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02/01/2016

Je fais le vœu que 2016 soit l'année où une assemblée constituante européenne voit le jour

A peine ouverte la page 2016 du livre de l'histoire humaine que déjà des tensions belliqueuses opposent l'Iran et l'Arabie Saoudite, l'Inde et le Pakistan ou encore Israël et la Palestine, mais sans se faire d'illusion sur les fronts qui opposent la Russie et l'Ukraine, la Turquie et la Syrie, mais aussi toutes les guerres civiles, ethniques ou religieuses qui tuent de plus en plus de civils chaque année (une quarantaine de conflits dans le monde en 2015 pour près de 200.000 victimes). Mais qui peut avoir intérêt à souffler sur les braises ? Quelques potentats locaux ? Des marchands d'armes ? Des pompiers pyromanes d'une mondialisation qui ne veulent pas laisser un instant de répit aux citoyens du Monde ? Car de cette instabilité géopolitique mondiale découle le climat de peur qui sévit ici en Europe.

Alors peut-on transmettre à ses proches et à ses amis un message de bonne année, souhaiter tous les vœux de bonheur, de paix et de réussite sans un zeste d'aveuglement ? Les attentats du 13 novembre ont fait 130 victimes innocentes auxquelles leurs proches avaient certainement souhaité les meilleurs vœux pour 2015 ... Et je pense aussi aux victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier à Paris. Faut-il pour autant se résigner à vivre dans une société de peur et de surenchère sécuritaire ?

Or, comme le disait John Fitzgerald Kennedy lors de son discours inaugural en janvier 1961 : « Ne demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, demandez plutôt ce que vous pouvez faire pour l’Amérique ». Ayons cette même approche et demandons nous ce que chacun peut faire pour que demain chaque nuit de la Saint-Sylvestre ouvre une nouvelle année de paix et de solidarité humaine !

Est-ce une utopie ? L'Europe a pourtant réussi à mettre fin à des siècles de guerres territoriales, religieuses, civiles ou monarchistes au lendemain de la guerre de 39-45. Et pour nombre d'anciens États membres de l'URSS, l'adhésion à l'Union Européenne est un choix pérenne pour un avenir de paix et de progrès. Alors, oui, l'idéal européen est en panne aujourd'hui ; mais les institutions européennes constituent un socle aussi solide que fertile pour assoir les démocraties européennes.

Depuis François Mitterrand, la France a fondé ses politiques de développement économique sur la construction européenne. La France a, au fil des décennies, transféré une part non négligeable de sa souveraineté aux institutions européennes, mais sans prendre pleinement part aux destinées de l'Europe. Et cela contraste fortement avec nos voisins, que ce soit l'Allemagne pour qui l'Europe est l'élargissement de son rayonnement économique, mais aussi la Grèce qui fait figure de fer de lance pour une autre Europe plus solidaire. Aujourd'hui, cette Europe défaillante échoue en matière d'immigration. Et si je rajoute qu'elle est inefficace en matière de coopération policière et judiciaire, j'apporte de l'eau au moulin du clan Le Pen. Alors donnons à l'Europe les moyens de réussir dans ces domaines-là, mais pas qu'eux ! Je n'occulte pas les questions de fiscalité, d'agriculture, de transports, d'énergie, de politique étrangère, etc.

Je l'ai souvent dit au travers de mes notes, nous sommes en matière de construction européenne au milieu du gué. Et quand l'eau monte, nous n'avons d'autre alternative que de revenir sur la rive du passé ou d'aller sur la rive de l'avenir. Je suis partisan d'aller vers cette nouvelle rive. A l'époque du traité constitutionnel européen (TCE) en 2005, beaucoup de partisans du Non réclamaient une constituante. Nous avons perdu 10 ans, mais cette remise à plat du projet européen doit avoir lieu.

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Et si je n'ai qu'un seul vœu à formuler pour 2016, c'est bien celui que nous nous emparions de cet enjeu européen, sans attendre les prochaines élections européennes de 2019 et sans subir d'autres traités que décideraient nos monarques. La carte de l'Europe illustre les défis qui sont à accomplir. Aux portes de cette Europe, nous avons des zones de conflits qui sont des foyers permanents de déstabilisation. Et au sein de cette Europe, les États n'ont pas tous les mêmes priorités. Mais je ne vois pas comment nous pourrions donner un avenir serein à notre pays sans l'inscrire dans celui de l'Europe. Et comment ceux qui se préparent à concourir pour l'élection présidentielle de 2017 pourraient-ils faire l'impasse sur l'enjeu européen ?

13/09/2015

En cette année 2015, l'Europe nous montre son plus mauvais visage :=(

Au premier semestre 2015, c'est le feuilleton grec qui a mis en scène les principaux États membres de l'union européenne, et plus particulièrement ceux de la zone Euro. Alexis Tsipras, qui devenait Premier ministre de la Grèce en début d'année sur un programme volontariste contre les politiques d'austérité et pour une réévaluation de la dette publique, est devenu dès le début le mouton noir de l’Eurogroupe. Les 18 autres États membres de l'Eurogroupe sont tous gouvernés par des partis ou par des coalitions favorables au social-libéralisme ; certains s'affichent plus sociaux et d'autres plus libéraux, mais le résultat est le même. Dans ces conditions, la volonté politique d'Alexis Tsipras était vouée à l'échec, et même si le combat qu'il a mené pendant 6 mois avec son ami Yanis Varoufakis a ravivé chez les Européens, je parle du peuple, une volonté de rupture avec ce modèle dominant qui profite toujours à cette minorité possédante.

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Une bataille a été perdue, mais pas encore la guerre. La prochaine bataille se déroulera en Espagne à la fin de l'année. C'est Pablo Iglésias et son mouvement Podemos qui tenteront de convertir leurs concitoyens à un autre projet socio-économique, et j'espère que les électeurs espagnols sauront leur faire confiance. L'autre évènement qui est survenu cette semaine à propos de la gouvernance économique de l'Europe, c'est l'élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique. Ce virage à gauche du Labour Party n'est pas une surprise, car partout en Europe les partis sociaux-démocrates sont en échec, échec parce qu'ils ne se distinguent plus de la droite quand ils sont au pouvoir. En France, plus personne ne sait dire ce que Sarkozy et Juppé feraient de différent de ce que font Valls et Marcron s'ils revenaient au pouvoir ... François Hollande étant déjà plus à droite que Sarkozy ne l'a été ...

Désormais, les élections dans les divers pays d'Europe voient s'affronter trois forces politiques : celles qui soutiennent le système, qu'elles soient de droite comme de gauche, les nationalistes qui s'appuient sur le patriotisme pour que le peuple rejette les élites, et enfin ceux qui veulent rompre avec le système dominant pour lui préférer les valeurs d'humanisme, de laïcité et de solidarité. Nous sommes très loin du vieux clivage gauche-droite.

L'autre mauvais visage que renvoie l'Europe, c'est son attitude vis à vis des réfugiés qui viennent de Syrie, d'Irak et des pays d'Afrique où la guerre et le djihadisme ne permettent plus aux populations de vivre en sécurité. Comme pour la crise grecque, ce sont souvent les pays de l'est de l'Europe, les derniers ayant rejoint l'Union qui refusent d'accueillir des réfugiés. La Slovaquie a même restreint aux seuls réfugiés chrétiens l'accès à son territoire, prétextant ne pas avoir de mosquée pour que les musulmans pratiquent leur religion, et le Premier ministre hongrois, Victor Orban, se fait le porte-parole d'un groupe de pays comme la Pologne, la Hongrie ou encore la République Tchèque pour voir dans cet afflux de migrants une menace pour « l'identité chrétienne de l'Europe ».

Mais je ne voudrai pas assimiler les peuples de ces pays de l'espace Schengen à leurs leaders les plus sombres, car l'Europe voit aussi se propager une vague nationaliste qu'il faut combattre.

Alors pouvons-nous encore construire une Europe solidaire, responsable et humaniste dans le contexte actuel ? La volonté acharnée de la droite et de la social-démocratie européenne à vouloir développer un marché économique le plus large possible, avec des règles de libre-échange et une monnaie unique qui favorisent les flux de capitaux et de travailleurs, ne s'est-elle pas affranchie des valeurs fondamentales de l'Europe des Lumières ?

Il est utile de relire le discours de Pierre Mendès-France contre le Traité de Rome en janvier 1957. S'il était convaincu de la nécessité de s'unir pour affronter les défis du XXe siècle, il était plus circonspect vis à vis des règles de libre-échange. Aujourd'hui, c'est Jacques Delors qui évoque son pessimisme sur l'avenir de l'Europe. Dans une interview au Journal du Dimanche, il estime que l'Europe n'a pas – pas encore – explosé. « Dans la situation actuelle, on a évité le pire. Mais l'Europe n'est pas une puissance morale, je dis morale au bon sens du terme. Il faut reconstituer cette puissance morale qui a fait la force de l'Europe en d'autres périodes, comme au moment de la chute du mur de Berlin », soutient-il.

Il est évident que l'Europe des 28 que nous connaissons aujourd'hui n'a plus d'avenir commun, en tous cas sur les règles de l'Union européenne issues des traités de Maastricht et de Lisbonne. Une autre Europe est à construire.

19/07/2015

Varoufakis, Iglesias et peut-être ... Montebourg ?

Arnaud Montebourg est habile pour occuper les creux de l'actualité politique, et son rendez-vous annuel de Frangy-en-Bresse pour sa fête de la rose aura en 2015 un retentissement plus fort que celui de 2014, où sa « cuvée du redressement » avait pourtant précipité son départ de Bercy. Ce 23 août, Arnaud Montebourg a invité Yanis Varoufakis à participer à ce rendez-vous estival des socialistes de Saône-et-Loire, et il revendique d'y faire « œuvre de pédagogie ».

Montebourg et Varoufakis ont (au moins) un point commun, ils sont chacun l'avant-dernier ministre de l'économie de leur pays, la France et la Grèce. Ils ne sont jamais croisés comme ministres lors de sommets européens, car Yanis Varoufakis est arrivé au pouvoir avec Syriza en janvier 2015, six mois après qu'Arnaud Montebourg ait quitté Bercy. Et au registre des "blagues du Président", François Hollande a plaisanté sur Varoufakis en disant qu'il avait été « le ministre du redressement productif du gouvernement Tsipras ».

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En faisant du trublion grec son invité d'honneur à Frangy-en-Bresse, le trublion hexagonal agace les socialistes solfériniens. Il va encore cette année déplaire au Président Hollande en faisant de la position européenne de Varoufakis la réponse pour relancer une construction européenne moribonde, alors que le Président français va passer l'été à raconter que le couple franco-allemand suffit à lui seul pour poursuivre cette construction. Et Hollande va même plus loin dans une récente interview au JDD en indiquant que la France est prête à participer « à une organisation renforcée » de la zone euro et à constituer, « avec les pays qui en décideront, une avant-garde ».

Mais si François Hollande est perçu par le peuple grec comme leur meilleur porte-parole au sein du Conseil de l'Europe, son bilan perçu par les Français est toujours aussi négatif. Il gagne 5 points de bonnes opinions dans la dernière enquête d'opinion de BVA, effectuée auprès d'un échantillon de 1058 personnes les 15 et 16 juillet, mais il demeure le Président de la République le plus mal coté depuis 30 ans.

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Et les critiques sur l'issue du dernier sommet européen qui a mis la Grèce à genou font florès, chez les économistes mondiaux comme chez les politiques. A noter parmi eux la tribune de DSK destinée à « ses amis allemands » ; il trouve mortifère l'attitude actuelle de l'Allemagne, de ses satellites et de la France de vouloir bâtir une zone d'excellence européenne, car elle ne pèsera plus à moyen terme dans la géopolitique des grands blocs continentaux.

Mais le sort qui est fait à la Grèce prend encore plus de sens quand on apprend que la valorisation boursière de Google a gagné 65,1 milliards de dollars pour la seule journée de vendredi dernier. Voilà une société qui bat un record de valorisation boursière en une journée, et ces 60,1 milliards d'euros sont à comparer aux sommes identiques qui asphyxient aujourd'hui 11 millions de grecs. Il y a d'un côté des chiffres qui ne veulent plus rien dire, et de l'autre des situations humaines qui semblent ne pas intéresser les chefs d’État et de gouvernement :=(

Alors faut-il avoir peur de donner une plus grande audience à des leaders d'opinion d'une gauche alternative, plus progressiste, plus humaniste et plus solidaire, comme le sont Yanis Varoufakis, Pablo Iglesias et Arnaud Montebourg ? Faut-il avoir peur que des gouvernements rompent avec l'ordo-libéralisme allemand ? Oui, il y a un risque de dislocation de l'Europe si l'orchestre est invité à jouer plusieurs partitions en même temps, mais le progrès est impossible sans pluralité et sans imagination.