans ma série de notes très prosélytes sur l'intercommunalité, il est nécessaire de les ponctuer de cette enquête que le site acteurspublics.com consacre à l'attachement des français pour leur commune. Un sondage effectué auprès d'un peu plus de 1000 personnes révèle que la commune tient une place de choix dans le millefeuilles que doivent dévorer nos concitoyens : ils sont 47% à se dire attachés à leur commune contre seulement 9% pour leur intercommunalité. Ils trouvent l'intercommunalité trop coûteuse, et ils restent persuadés que leur maire est le mieux placé pour les aider dans des domaines tels que le développement économique, l'emploi ou la sécurité.

Cf. texte de l'enquête réalisée par l'IFOP et analysée par Ernst & Young (format PDF).

Cette photographie de l'opinion française sur le bloc communal témoigne du décalage entre une réalité législative et administrative qui évolue vers un rôle pivot des intercommunalités et un attachement culturel à l'échelon de proximité qu'est la commune. Ce défaut de perception des composantes du bloc communal se justifie en partie par la participation des élus municipaux au fonctionnement des structures intercommunales. Si un administré a un souci ou une demande vis à vis d'un service ou d'un équipement intercommunal, alors son maire ou un(e) adjoint(et) reste encore un interlocuteur décisionnel. Et en même temps, les élus intercommunaux (extérieurs à la commune) et les services de l'intercommunalité restent assez éloignés du quotidien des français.

Et c'est pour cela que dans une précédente note je plaidais pour des "Maisons de l'interco" afin de faire connaître et de promouvoir l'accès aux équipements (théâtre, centre aquatique, ...) et aux services (petite enfance, urbanisme, SPANC, ...) de l'intercommunalité. Mais c'est effectivement un choix politique que de donner à l'intercommunalité sa part du "vivre ensemble" ...

Le sondage de l'institut IFOP montre aussi que ce sont les citoyens des zones rurales qui veulent le plus redonner du pouvoir aux communes (à 49%), c'est plus mitigé dans les communes urbaines de province (à 38%) et en agglomération parisienne la commune descend de son piédestal (à 28%). Et c'est bien normal quand on passe de Nanterre à Puteaux en traversant un carrefour, alors qu'en zone rurale deux mairies voisines peuvent être distantes de plusieurs dizaines de kilomètres.

Mais l'exercice qui va désormais s'imposer aux élus, c'est d'avoir à proposer les mêmes services sans trop augmenter la fiscalité locale tout en transférant leur réalisation par l'intercommunalité. Ça restera transparent pour l'administré, mais ce sera un parcours d'équilibriste pour le maire et sa municipalité.

LES RECETTES DU BUDGET COMMUNAL

  Et ce sont les choix budgétaires qui vont donner des cheveux blancs à de nombreux édiles. L’état serre la vis en ponctionnant 3,7 milliards d'euros sur les collectivités territoriales, et la hausse de +0,9% des bases d'imposition locale viendront boucher les trous quand par le passé elle permettait d'investir ...
L'intercommunalité et la commune  lèvent des taxes locales sur les ménages ; mais laquelle sera la première à les augmenter ?  

Budget et fiscalité locale

Voilà sans doute l'évènement qui mettra en lumière la place que la commune et l'intercommunalité ont dans le quotidien des administrés. Mais en tous cas, il y a encore beaucoup de pédagogie à faire pour que cette organisation du bloc communal devienne une réalité clairement perceptible par chacun ...

25/10/2014

IRRIFRANCE : 120 emplois sur Pauhan sont-ils menacés par la situation syrienne ?

Irrifrance est une success story industrielle dont la France aimerait multiplier les cas ; cette entreprise créée en 1967 à Paulhan s'appuie sur un réseau de 80 distributeurs dans 60 pays pour distribuer ses matériels d'irrigation ; Irrifrance est le leader européen sur ce secteur. Au printemps 2012, alors que  l'industrie française poursuivait sa lente descente aux enfers, Irrifrance comptait doubler son chiffre d'affaire d'ici 2016 et augmenter ses effectifs au rythme de 5 à 10 personnes par an (cf. Lettre M).

Irrifrance.JPG

L'export constitue le principal facteur de croissance pour l'activité d'Irrifrance (cf. article de la Lettre M de mai 2013), mais depuis deux ans cette volonté est contrariée par le contexte géopolitique. Et selon les informations apportées par le maire de Paulhan sur Radio Pays d'Hérault, c'est la personnalité de l'actionnaire d'Irrifrance, l'investisseur syrien Osmane Aïdi qui est en question. Cet ingénieur hydraulicien a étudié en France à l'Institut Polytechnique de Grenoble et il a obtenu un doctorat d’État à la Sorbonne en 1955. Mais Osmane Aïdi est aussi un très proche d'Hafez El-Assad, l'ancien Président syrien. A ses côtés, il a joué un rôle majeur dans les aménagement hydrauliques de Damas. Mais pour lui, il a aussi été son représentant officieux en France, jusqu'à posséder le groupe Royal Monceau et une chaîne d'hôtels de luxe (cf. article de Marianne et article de Libération).

Aujourd'hui, le conflit social dans l'usine d'Irrifrance à Paulhan ne peut pas être dissocié de cette dimension internationale. Depuis la guerre civile syrienne, le régime de Bachar El-Assad a causé la mort de 150.000 syriens, et nous devons au pouvoir en place à Damas une situation explosive au proche-orient. Dès 2011, Bachar El-Assad aurait du prendre acte des revendications de son peuple et procéder à des élections démocratiques. Au lieu de ça, cela fait 3 ans que la situation se dégrade en Syrie et que les effets de ce jusqu'au-boutisme dictatorial se sont étendus au pays voisins (Irak, Jordanie, Liban, ...). L'appréciation que fait la coface de la situation économique syrienne est très négatif, et tout semble suspendu à la fin de la guerre civile.

Je ne connais pas au moment d'écrire cette note la position d'Osmane Aïdi sur le régime du fils El-Assad ; je ne sais pas s'il réside à Damas et s'il soutient le régime, ou si au contraire il a pris ses distances et qu'il milite pour un retour à la paix. En tous cas, l'ONU, l'Union européenne et la France imposent des sanctions financières à la Syrie (cf. site Web de Bercy). Osmane Aïdi ne figure pas parmi les personnalités syriennes dont les avoirs sont gelés ou dont les activités sont réduites, mais son passé auprès de la famille El-Assad ne plaide pas en sa faveur.

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Ancien protectorat français, les relations entre la Syrie et la France ont toujours oscillé entre le chaud et le froid. Les relations économiques entre les deux pays sont modestes, mais c'est surtout en matière culturelle que la France est présente en Syrie. La crise du canal de Suez en 1956 a refroidi les relations entre les deux États, mais aussi la guerre civile au Liban où la Syrie était l'envahisseur et où les militaires français défendaient les réfugiés palestiniens. Et depuis 2011/2012, la guerre civile en Syrie a constitué un point de non retour.

Les dirigeants de la société Irrifrance reprochent aujourd'hui au Gouvernement français de bloquer une garantie de la coface pour des investissements à l'étranger, mais ils reprochent aussi à la banque publique d'investissement (BPI) de ne pas faciliter l'obtention du crédit d'impôt compétitivité-emploi (CICE). Ces difficultés administratives sont elles liées à la personnalité (ou à la nationalité) d'Osmane Aïdi ? Si oui, alors il est nécessaire que le principal actionnaire d'Irrifrance lève les doutes. En tous cas, il ne faudrait pas que la mobilisation des citoyens et des élus (une manifestation de soutien est prévue pour le mardi 28 octobre) soit détournée de sa finalité sociale.

Car la société Irrifrance a tous les atouts pour se développer ; elle investit dans la R&D, elle possède des brevets, elle commercialise des produits high-tech, elle ne manque pas de débouchés et ses employés qualifiés sont attachés à leur entreprise. Il faut par contre dépasser ce problème d'actionnariat, ne pas laisser le chantage politique (d'un côté ou de l'autre) détruire un outil industriel prometteur.