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24/04/2016

Glyphosate, l'Europe marche sur la tête !

Voilà le genre de texte qui interpelle sur la cohérence des politiques : « Étant donné les inquiétudes qui subsistent sur le caractère cancérigène et de perturbateur endocrinien du glyphosate, un herbicide utilisé couramment dans l'agriculture et le jardinage, la Commission devrait renouveler son autorisation sur le marché pour une période de sept ans uniquement, au lieu des quinze proposés, et seulement à des fins professionnelles ». Voilà donc un produit dont les effets sanitaires négatifs sont avérés, mais pour lequel les politiques valident sa commercialisation ... Et le 13 avril en plénière du Parlement Européen, 374 députés européens ont voté pour, 225 ont voté contre et 102 se sont abstenus !

Il faut lire chacun des 26 considérants de cette résolution 5.4.2016, tous aussi accablants les uns que les autres vis à vis de cette substance chimique, substance active du très répandu Roundup.

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Ce vote du Parlement Européen n'est pas exécutoire, et c'est désormais à la Commission Européenne de trouver la mise en œuvre la plus sure. Les experts nationaux qui siègent au comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux (dans la section produits phytopharmaceutiques) se prononceront en mai pour adopter ou rejeter la proposition de la Commission européenne à une majorité qualifiée. Et si une telle majorité n'est pas atteinte, alors la décision reviendra à la Commission européenne. Dans son vote du 13 avril, le Parlement a proposé quelques aménagements : une étude indépendante et la publication de toutes les preuves scientifiques utilisées par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour évaluer le glyphosate, ne pas autoriser les usages non professionnels de la substance, ne pas autoriser les usages dans les parcs publics, les plaines de jeux et les jardins publics ou à proximité de ceux-ci, etc.

Pourtant, la commission Environnement du Parlement qui s'était réunie fin mars pour donner son avis sur cette résolution s'était prononcée contre la prolongation de l'autorisation de commercialisation : « Tant que les craintes subsisteront sur le caractère cancérigène et de perturbateur endocrinien du glyphosate, un herbicide utilisé dans des centaines d'outils agricoles, urbains, de sylviculture et de jardinage, la Commission ne devrait pas renouveler son autorisation ». Cf. communiqué de presse du 22 mars 2016.

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Alors que s'est-il passé pendant cette première quinzaine d'avril pour que le Parlement adopte une résolution contraire aux attentes de sa commission Environnement ? Selon le Canard Enchainé, c'est une députée (LR) française qui aurait permis cette volte-face au travers d'un amendement déposé en plénière par le Parti Populaire Européen (PPE) dont elle est membre. Angélique Delahaye est rapporteure de ce dossier sur le glyphosate au sein de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire, et elle publie sur son site parlementaire le texte de son intervention : « Monsieur le Président, dans un souci de compromis, chers collègues, afin d'essayer de rapprocher les opinions et minimiser les divergences, je souhaite proposer l'amendement suivant à l'amendement 11, première partie : demande à la Commission de renouveler l'approbation du glyphosate pour une période maximale de sept ans ; rappelle que le règlement (CE) n° 11 07 2009 permet à la Commission de retirer l'approbation d'une substance active pendant la période durant laquelle elle a été autorisée si elle ne remplit plus les critères d'approbation ».

Angélique Delahaye est horticultrice et maraîchère en Indre-et-Loire, et les produits phytosanitaires elle les connait bien. Et dans un récent article de la République du Centre, elle expliquait que ce printemps précoce qui a vu les laitues pousser quinze jours trop tôt signifiait aussi qu'insectes et champignons favorisés par un climat propice allaient l'obliger à utiliser des produits phytosanitaires. Présidente des producteurs de légumes de France jusque fin 2012 et ex-membre du conseil d'administration de la FNSEA, Angélique Delahaye a souvent défendu le recours aux produits phytosanitaires pour que la production française fasse jeu égal avec ses concurrents européens, et sa position sur le glyphosate n'est donc pas surprenante.

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Pour Madame Delahaye, « il y a une attente des citoyens mais, à ce jour, il n'y a pas d'alternative économiquement viable et garantissant la santé humaine à proposer aux agriculteurs en terme de désherbage ». Pourtant, d'autres dangers pour la santé et pour notre sécurité ont justifié par le passé que les industriels trouvent des alternatives, et sans délai. J'ai connu l'effervescence liée au fameux trou dans la couche d'ozone, et l'utilisation des chlorofluorocarbones (CFC) qui en était la cause a été interdite dans les années 80 (cf. Protocole de Montréal) sans que l'on se bloque à l'époque sur les alternatives au refroidissement de nos réfrigérateurs ou pour la fabrique des aérosols. 76photo.jpgEt il en va de même pour le DDT qui a été largement employé comme insecticide, d'abord pour éradiquer le paludisme et ensuite de façon intensive en agriculture, avant que l'on s'aperçoive de ses effets dévastateurs sur la faune. Le DDT a été interdit dans la plupart des pays pendant les années 70-80, et en 1971 en France. Il est classé comme polluant organique persistant (POP) et des études récentes montrent que pour les français, plus explosés par le passé que dans d'autres pays, on y trouve l'origine de certains cancers et de maladies comme Parkinson et Alzheimer.

Non, cette Europe-là est véritablement vassalisée aux grandes multinationales et soumise aux règles de cette mondialisation absurde. Et si demain le TAFTA (traité de libre échange commercial transatlantique) devait être ratifié, alors toutes ces firmes pourraient demander à être dédommagées du préjudice financier qu'un minimum de bon sens nous imposerait.

16/04/2016

Secret des affaires, une Europe sans Lumières qui abandonne ses libertés

C'est jeudi 14 avril que le Parlement Européen a définitivement adopté la résolution pour la Protection des secrets d'affaires contre l'obtention, l'utilisation et la divulgation illicite (suivre le lien pour lire la résolution). Et c'est étonnant que quelques jours après la divulgation par la presse écrite et audiovisuelle de l'affaire Panama Papers cette résolution ait pu être débattue et adoptée dans l'indifférence générale des médias.

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La journaliste Lise Lucet avait tenté d'alerter l'opinion et avait aussi initié une pétition sur change.org, pétition qui a obtenu plus de d'un demi-million de soutiens, mais les lobbies des grandes entreprises multinationales ont su être plus persuasifs. Sur 750 députés que compte le Parlement Européen, ils étaient 652 présents pour voter jeudi dernier, 503 ont voté pour, 131 ont voté contre et 18 se sont abstenus (suivre le lien pour avoir les votes en détail).

Parmi les 74 députés français, six d'entre eux étaient absents : Alain Lamassoure (LR), Eric Andrieu (PS), Sylvie Goulard (Modem), Marie-Christine Arnautu (FN), Florian Philippot (FN) et Jean-Marie Le Pen (non inscrit). Mais voici déjà les 55 qui ont voté pour : il y a les 6 députés centristes (Jean Arthuis, Jean-Marie Cavada, Marielle de Sarnez, Nathalie Griesbeck, Dominique Riquet et Robert Rocheford), les 21 députés [ex-]frontistes (Louis Alliot, Nicolas Bay, Joëlle Bergeron, Dominique Bilde, Marie-Christine Boutonnet, Steeve Briois, Aymeric Chauprade, Mireille D'Ornano, Édouard Ferrand, Sylvie Goddyn, Bruno Gollnisch, Jean-François Jalkh, Gilles Lebreton, Marine Le Pen, Philippe Loiseau, Dominique Martin, Joëlle Mélin, Bernard Monot, Sophie Montel, Jean-Luc Schaffhauser et Mylène Troszczynski), les 19 Républicains (Michèle Alliot-Marie, Alain Cadec, Arnaud Danjan, Michel Dantin, Rachida Dati, Angélique Delahaye, Françoise Grossetête, Brice Hortefeux, Marc Joulaud, Philippe Juvin, Alain Lamassoure, Jérôme Lavrilleux, Constance Le Grip, Nadine Morano, Elisabeth Morin-Charetier, Renaud Muselier, Maurice Ponga, Franck Proust, Tokia Saifi et Anne Sander), mais aussi 9 socialistes (Pervenche Berès, Jean-Paul Denanot, Sylvie Guillaume, Louis-Joseph Manscour, David Martin, Vincent Peillon, Christine Revault d'Allonnes Bonnefoy, Virginie Rozière et Isabelle Thomas).

Seuls les députés du Front de gauche (4) et d'EELV (6) ont voté contre : Patrick Le Hyaric, Jean-Luc Mélenchon, Younous Omarjee et Marie-Christine Vergiat pour le FdG et José Bové, Karima Delli, Pascal Durand, Yannick Jadot, Eva Joly, Michèle Rivasi pour les écologistes. Du côté des socialistes français, il y en a trois qui se sont abstenus : Guillaume Balas, Édouard Martin et Emmanuel Maurel.

J'ai été surpris de voir Isabelle Thomas voter cette résolution. Je l'ai connue à l'UNEF-ID à la fin des années 80 où elle défendait le mouvement syndicaliste, et puis elle s'est toujours revendiquée de l'aile gauche du PS. L'autre surprise est l'abstention d’Édouard Martin. Tout le monde se souvient de ce syndicaliste qui s'était battu contre la fermeture des hauts-fourneaux de Florange et contre les choix industriels d'ArcellorMittal ; il est résolument rentré dans le rang.

Mais au fait, que propose exactement cette résolution ? Selon la rapporteure française Constance Le Grip (LR), c'est « un texte équilibré, qui protège non seulement ce qui est essentiel pour nos entreprises, leur savoir-faire professionnel, leur patrimoine immatériel si précieux pour leur développement économique, mais également les libertés fondamentales et l'exercice du métier de journaliste et des activités des lanceurs d'alertes ». Mais comme le souligne Nicole Feronni avec humour sur sa page Facebook, est-ce Monsanto ou Apple qui bénéficiera le mieux de cette résolution ou alors la petite entreprise du coin ?

Et c'est immédiatement à Antoine Deltour que je pense en écrivant cette note. J'aurai pu évoquer le sort de Julian Assange (WikiLeaks) ou d'Edward Snowden, qui incarnent à l'échelle mondiale cette pression des puissants sur ces "empêcheurs de gouverner dans l'opacité" au 21ème siècle, mais avec Antoine Deltour nous sommes dans le contexte précis de cette résolution, à savoir les secrets d'une entreprise du Luxembourg (la société d'audit Pricewaterhouse Coopers). Et la justice de cet État européen est allée jusqu'à mettre en examen le journaliste Édouard Perrin, qui a été le premier à révéler ce que l'on appelle désormais le scandale LuxLeaks, dans l'émission Cash Investigation sur France 2.

La France honorerait la République en donnant le droit d'asile politique à Assange et à Snowden ; et mieux que de refuser que cette résolution ne s'inscrive jamais dans le droit français, elle doit au contraire apporter ses Lumières à toute l'Europe. Mais il faudrait pour cela que nous ayons encore des hommes d’État capables de porter les valeurs de la République, et de poursuivre l'engagement de nos grands hommes (dont la patrie est reconnaissante).

02/01/2016

Je fais le vœu que 2016 soit l'année où une assemblée constituante européenne voit le jour

A peine ouverte la page 2016 du livre de l'histoire humaine que déjà des tensions belliqueuses opposent l'Iran et l'Arabie Saoudite, l'Inde et le Pakistan ou encore Israël et la Palestine, mais sans se faire d'illusion sur les fronts qui opposent la Russie et l'Ukraine, la Turquie et la Syrie, mais aussi toutes les guerres civiles, ethniques ou religieuses qui tuent de plus en plus de civils chaque année (une quarantaine de conflits dans le monde en 2015 pour près de 200.000 victimes). Mais qui peut avoir intérêt à souffler sur les braises ? Quelques potentats locaux ? Des marchands d'armes ? Des pompiers pyromanes d'une mondialisation qui ne veulent pas laisser un instant de répit aux citoyens du Monde ? Car de cette instabilité géopolitique mondiale découle le climat de peur qui sévit ici en Europe.

Alors peut-on transmettre à ses proches et à ses amis un message de bonne année, souhaiter tous les vœux de bonheur, de paix et de réussite sans un zeste d'aveuglement ? Les attentats du 13 novembre ont fait 130 victimes innocentes auxquelles leurs proches avaient certainement souhaité les meilleurs vœux pour 2015 ... Et je pense aussi aux victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier à Paris. Faut-il pour autant se résigner à vivre dans une société de peur et de surenchère sécuritaire ?

Or, comme le disait John Fitzgerald Kennedy lors de son discours inaugural en janvier 1961 : « Ne demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, demandez plutôt ce que vous pouvez faire pour l’Amérique ». Ayons cette même approche et demandons nous ce que chacun peut faire pour que demain chaque nuit de la Saint-Sylvestre ouvre une nouvelle année de paix et de solidarité humaine !

Est-ce une utopie ? L'Europe a pourtant réussi à mettre fin à des siècles de guerres territoriales, religieuses, civiles ou monarchistes au lendemain de la guerre de 39-45. Et pour nombre d'anciens États membres de l'URSS, l'adhésion à l'Union Européenne est un choix pérenne pour un avenir de paix et de progrès. Alors, oui, l'idéal européen est en panne aujourd'hui ; mais les institutions européennes constituent un socle aussi solide que fertile pour assoir les démocraties européennes.

Depuis François Mitterrand, la France a fondé ses politiques de développement économique sur la construction européenne. La France a, au fil des décennies, transféré une part non négligeable de sa souveraineté aux institutions européennes, mais sans prendre pleinement part aux destinées de l'Europe. Et cela contraste fortement avec nos voisins, que ce soit l'Allemagne pour qui l'Europe est l'élargissement de son rayonnement économique, mais aussi la Grèce qui fait figure de fer de lance pour une autre Europe plus solidaire. Aujourd'hui, cette Europe défaillante échoue en matière d'immigration. Et si je rajoute qu'elle est inefficace en matière de coopération policière et judiciaire, j'apporte de l'eau au moulin du clan Le Pen. Alors donnons à l'Europe les moyens de réussir dans ces domaines-là, mais pas qu'eux ! Je n'occulte pas les questions de fiscalité, d'agriculture, de transports, d'énergie, de politique étrangère, etc.

Je l'ai souvent dit au travers de mes notes, nous sommes en matière de construction européenne au milieu du gué. Et quand l'eau monte, nous n'avons d'autre alternative que de revenir sur la rive du passé ou d'aller sur la rive de l'avenir. Je suis partisan d'aller vers cette nouvelle rive. A l'époque du traité constitutionnel européen (TCE) en 2005, beaucoup de partisans du Non réclamaient une constituante. Nous avons perdu 10 ans, mais cette remise à plat du projet européen doit avoir lieu.

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Et si je n'ai qu'un seul vœu à formuler pour 2016, c'est bien celui que nous nous emparions de cet enjeu européen, sans attendre les prochaines élections européennes de 2019 et sans subir d'autres traités que décideraient nos monarques. La carte de l'Europe illustre les défis qui sont à accomplir. Aux portes de cette Europe, nous avons des zones de conflits qui sont des foyers permanents de déstabilisation. Et au sein de cette Europe, les États n'ont pas tous les mêmes priorités. Mais je ne vois pas comment nous pourrions donner un avenir serein à notre pays sans l'inscrire dans celui de l'Europe. Et comment ceux qui se préparent à concourir pour l'élection présidentielle de 2017 pourraient-ils faire l'impasse sur l'enjeu européen ?