Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

14/10/2016

Linky, un déploiement abusif !

Le sujet avait été mal introduit sur la place publique à propos de ces compteurs Linky ou Gazpar. Ses détracteurs ont d'emblée exposé des problèmes de risques sanitaires liés aux ondes électro-magnétiques ainsi qu'à des craintes sur la protection des données transmises par ces compteurs aux opérateurs. Je vous invite à lire cette fiche produite par la fédération des élus Verts et Écologistes (FEVE) à propos de Linky ; elle est avant tout pédagogique et décrit très bien le cadre et les caractéristiques du déploiement de ce compteur (cf. fiche FEVE).

reseau_linky.gif

La question des ondes électro-magnétiques découle du fait que le compteur Linky transmet ses données au travers du réseau électrique, selon la technologie du courant porteur de ligne (CPL). Dans les premières expérimentations, le compteur collectait des données sur le réseau domestique de l'abonné pour relever la consommation des divers appareils électriques. Ce n'est pas le choix qui a finalement été retenu par ERDF, alors que la directive européenne du 13 juillet 2009 insiste sur la "participation active des consommateurs au marché de la fourniture d'électricité". Finalement, le compteur Linky ne communique en CPL qu'avec le concentrateur situé à proximité dans la commune, c'est à dire sur le domaine public ; aucune nuisance électro-magnétique n'est donc à craindre dans le domicile des abonnés.

Pour la protection des données, le choix d'ERDF de ne transmettre que les consommations globales de l'abonné vers ses concentrateurs réduit les possibilités d'exploiter ces données. On ne pourra pas savoir si l'abonné regarde plus la télévision qu'il ne navigue sur le Web ou qu'il cuisine, on saura simplement ce qu'il consomme dans un intervalle de temps d'au moins 10 minutes et plus généralement quotidien. Cela peut permettre de savoir si l'abonné est chez lui ou s'il est parti en vacances, mais ça on le sait aussi en allant sur sa page facebook :=(

Aujourd'hui, quelques centaines de communes font écho à des citoyens mobilisés contre ce compteur Linky ; ces communes délibèrent contre le déploiement du compteur sur leur territoire communal et les abonnés font valoir leur droit au refus pour ne pas changer de compteur. Il est à noter que ce sont environs 35 millions de compteurs classiques en parfait état de marche qui doivent être remplacés entre 2015 et 2021. Ce n'est pas l'abonné qui paye l'installation et le compteur, mais peut-on imaginer qu'un investissement de 5 à 7 milliards d'euros ne sera pas répercuté sur la facture ?

Ce déploiement découle d'une directive européenne que le législateur a transposée dans la loi de transition énergétique du 17 août 2015. La loi s'impose à tous dans un État de droit, et ERDF n'hésite pas à poursuivre en justice les communes qui se mettent en travers de son chemin. Car si les collectivités locales sont propriétaires du réseau électrique sur leur territoire communal, elles en ont presque toutes concédé l'exploitation à des opérateurs comme ERDF ou parfois à des coopératives comme la Coopérative d’Électricité de Saint-Martin de Londres dans certains secteurs de l'Hérault (cf. CESML). Et c'est le concessionnaire qui est alors l'unique interlocuteur des abonnés. Juridiquement, une commune ne peut pas s'opposer au déploiement de ces compteurs sur son territoire, mais elle peut informer ses administrés pour qu'ils en refusent l'installation s'ils le souhaitent.

Alors pourquoi s'opposer à Linky ? Déjà, pourquoi remplacer 35 millions de compteurs qui fonctionnent bien par d'autres compteurs ? Hormis pour alimenter le système productiviste ... Et puis j'ai une pensée pour les 10 000 salariés des opérateurs électriques qui aujourd'hui relèvent nos compteurs, ils seront remplacés par une impulsion ... électrique :=(

Sur ce plan-là, j'avais comparé sur Paulhan le coût de remplacement et de maintenance de tous les compteurs d'eau par des compteurs à relève à distance, par rapport au fonctionnement actuel où deux agents passent 15 jours chaque semestre à relever les compteurs ; le coût était identique. Certains de mes collègues de la mairie avançaient le gain de temps et l'exactitude des relevés, mais c'était remplacer des emplois locaux non délocalisables par des compteurs fabriqués en Chine ou en Corée du Sud. Et puis les employés municipaux qui relèvent des compteurs sont un lien entre la mairie et ses administrés, ils remplissent une mission de service public.

Linky.jpg

Mais si l'objectif de l'Europe et de nos parlementaires est de réduire la consommation électrique et de mieux en maîtriser les usages, est-ce que ce compteur Linky est la seule solution ? En Allemagne, qui est sous le coup de la même directive européenne, le choix a été fait de ne déployer ce compteur-la que dans les zones de très forte consommation électrique, là où des fluctuations significatives de la consommation justifient de mieux les anticiper et de mettre en face les moyens de production nécessaires. Ainsi, pour nos communes rurales où la fluctuation de la consommation est stable d'une année sur l'autre, pourquoi ne pas se contenter d'un unique compteur Linky sur la ligne principale qui alimente la commune ? Si à Paris ou à Lyon la consommation électrique un 1er janvier ou un 12 août peut varier sensiblement d'une année sur l'autre, par le fait que s’additionne alors la consommation de millions d'abonnés aux usages électriques très aléatoires, je n'imagine pas que nous constations de gros écarts à Mourèze, à Paulhan ou à Lacoste. Sur nos territoires ruraux, les opérateurs électriques ont donc la capacité d'anticiper la demande. Quant aux économies d'énergie, c'est pareil ; dans une commune rurale, le maire qui connait la consommation pour sa commune peut aisément mettre en œuvre des mesures d'économie d'énergie. Les maires le font déjà pour les bâtiments communaux et pour l'éclairage public, et ils peuvent s'en faire les ambassadeurs auprès de leurs administrés. Nous avions ce mercredi en mairie de Paulhan la présentation d'un kit pédagogique distribué par GRDF à destination des enfants dans le temps des activités périscolaire (TAP) ; cette opération va être portée par la Communauté de communes sur Aspiran, Brignac et Paulhan avec les animateurs de la CCC dans ces trois ALAE (Accueil de loisir associé à l'école).

Kit_GRDF.jpg

Les intercommunalités ont aussi l'obligation de mettre en place un Plan Climat Air-Énergie Territorial (PCAET), et son volet "Énergie" induit des moyens efficaces pour réduire la consommation des collectivités locales et des habitants (cf. fiche ADEME). Cela concerne le Clermontais d'ici le 31 décembre 2018, mais il semble que l'élaboration du PCAET sera confiée au porteur du schéma de cohérence territoriale (SCoT), c'est à dire au Pays Cœur d'Hérault ; et je le regrette car cela éloigne ceux qui l'élaboreront des acteurs de terrain, les élus locaux comme les habitants de nos communes ...

Pour conclure, j'invite les élus locaux et les citoyens du Cœur d'Hérault à refuser le déploiement de Linky. Les élus ne peuvent pas engager leur municipalité frontalement, sans prendre le risque de poursuites devant la juridiction administrative. Par contre, ils peuvent accompagner leurs administrés dans des démarches collectives de refus ; et c'est aussi une façon de faire participer les citoyens à la préservation de l'intérêt général.

20/06/2016

La femme est l'avenir de l'Homme

En France, ce sont Martine Aubry puis Anne Hidalgo qui ont renvoyé aux images d’Épinal ces conseils municipaux dirigés par un notable de genre masculin proche de l'âge de la retraite. Elles restent néanmoins des exceptions parmi les 36 000 communes de France, mais la féminisation du mandat de maire fait son chemin ; en France, dans les 41 villes de plus de 100 000 habitants, 6 sont dirigées par une femme (à Paris, Lille, Nantes, Rennes, Aix-en-Provence et Amiens.

J'avais relevé dans une précédente note la réussite de deux femmes à Madrid et à Barcelone, Manuela Carmena et Ada Colau, lors des municipales du 13 juin 2015. Et là, un an après, c'est en Italie que deux femmes prennent les mairies de Rome et de Turin, Virginia Raggi et Chiara Appendino. Elles ont respectivement 37 et 31 ans, elles apportent à la vie politique de leur pays une fraîcheur qui ne tient pas qu'à leur âge ; elles ne sont encartées dans aucune écurie politique qui a dirigé l'Italie depuis des décennies, mais au parti 5 étoiles de Beppe Grillo.

Virginia Raggi.jpg     Chiara Appendino.jpg

Ces messages que les peuples du sud de l'Europe font passer dans les urnes, c'est le ras le bol des professionnels de la politique, de ces élus qui n'ont jamais rien fait d'autre dans leur vie que d'avoir une activité politique, de collaborateur(trice) d'élu(e) à élu(e) dans diverses assemblées. Et on en arrive à des États de moins en moins démocratiques, mais de plus en plus technocratiques. Et les femmes y ajoutent-là leur aptitude à organiser, à anticiper et à collaborer, quand bien des hommes politiques sont bien plus superficiels.

Combien de femmes maire de leur commune sur le territoire du Clermontais ? Combien de femmes dans l'exécutif de la Communauté de communes ? Zéro + zéro ! Il faudra pour 2020 atteindre la parité de toutes ces instances, où le Clermontais continuera de s'enfoncer dans son sous-développement social, économique, environnemental et citoyen :=(

13/05/2016

Commémorons l'Europe le 29 mai, mais ne restons pas au milieu du gué ...

Le 29 mai prochain est la date qui a été officiellement retenue par l’État pour commémorer le centenaire de la bataille de Verdun. L'élu que je suis a été invité par son maire à la cérémonie au monument aux morts de Paulhan, mais beaucoup de nos compatriotes ont appris l'information au travers de la polémique sur la présence d'un chanteur de rap controversé à Verdun ce jour-là, et où seront présents François Hollande et Angela Merkel. Cette commémoration n'est pas un évènement mémoriel comme d'autres dans l'année, où les valeurs de notre République ont été défendues par nos compatriotes de l'époque, qu'il s'agisse de soldats, de résistants et de civils. Là, nous parlons d'une bataille qui a duré de longs mois, qui a fait des centaines de milliers de morts dans les deux camps et des centaines de milliers de blessés, souvent horriblement mutilés. Et cette guerre de 14-18 n'est pas celle d'une nation qui se défend de l'agression militaire d'une autre nation, mais la responsabilité à l'échelle européenne est largement partagée. Les historiens s'accordent aujourd'hui pour trouver dans l'essor du socialisme une réaction de peur de la bourgeoisie européenne, et de voir s'affronter les prolétaires de tous les pays dans une guerre barbare était là leur réponse à la pensée marxiste qui trouvait alors un écho croissant. La domination coloniale a aussi été un enjeu majeur, autant pour ceux comme la France et l'Angleterre qui s'affrontaient déjà sur le partage de l'Afrique, que pour l'Allemagne qui avait besoin pour son économie fleurissante des ressources naturelles dont l'Europe s'emparait sans complexe dans ses colonies.

Après Jean Jaurès dont il fut proche, Anatole France a lui aussi dénoncé la folie guerrière voulue par le système capitaliste, qu'il résumait par : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels ». Quelques dizaines d'années plus tard, un autre écrivain et philosophe français, Paul Valéry, ajoutait « La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ». Ce sont François Mitterand et Helmut Kohl à Douaumont en septembre 1984 qui ont le mieux symbolisé la leçon que nous devions retenir de cette histoire-là. Cette guerre au cœur de l'Europe a fait 10 millions de morts, elle a endeuillé les familles de tous nos pays, et la construction européenne dont tous deux étaient les promoteurs à la fin des années 80 signifiait aussi ce jour-là « plus jamais ça ».

FM_HK_Douaumont.jpg

Le 29 mai 2016, j'aimerai que les commémorations qui auront lieu dans toute la France ne fassent entendre que l'hymne européen, l'Ode à la joie, celle de la Neuvième symphonie de Beethoven [Écouter l'hymne européen]. Il reste néanmoins à l'Europe de ne pas rester qu'un mémorial angélique, l'idéal européen a besoin de plus que de musique.