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13/07/2015

Merkel et Tsipras dans la conquète de l'Europe politique

Le 26 janvier 2015 a certainement été une très mauvaise journée pour Angela Merkel, c'est le jour où le mouvement Syriza remportait les élections législatives en Grèce. Chacun pourrait penser qu'une élection démocratique dans un pays membre de l'UE n'est qu'un évènement national, mais la chancelière allemande a acté ce jour-là que l'Europe qui se construisait en harmonie avec le modèle économique d’Allemagne était en danger. Elle allait avoir du mal à continuer à vendre des sous-marins pour la marine grecque (six sous-marins de type 214 vendus ces dernières années pour 3 milliards d'euros), creusant par la même la dette hellène et renforçant ainsi la vassalisation d'Athènes vis à vis de Berlin ...

Depuis bientôt 6 mois, le Premier ministre grec Aléxis Tsipras est l'ennemi n°1 de la zone euro. Il incarne un autre projet politique qui privilégie l'intérêt général au détriment de l'enrichissement des élites, il plaide pour une plus grande répartition des richesses produites par les activités économiques et l'Europe est pour lui un levier très mal utilisé jusqu'à présent.

Au travers des dettes souveraines, les paragons de l'orthodoxie budgétaire tiennent un tiers des États membres de la zone euro sous perfusion financière, leur imposant des plans d'austérité pour continuer de recevoir leur dose de financement européen. Mais derrière la dynamique de Syriza, il y a la remise en cause de ces dettes souveraines, de leur légitimité et de leur nécessaire restructuration. On dit que la liberté se mesure à la longueur de la laisse, mais il s'agirait pour ce gouvernement héritier du mouvement des indignés de couper cette laisse.

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Oui, l'Europe est secouée par une nouvelle guerre, mais une guerre économique qui peut provoquer des dégâts humains et patrimoniaux tout aussi dévastateurs qu'une guerre militaire. La crainte d'Angela Merkel et de ses amis est que la réussite de Syriza inspire d'autres peuples ; et en l'occurrence l'Espagne où Podemos augmente régulièrement son audience politique. Ce front des pays du sud doit être combattu, et la bataille qui s'est menée ces dernières semaines contre la Grèce en est le premier épisode. Qui de Merkel ou de Tsipras est sorti vainqueur de la réunion de la zone euro ce dimanche 12 juillet ? Ni l'un ni l'autre. Merkel semble avoir imposé son plan de mesures à la Grèce, mais Tsipras est toujours là.

Aléxis Tsipras a été nommé Premier ministre en janvier 2015. La législature dure 4 ans, et il a donc tout ce délai pour mettre en œuvre son projet politique. Or, ce qu'une loi peut faire, une autre loi peut le défaire ; et d'autres lois peuvent la compenser. Aléxis Tsipras a le soutien de son peuple, et le 3ème plan d'aide européen doit profiter à la réalisation de son projet politique. Les grecs sont conscients que c'est plus l'Europe que Tsipras qui est la cause de leurs souffrances, et je suis persuadé qu'ils auront reconnu dans Aléxis Tsipras le seul homme politique qui puisse à moyen terme sortir la Grèce de l'ornière.

Mais il faut aussi que dans les autres pays européens la dynamique enclenchée par Aléxis Tsipras se propage ; Aléxis Tsipras ne doit pas rester isolé !

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Dans la carte ci-dessus, les pays membres de la zone Euro ont pour la plupart affiché une position molle vis à vis du conflit Merkel/Tsipras. Beaucoup de pays sont dirigés par des coalitions hétéroclites qui ont témoigné pendant cette crise que c'est leur intérêt politique national qui prévalait, et bien d'autres sont des ventres mous. Sincèrement, la position de François Hollande mérite-t-elle les lauriers qui lui sont aujourd'hui tressés ?

L'Union Européenne est inachevée dans sa construction, et la zone euro illustre le déficit de démocratie qui la plombe. Nous nous souvenons tous du référendum sur le TCE en 2005 qui nous a finalement été imposé par le traité de Lisbonne deux ans plus tard. Et pour tous ces promoteurs d'une Europe de la finance, du commerce et de la dérégulation sociale, Aléxis Tsipras est comme le loup dans la bergerie. Imaginez que si la Grèce ne ratifie pas demain le traité de libre échange transatlantique (cf. TAFTA), ce sont des années de travail discret de la Commission européenne qui tomberaient à l'eau. Ce Tsipras l'indomptable pourrait donc voir son pouvoir de nuisance perturber le fonctionnement tranquille d'institutions qui s'appuyaient jusque là sur la complicité de tous les dirigeants européens.

J'adhère à l'analyse qu'en fait elle aussi Cécile Duflot, estimant que la voie est étroite entre l'idéal européen altéré par des compromis qui vont toujours dans le même sens et la meute des anti européens qui veulent revenir 20 ans en arrière avec une simple communauté de nations. Elle a juste cette affection pour François Hollande que je ne partage pas, et son tweet du 12 juillet idéalisait la place de notre Président sur l'échiquier européen ...

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11/07/2015

Tsipras révolutionne l'Europe

En quelques semaines, le Premier ministre Aléxis Tsipras a renversé la table. Finie la période pendant laquelle les institutions européennes ont tenu la Grèce dans une précarité financière et économique voulue, la presque totalité des capitales européennes souhaitant l'échec du gouvernement de gauche de Syriza. Le Premier ministre Grec a mis en lumière le corset de la BCE, l'épée de Damoclès du FMI et la volonté du gouvernement allemand de le voir échouer.

Faut-il s'étonner aujourd'hui que les détails de l'accord que Tsipras soumet ce week-end aux institutions européennes soient semblables aux mesures souhaitées par celles-ci jusqu'au 25 juin ? Sur le fond, non, mais sur la forme ce n'est plus le même joueur qui a la main. La Grèce n'est plus soumise à des mesures d'austérité imposées par Bruxelles, et sans autre retour, mais Athènes présente un plan de sortie de crise assorti d'un plan d'aide de plusieurs dizaines de milliards d'euros et d'une restructuration de la dette grecque.

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Entre temps, Aléxis Tsipras a consulté son peuple par référendum, il est allé défendre son projet politique devant le Parlement européen et il a fait valider les propositions faites aux institutions européennes par son Parlement. L'Europe n'a jamais été aussi politique que depuis l'arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce. Et ce fonctionnement opaque d'une Europe qui imposait un modèle de développement libéral à ses peuples va désormais se heurter à l'écueil Tsipras. Après les humiliations subies par les Grecs depuis quelques mois, il ne serait pas surprenant que le Parlement Grec retoque à l'avenir quelques traités européens. Je pense en l'occurrence au traité de libre-échange transatlantique (TAFTA) à qui le Parlement Européen vient de donner cette semaine son feu vert (cf. site de France Nature Environnement), mais qui nécessitera à la fin un vote unanime des 28 pays membres.

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Mais cet épisode européen aura permis d'illustrer la collusion qui prédomine parmi les chefs d’État et de gouvernement. Parmi les 19 pays de la zone Euro, une douzaine sont gouvernés par des coalitions ; pour les autres, l'étiquette est trompeuse ; du parti travailliste maltais au parti social-démocrate slovaque, et en passant par le parti socialiste français, ce sont des ersatz de gauche qui s’accommodent fort bien de la marchandisation du monde. Et il n'y a peut-être que le parti populaire du Premier ministre espagnol Mariano Rajoy à gouverner seul un État de la zone Euro, élu sur un programme libéral ... Mais peut-être plus pour très longtemps. Car ce qu'a démontré Aléxis Tsipras, et ce dont il a besoin aussi pour ne plus subir seul la pression des autres États, c'est que propager cette réappropriation de l'idéal européen par les peuples eux-mêmes est la seule issue pour franchir le gué.

La zone Euro a en son sein quatre poids lourds : l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la France, qui pèsent pour trois-quart du PIB de la zone. Il est regrettable que ces quatre-là ne s'entendent pas pour être plus solidaires des autres États membres, préférant systématiquement se retrancher derrière des institutions et des règlements qui freinent toute dynamique de progrès européen. Ces quatre-là pourraient impulser un vrai projet européen, avec un budget commun, une harmonisation fiscale et une politique extérieure à l'unisson. Quant à l'expression de l'ensemble des 19 États membres de la zone euro, elle doit être démocratique et les représentants de ces États au Parlement Européen devraient pouvoir siéger dans une structure dédiée.

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01/07/2015

Syriza, une épine dans le pied de l'Europe

Toute la classe politique européenne et française a fait évoluer son discours sur la crise grecque ; il ne s'agit plus d'évoquer la dette ou les plans d'austérité qui pèsent sur la Grèce, mais bien de cibler Aléxis Tsipras, ce Premier ministre d'extrême-gauche qui aurait été élu sur un programme populiste ...

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Ce n'est donc plus la contagion d'une spéculation sur les dettes souveraines ou l'issue de la construction européenne qui est en jeu dans ce bras de fer qui oppose Aléxis Tsipras au reste de l'Europe, mais c'est le risque de voir la dynamique Syriza s'étendre dans les pays les plus touchés par une austérité qui détruit les modèles sociaux.

Les dirigeants allemands sont désormais arc-boutés sur l'issue du référendum de dimanche et Jean-Claude Juncker a promis qu'il ferait une campagne active pour le OUI. La BCE fait couler un mince filet de liquidités pour maintenir les files d'attente aux distributeurs de billet et même le gouvernement britannique (pourtant si détaché des enjeux politiques européens) craignait ce mardi que l'activité financière de la City soit touchée.

Décidément non, l'Europe politique n'est pas à l'ordre du jour de la construction européenne. L'Europe reste d'abord un grand marché économique et l'euro est le sésame pour y faire un meilleur business. Les États membres restent dans une approche nationale, comme tous ces pays qui ont subi les plans de mesure de la troïka (Irlande, Espagne, Portugal) et qui ne veulent pas que la Grèce y échappe. La notion de progrès politique, fiscal, social et environnemental est complètement étrangère à ces leaders anachroniques.

Tout ce petit monde évolue dans une incroyable hypocrisie, mais il faut faire bonne figure. La question des dettes souveraines est l'une de ces hypocrisies. S'est-on par exemple déjà demandé en combien de temps la France pourrait rembourser les 2.000 milliards d'euros de dette publique ? Chaque année nous avons un déficit budgétaire qui alourdit cette dette et les annuités versées aux créanciers abondent le déficit budgétaire ... Et la dette grecque en témoigne ; tous les économistes professent que cette dette ne sera jamais remboursée, et les politiques se contentent de la restructurer (décalage des échéances de remboursement, réduction des taux, rachats partiels, ...).

Mais si encore les créanciers de la Grèce étaient des établissements bancaires, nous pourrions crier au scandale des usuriers qui asphyxient tout un peuple. Mais ses créanciers sont le FMI, la BCE et les États européens liés par des mécanismes de solidarité :

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Alexis Tsipras est l'intrus dans ce cercle des élites européennes, il se revendique comme représentant du peuple quand tous ses collègues sont ceux de l'oligarchie financière mondiale. D'habitude, ce genre d'individu se trouve dans une manifestation de rue et une charge policière a vite fait de rétablir l'ordre. Mais là, il est assit à la table des dirigeants ; et il ne joue pas la même partition ! Et si aujourd'hui il est le seul chef d’État ou de gouvernement à siéger à ce niveau, tout sera fait pour que cela ne dure pas et tout sera encore plus fait pour qu'il ne soit pas rejoint par d'autres ...

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