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15/07/2015

Nos parlementaires se prennent pour Zorro ...

Les deux chambres du Parlement français ont massivement voté cet après-midi pour le plan adopté dans la nuit de dimanche à lundi entre les 19 États membres de la zone euro ; cette nuit-là, les chefs d’État et de gouvernement ont attaché la Grèce au pilori, et chaque Parlement national qui approuve ce texte est comme un badaud qui vilipende le condamné.

Le dessin ci-après réalisé par l'institut Jacques Delors décrit le chemin qu'il reste à accomplir avant que la négociation puisse commencer, et la date du vote de l'accord final reste incertaine :

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Comme d'habitude face à la représentation nationale, le Premier ministre Manuel Valls est monté dans les décibels, faisant l'apologie d'une Europe historique et salvatrice, mais donnant à la France et à son chef de l’État le rôle d'Achille gagnant le siège de Troie au profit du roi Agamemnon : « Le Président de la République s’est battu pour cet accord, ne ménageant aucun effort. C’était son rôle, ce que l’on attendait de la France. Nous avions là une immense responsabilité : privilégier l’intérêt général, celui de l’Europe. C’est le rôle historique de la France que de privilégier l’intérêt général, quand l’intérêt de la France et celui de l’Europe se confondent ». [...] « Mesdames, messieurs les députés, si la France est au rendez-vous de l’histoire – parce que c’est l’histoire qui est en cause –, si elle a été ce repère dans la tempête, c’est parce que, précisément, elle n’a pas dévié. La force d’une vision, la constance, la cohérence d’une grande nation, voilà ce que nous avons démontré ! Voilà ce que le Président de la République a porté, jusqu’au bout ! Chacun devrait ici s’en réjouir et le remercier d’avoir ainsi incarné la parole et l’action de la France ! »

L'ancien ministre des finances grec Yanis Varoufakis a révélé les coulisses des négociations qui s'étalent depuis février dernier (cf. interview). Pour son homologue allemand Wolfgang Schäuble, les contrats passent avant la démocratie ; une élection ou un référendum ne doit jamais remettre en cause les accords passés, sinon la zone euro deviendrait ingérable avec 19 États qui ont chacun leurs échéances électorales. Et Varoufakis l'universitaire n'a jamais réussi à avoir un échange constructif avec ses collègues, il précise même qu'il aurait pu leur chanter l'hymne national suédois que leurs regards seraient toujours restés vides, simplement obnubilés par le déroulé d'une conférence où tout est déjà écrit.

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Je ne sais pas quelle suite sera donnée à cette histoire, pour la Grèce comme pour l'Europe, mais ces trois dernières semaines ont été pathétiques. Cette Europe-là ne peut plus continuer. J'espère qu'Aléxis Tsipras pourra se maintenir au pouvoir et que la suite de son mandat lui permettra de remporter d'autres batailles dans cette guerre qu'il livre à un libéralisme institutionnalisé et sans complexe. Quant à Yanis Varoufakis, il sera certainement le bienvenu dans de très nombreux pays d'Europe pour donner aux futurs gouvernements de gauche les conseils pour ne pas perdre 6 mois inutilement à Bruxelles.

13/07/2015

Merkel et Tsipras dans la conquète de l'Europe politique

Le 26 janvier 2015 a certainement été une très mauvaise journée pour Angela Merkel, c'est le jour où le mouvement Syriza remportait les élections législatives en Grèce. Chacun pourrait penser qu'une élection démocratique dans un pays membre de l'UE n'est qu'un évènement national, mais la chancelière allemande a acté ce jour-là que l'Europe qui se construisait en harmonie avec le modèle économique d’Allemagne était en danger. Elle allait avoir du mal à continuer à vendre des sous-marins pour la marine grecque (six sous-marins de type 214 vendus ces dernières années pour 3 milliards d'euros), creusant par la même la dette hellène et renforçant ainsi la vassalisation d'Athènes vis à vis de Berlin ...

Depuis bientôt 6 mois, le Premier ministre grec Aléxis Tsipras est l'ennemi n°1 de la zone euro. Il incarne un autre projet politique qui privilégie l'intérêt général au détriment de l'enrichissement des élites, il plaide pour une plus grande répartition des richesses produites par les activités économiques et l'Europe est pour lui un levier très mal utilisé jusqu'à présent.

Au travers des dettes souveraines, les paragons de l'orthodoxie budgétaire tiennent un tiers des États membres de la zone euro sous perfusion financière, leur imposant des plans d'austérité pour continuer de recevoir leur dose de financement européen. Mais derrière la dynamique de Syriza, il y a la remise en cause de ces dettes souveraines, de leur légitimité et de leur nécessaire restructuration. On dit que la liberté se mesure à la longueur de la laisse, mais il s'agirait pour ce gouvernement héritier du mouvement des indignés de couper cette laisse.

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Oui, l'Europe est secouée par une nouvelle guerre, mais une guerre économique qui peut provoquer des dégâts humains et patrimoniaux tout aussi dévastateurs qu'une guerre militaire. La crainte d'Angela Merkel et de ses amis est que la réussite de Syriza inspire d'autres peuples ; et en l'occurrence l'Espagne où Podemos augmente régulièrement son audience politique. Ce front des pays du sud doit être combattu, et la bataille qui s'est menée ces dernières semaines contre la Grèce en est le premier épisode. Qui de Merkel ou de Tsipras est sorti vainqueur de la réunion de la zone euro ce dimanche 12 juillet ? Ni l'un ni l'autre. Merkel semble avoir imposé son plan de mesures à la Grèce, mais Tsipras est toujours là.

Aléxis Tsipras a été nommé Premier ministre en janvier 2015. La législature dure 4 ans, et il a donc tout ce délai pour mettre en œuvre son projet politique. Or, ce qu'une loi peut faire, une autre loi peut le défaire ; et d'autres lois peuvent la compenser. Aléxis Tsipras a le soutien de son peuple, et le 3ème plan d'aide européen doit profiter à la réalisation de son projet politique. Les grecs sont conscients que c'est plus l'Europe que Tsipras qui est la cause de leurs souffrances, et je suis persuadé qu'ils auront reconnu dans Aléxis Tsipras le seul homme politique qui puisse à moyen terme sortir la Grèce de l'ornière.

Mais il faut aussi que dans les autres pays européens la dynamique enclenchée par Aléxis Tsipras se propage ; Aléxis Tsipras ne doit pas rester isolé !

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Dans la carte ci-dessus, les pays membres de la zone Euro ont pour la plupart affiché une position molle vis à vis du conflit Merkel/Tsipras. Beaucoup de pays sont dirigés par des coalitions hétéroclites qui ont témoigné pendant cette crise que c'est leur intérêt politique national qui prévalait, et bien d'autres sont des ventres mous. Sincèrement, la position de François Hollande mérite-t-elle les lauriers qui lui sont aujourd'hui tressés ?

L'Union Européenne est inachevée dans sa construction, et la zone euro illustre le déficit de démocratie qui la plombe. Nous nous souvenons tous du référendum sur le TCE en 2005 qui nous a finalement été imposé par le traité de Lisbonne deux ans plus tard. Et pour tous ces promoteurs d'une Europe de la finance, du commerce et de la dérégulation sociale, Aléxis Tsipras est comme le loup dans la bergerie. Imaginez que si la Grèce ne ratifie pas demain le traité de libre échange transatlantique (cf. TAFTA), ce sont des années de travail discret de la Commission européenne qui tomberaient à l'eau. Ce Tsipras l'indomptable pourrait donc voir son pouvoir de nuisance perturber le fonctionnement tranquille d'institutions qui s'appuyaient jusque là sur la complicité de tous les dirigeants européens.

J'adhère à l'analyse qu'en fait elle aussi Cécile Duflot, estimant que la voie est étroite entre l'idéal européen altéré par des compromis qui vont toujours dans le même sens et la meute des anti européens qui veulent revenir 20 ans en arrière avec une simple communauté de nations. Elle a juste cette affection pour François Hollande que je ne partage pas, et son tweet du 12 juillet idéalisait la place de notre Président sur l'échiquier européen ...

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11/07/2015

Tsipras révolutionne l'Europe

En quelques semaines, le Premier ministre Aléxis Tsipras a renversé la table. Finie la période pendant laquelle les institutions européennes ont tenu la Grèce dans une précarité financière et économique voulue, la presque totalité des capitales européennes souhaitant l'échec du gouvernement de gauche de Syriza. Le Premier ministre Grec a mis en lumière le corset de la BCE, l'épée de Damoclès du FMI et la volonté du gouvernement allemand de le voir échouer.

Faut-il s'étonner aujourd'hui que les détails de l'accord que Tsipras soumet ce week-end aux institutions européennes soient semblables aux mesures souhaitées par celles-ci jusqu'au 25 juin ? Sur le fond, non, mais sur la forme ce n'est plus le même joueur qui a la main. La Grèce n'est plus soumise à des mesures d'austérité imposées par Bruxelles, et sans autre retour, mais Athènes présente un plan de sortie de crise assorti d'un plan d'aide de plusieurs dizaines de milliards d'euros et d'une restructuration de la dette grecque.

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Entre temps, Aléxis Tsipras a consulté son peuple par référendum, il est allé défendre son projet politique devant le Parlement européen et il a fait valider les propositions faites aux institutions européennes par son Parlement. L'Europe n'a jamais été aussi politique que depuis l'arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce. Et ce fonctionnement opaque d'une Europe qui imposait un modèle de développement libéral à ses peuples va désormais se heurter à l'écueil Tsipras. Après les humiliations subies par les Grecs depuis quelques mois, il ne serait pas surprenant que le Parlement Grec retoque à l'avenir quelques traités européens. Je pense en l'occurrence au traité de libre-échange transatlantique (TAFTA) à qui le Parlement Européen vient de donner cette semaine son feu vert (cf. site de France Nature Environnement), mais qui nécessitera à la fin un vote unanime des 28 pays membres.

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Mais cet épisode européen aura permis d'illustrer la collusion qui prédomine parmi les chefs d’État et de gouvernement. Parmi les 19 pays de la zone Euro, une douzaine sont gouvernés par des coalitions ; pour les autres, l'étiquette est trompeuse ; du parti travailliste maltais au parti social-démocrate slovaque, et en passant par le parti socialiste français, ce sont des ersatz de gauche qui s’accommodent fort bien de la marchandisation du monde. Et il n'y a peut-être que le parti populaire du Premier ministre espagnol Mariano Rajoy à gouverner seul un État de la zone Euro, élu sur un programme libéral ... Mais peut-être plus pour très longtemps. Car ce qu'a démontré Aléxis Tsipras, et ce dont il a besoin aussi pour ne plus subir seul la pression des autres États, c'est que propager cette réappropriation de l'idéal européen par les peuples eux-mêmes est la seule issue pour franchir le gué.

La zone Euro a en son sein quatre poids lourds : l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la France, qui pèsent pour trois-quart du PIB de la zone. Il est regrettable que ces quatre-là ne s'entendent pas pour être plus solidaires des autres États membres, préférant systématiquement se retrancher derrière des institutions et des règlements qui freinent toute dynamique de progrès européen. Ces quatre-là pourraient impulser un vrai projet européen, avec un budget commun, une harmonisation fiscale et une politique extérieure à l'unisson. Quant à l'expression de l'ensemble des 19 États membres de la zone euro, elle doit être démocratique et les représentants de ces États au Parlement Européen devraient pouvoir siéger dans une structure dédiée.

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