Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

19/07/2015

Varoufakis, Iglesias et peut-être ... Montebourg ?

Arnaud Montebourg est habile pour occuper les creux de l'actualité politique, et son rendez-vous annuel de Frangy-en-Bresse pour sa fête de la rose aura en 2015 un retentissement plus fort que celui de 2014, où sa « cuvée du redressement » avait pourtant précipité son départ de Bercy. Ce 23 août, Arnaud Montebourg a invité Yanis Varoufakis à participer à ce rendez-vous estival des socialistes de Saône-et-Loire, et il revendique d'y faire « œuvre de pédagogie ».

Montebourg et Varoufakis ont (au moins) un point commun, ils sont chacun l'avant-dernier ministre de l'économie de leur pays, la France et la Grèce. Ils ne sont jamais croisés comme ministres lors de sommets européens, car Yanis Varoufakis est arrivé au pouvoir avec Syriza en janvier 2015, six mois après qu'Arnaud Montebourg ait quitté Bercy. Et au registre des "blagues du Président", François Hollande a plaisanté sur Varoufakis en disant qu'il avait été « le ministre du redressement productif du gouvernement Tsipras ».

Arnaud-Montebourg-et-Yanis-Varoufakis-se-retrouveront-le-23-aout.jpg

En faisant du trublion grec son invité d'honneur à Frangy-en-Bresse, le trublion hexagonal agace les socialistes solfériniens. Il va encore cette année déplaire au Président Hollande en faisant de la position européenne de Varoufakis la réponse pour relancer une construction européenne moribonde, alors que le Président français va passer l'été à raconter que le couple franco-allemand suffit à lui seul pour poursuivre cette construction. Et Hollande va même plus loin dans une récente interview au JDD en indiquant que la France est prête à participer « à une organisation renforcée » de la zone euro et à constituer, « avec les pays qui en décideront, une avant-garde ».

Mais si François Hollande est perçu par le peuple grec comme leur meilleur porte-parole au sein du Conseil de l'Europe, son bilan perçu par les Français est toujours aussi négatif. Il gagne 5 points de bonnes opinions dans la dernière enquête d'opinion de BVA, effectuée auprès d'un échantillon de 1058 personnes les 15 et 16 juillet, mais il demeure le Président de la République le plus mal coté depuis 30 ans.

Popularité_Pdt_Rep.jpg

Et les critiques sur l'issue du dernier sommet européen qui a mis la Grèce à genou font florès, chez les économistes mondiaux comme chez les politiques. A noter parmi eux la tribune de DSK destinée à « ses amis allemands » ; il trouve mortifère l'attitude actuelle de l'Allemagne, de ses satellites et de la France de vouloir bâtir une zone d'excellence européenne, car elle ne pèsera plus à moyen terme dans la géopolitique des grands blocs continentaux.

Mais le sort qui est fait à la Grèce prend encore plus de sens quand on apprend que la valorisation boursière de Google a gagné 65,1 milliards de dollars pour la seule journée de vendredi dernier. Voilà une société qui bat un record de valorisation boursière en une journée, et ces 60,1 milliards d'euros sont à comparer aux sommes identiques qui asphyxient aujourd'hui 11 millions de grecs. Il y a d'un côté des chiffres qui ne veulent plus rien dire, et de l'autre des situations humaines qui semblent ne pas intéresser les chefs d’État et de gouvernement :=(

Alors faut-il avoir peur de donner une plus grande audience à des leaders d'opinion d'une gauche alternative, plus progressiste, plus humaniste et plus solidaire, comme le sont Yanis Varoufakis, Pablo Iglesias et Arnaud Montebourg ? Faut-il avoir peur que des gouvernements rompent avec l'ordo-libéralisme allemand ? Oui, il y a un risque de dislocation de l'Europe si l'orchestre est invité à jouer plusieurs partitions en même temps, mais le progrès est impossible sans pluralité et sans imagination.

15/07/2015

Nos parlementaires se prennent pour Zorro ...

Les deux chambres du Parlement français ont massivement voté cet après-midi pour le plan adopté dans la nuit de dimanche à lundi entre les 19 États membres de la zone euro ; cette nuit-là, les chefs d’État et de gouvernement ont attaché la Grèce au pilori, et chaque Parlement national qui approuve ce texte est comme un badaud qui vilipende le condamné.

Le dessin ci-après réalisé par l'institut Jacques Delors décrit le chemin qu'il reste à accomplir avant que la négociation puisse commencer, et la date du vote de l'accord final reste incertaine :

roadmapESM-1.jpg

Comme d'habitude face à la représentation nationale, le Premier ministre Manuel Valls est monté dans les décibels, faisant l'apologie d'une Europe historique et salvatrice, mais donnant à la France et à son chef de l’État le rôle d'Achille gagnant le siège de Troie au profit du roi Agamemnon : « Le Président de la République s’est battu pour cet accord, ne ménageant aucun effort. C’était son rôle, ce que l’on attendait de la France. Nous avions là une immense responsabilité : privilégier l’intérêt général, celui de l’Europe. C’est le rôle historique de la France que de privilégier l’intérêt général, quand l’intérêt de la France et celui de l’Europe se confondent ». [...] « Mesdames, messieurs les députés, si la France est au rendez-vous de l’histoire – parce que c’est l’histoire qui est en cause –, si elle a été ce repère dans la tempête, c’est parce que, précisément, elle n’a pas dévié. La force d’une vision, la constance, la cohérence d’une grande nation, voilà ce que nous avons démontré ! Voilà ce que le Président de la République a porté, jusqu’au bout ! Chacun devrait ici s’en réjouir et le remercier d’avoir ainsi incarné la parole et l’action de la France ! »

L'ancien ministre des finances grec Yanis Varoufakis a révélé les coulisses des négociations qui s'étalent depuis février dernier (cf. interview). Pour son homologue allemand Wolfgang Schäuble, les contrats passent avant la démocratie ; une élection ou un référendum ne doit jamais remettre en cause les accords passés, sinon la zone euro deviendrait ingérable avec 19 États qui ont chacun leurs échéances électorales. Et Varoufakis l'universitaire n'a jamais réussi à avoir un échange constructif avec ses collègues, il précise même qu'il aurait pu leur chanter l'hymne national suédois que leurs regards seraient toujours restés vides, simplement obnubilés par le déroulé d'une conférence où tout est déjà écrit.

Mousquetaires.jpg

Je ne sais pas quelle suite sera donnée à cette histoire, pour la Grèce comme pour l'Europe, mais ces trois dernières semaines ont été pathétiques. Cette Europe-là ne peut plus continuer. J'espère qu'Aléxis Tsipras pourra se maintenir au pouvoir et que la suite de son mandat lui permettra de remporter d'autres batailles dans cette guerre qu'il livre à un libéralisme institutionnalisé et sans complexe. Quant à Yanis Varoufakis, il sera certainement le bienvenu dans de très nombreux pays d'Europe pour donner aux futurs gouvernements de gauche les conseils pour ne pas perdre 6 mois inutilement à Bruxelles.

13/07/2015

Merkel et Tsipras dans la conquète de l'Europe politique

Le 26 janvier 2015 a certainement été une très mauvaise journée pour Angela Merkel, c'est le jour où le mouvement Syriza remportait les élections législatives en Grèce. Chacun pourrait penser qu'une élection démocratique dans un pays membre de l'UE n'est qu'un évènement national, mais la chancelière allemande a acté ce jour-là que l'Europe qui se construisait en harmonie avec le modèle économique d’Allemagne était en danger. Elle allait avoir du mal à continuer à vendre des sous-marins pour la marine grecque (six sous-marins de type 214 vendus ces dernières années pour 3 milliards d'euros), creusant par la même la dette hellène et renforçant ainsi la vassalisation d'Athènes vis à vis de Berlin ...

Depuis bientôt 6 mois, le Premier ministre grec Aléxis Tsipras est l'ennemi n°1 de la zone euro. Il incarne un autre projet politique qui privilégie l'intérêt général au détriment de l'enrichissement des élites, il plaide pour une plus grande répartition des richesses produites par les activités économiques et l'Europe est pour lui un levier très mal utilisé jusqu'à présent.

Au travers des dettes souveraines, les paragons de l'orthodoxie budgétaire tiennent un tiers des États membres de la zone euro sous perfusion financière, leur imposant des plans d'austérité pour continuer de recevoir leur dose de financement européen. Mais derrière la dynamique de Syriza, il y a la remise en cause de ces dettes souveraines, de leur légitimité et de leur nécessaire restructuration. On dit que la liberté se mesure à la longueur de la laisse, mais il s'agirait pour ce gouvernement héritier du mouvement des indignés de couper cette laisse.

euroland_tsipras_merkel.jpg

Oui, l'Europe est secouée par une nouvelle guerre, mais une guerre économique qui peut provoquer des dégâts humains et patrimoniaux tout aussi dévastateurs qu'une guerre militaire. La crainte d'Angela Merkel et de ses amis est que la réussite de Syriza inspire d'autres peuples ; et en l'occurrence l'Espagne où Podemos augmente régulièrement son audience politique. Ce front des pays du sud doit être combattu, et la bataille qui s'est menée ces dernières semaines contre la Grèce en est le premier épisode. Qui de Merkel ou de Tsipras est sorti vainqueur de la réunion de la zone euro ce dimanche 12 juillet ? Ni l'un ni l'autre. Merkel semble avoir imposé son plan de mesures à la Grèce, mais Tsipras est toujours là.

Aléxis Tsipras a été nommé Premier ministre en janvier 2015. La législature dure 4 ans, et il a donc tout ce délai pour mettre en œuvre son projet politique. Or, ce qu'une loi peut faire, une autre loi peut le défaire ; et d'autres lois peuvent la compenser. Aléxis Tsipras a le soutien de son peuple, et le 3ème plan d'aide européen doit profiter à la réalisation de son projet politique. Les grecs sont conscients que c'est plus l'Europe que Tsipras qui est la cause de leurs souffrances, et je suis persuadé qu'ils auront reconnu dans Aléxis Tsipras le seul homme politique qui puisse à moyen terme sortir la Grèce de l'ornière.

Mais il faut aussi que dans les autres pays européens la dynamique enclenchée par Aléxis Tsipras se propage ; Aléxis Tsipras ne doit pas rester isolé !

Carte_Zone_Euro_Politique.jpg

Dans la carte ci-dessus, les pays membres de la zone Euro ont pour la plupart affiché une position molle vis à vis du conflit Merkel/Tsipras. Beaucoup de pays sont dirigés par des coalitions hétéroclites qui ont témoigné pendant cette crise que c'est leur intérêt politique national qui prévalait, et bien d'autres sont des ventres mous. Sincèrement, la position de François Hollande mérite-t-elle les lauriers qui lui sont aujourd'hui tressés ?

L'Union Européenne est inachevée dans sa construction, et la zone euro illustre le déficit de démocratie qui la plombe. Nous nous souvenons tous du référendum sur le TCE en 2005 qui nous a finalement été imposé par le traité de Lisbonne deux ans plus tard. Et pour tous ces promoteurs d'une Europe de la finance, du commerce et de la dérégulation sociale, Aléxis Tsipras est comme le loup dans la bergerie. Imaginez que si la Grèce ne ratifie pas demain le traité de libre échange transatlantique (cf. TAFTA), ce sont des années de travail discret de la Commission européenne qui tomberaient à l'eau. Ce Tsipras l'indomptable pourrait donc voir son pouvoir de nuisance perturber le fonctionnement tranquille d'institutions qui s'appuyaient jusque là sur la complicité de tous les dirigeants européens.

J'adhère à l'analyse qu'en fait elle aussi Cécile Duflot, estimant que la voie est étroite entre l'idéal européen altéré par des compromis qui vont toujours dans le même sens et la meute des anti européens qui veulent revenir 20 ans en arrière avec une simple communauté de nations. Elle a juste cette affection pour François Hollande que je ne partage pas, et son tweet du 12 juillet idéalisait la place de notre Président sur l'échiquier européen ...

merkel,tsipras,europe