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29/12/2014

En 2015, encore un espoir d'une autre Europe !

Y a-t-il un pays qui soit LE malade de l'Europe, ou l'Europe n'est-elle pas simplement malade d'elle-même ? L'image qu'elle nous renvoie, mais aussi les effets qu'elle produit la rendent repoussante ; ce n'est pas l'Europe que nous voulions ou que ses pères fondateurs avaient imaginé, elle n'est que le laboratoire expérimental d'un capitalisme mondialisé qui ne recule plus devant rien pour satisfaire le Marché. Le dernier exemple qui nous touche, nous français, c'est la vente de l'aéroport de Toulouse-Blagnac à un consortium d'investissement chinois :=(

Car l'Europe est à vendre ! Avec la crise qu'a rencontré la Grèce il y a deux ans, la fameuse troïka avait vendu des parts dans le port du Pirée aux chinois. En visite à Athènes en juin 2014, le Premier ministre chinois affichait son ambition de faire du port du Pirée « l'un des plus compétitifs du monde » (cf. article du Parisien). Mais Monsieur Li Keqiang veut faire de ce port « la porte d'entrée de la Chine en Europe », et il envisage d'acquérir la participation majoritaire dans la société du port du Pirée ; il souhaite aussi acheter la société nationale de chemin de fer grecque Trainose afin de pouvoir irriguer toute l'Europe. Du point de vue d'un investisseur chinois, c'est logique.

Les États européens vendent leurs biens publics au Marché ; c'est normal, les États empruntent au Marché et ce dernier se sert sur la bête ... Un documentaire "Europe à vendre" d'Andréas Pichler diffusé sur Arte en août 2014 a suscité de vives réactions, et Jean-Claude Guillebaud a signé une excellente chronique dans l'Obs en septembre "Tout est à vendre même le Tyrol !". Ce documentaire décrivait comment les États (ou leurs administrations régionales) vend des montagnes, des forêts et des îles, mais aussi des bâtiments chargés d'une histoire qui est consubstantielle de la culture des nations.

Et que répond le grand argentier de l’État français quand on l'interroge sur la vente de l'aéroport de Toulouse-Blagnac ? Le consortium Symbiose a mis 308 millions d'euros sur la table, et Macron se contente de dire qu'il a fait le choix du concurrent le mieux-disant, le "prix" étant le principal critère de sélection dans cet appel public de vente. Et tout le monde se satisfait, l’État comme l'investisseur chinois, de voir dans l'aéroport de Toulouse-Blagnac le futur hub aéroportuaire pour les compagnies aériennes chinoises, portant le nombre de passagers par an à plus de 20 millions à l'horizon de 2040, contre 7 millions aujourd'hui. Et cela sans demander aux populations, aux associations et aux collectivités locales si cette augmentation du trafic aérien leur convient ... Et demain, pourquoi ne pas vendre la Tour Eiffel, le Mont-Blanc, la station de métro Chatelet, le port de Marseille ?

Mais l'aéroport de Toulouse-Blagnac est surtout celui où Airbus développe ses nouveaux modèles et exécute tous ses programmes d'essai. Mettre des chinois dans la place, c'est faire entrer le loup dans la bergerie ! Un recours a été déposé ce lundi 29 décembre par des riverains, des associations et des élus locaux auprès du Conseil d’État pour excès de pouvoir de l’État ; le jugement en référé est attendu ce mardi. J'en pense personnellement que l’État se rend coupable de dilapider notre patrimoine national, et simplement pour rassurer le Marché. Vous savez, ce « véritable adversaire qui n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, qui ne présentera jamais sa candidature et qui ne sera donc jamais élu, mais pourtant qui  gouverne », et bien avec des marionnettes comme François Hollande, il gouverne bien !

francois hollandeFrançois Hollande en campagne électorale lors du meeting du Bourget, le 22 janvier 2011

Alors faut-il renoncer à cette Europe qui incarne ce modèle économique ultra-libéral ? Les politiques ont-ils tous renoncé à faire de notre continent et de ses 500 millions d'habitants autre chose qu'un grand supermarché des biens et des services qui transitent entre États dans le seul intérêt de quelques uns ?

L'année 2015 verra des élections législatives se dérouler en Grèce (le 25 janvier) et en Espagne (en novembre). Dans ces deux pays qui paient un lourd tribu social aux politiques budgétaires imposées par Bruxelles, ce sont des partis de gauche qui sont aujourd'hui en tête des intentions de vote. Et je ne parle pas de partis sociaux-libéraux engagés dans une gouvernance servile au profit du Marché, mais bien des partis qui aspirent à une rupture politique qui aille dans le sens de l'intérêt général.

Syriza_Alexis_Tsipras.jpg   Podemos_Pablo_Iglesias.jpg

Dans les programmes de ces deux partis, l'investissement public, la dette publique, l'intervention de la Banque Centrale Européenne, la démocratie participative, l'emploi et le progrès social sont quelques unes des priorités majeures. Leur idéal est que la bonne marche d'une société ne doive plus alimenter principalement la rente de quelques capitalistes, mais surtout les rémunérations de la population active, les pensions des retraités et les aides aux plus démunis.

N'est-ce qu'un simple vœu que d'imaginer que l'Europe puisse prendre une nouvelle direction, sous l'impulsion de peuples libérés d'une oligarchie profondément inégalitariste ? Parce que ni Alexis Tsipras ni Pablo Iglesias ne porte un projet anti-européen, leur parti politique revendique simplement que les populations européennes soient pleinement et démocratiquement associées à leur destin commun. L'Italie de Matteo Renzi a elle aussi cessé de croire en cette politique économique pour laquelle ce sont toujours les mêmes qui font des sacrifices (régression du droit du travail, restrictions budgétaires, moins de services publics, ...), mais il n'y existe pas encore de réponse politique comme pour l'Espagne et la Grèce. En tous cas, ces deux pays méditerranéens témoignent que l'alternative politique au modèle européen dominant ne se résume pas qu'au nationalisme ou au repli sur soi, et c'est là un sérieux espoir pour l'Europe.

En tous cas, si j'avais un vœu à faire pour 2015 ...

20/09/2014

Avec le Non en Ecosse, c'est le conformisme qui l'emporte en Europe !

Dès l'annonce du résultat du référendum écossais, l'Europe a avoué son soulagement. Que ce soit par la voix de l'actuel Président de la Commission José Manuel Barroso qui dans un communiqué "salue la décision du peuple écossais de maintenir l'unité du Royaume-Uni. Ce résultat est bon pour l'Europe unie, ouverte et plus forte que soutient la Commission européenne", ou par celle du Président du Parlement européen Martin Schulz : "J'avoue, le résultat me soulage, a-t-il concédé. Je suis content du résultat [...]", l'Europe est passée pas loin d'une petite révolution démocratique.

Car, pour les partisans du Oui, c'était un immense espoir pour l’Écosse au sein de l'Europe. Pour une fois que l'Europe faisait rêver des européens ... Et les catalans comme les corses pouvaient rêver d'indépendance, non pas dans une approche nationaliste, mais en l'inscrivant dans le processus de construction de l'Union Européenne. Nous sommes déjà 28, alors pourquoi pas 29, 30, etc ?

L'hémicycle du Parlement européen pourrait se faire au kilt (ici porté par David Coburn d'Ukip), selon le président catalan.
David Coburn d'Ukip dans l'hémicycle du Parlement européen (Photo Frédéric Florin. AFP)

Mais si le Oui l'avait emporté, de multiples questions seraient venues sur la table, car le cadre européen justement ne prévoit rien. L’Écosse indépendante aurait-elle été membre de droit de l'Union Européenne ou aurait-elle du suivre le long processus d'adhésion ? Les statuts de l'UE ne prévoient rien en la matière. Idem pour la monnaie ; l’Écosse aurait-elle pu adopter l'Euro ? Et qu'allait donc devenir le Royaume-Uni ? Son démantèlement allait-il produire une onde de choc sur l'économie européenne déjà bien fiévreuse ?

Les institutions européennes et les marchés financiers n'étaient pas du tout favorable à cette émancipation nationale, trop de questions en suspend, trop d'incertitudes qui ne peuvent qu'inquiéter les grands de ce monde.

Et au final, c'est encore le conformisme qui l'emporte. On ne change rien, l'Europe demeure un grand marché économique où le commerce réunit distributeurs et consommateurs pour le meilleur du capitalisme mondialisé. Oublions donc les aspirations indépendantistes, les identités culturelles régionales ou encore la relocalisation de certaines activités humaines, les européens doivent se mettre à l'heure de l'iPhone 6, du numérique et de la prochaine coupe d'Europe de football.

Nous aurons demain l'accord de libre-échange avec le Canada (conclusions formelles rendues publiques au sommet UE-Canada à Ottawa le 26 septembre et vote par le Parlement à la mi-mai), puis celui avec les USA (cf. TTIP ou TAFTA) qui sanctuariseront le commerce mondial des biens et des services, le culte qui s'impose à l'ensemble de notre planète.

Le rêve européen ne s'est-il pas brisé en 2005 ? Ou plutôt après 2005 quand l'expression souveraine du peuple a été balayée d'un revers de main ... Le scénario du développement européen était déjà écrit, telle une bible secrète, et il doit se dérouler tranquillement. Comme la grenouille plongée dans une eau que l'on chauffe tout doucement ...

Grenouille_Verte.JPG