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01/07/2015

Syriza, une épine dans le pied de l'Europe

Toute la classe politique européenne et française a fait évoluer son discours sur la crise grecque ; il ne s'agit plus d'évoquer la dette ou les plans d'austérité qui pèsent sur la Grèce, mais bien de cibler Aléxis Tsipras, ce Premier ministre d'extrême-gauche qui aurait été élu sur un programme populiste ...

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Ce n'est donc plus la contagion d'une spéculation sur les dettes souveraines ou l'issue de la construction européenne qui est en jeu dans ce bras de fer qui oppose Aléxis Tsipras au reste de l'Europe, mais c'est le risque de voir la dynamique Syriza s'étendre dans les pays les plus touchés par une austérité qui détruit les modèles sociaux.

Les dirigeants allemands sont désormais arc-boutés sur l'issue du référendum de dimanche et Jean-Claude Juncker a promis qu'il ferait une campagne active pour le OUI. La BCE fait couler un mince filet de liquidités pour maintenir les files d'attente aux distributeurs de billet et même le gouvernement britannique (pourtant si détaché des enjeux politiques européens) craignait ce mardi que l'activité financière de la City soit touchée.

Décidément non, l'Europe politique n'est pas à l'ordre du jour de la construction européenne. L'Europe reste d'abord un grand marché économique et l'euro est le sésame pour y faire un meilleur business. Les États membres restent dans une approche nationale, comme tous ces pays qui ont subi les plans de mesure de la troïka (Irlande, Espagne, Portugal) et qui ne veulent pas que la Grèce y échappe. La notion de progrès politique, fiscal, social et environnemental est complètement étrangère à ces leaders anachroniques.

Tout ce petit monde évolue dans une incroyable hypocrisie, mais il faut faire bonne figure. La question des dettes souveraines est l'une de ces hypocrisies. S'est-on par exemple déjà demandé en combien de temps la France pourrait rembourser les 2.000 milliards d'euros de dette publique ? Chaque année nous avons un déficit budgétaire qui alourdit cette dette et les annuités versées aux créanciers abondent le déficit budgétaire ... Et la dette grecque en témoigne ; tous les économistes professent que cette dette ne sera jamais remboursée, et les politiques se contentent de la restructurer (décalage des échéances de remboursement, réduction des taux, rachats partiels, ...).

Mais si encore les créanciers de la Grèce étaient des établissements bancaires, nous pourrions crier au scandale des usuriers qui asphyxient tout un peuple. Mais ses créanciers sont le FMI, la BCE et les États européens liés par des mécanismes de solidarité :

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Alexis Tsipras est l'intrus dans ce cercle des élites européennes, il se revendique comme représentant du peuple quand tous ses collègues sont ceux de l'oligarchie financière mondiale. D'habitude, ce genre d'individu se trouve dans une manifestation de rue et une charge policière a vite fait de rétablir l'ordre. Mais là, il est assit à la table des dirigeants ; et il ne joue pas la même partition ! Et si aujourd'hui il est le seul chef d’État ou de gouvernement à siéger à ce niveau, tout sera fait pour que cela ne dure pas et tout sera encore plus fait pour qu'il ne soit pas rejoint par d'autres ...

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29/06/2015

Ou est la démocratie en Europe ?

Personne ne s'est donc étonné de l'absence d'un acteur majeur en Europe pendant ces deux dernières de négociation entre la Grèce et ses créanciers ? Enfin, je dis un « acteur majeur », mais ce n'est peut-être qu'un idéal qui étale là toute sa vacuité dans ces moments si importants pour l'Europe ...

Cet acteur, c'est le Parlement européen. Avez-vous vu ou entendu son Président Martin Schulz intervenir fortement dans la crise que rencontre l'Europe ? Je vous invite à visiter le compte Twitter de Martin Schulz, ou sa page facebook ... Rien depuis 5 jours ! Pas un mot sur la Grèce :=(

On apprend, selon le gouvernement grec, que Martin Schulz « a informé dans l'après-midi M. Tsipras qu'il allait convoquer immédiatement une réunion des chefs de groupe parlementaire de l'assemblée européenne pour examiner cette question et la situation d'une manière plus générale dans le but de prendre des initiatives ». Ce Parlement pour lequel nous avons désigné nos représentants il y a un an est le ventre mou des institutions européennes ; il en devient même son alibi démocratique.

Cela fait plusieurs mois que des eurodéputés écologistes placent la question de la dette grecque au cœur du problème ; il faut cesser de donner des liquidités aux banques grecques. Oui, ça aide l'économie locale à fonctionner, mais ça fait aussi grossir leur dette. Juste après la victoire de Syriza en début d'année, Philippe Lamberts et Eva Joly signaient une tribune prémonitoire dans Libération.

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Interrogé ce matin par un auditeur de France Inter, le ministre Michel Sapin répondait que la démocratie en Europe était garantie par ses États qui sont tous des démocraties. Ainsi, dans une Europe qui se fait au fil du temps de plus en plus tyrannique, des responsables européens comme Michel Sapin baignent dans un océan de démocratie ...

Mais les chefs d’État et de gouvernement européens ne refont plus l'erreur [de jeunesse ?] commise en novembre 2011 quand le Premier ministre grec de l'époque voulait lui aussi consulter son peuple pour légitimer ses arbitrages vis à vis de leurs créanciers. Il lui fut vivement conseillé de renoncer à son projet de référendum ... Ces choses-là sont bien trop techniques pour être soumises à un arbitrage démocratique. C'est comme pour le référendum sur le traité constitutionnel en France en 2005 ; les français n'avaient certainement pas bien compris la question ...

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Mais ce qui se dessine le 5 juillet, c'est un sacré coup de pied au cul d'une Europe qui s'est construite certes sur un idéal humaniste, mais qui est un gâteau que se partagent quelques élites politiques, financières et bourgeoises. Ce n'est pas l'euro qui est mis en danger au travers de ce référendum, mais la domination d'une pensée conformiste où les citoyens européens ne sont que des pions. La victoire de Syriza en janvier 2015 ne doit surtout pas se propager au reste de l'Europe, et le prochain pays en ligne de mire est l'Espagne de Mariano Rajoy où Podemos vient de lui prendre les villes de Barcelone et de Madrid. Ce n'était donc pas un hasard si Nicolas Sarkozy était aujourd'hui à Madrid pour établir avec le chef du gouvernement espagnol quelques remparts contre l'essor d'une force alternative à gauche, et pour une autre Europe.

Mais je reviens à Aléxis Tsipras que l'on accuse aujourd'hui d'avoir été élu sur un programme démagogique, à savoir de restructurer la dette grecque, de mettre fin aux politiques d'austérité et de maintenir son pays dans la zone Euro. Oui, les Grecs ne remplissaient pas les conditions pour rentrer dans la zone Euro ; mais maintenant qu'ils y sont, la zone Euro ne pourrait-elle donc pas évoluer pour s'adapter aux diverses économies qui la composent ? La solidarité des États de la zone Euro ne serait donc qu'un bout de papier tamponné MES ...

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La construction européenne est depuis quelques temps au milieu du gué. Alors soit on décide d'aller jusqu'à l'autre rive, soit on fait demi-tour ; mais on ne reste pas plantés là à prendre l'eau ! Et pour franchir le gué, c'est aux citoyens européens de décider de quelle Europe ils veulent. Le référendum sur le TCE en 2005 n'a plus jamais été suivi d'un débat démocratique sur une fiscalité européenne [au moins harmonisée], sur un budget commun alimenté par des impôts européens, sur un pacte social synonyme de progrès, sur une politique extérieure et une représentation internationale à la hauteur des enjeux mondiaux, etc. Sinon, l'Europe va se déliter ; des formations nationalistes seront le refuge de plus en plus d'européens désappointés, et quelques régions européennes prendront le leadership d'un continent déboussolé.

Je souhaite donc que le OXI l'emporte ce dimanche en Grèce, et qu'Alexis Tsipras pourra ainsi revenir à la table des négociations avec un mandat clair et avec la perspective d'un compromis salvateur. La Grèce est paradoxalement un bon élève de la zone Euro, elle génère un excédent primaire qui signifie qu'elle dégage des marges de manœuvre budgétaire ; mais c'est le service de la dette qui plombe les finances du pays. Un moratoire sur la dette grecque apporterait une bouffée d'oxygène, sans que le recouvrement de ces créances à court ou moyen terme porte préjudice au FMI, à la BCE et aux autres États membres de la zone Euro.

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28/06/2015

Grèce : l'inaliénable souveraineté du peuple

A l'issue d'une semaine de négociations à Bruxelles avec ses homologues et avec les créanciers de la Grèce, Aléxis Tsipras a annoncé à ses concitoyens, à la télévision grecque, qu'il remettait la décision d'accepter ou non les conditions de la Commission européenne, de la BCE et du FMI à l'ensemble du peuple grec.

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Ci-après le discours d'Aléxis Tsipras :
 

Grecques et Grecs,
Depuis six mois, le gouvernement hellénique se bat dans des conditions d’asphyxie financière inouïes pour mettre en œuvre le mandat que vous lui avez confié à l’issue des élections du 25 janvier.
Un mandat qui nous enjoint de négocier avec nos partenaires pour mettre fin à l’austérité et faire en sorte que notre pays renoue avec la prospérité et la justice sociale.
Un mandat qui nous enjoint de parvenir à un accord viable, respectueux de la démocratie comme des règles de l’Union européenne, et qui permettra à la Grèce de sortir définitivement de la crise.
Tout au long de cette période de négociations, on nous a demandé d’appliquer les mémorandums qu’avaient signés les gouvernements précédents, mémorandums que le peuple grec a pourtant catégoriquement rejetés lors des dernières élections.
Mais nous n’avons pas un seul instant envisagé de céder.
De trahir – autrement dit – votre confiance.
Après cinq mois de dures négociations, nos partenaires ont malheureusement abouti, lors de l’Eurogroupe d’avant-hier [25 juin], à une proposition en forme d’ultimatum, un ultimatum adressé à la démocratie grecque et au peuple hellénique.
Un ultimatum qui contrevient aux principes fondateurs et aux valeurs fondamentales de l’Europe, de la construction européenne.
La proposition faite au gouvernement fait peser sur le peuple grec de nouvelles charges, intolérables, mine la société, sape tout espoir de reprise économique en perpétuant l’incertitude et en aggravant encore les inégalités.
La proposition des Institutions [UE, BCE, FMI] comprend des mesures conduisant à une dérégulation accrue du marché du travail, à des coupes dans les allocations de retraite, à de nouvelles réductions de salaires dans le secteur public ainsi qu’à une augmentation de la TVA sur les aliments, l’hôtellerie et le tourisme; les Institutions préconisent dans le même temps la suppression des exemptions fiscales pour la Grèce insulaire.
Ces propositions, qui portent directement atteinte aux acquis sociaux européens et aux droits fondamentaux – droit au travail, à l’égalité et à la dignité –, prouvent que certains de nos partenaires, que certaines de ces Institutions ne souhaitent pas parvenir à un accord viable, également profitable à toutes les parties, mais ont pour objectif d’humilier tout un peuple.
Ces propositions démontrent l’insistance mise – en particulier par le Fonds monétaire international – sur une politique d’austérité extrême et punitive.
Les puissances aujourd’hui à la tête de l’Europe doivent dès lors, et plus que jamais, se hisser à la hauteur des circonstances et prendre des initiatives qui mettront fin à la crise de la dette publique grecque, une crise qui affecte d’autres pays européens et menace le futur même de l’intégration européenne.

Grecques et Grecs,
Nous sommes aujourd’hui porteurs d’une responsabilité historique à l’égard des luttes menées et des sacrifices consentis par le peuple grec pour la protection de la démocratie et de notre souveraineté nationale; c’est notre responsabilité envers l’avenir de notre pays.
Cette responsabilité nous oblige à répondre à cet ultimatum en nous appuyant sur la volonté souveraine du peuple grec.
Au Conseil des ministres qui vient de se tenir, j’ai solennellement proposé l’organisation d’un référendum afin que le peuple grec puisse se prononcer souverainement.
Cette proposition a été adoptée à l’unanimité.
Demain [samedi 27 juin], l’Assemblée Nationale se réunira en séance plénière extraordinaire afin d’entériner la proposition du Conseil des ministres en vue de la tenue, ce dimanche 5 juillet, d’un référendum à la faveur duquel les citoyens seront appelés à dire s’ils acceptent ou refusent la proposition faite par les Institutions.
J’ai déjà informé de ma décision le président de la République hellénique, mais aussi, par téléphone, le président de la République française, la chancelière de la République d’Allemagne et le président de la Banque centrale européenne; demain, j’adresserai un courrier officiel aux dirigeants de l’Union européenne et aux Institutions pour leur demander de prolonger le programme de quelques jours de sorte que le peuple grec puisse se prononcer librement, hors de toute pression et de tout chantage, conformément à la Constitution de notre pays et à la tradition démocratique européenne.

Grecques, Grecs,
Face à cette mise en demeure dont le but est de nous faire accepter une austérité extrême et humiliante, sans fin, sans perspective de redressement social et économique, je vous invite à vous prononcer souverainement, fièrement, comme l’histoire grecque vous y enjoint.
Répondons à l’autoritarisme et à l’austérité extrême par la démocratie, avec sérénité et détermination.
Que la Grèce, ce lieu qui a vu naître la démocratie, adresse une réponse démocratique retentissante à la communauté européenne, à la communauté internationale.
Je m’engage à respecter le résultat de votre choix démocratique, quel qu’il soit.
Je suis absolument sûr que votre décision fera honneur à l’histoire de notre patrie et sera un message de dignité adressé au monde.
En ces heures cruciales, nous devons tous nous rappeler que l’Europe est la maison commune de ses peuples. Que l’Europe ne se répartit pas entre des «propriétaires» et des «invités».
La Grèce est et demeurera une partie indissociable de l’Europe et l’Europe une partie indissociable de la Grèce.
Mais une Europe sans démocratie sera une Europe sans identité et sans boussole.
Je vous appelle tous et toutes, dans un même élan national, dans l’unité et la sérénité, à prendre les décisions que nous méritons.
Pour nous, pour les générations suivantes, pour l’histoire des Grecs.
Pour la souveraineté et la dignité de notre peuple.
(Traduction française par Dimitris Alexakis)


Le Parlement grec réuni en session extraordinaire était invité ce samedi 27 juin à donner son feu vert pour l'organisation du référendum du 05 juillet. C'est l'ancien Premier ministre Antónis Samarás qui a enflammé l'opposition parlementaire, mettant beaucoup de passion dans ses longues interventions.
Le Premier ministre grec dispose d'une confortable majorité au sein du Parlement ; la coalition de la gauche radicale compte 149 parlementaires, sur un total de 300, et les 13 députés du parti Grec indépendant, opposés aux mesures d'austérité de Bruxelles et du FMI, confortent sa majorité absolue.

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La présidente du Parlement, Zoé Konstantopoulou, a présidé cette session extraordinaire jusqu'à l'annonce des résultats.  Le vote par appel nominal a donné le résultat suivant : 178 pour le OUI (Ναί) et 120 pour le NON (Όχι), et Aléxis Tsipras rassemble bien au-delà de sa majorité pour la tenue de ce référendum.

Mais le vote des parlementaires ne revêt pas les mêmes intentions sur l'issue du référendum ...

 

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