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13/06/2015

La Méditerranée reste le poumon de l'Europe

Nos livres d'histoire placent la Méditerranée au cœur du développement politique, territorial, économique et humain ; cela fait trois millénaires que nous vivons au rythme du développement des peuples qui bordent les rivages méditerranéens. Je dis cela en tant que citoyen d'un pays étroitement lié à cette histoire-là, mais il est bien évident que les peuples d'Amérique latine ou d'Orient ont d'autres histoires qui forgent aujourd'hui leurs identités.

Je ne vais pas revenir sur l'histoire des religions du pourtour méditerranéen, ni sur le poids des empires perses, ottomans, égyptiens et romains dans notre patrimoine commun, mais simplement un focus sur ces dernières années.

Au sud de la Méditerranée, ce sont les « Printemps arabes » qui ont renversé des pouvoirs autoritaires ; l'issue de ces révolutions citoyennes est variable, mais depuis 2010 les peuples arabes des rives de la Méditerranée s'affirment politiquement face aux inadmissibles dérives de la corruption et du népotisme. Plus récemment, c'est le peuple turc qui vient de lancer un signal d'alerte à son Président Recep Tayyip Erdogan.

Et c'est ce bouillonnement méditerranéen que les chefs d’État et de gouvernement de l'Union Européenne négligent un peu trop. Pour la majorité d'entre eux, la Méditerranée est une source de problèmes ; il y a d'abord des États membres comme Chypre ou la Grèce qui mettent à mal la solidarité économique et financière de l'UE, et puis il y a aussi cette immigration qui touche quotidiennement les cotes grecques ou italiennes et qui, depuis Bruxelles ou Berlin n'est qu'une question administrative ...

Or, un vaste mouvement d'émancipation politique est né avec les soulèvements d'indignés, à Madrid (avec les Indignados qui scandent « El pueblo unido jamas sera vencido »), et jusqu'aux États-Unis (cf. mouvement Occupy Wall Street) ; et à peu près au même moment que les Printemps arabes, début 2011. Cette vague populaire du Sud de l'Europe a déjà permis à la Grèce d'opposer un front du refus à la politique d'austérité promue par l'UE. Depuis janvier 2015, le Premier ministre Aléxis Tsipras fait figure d'éclaireur pour des mouvements politiques qui luttent pour une autre Europe.

Ce samedi 13 juin, l'Espagne voit deux femmes issues de ces mouvements d'indignés devenir Maire des deux plus grandes villes du pays ; d'autres villes connaissent la même fortune. Ada Colau à Barcelone et Manuela Carmena à Madrid vont ajouter une marche supplémentaire à ce cheminement qui verra des élus se mettre résolument au service de leurs concitoyens, à l'opposé des systèmes où les citoyens sont au service de quelques élites politiques et financières. Il est vrai que la corruption qui frappe l'Espagne, mais aussi l'Italie, a été un facteur décisif dans cette alternance politique.

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Pour Ada Colau, les principaux défis de la maire de Barcelone portent sur une gouvernance plus éthique de la ville (devoir d'exemplarité qui devrait d'ailleurs inspirer un autre natif de Barcelone que sa passion pour le club de football de sa ville natale égare ;-), mais surtout sur les inégalités sociales (revenus, logement, emploi, ...). Elle a été élue maire de Barcelone avec une majorité de 21 voix sur les 41 membres du conseil municipal ; en plus des 11 élus de sa formation, elle a pu compter sur le soutien des 5 élus de ERC (gauche républicaine indépendantiste), des 4 élus du Parti socialiste Catalan (PSC) et de l'un des 3 élus du parti d'unité populaire antilibéral (CUP).

Pour Manuela Carmena, ses premières mesures porteront sur les enfants ; ils sont les principales victimes d'une austérité économique qui met 16% de la population active au chômage dans une ville de 3 millions d'habitants, et cela se traduit dans leur alimentation, dans leurs accès aux soins et dans leur scolarité. Bien évidemment, l'ancienne « juge rouge » va s'attaquer à la corruption qui gangrène les sphères du pouvoir. Elle a été élue maire de Madrid avec une majorité de 29 voix sur les 57 membres du conseil municipal ; en plus des 20 élus de sa formation, elle a pu compter sur le soutien des 9 élus socialistes. Ce soutien du PSOE à Podemos pour Madrid est lié au soutien réciproque de Podemos au PSOE pour emporter des régions (les élections municipales et régionales avaient lieu en même temps le 24 mai dernier).

Après la Grèce, c'est en fin d'année 2015 que l'Espagne pourrait elle aussi porter au pouvoir un Premier ministre issu des rangs de Podemos. Un message qui pourrait traverser les Pyrénées pour s'inviter dans la campagne pour les régionales en France, et puis dans tout le reste de l'Europe. La Méditerranée est un poumon pour notre vieille Europe, elle fait souffler un vent nouveau qui pourrait faire plier quelques institutions souvent très conformistes.

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Alors la question que mes lecteurs pourraient (devraient me) poser à la suite de cette note, c'est quand parle-t-on d'écologie dans tout ça ? Mais peut-on s'inquiéter de l'avenir de la planète depuis Athènes ou Madrid quand le futur immédiat est socialement aussi incertain ? Qu'un vaste mouvement d'émancipation politique naisse et prospère sur des revendications démocratiques et sociales, c'est déjà un premier pas vers une prise de conscience, vers une responsabilisation collective qui entraînera sur son passage des revendications environnementales.

Regardons vers l'Amérique latine qui nous montre l'exemple. Là-bas, à côté d'un pays comme le Brésil qui porte des atteintes irréversibles à la forêt amazonienne et à tous ses écosystèmes connexes, d'autres pays comme le Costa Rica relèvent avec succès les défis environnementaux. Mais le début des années 2000 a surtout été l'époque où ces États latino-américains voyaient leurs populations rejeter les excès du libéralisme, générateurs de fortes inégalités sociales et territoriales. L’Équateur, la Bolivie, le Pérou, ... sont parmi ces nations qui privilégient la lutte contre la corruption, contre les inégalités sociales, mais aussi la réappropriation des ressources naturelles (eau, terres, forêts, biodiversité, gaz et minéraux) pour les exploiter de façon indépendante des multinationales et dans le souci de préserver les richesses naturelles de leurs territoires.

25/05/2015

L'Europe du Sud montre le chemin, mais encore faut-il une volonté

Comme le constat que j'établissais dans les deux dernières notes est éloigné de ce que nos voisins Espagnols ont donné comme signal hier aux élections locales (municipales et régionales) ! Après l'Italie et la Grèce, c'est l'Espagne qui voit se propager une expression démocratique alternative. En Europe du Sud, les citoyens rejettent les partis dominants en choisissant une autre façon de faire de la politique, car c'est bien sur la forme que cette expression se distingue de celle d'Europe du Nord et d'Europe de l'Est, là où ce sont des partis nationalistes qui captent la contestation citoyenne. La victoire récente de Nicola Sturgeon à l'élection générale britannique pour le parti national écossais (SNP), et au détriment du parti travailliste jusqu'alors hégémonique en Écosse, témoigne de cette divergence Nord-Sud.

En France, c'est la famille Le Pen qui représente dans les urnes l'alternative au système. Mais le cas français ne doit pas éclipser la satisfaction de voir l'Europe du Sud s'émanciper ...

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Crédits photo : Emilio Morenatti/AP

La figure d'Ada Colau rayonne dans notre paysage politique européen, mais cette femme de 41 ans incarne un autre personnel politique que celui qui nous dirige (ou qui tente de nous diriger) depuis des décennies. Il y a deux ans, cette militante du droit au logement n'avait aucune ambition politique, et elle démontre à tous que la passion militante, que la proximité citoyenne et que la responsabilité en politique sont des gages de confiance pour l'électorat.

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Crédits photo : Aleix Moldes

Ces dernières années, Ada Colau a été médiatisée au travers de son engagement militant contre les conséquences de la crise financière sur le logement des Espagnols. Et on la retrouve confrontée aux forces de l'ordre, dans un combat similaire à celui de José Bové dans d'autres registres ; ces deux figures militantes qui s'imposent en politique sont taxées de radicalisation violente et ils sont honnis par les conservateurs. Leur liberté de manifester alimente le spectre du désordre, la remise en cause d'un système conformiste.

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Mais une formation politique traditionnelle française ou européenne ne devient pas Syriza ou Podemos juste en partageant une tribune dans un meeting. Et une femme ou un homme politique ne devient pas Aléxis Tsipras ou Ada Colau en postant un selfie sur un compte twitter. Ces nouvelles personnalités du sud de l'Europe sont les fruits d'une mobilisation militante de terrain, quoique parfois aussi récente que fulgurante, mais qui fait écho à la crise économique et politique dont le personnel politique en place n'a été que le témoin impuissant.

« Là où il y a une volonté, il y a un chemin » disait Winston Churchill, et c'est ce chemin qu'empruntent nos voisins du Sud de l'Europe avec la volonté de rompre avec ce dogme d'une austérité imposée au plus grand nombre pour sauver les patrimoines d'une minorité dominante. Peut-être la France n'a-t-elle pas encore été confrontée aux mesures antisociales prises en Grèce, en Italie et en Espagne par des gouvernements conservateurs aux ordres de Bruxelles et de Berlin, mais Sarkozy puis Hollande nous conduisent au même résultat.

29/12/2014

En 2015, encore un espoir d'une autre Europe !

Y a-t-il un pays qui soit LE malade de l'Europe, ou l'Europe n'est-elle pas simplement malade d'elle-même ? L'image qu'elle nous renvoie, mais aussi les effets qu'elle produit la rendent repoussante ; ce n'est pas l'Europe que nous voulions ou que ses pères fondateurs avaient imaginé, elle n'est que le laboratoire expérimental d'un capitalisme mondialisé qui ne recule plus devant rien pour satisfaire le Marché. Le dernier exemple qui nous touche, nous français, c'est la vente de l'aéroport de Toulouse-Blagnac à un consortium d'investissement chinois :=(

Car l'Europe est à vendre ! Avec la crise qu'a rencontré la Grèce il y a deux ans, la fameuse troïka avait vendu des parts dans le port du Pirée aux chinois. En visite à Athènes en juin 2014, le Premier ministre chinois affichait son ambition de faire du port du Pirée « l'un des plus compétitifs du monde » (cf. article du Parisien). Mais Monsieur Li Keqiang veut faire de ce port « la porte d'entrée de la Chine en Europe », et il envisage d'acquérir la participation majoritaire dans la société du port du Pirée ; il souhaite aussi acheter la société nationale de chemin de fer grecque Trainose afin de pouvoir irriguer toute l'Europe. Du point de vue d'un investisseur chinois, c'est logique.

Les États européens vendent leurs biens publics au Marché ; c'est normal, les États empruntent au Marché et ce dernier se sert sur la bête ... Un documentaire "Europe à vendre" d'Andréas Pichler diffusé sur Arte en août 2014 a suscité de vives réactions, et Jean-Claude Guillebaud a signé une excellente chronique dans l'Obs en septembre "Tout est à vendre même le Tyrol !". Ce documentaire décrivait comment les États (ou leurs administrations régionales) vend des montagnes, des forêts et des îles, mais aussi des bâtiments chargés d'une histoire qui est consubstantielle de la culture des nations.

Et que répond le grand argentier de l’État français quand on l'interroge sur la vente de l'aéroport de Toulouse-Blagnac ? Le consortium Symbiose a mis 308 millions d'euros sur la table, et Macron se contente de dire qu'il a fait le choix du concurrent le mieux-disant, le "prix" étant le principal critère de sélection dans cet appel public de vente. Et tout le monde se satisfait, l’État comme l'investisseur chinois, de voir dans l'aéroport de Toulouse-Blagnac le futur hub aéroportuaire pour les compagnies aériennes chinoises, portant le nombre de passagers par an à plus de 20 millions à l'horizon de 2040, contre 7 millions aujourd'hui. Et cela sans demander aux populations, aux associations et aux collectivités locales si cette augmentation du trafic aérien leur convient ... Et demain, pourquoi ne pas vendre la Tour Eiffel, le Mont-Blanc, la station de métro Chatelet, le port de Marseille ?

Mais l'aéroport de Toulouse-Blagnac est surtout celui où Airbus développe ses nouveaux modèles et exécute tous ses programmes d'essai. Mettre des chinois dans la place, c'est faire entrer le loup dans la bergerie ! Un recours a été déposé ce lundi 29 décembre par des riverains, des associations et des élus locaux auprès du Conseil d’État pour excès de pouvoir de l’État ; le jugement en référé est attendu ce mardi. J'en pense personnellement que l’État se rend coupable de dilapider notre patrimoine national, et simplement pour rassurer le Marché. Vous savez, ce « véritable adversaire qui n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, qui ne présentera jamais sa candidature et qui ne sera donc jamais élu, mais pourtant qui  gouverne », et bien avec des marionnettes comme François Hollande, il gouverne bien !

francois hollandeFrançois Hollande en campagne électorale lors du meeting du Bourget, le 22 janvier 2011

Alors faut-il renoncer à cette Europe qui incarne ce modèle économique ultra-libéral ? Les politiques ont-ils tous renoncé à faire de notre continent et de ses 500 millions d'habitants autre chose qu'un grand supermarché des biens et des services qui transitent entre États dans le seul intérêt de quelques uns ?

L'année 2015 verra des élections législatives se dérouler en Grèce (le 25 janvier) et en Espagne (en novembre). Dans ces deux pays qui paient un lourd tribu social aux politiques budgétaires imposées par Bruxelles, ce sont des partis de gauche qui sont aujourd'hui en tête des intentions de vote. Et je ne parle pas de partis sociaux-libéraux engagés dans une gouvernance servile au profit du Marché, mais bien des partis qui aspirent à une rupture politique qui aille dans le sens de l'intérêt général.

Syriza_Alexis_Tsipras.jpg   Podemos_Pablo_Iglesias.jpg

Dans les programmes de ces deux partis, l'investissement public, la dette publique, l'intervention de la Banque Centrale Européenne, la démocratie participative, l'emploi et le progrès social sont quelques unes des priorités majeures. Leur idéal est que la bonne marche d'une société ne doive plus alimenter principalement la rente de quelques capitalistes, mais surtout les rémunérations de la population active, les pensions des retraités et les aides aux plus démunis.

N'est-ce qu'un simple vœu que d'imaginer que l'Europe puisse prendre une nouvelle direction, sous l'impulsion de peuples libérés d'une oligarchie profondément inégalitariste ? Parce que ni Alexis Tsipras ni Pablo Iglesias ne porte un projet anti-européen, leur parti politique revendique simplement que les populations européennes soient pleinement et démocratiquement associées à leur destin commun. L'Italie de Matteo Renzi a elle aussi cessé de croire en cette politique économique pour laquelle ce sont toujours les mêmes qui font des sacrifices (régression du droit du travail, restrictions budgétaires, moins de services publics, ...), mais il n'y existe pas encore de réponse politique comme pour l'Espagne et la Grèce. En tous cas, ces deux pays méditerranéens témoignent que l'alternative politique au modèle européen dominant ne se résume pas qu'au nationalisme ou au repli sur soi, et c'est là un sérieux espoir pour l'Europe.

En tous cas, si j'avais un vœu à faire pour 2015 ...