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24/01/2017

De l'eau pour Lavagnac ou pour le littoral ? En tous cas, l'enquête publique en cours ne lève pas le voile ... et elle suscite de la colère

Le Syndicat intercommunal d’adduction d’eau potable des communes du Bas Languedoc (SBL) soumet à enquête publique l’instauration de périmètres de protection et de servitudes pour des travaux de dérivation des eaux souterraines en vue de l’alimentation en eau potable du projet de complexe touristique sur le domaine de Lavagnac à Montagnac ; cette enquête publique est un préalable à la déclaration d’utilité publique de ce projet. L’enquête publique se déroule du lundi 9 janvier au mercredi 8 février inclus. Cf. Avis d'enquête publique.

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Rappelons que le projet porté par la commune de Montagnac vise à transformer le château de Lavagnac en hôtel de luxe de 70 suites, entouré de 650 résidences de standing (avec piscine) et d'un golf de 18 trous sur ce site de 180 ha. Pour le seul golf, ce sont 250 000 M3 d'eau qui seront nécessaires chaque année, de l'eau que l'opérateur BRL s'engage à fournir. Or, les abonnés de BRL, presque exclusivement des agriculteurs, font déjà l'objet de restrictions d'usage sur le secteur voisin de Vendémian, Plaissan et Le Pouget.

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Pour alimenter les futurs usagers de ce parc immobilier en eau potable, avec une occupation pouvant atteindre 2500 personnes l’été, un forage dédié a déjà été réalisé en 2009 sur la rive gauche de l’Hérault, puisant l’eau du fleuve dans sa nappe alluviale jusqu’à une profondeur de 14 mètres. Ce forage est prévu pour pomper 70 M3 par heure pendant 12 heures par jour, et il sera autorisé à pomper 70 M3 par heure pendant 20 heures par jour pendant deux mois si cela permet de sécuriser l’adduction en eau potable des communes de Montagnac et de St-Pons-de-Mauchiens. Ce sont donc 200 000 M3 qui seraient pompés chaque année pour le parc immobilier de Lavagnac, ce volume pouvant monter à 255 000 M3 s’il faut assurer un complément d’adduction en eau potable sur les communes de Montagnac ou de St-Pons-de-Mauchiens. A titre de comparaison, entre 2009 et 2015, la commune de Paulhan a distribué entre 200 000 et 218 500 M3 d'eau potable par an à ses 3 800 habitants.

Sur la moyenne vallée de l'Hérault, les ménages, les agriculteurs, les professionnels et les collectivités locales se partagent une ressource qui devient souvent critique l'été. Et pour les agriculteurs qui disposent de forages peu profonds aux limites de leur propriété, une baisse de la nappe de quelques mètres signifierait une catastrophe. En mars 2016, j'assistais à Aumelas à une réunion du collectif Lavagnac (cf. note), et j'y avais appris que le nouveau tuyau Aqua Domitia de la Région était déjà saturé ; les 10 000 hectares agricoles qu'il était destiné à irriguer sont très en deçà des besoins réels.

Ce n'est donc pas sans raison qu'en réunion du SAGE du fleuve Hérault en juin 2016, la DDTM a émis un avis défavorable à ce projet, indiquant qu’il ne devait plus se créer de captage sur le fleuve Hérault entre Gignac et Agde. Antérieurement, le Conseil syndical du Syndicat intercommunal de l’eau de la Vallée de l’Hérault (SIEVH) avait voté à l’unanimité en juin 2014 contre ce même projet. Enfin, la Commission Locale de l’Eau (CLE), qui est le « Parlement de l’Eau » sur le bassin versant de l’Hérault, s’oppose aussi au projet.

Alors pourquoi la commune de Montagnac et le Syndicat Bas Languedoc s'entêtent-ils à ce point, se mettant à dos les populations du territoire ? Surtout que le projet hôtelier connait quelques vicissitudes, le président de Pierre France, porteur du projet, est mis en examen pour abus de bien social, recel d'abus de bien social et trafic d'influence, ce qui lui a valu quelques mois d'incarcération l'an dernier, en même temps que le groupe Catella Residential qui était chargé de la commercialisation des villas avait déjà jeté l'éponge début 2016. Et si le projet immobilier est incertain, la volonté locale d'obtenir une déclaration d'utilité publique pour ce captage d'eau potable reste totalement intacte.

Le Syndicat du Bas Languedoc, qui assure la maîtrise d'ouvrage des opérations de production et d'adduction d'eau potable (avec Suez / Lyonnaise des Eaux comme délégataire), se compose de 27 communes s’étendant des portes de Montpellier (St-Jean-de-Védas, Lavérune, …) jusqu’à Vias, le long d'une large bande littorale. Ses plus gros consommateurs d’eau sont les communes d’Agde, de Sète, de Frontignan-Balaruc et de Mèze qui auront à l’horizon 2030 un besoin de 109 387 M3/Jour en période de pointe, contre 83 120 M3/Jour mesuré en 2009. Cf. Schéma directeur d'adduction en eau potable du SBL. La commune de Montagnac a rejoint le Syndicat du Bas Languedoc au 1er janvier 2012, dans l’objectif de sécuriser sa propre ressource, alors que le projet hôtelier devait lui aussi pourvoir à la sécurisation de l'adduction en eau potable de Montagnac. Alors pourquoi Montagnac avait besoin du SBL ? Ou alors, ne serait-ce pas plutôt le SBL qui avait besoin de Montagnac ?

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La carte d'implantation du Syndicat Bas Languedoc illustre bien son besoin en nouvelles ressources d'eau ; la population va continuer de croître, les activités touristiques estivales demeurent un secteur privilégié en terme de développement économique, et en même temps le réchauffement climatique va rendre la ressource en eau plus critique. Le SBL peut s'appuyer sur son historique usine de production d'eau André Fillol à Florensac ; cette usine a une production annuelle de 25 millions de M3 d'eau, avec 120 000 M3/Jour l'été, soit à peu près la consommation des quatre grosses communes urbaines du SBL.

On trouve malheureusement très peu d'informations et de données officielles sur l'eau, c'est un sujet tabou. Il ne manque pourtant pas de structures publiques qui en assurent chacune quelques responsabilités, mais la transparence n'est pas dans leur culture ... En naviguant sur le site Web du Syndicat mixte du Bassin du Fleuve Hérault, on ne trouve rien ; aucune actualité entre 2011 et 2016, aucune publication des délibérations du SMBFH. Idem pour le SAGE du Fleuve Hérault ou pour la Commission locale de l'Eau (CLE). Certains syndicats mixtes font des efforts, par exemple en publiant leurs délibérations (sauf pour le SBL), mais leurs activités restent encore très opaques pour l'ensemble des citoyens.

Peut-être faudrait-il constituer un collectif citoyen des usagers de l'eau sur ce secteur de la moyenne vallée de l'Hérault ...

07/01/2017

Le germe de l'écologie est dans la recomposition politique en cours à gauche

La plupart des candidats à l'élection présidentielle fondent leur projet politique sur la relance des activités économiques, pour donner de l'emploi, pour que les entreprises aient des marges pour investir, pour financer les budgets publics, etc. Mais dans tous les cas, l'environnement est perçu comme un simple paramètre, et cela ne doit surtout pas handicaper le monde des affaires. Outre-Atlantique, Donald Trump donne le ton : il faut d'abord faire beaucoup d'argent, et puis l'intelligence humaine saura nous adapter comme elle a toujours su le faire. Marine Le Pen a elle aussi un préalable économique, mais en proposant de revenir à la situation d'il y a 20 ans ; la nostalgie est un très efficace moteur émotionnel, mais progresser est dans l'essence de l'homme.

Deux candidats sont souvent qualifiés d'écolo-compatibles. Je choisis de commencer par Benoît Hamon, car c'est vrai qu'il tient des propos comme je les entends au sein des Verts (et d'EELV) depuis toujours. L'interview qu'il donne aujourd'hui dans Midi Libre est à ce titre très révélatrice (cf. article Midi Libre). Mais alors en quoi se distingue-t-il du candidat écolo Yannick Jadot ?

Si sur les finalités ils convergent largement, ils partent de points de vue différents. Benoît Hamon a une approche sociale, insistant sur les inégalités et sur la raréfaction du travail. Il y intègre la dimension écologique parce qu'il analyse très bien que ce sont les plus démunis qui doivent prendre leur vielle voiture pour aller travailler, qui privilégient la grande distribution pour leurs achats alimentaires et qui vivent dans les endroits les plus exposés d'un point de vue sanitaire. Travailler ne suffit pas, il faut aussi bien vivre. Yannick Jadot part des indicateurs environnementaux : pollutions aux particules fines, consommation de viande carnée, artificialisation des sols, dérèglements climatiques, consommations d'énergies, etc. Et ce sont ceux qui ont le moins de ressources qui en sont la cause, en même temps que les victimes.

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Mais cette convergence de deux approches politiques symétriques figurait déjà dans l'accord programmatique signé par Martine Aubry et Cécile Duflot le 15 novembre 2011 ; un pacte de gouvernance pour la mandature 2012-2017 (cf. pacte en version PDF). Sauf que François Hollande s'est assis dessus dès son élection :=(

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Martine Aubry n'a pas encore apporté de soutien formel à Benoît Hamon pour la primaire socialiste, mais elle ne tarit pas d'éloges à son intention. Cela illustre que des passerelles ont existé, et qu'elles sont certainement à reconstruire. Mais il faudra attendre l'issue de cette séquence électorale pour poser les fondations d'une nouvelle offre politique.

Le second candidat à l'élection présidentielle qui est à mon avis le plus écolo-compatible, c'est Jean-Luc Mélenchon. La polémique entre lui avec Cécile Duflot en mai 2015 sur son livre « Le Hareng de Bismark », illustre la divergence méthodologique, et il est utile de relire leurs propos de l'époque (« L'Allemagne n'est pas notre ennemie », de Cécile Duflot dans Libération le 19 mai, et la réponse de Jean-Luc Mélenchon le 27 mai dans l'Humanité : « Chère Cécile la convergence se fera »). Et cette divergence, elle se fonde à mon avis sur leurs démarches politiques. Quand Cécile Duflot s'exprime ainsi, elle retranscrit une pensée qui est celle de son parti. Cette pensée-là est portée par les militants d'EELV et elle fait l'objet de travaux, de débats et de motions au sein des instances. Alors je ne cible pas spécifiquement son propos sur le livre de Jean-Luc Mélenchon, mais sur le contexte politique dans lequel elle l'écrit. De son côté, Jean-Luc Mélenchon est porteur de son propre message, ce message fédérant des sympathisants au sein aujourd'hui de la France Insoumise. Et c'est à mon sens ce qui distingue actuellement les formations politiques traditionnelles des mouvements dits "citoyens" dans cette campagne de la présidentielle, que ce soit avec Melenchon ou avec Macron. Nous l'avons vu avec la primaire écologiste ; Cécile Duflot n'a pas été choisie, mais d'autres candidats étaient sur les rangs, dont Yannick Jadot qui représentera les écologistes à la présidentielle. Mais si Macron ou Mélenchon devait se retirer, que deviendrait leur mouvement ?

Sur l'écologie, les diverses composantes de l'ex Front de Gauche ou de la France Insoumise ne sont pas à l’unisson ; les propos de Jean-Luc Mélenchon sur la question sont appréciables, mais on voit bien que son futur groupe parlementaire à l'Assemblée nationale sera pluriel. D'ailleurs, la charte qu'il impose à ses futurs parlementaires est très déconcertante, exigeant d'eux des votes conformes à l'expression de son mouvement.

Mais ce qui est très satisfaisant, c'est que sur le terrain des militants proches de Jean-Luc Mélenchon, de Benoît Hamon ou d'EELV ont des convergences réelles. Et c'est là que doit se construire la recomposition politique, dans les bassins de vie. Nos approches sociales et environnementales doivent se conjuguer pour devenir forces de propositions. Nul doute que cette séquence 2017 aura des impacts sur notre paysage politique, et après cet été nous pourrons tisser localement les réseaux nécessaires pour préparer les élections locales de 2020.

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30/12/2016

Biodiversité, encore une thématique environnementale que le gouvernement néglige de façon totalement irresponsable !

« Biodiversité » est un mot qui illustre bien les enjeux environnementaux qui se présentent à nous en ce début de 21ème siècle. Car derrière lui, vient toute la diversité du vivant, de la richesse de nos écosystèmes et des interactions entre les espèces. L'homme a toujours voulu dominer la nature, et désormais il l'ignore. D'ailleurs, notre vie au quotidien n'est-elle pas totalement anthropocentrée ?

Il était donc de bon augure, à l'occasion du discours d'ouverture de la conférence environnementale le 14 septembre 2012, que le Président de la République en fasse l'une de ses priorités (cf. discours). Ci-après l'extrait du discours de François Hollande sur la biodiversité :

« Mais il y a un autre enjeu, pour notre planète et pour notre pays, c'est la biodiversité. Elle est notre bien commun, chacun d'entre nous doit en être convaincu. Cela commence d'ailleurs par l'éducation à l'environnement qui devra être mieux intégrée dans les programmes scolaires. Mais la biodiversité, ce sera le message de la France lors de la prochaine conférence des Nations Unies qui se tiendra sur ce thème en Inde au mois d'octobre, c'est aussi le fondement, je le rappelle, de notre stratégie nationale de la biodiversité, à condition que nous la mettions en œuvre dans la suite de l'accord de la Nagoya et des 20 cibles qui avaient été définies.

Je vais en donner quelques illustrations. Préserver la biodiversité, c'est protéger les milieux et les habitants ; plus de 30% des 60 000 espèces vivantes sur notre terre sont aujourd'hui menacées. 13% des oiseaux, 35% des mammifères. Nous devons créer de nouvelles réserves naturelles et faire appliquer la loi. Préserver la biodiversité, c'est lutter contre la consommation rapide des terres agricoles. Les terres agricoles, c'est un patrimoine commun, pas simplement pour les agriculteurs, pour la capacité que nous devons avoir d'avoir des territoires équilibrés entre les productions animales et végétales. Lutter contre la consommation rapide des terres agricoles, ce n'est pas protéger une profession, c'est protéger le pays, c'est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas accepter que disparaissent 100 000 hectares de terres agricoles tous les ans. La lutte contre le gaspillage qu'accentue l'étalement urbain sera menée avec tous les moyens juridiques nécessaires.

Préserver la biodiversité, c'est limiter l'artificialisation des sols, c'est encourager le développement d'un nouveau modèle agricole, plus respectueux de l'environnement qui réduise l'usage des pesticides, protège les ressources en eau. Les agriculteurs ont réalisé des efforts considérables ces dernières années, ont fait en sorte de s'adapter, de se conformer souvent à des coûts élevés pour leur exploitation. Ils doivent donc être accompagnés et soutenus.

Les politiques agricoles, aussi bien communautaires que nationales, seront réorientées pour atteindre cet objectif de ce que le ministre de l'Agriculture appelle la révolution doublement verte, enfin c'est ce que les agronomes avaient déjà évoqué. La nouvelle politique agricole européenne s'engage avec encore des prudences dans cette direction quand elle cherche à promouvoir les prairies, les rotations, les surfaces d'intérêt écologique. La France soutiendra le verdissement. La loi sur l'avenir de l'agriculture encouragera les comportements vertueux et établira un soutien à la diversité de tous nos modes de production qui permettent la diversité de nos cultures, la diversité de nos paysages, avec une ambition qui ne doit effrayer personne, parce que c'est un enjeu planétaire qui est de contribuer à notre place à nourrir la planète.

La seconde illustration, c'est la biodiversité marine. La France possède notamment grâce à ses outremers le deuxième domaine maritime mondial ; c'est un patrimoine naturel là encore d'une exceptionnelle richesse qu'il nous appartient de protéger, mais aussi de valoriser. La protection des océans, les avancées du droit de la haute mer, constituent également des objectifs que je soutiendrai au nom de la France. La mise en œuvre de ces priorités pour la biodiversité appelle, là encore, un instrument nouveau et donc je propose la création d'une agence nationale de la biodiversité, sur le modèle de l'ADEME, qui viendra en appui aux collectivités locales, aux entreprises, aux associations pour utiliser tous les instruments, là encore, qui pourront permettre d'atteindre nos objectifs. »

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A l'époque, Cécile Duflot alors ministre du logement dans le gouvernement Ayrault avait twitté : « Je pèse mes mots : ce discours du Président de la République est historique et infiniment émouvant à entendre pour une écologiste ». Quatre ans plus tard, l'agence française pour la biodiversité (AFB) voit enfin le jour ; mais comme pour bien des projets de ce gouvernement, et surtout dans le domaine environnemental, tout cela arrive bien trop tard. Yves Cochet, ministre EELV de l'environnement l'avait proposé en 2002, le Grenelle de l'environnement en 2007 l'avait évoqué, et c'est donc un aboutissement qui était très attendu des ONG et des associatifs.

Ségolène Royal a signé le 23 décembre 2016 le décret de création de l'AFB (cf. dossier de presse). Celle-ci fusionnera quatre structures déjà existantes : l’Agence des aires marines protégées, l’Atelier technique des espaces naturels, l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques et les Parcs nationaux de France. Les compétences et les 1200 collaborateurs de ces quatre établissements publics seront réunis au 1er janvier 2017. L'astrophysicien Hubert Reeves a accepté d'en devenir le Président d'honneur, et l'AFB s'organisera autour de trois pôles nationaux à Brest, Montpellier et Vincennes.

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Or, ne dit-on pas que "le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions" ?

Un premier handicap, c'est que cette agence n'a pas absorbé l'Office nationale de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Or, quand il s'agit de préserver la faune et la flore, les chasseurs ont sur la faune un rôle déterminant à jouer. Le rapport d'activité de l'ONCFS pour l'année 2015 débute sans ambiguïté par un titre provocateur : « Un établissement public au service de la biodiversité ». Avec ses 1500 agents et ses 420 employés non permanents qui interviennent tous sur l'ensemble du territoire (métropole et DOM-TOM), l'ONCFS aurait du s'intégrer à l'AFB plutôt que de revendiquer d'en n'être qu'un partenaire privilégié. Alors qu'importe que certains aient fait pression pour rendre cette fusion impossible ou que des incompatibilités "culturelles" aient pesé, l'objectif de placer sous une même gouvernance des outils et des compétences dédiées à la préservation de la biodiversité n'est pas atteint.

Le second handicap porte sur le budget de l'agence. Il devait s'établir pour 2017 à 225,5 M€, c'est à dire la somme des ressources budgétaires des entités auxquelles elle se substitue, mais le projet de loi de finances rectificative 2016 (PLFR 2016) voté le 22 décembre par l'Assemblée nationale lui retire déjà 90 M€ au titre de l'effort de redressement des finances publiques auquel tous les ministères et tous les opérateurs publics sont soumis pour ... financer le TICE par exemple. Autre pirouette, le projet de loi de finance pour 2017 (PLF 2017), adopté lui le 20 décembre, prévoit ainsi (art. 124) que 5% du produit de la taxe sur les éoliennes en mer à sont affectés à l'AFB. Mais cette taxe a été créée par la loi de finances rectificative pour 2005, et les premières éoliennes en mer ne devraient pas être mises en service avant 2019 !

Par ailleurs, plusieurs villes ont concouru pour devenir le siège de l'AFB, et cela aussi mine les fondations d'un tel projet. Pour le site de Montpellier, retenu comme l'un des trois pôles nationaux de l'agence, la présidente de Région Carole Delga et le président de la métropole de Montpellier Philippe Saurel s'auto-félicitent des efforts qu'ils ont réalisé auprès du gouvernement, et ils s’enorgueillissent de la décision finale pour leur territoire tout auréolé de vertus environnementalistes. Il aurait été plus symbolique et plus utile de placer le siège de l'AFB dans une ville située au cœur d'un Parc National, mais pas dans une métropole :=(

Et voilà ce qui est démobilisateur dans ces annonces et puis dans ces bricolages, c'est que les finalités louables sur le fond ne sont que des prétextes de rhétorique politicienne. Et ça ne peut que rebuter les citoyens qui voient les valeurs et les institutions de la République bafouées.