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21/05/2016

La biodiversité, la nature et les paysages seraient des freins au développement économique ...

C'est en mars 2014 que le ministre de l'écologie Philippe Martin présentait en Conseil des ministres un projet de loi pour la protection et pour la restauration de la biodiversité naturelle ; il y a déjà plus de 2 ans ! L'Assemblée nationale a adopté un texte de loi un an plus tard et le Sénat a rallongé cet agenda d'une année de plus. Et c'est donc en mars 2016 que le texte est revenu en seconde lecture à l'Assemblée nationale ; il vient de finir sa navette avec le Sénat le 12 mai 2016, mais la version adoptée par la chambre haute du Parlement témoigne de la vision de la droite française sur les questions environnementales. Dans les débats qui ont jalonné cette seconde lecture au Sénat, en commission comme en séance publique, les parlementaires de droite ont posé comme principe fondateur que l'environnement ne devait pas être un frein au développement économique. Et nous avons là une ébauche de ce que pourrait être une politique nationale pragmatique conduite par un gouvernement Les Républicains si la droite "socialement conformiste" et "économiquement libérale" gagne les élections en 2017.

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Quand Philippe Martin présente son texte, et même s'il n'y met pas personnellement un enthousiasme très communicatif, le gouvernement affiche une réelle ambition de reconquête de notre biodiversité naturelle, conscient que c'est notre avenir qui se joue. Cf Les 6 mesures phares du projet de loi sur la Biodiversité.

Deux ans plus tard, et après deux lectures par les deux chambres du Parlement, les ambitions initiales sont réduites à peau de chagrin. Et pourtant, le dynamisme engagé de Ségolène Royale tout comme le label Ecolo de Barbara Pompili semblaient être des gages de réussite ...

La-ministre-ecologie-Segolene-Royal-presente-grands-principes-biodiversite-jeudi-12-mars-Paris_0_730_377.jpg   BPompili.jpg

Les sénateurs sont allés jusqu'à contester le terme de "reconquête" à propos de l'état de la biodiversité, lui préférant certainement une démarche d'adaptabilité pragmatique ... Mais le bilan est réellement un cauchemar : plus de zone prioritaire pour la biodiversité, plus d'espace de continuités écologiques, plus de taxe additionnelle sur l’huile de palme, plus d'interdiction du dragage des fonds marins lorsqu’il est susceptible de toucher les récifs coralliens, plus d’encadrement de la publicité dans les parcs naturels régionaux, plus d’obligation de transmission par les exploitants du registre phytosanitaire (permettant une meilleure information sur l’utilisation des pesticides), plus de compétence attribuée aux agences de l’eau sur la biodiversité terrestre, plus de place pour les usagers non professionnels au sein des instances dirigeantes des comités de bassin (et qui contribuent pour 87% aux redevances de l’eau), etc. Les associations ont bien évidemment relayé la décision des sénateurs de reporter à 2018 l'interdiction des néonicotinoïdes, ce qui leur a valu une pétition : Stop aux « sénaTUEURS d’abeilles » !

Mais les propos de Nicolas Sarkozy qu'il distille au fil de ses shows confortent cette volte-face vis à vis du Grenelle de l'Environnement qui avait été jugé comme une avancée significative en 2007.

Sarko_Agro_Bio.jpg

Luc Chatel avait affirmé lors du Conseil National des Républicains en février 2016 que « son parti devait être le parti des OGM et du gaz de schiste », et les débats qui s'ouvrent en ce moment dans le cadre des primaires de la droite et du centre en témoignent. François Fillon et Nicolas Sarkozy proposent par exemple de remplacer le "principe de précaution" par un "principe de responsabilité" ...

Mais cette actualité politique nauséabonde donne encore plus de relief à un dernier article du bimensuel BIOSPHERE-INFO sur la notion d'acteur absent. Notre démocratie représentative ne prend absolument pas en compte l'expression des espèces vivantes qui ne disposent ni de la parole ni de moyen significatif de nous faire part de leurs opinions, et elle n'anticipe pas non plus l'avis qu'auront les générations futures sur la planète que nous leur aurons laissé. Je reprends souvent cette phrase de Saint-Exupéry : « Nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants ». La classe politique actuelle est dans des postures de circonstance et prend des décisions conjoncturelles et clientélistes, faisant preuve de la pire des irresponsabilités vis à vis des générations futures.

Regardons le bilan de Hollande ... Les projets de Notre-Dame-des-Landes comme de Sivens sont des atteintes fortement préjudiciables à des zones humides, et donc à des écosystèmes sensibles, et les gouvernement de Ayrault comme de Valls restent dans le statu quo. Et là, dans la perspective de la présidentielle, la Hollandie donne des gages ... Ségolène Royal propose un chèque de 100 millions d'euros pour qu'EDF ferme la centrale de Fessenheim (ce qui fait rire toute la nucléocratie), et Marisol Touraine bloque la commission européenne qui devait se prononcer le 18 mai sur l'autorisation du glyphosate pour 7 ans de plus (son autorisation de commercialisation, notamment via le Round Up, prend fin le 30 juin 2016). Mais ce n'est pas une hirondelle qui fait le printemps ...

Alea jacta est ?

29/07/2015

Un beau livre pour le Salagou, une belle collection de contributions

Pour tous ceux qui sont attachés au patrimoine naturel et à l'attractivité du Cœur d'Hérault, Il n'est pas possible de passer à côté de cet ouvrage passionnant produit par 200 contributeurs (experts, scientifiques, acteurs locaux, témoins historiques, ...).

Philippe Martin, Matorral, Salagou

C'est autour de Philippe Martin que ce livre s'est élaboré. L'écologue Philippe Martin renouvèle ici un exercice exigeant de témoignages, d'explications et de découvertes sur le Salagou, ce site qui est devenu sa passion. Le livre ne peut pas se raconter ou se résumer, c'est comme un bon repas dans un restaurant étoilé dont la carte ne peut révéler les vrais plaisirs, il faut le lire.

Chaque page de l'ouvrage est une ardente invitation à venir sur place retrouver un paysage, un panorama, une plante ou un animal, un vestige de l'histoire du lac, un ouvrage d'art, ... car même pour ceux qui ont déjà parcouru le site, le livre nous fait découvrir des trésors qui appellent à d'autres voyages. On mesure d'ailleurs, au fil des 228 magnifiques pages du livre, que les élus locaux, que les associations et que tous les spécialistes du Salagou en ont encore sous le pied pour valoriser ce site. Et sans en faire un site touristique comme l'est le Mont Saint-Michel, un autre grand site de France, le Cœur d'Hérault dispose là, avec le cirque de Navacelles et Saint-Guilhem-le-Désert, d'un potentiel touristique à développer avec intelligence, avec responsabilité et en y associant tous les acteurs locaux.

En même temps, et à l'opposé des deux autres sites, le Salagou est un site récent (un demi-siècle) et il est en équilibre fragile entre ses deux orientations majeures, à savoir sa vocation initiale de réservoir d'eau pour l'irrigation agricole et sa dimension touristique acquise au fil du temps. Mais les infrastructures touristiques reposent sur une côte entre 139 et 142 ; il suffirait que les besoins en eau en aval de la Lergue et de la vallée de l'Hérault soient plus importants qu'aujourd'hui, et le réchauffement climatique nous y conduit, pour que le tourisme en pâtisse lourdement. La nature elle s'y adapterait, comme elle s'est adaptée à la mise en eau du barrage en 1969, mais les évolutions du climat nous montrent que même à cette échelle les activités humaines sont plus fragiles que la planète elle-même.

Philippe Martin, Matorral, Salagou

Le lecteur se laisse emporter par les contenus de toutes ces pages étonnantes, et on ne s'étonne même pas de quitter les ruffes du Salagou pour les figures du cirque de Mourèze, ou de passer du panorama du mont Liausson pour celui du pic de Vissou à Cabrières. La manufacture royale de Villeneuvette est peut-être la seule exception à ces errances paysagères, car cette cité ouvrière témoigne d'abord de l'innovation humaine.

On peut trouver cet ouvrage à la librairie du boulevard à Clermont l'Hérault, c'est là où je l'ai acheté pour 20 €. Et c'est un très beau cadeau à faire à des amis ; c'est en tous cas le cadeau qu'a fait le Président de la Communauté de communes du Clermontais, Jean-Claude Lacroix, au Président du Conseil départemental de l'Hérault, Kléber Mesquida, le 8 juillet dernier.

philippe martin,matorral,salagou

14/07/2015

La loi Macron affranchit le gouvernement de débat démocratique sur des sujets sensibles, le 49-3 est cadeau ;-)

Le traitement des déchets nucléaires est un sujet tabou ; jamais l’État n'a souhaité ouvrir un large débat citoyen sur ce sujet, et tout se passe en douce ... Tel est le cas du projet d'enfouissement de Bure où l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) réalise le projet CIGÉO (Centre Industriel de stockage GÉOlogique), projet entré en phase de conception industrielle en 2012 et censé être composé de :

  - Un site d’enfouissement à 500 m sous terre d’une surface de 15 km² et devant accueillir à terme environ 10 000 m3 de déchets HAVL (Haute Activité à Vie Longue) et 70 000 m3 de déchets MAVL (Moyenne Activité à Vie Longue).

  - Un site nucléaire en surface de 70 ha comprenant : une zone de stockage intermédiaire qui accueillera les déchets le temps nécessaire à leur refroidissement et une usine de reconditionnement afin de compacter certains déchets dans leur format définitif de stockage.

  - Un puits de ventilation relié directement au site à 500m de profondeur afin de créer un renouvellement d’air (nécessaire notamment pour évacuer l’hydrogène dégagé par certains déchets). Ce puits sera également classé INB (Installation Nucléaire de Base).

Ce projet conçu en 1990 devait passer par différentes étapes d'études, de consultations et de débat public avant de devenir réalité. Son financement, sa gestion des risques et sa sécurité sur une très longue durée auraient nécessité une loi spécifique. Je souligne d'ailleurs la volonté de transparence de l'ANDRA qui n'hésite pas à publier sur son site Web dédié à Cigéo des informations relatives à d'autres projets semblables dans le monde, et jusqu'aux incidents qui sont relevés (cf. incidents de février 2014 aux USA).

Mais le gouvernement de François Hollande ne veut pas affronter les écologistes sur ce sujet-là. Car c'est comme pour les gaz à effet de serre ; nous savons que c'est notre activité moderne qui produit du CO2 qui réchauffe la planète, mais modifier nos modes de vie serait synonyme de décroissance ... Pour le nucléaire, nous pourrions commencer par avoir des orientations réalistes de diminution du parc nucléaire plutôt que de vouloir enfouir des déchets radioactifs comme si nous allions sans cesse accroître notre production d'électricité nucléaire.

nucleaireuneideefixe.jpg

C'est d'abord Ségolène Royal qui a tenté de glisser un article sur Cigéo dans son projet de « loi de transition énergétique pour la croissance verte », en vain. Puis c'est Emmanuel Macron qui l'a glissé dans son projet de « loi pour la croissance et l'activité ». Les parlementaires écologistes ont veillé à ce que cet amendement dit « Cigéo » ne ressorte pas au fil de la navette entre les deux chambres, mais le gouvernement a glissé cette peau de banane sous les escarpins des députés écologistes en commission spéciale, en fin de semaine dernière, juste avant de passer la loi au 49-3. Le rapporteur de la loi se défend que cet amendement vient du Sénat, porté par Gérard Longuet, et que la loi ne pouvant plus être discutée en séance à l'assemblée, à cause du 49-3, le gouvernement ne se donnera pas le temps de la remanier en commission spéciale.

Et allez, une peau de banane de plus que les socialistes nous balancent sous les semelles ...

Car la loi Macron est une insulte à la démocratie. Voilà une loi de 308 articles qui aborde des sujets aussi divers que le droit du travail, le transport collectif, le travail du dimanche, le permis de conduire, les professions réglementées et ... Cigéo. A noter d'ailleurs dans les coups de Trafalgar qui accentuent l'incompatibilité entre écologistes et socialistes, cette loi Macron propose une  limitation des « actions en démolition » de constructions dont le permis de construire a été annulé ; si vous faites construire sans autorisation et que la construction est achevée avant que les autorités n'aient le temps de se retourner, et bien celles-ci ne pourront pas vous obliger à démolir ... Il y aura juste une sanction financière :=(

Et cette loi Macron que Manuel Valls n'arrive pas à faire passer à l'Assemblée Nationale sans utiliser le 49-3, et bien François Hollande vient de la faire passer en Grèce avec le soutien d'Angela, rien qu'en 17 heures. Et c'est, pour toute cette gauche béate d'angélisme, un moment historique :=(

Hollande_Hellenne.jpg

Pour les prochaines régionales, dans aucune des 13 régions EELV n'accepte de faire liste commune avec les socialistes en décembre prochain, car il est bien évident maintenant que nous ne partageons plus les mêmes valeurs, que nous ne défendons plus les mêmes projets politiques. Il y aura peut-être ici et là des accords techniques de second tour, mais sans aucun engagement de mandat.