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26/06/2016

NDDL : 55% de OUI, mais à quoi ?

La question posée aux électeurs de Loire-Atlantique ce dimanche était : " Êtes-vous favorable au projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? ". Mais sur le fond, ce projet de nouvel aéroport ne peut pas être tranché ainsi. Déjà parce que le périmètre de la consultation, réduit au seul département de Loire-Atlantique, fausse la démarche démocratique, et puis le dossier contient encore tant d'ambiguïtés que cette consultation en devient malhonnête. Ainsi, le texte de la question omet le fait que l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique ne fermera pas puisque la société Airbus en a besoin pour la production de ses avions. Et sur Notre-Dame-des-Landes, y aura-t-il deux pistes comme le prévoit le projet initial ou une seule comme l'envisage désormais Ségolène Royal ?

En réalité, les électeurs de Loire-Atlantique ne se sont pas prononcés sur le dossier lui-même dont ils ne savent même plus où il les conduira. Ainsi, quelles perspectives réelles de développement économique vise-t-il ? Combien d'emplois seront générés ? Sur ces points économiques, il n'y a que des incantations ...

Et puis le Président de la République et son gouvernement mettent sous le tapis tous les beaux engagements de la COP21 ! Comment expliquer qu'on lutte contre le réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, alors que ce nouvel aéroport aux destinées internationales en sera un émetteur significatif ?

Les électeurs de Loire-Atlantique ont surtout voté OUI pour que l'ordre républicain dont les Retailleau, Ayrault et Valls nous rabattent les oreilles soit respecté. Aujourd'hui, c'est d'ordre plus que de raison dont le peuple français se nourrit. On le mesure régulièrement sur les manifestations sociales contre la loi Travail ; les français désapprouvent cette loi de régression sociale, mais ils plaident en même temps pour plus d'ordre dans les rues quand les cortèges défilent et que des casseurs en profitent pour s'attaquer aux policiers et aux biens. Et c'est parce que les français réclament toujours plus d'ordre que le sol national est le premier territoire d'intervention de nos forces militaires. Il faut rassurer le quidam !

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Le gouvernement s'est mis dans une situation très inconfortable en ne mettant pas un terme plus tôt à ce projet inutile. François Hollande et Manuel Valls abordent les échéances électorales de 2017 avec plusieurs boulets aux pieds. Après l'abandon de la réforme de la constitution sur la déchéance de nationalité et après la loi Travail qui n'accouchera de rien, voilà désormais le projet d'aéroport de NDDL qui va crisper la fin du mandat de François Hollande. Sera-t-il tenté par une opération de force cet automne afin d'affirmer son autorité, ou préfèrera-t-il refiler le bébé à son successeur ? Autre décision surprenante, le Parti Socialiste a décidé de ne plus tenir ses universités d'été à La Rochelle, mais à Nantes. Voilà une décision qui pourrait s'apparenter à de la provocation, surtout qu'il n'y a pas que sur cet aéroport de NDDL que les bretons ont quelques sujets de fâcherie avec le gouvernement socialiste :=(

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08/06/2016

La Salamane, le veau d'or du Coeur d'Hérault

Je siégeais ce soir à la commission aménagement, environnement et développement durable de la Communauté de communes du Clermontais, avec pour unique ordre du jour la présentation par les représentants des sociétés Castellum de Clermont, Monteleone et SPM6 du projet d'aménagement de la façade commerciale de la ZAC de la Salamane.

Le Président Lacroix a insisté en début de réunion sur les impacts sur l'emploi, ainsi que les partenariats qui vont être noués avec Pôle Emploi et avec toutes les structures de formation pour répondre aux besoins des futurs commerces. De son côté, le représentant de SPM6 a donné quelques informations judiciaires. Les recours contre la construction du Leclerc Drive sont éteints, la cour de cassation n'ayant pas donné suite au recours des requérants ; le Leclerc Drive va désormais ester en justice pour tous ces recours estimés abusifs et dont il a assumé les coûts. De même pour les recours contre l'aire de service, recours déposés par Système U et par Intermarché, le représentant de SPM6 a une nouvelle fois annoncé qu'il irait lui aussi en justice pour ces recours abusifs qui retardent ses investissements. Le décor était planté, toute opposition n'avait qu'à bien se tenir !

Le projet qui a été présenté vient compléter le projet d'aire de service qui a déjà été adopté par la Communauté de communes ; il s'agit là de remplir toute la façade autoroutière de la Salamane avec des commerces.

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 Le projet figure en rouge sur la façade autoroutière de la ZAC

Et c'est un florilège d'enseignes qui nous ont été présentées pour ce nouveau temple du consumérisme en Cœur d'Hérault ; la zone de chalandise est évaluée à 80 000 habitants et la Salamane est appelée à devenir LE pôle commercial du Cœur d'Hérault. Les enseignes Buffalo Grill, InterSport, Darty, Brico Dépôt, Feu Vert, VillaVerde jardinerie ... sont sur les rangs, et avec des lettres d'intention aussi exigeantes qu'engageantes. Un McDo est aussi attendu sur la Salamane, et c'est directement la maison mère qui est impliquée de façon à contourner le propriétaire du McDo de Clermont l'Hérault, farouche opposant aux aménagements commerciaux sur la Salamane. J'ai appris au passage que Burger King a acquis des parts dans McDo France, et avec une volonté de maillage très étroit du territoire ; il n'y aurait donc pas d'obstacle à avoir deux magasins de cette enseigne à 1 km l'un de l'autre.

Les représentants des sociétés d'aménagement ont bien évidemment mis l'accent sur le côté "vitrine territoriale" du projet. Plusieurs domaines viticoles privés sont intéressés pour avoir un espace de vente dans l'ilot de l'aire de service, et l'hôtel qui sera à l'entrée de la zone mettra en valeur les richesses de notre territoire. C'est dommage pour les communes du Clermontais que les touristes n'auront plus besoin de visiter, on leur mettra tout ça dans un carton pour la route.

Il y a aussi des enseignes qui vont quitter les Tanes Basses pour la Salamane : Chauss34, Bureau Vallée, les Cuisines Schmidt, Couleur de Tollens, Flash Enseignes, le magasin de vélos et quelques autres. Le service économique de la Communauté de communes reste très attentif sur le maintien d'activités commerciales sur les Tanes Basses, mais il est confronté à des loyers très élevés et à une spéculation foncière qui freine la reprise des locaux laissés vacants.

Tous les élus présents étaient conquis par ce projet d'aménagement ; je me suis tu pour ne pas étaler mes haut-le-cœur. Et ce projet faisait même consensus parmi les élus de Clermont l'Hérault (je ne sais d'ailleurs plus qui est dans la majorité ou dans l'opposition). Le maire Salavador Ruiz a salué un projet porteur d'espoirs pour Clermont l'Hérault ; Laure Robert était sur la même longueur d'onde tout en pointant avec ferveur les efforts environnementaux des aménageurs.

Car sur les espaces verts et autres aménagements paysagers, les représentants des sociétés porteuses du projet ne manquaient pas d'ambition. Il y aura 20% de la surface du projet en espaces verts et seront associés le lycée agricole de Gignac, des associations et des agriculteurs locaux ; il y aura des pieds de vigne et des oliviers ! Si si ! Par ailleurs, tous les toits seront couverts de panneaux photovoltaïques dont la vente de l'électricité à EDF sera utilisée par le GIE des commerçants pour entretenir les parkings, les communs et les espaces verts.

Denis Mallet a posé des questions opportunes. Tout d'abord sur les déchets, pour savoir s'ils pouvaient être collectés dans des containers enterrés comme cela se fait de plus en plus à l'étranger. Fin de non recevoir de la part des aménageurs et du directeur des services techniques de la CCC, chaque commerçant ayant à placer des containers externes pour ses déchets. Pour l'architecture des bâtiments, il lui a été répondu que tout serait calqué sur le Leclerc Drive devenu charte architecturale du lieu.

Le maire de Canet, Claude Revel, s'est inquiété pour les eaux pluviales. Sa commune ne subissait pas d'inondation avant que n'existe la ZAC de la Salamane, et elle a été plusieurs fois inondée via le ruisseau qui vient de la Salamane depuis deux ou trois ans. Selon Jean-Louis Rio, le directeur des services techniques de la CCC, ce n'est pas la Salamane qui en est la cause, mais c'est le réseau pluvial qui a été créé pour la Salamane qui collecte désormais des eaux qui viennent d'autres éléments extérieurs à la zone. En gros, il n'a pas osé dire qu'avant il y avait des terres agricoles qui absorbaient les eaux de pluies ruisselant de l'amont, et de l'A75 par exemple, mais que depuis qu'un fossé ceinture complètement la Salamane et bien les eaux de pluie empruntent ce nouvel itinéraire. C'est incroyable d'apprendre que le dossier loi sur l'eau de cette ZAC a été élaboré pour évacuer les seules eaux de pluie de la ZAC elle-même, mais en s'abstrayant totalement des ruissellements issus des espaces autour de la ZAC ...

Je ressors de cette réunion avec la déception de voir cet enthousiasme unanime de tous mes collègues, engouement verbalement exprimé par certains ou acquiescement muet pour tous les autres. En tous cas, personne pour dire qu'un tel projet va faire de ce triangle Canet-Brignac-Clermont un pôle commercial qui va entraîner toujours plus de pression démographique. Le maire de Brignac, Henri Jurquet, ne s'est pas exprimé, mais il a présenté récemment avec Jean-Claude Lacroix le projet d'extension de l'autre côte de la RD2 ; c'est dire que les élus créent là un monstre urbanistique et paysager qui finira par totalement leur échapper, ou plutôt à leurs successeurs.

Je note par ailleurs que la station service de la future aire de service est bien dérisoire, et que les espaces commerciaux de l'aire de service seront rapidement engorgés l'été quand les touristes s'arrêteront pour faire le plein. Les deux giratoires de l'A75 et leurs voies d'entrée depuis l'autoroute sont aussi des points critiques, voire accidentogènes, mais c'est comme pour les eaux de pluie, rien n'existe en dehors de la Salamane ...

Pour l'exécutif intercommunal, c'est la rente fiscale qui motive ce projet. Et le volet "emplois" présenté par le Président Lacroix est une blague, une très mauvaise blague. Ces commerces en bord d'A75 vont employer des salariés à temps partiel, et avec un fort taux d'emploi le week-end et les jours de congé. On le voit à Odysséum à Montpellier : les allées sont vides les jours de semaine et elles fourmillent de monde le samedi et les jours de congé. De plus, le boom des achats sur Internet rend ces espaces commerciaux de moins en moins fréquentés, et nous aurons peut-être là dans 20 ans une hideuse friche commerciale qui ne rapportera plus un centime de fiscalité. Aucune autre alternative ne semble exister pour créer de l'emploi, ni dans l'artisanat et ni en agriculture. Un artisan de Pézenas m'a fait part du refus qui lui a été opposé pour s'installer à la Salamane, et il va donc étendre son activité sur Béziers. Or, n'y a-t-il pas de place pour plusieurs artisans qui travaillent dans le même domaine dans la perspective d'une croissance prévue des activités de construction ? Ce monsieur qui m'a contacté installe des fenêtres, des portes et des volets en bois, en PVC et en aluminium, mais il serait concurrent direct de l'entreprise Normand sur la Salamane. Il pouvait créer 5 emplois à temps plein sur Clermont l'Hérault tout en donnant à son activité un espace plus adapté à ses nouveaux marchés. Mais on préfère ouvrir une sandwicherie qui emploiera des salariés précaires tous les midis de la semaine et le week-end. Pas cool :=(

04/06/2016

La COP21 est déjà loin ... mais n'a-t-elle jamais été un défi présidentiel ...

Pas un jour sans que Valls ou Hollande n'annonce un soutien financier à tel ou tel secteur ; une profession en détresse ou une météo capricieuse et l'obole ne vient réconforter toute complainte naissante. Eh oui, à moins d'un an de l'élection présidentielle, c'est la période où tous les électorats sont caressés dans le sens du poil. Le 2 juin devant le Congrès des maires, François Hollande y est allé de son exercice de câlinothérapie : « Alors, j'ai décidé de diminuer de moitié l'effort demandé aux communes et aux intercommunalités en 2017. La baisse prévue des dotations se fera [...]. Mais j'ai considéré, dans l'état actuel des finances publiques, que ce que je pouvais faire était ce que je pouvais honorer, ce que je pouvais financer, ce que je pouvais faire supporter, ...  ». Le bloc communal ne verra donc son effort de baisse des dotations limité qu'à 1 milliard d'euros au lieu des 2 milliards prévus initialement. Et je constate d'ailleurs dans cette intervention présidentielle, le « je » qui  décide de tout, tout seul depuis son grand Palais de l’Élysée ...

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Le gouvernement a les yeux rivés sur les indicateurs socio-économiques (croissance du PIB, pouvoir d'achat des ménages, taux de chômage, investissement des entreprises, commerce extérieur, ...) qui doivent tous passer au vert d'ici la fin de l'année. Et il s'est engagé auprès de Bruxelles à faire passer le déficit budgétaire sous la barre des 3% du PIB ; encore une promesse qui pèsera dans la popularité de François Hollande. Donc, le gouvernement ouvre les vannes pour relancer la consommation et les investissements !

Mais par rapport au projet de loi de finance 2016 que la représentation nationale a voté fin 2015, tous ces petits cadeaux financiers font dériver le budget de l’État de 4 milliards d'euros (sans compter la dernière annonce aux maires). Par exemple, et pour faire baisser le chômage, François Hollande a proposé en début d'année une prime à l'embauche de 500 € par trimestre (soit 4000 € sur 2 ans) et un plan massif de formation pour 500 000 demandeurs d'emploi ; le coût global de cette annonce est de deux milliards d'euros !

Et à ce titre, il est intéressant de lire le rapport de la commission des finances du 24 mai 2016 (cf. rapport), ainsi que le procès-verbal d'audition du ministre du budget le 18 mai 2016 (cf. rapport).

Le premier ministre a envoyé à ses ministres une lettre de cadrage pour leur fixer quelques objectifs d'économie. Ainsi, et en dehors de quelques ministères prioritaires (l’Éducation, la Défense et l’Intérieur), le décret d’avance présenté le 18 mai par le secrétaire d’État au budget, Christian Eckert, annule pour 1,1 milliard d’euros de crédits (une partie des engagements et des paiements autorisés par la loi de finances 2016), puis 1,9 milliard d’euros de mesures complémentaires devra être trouvé avant la fin de l’année afin de compenser ces dépenses nouvelles engagées. Pour 2017, l’effort des ministères devra encore être accru de 2 milliards d’euros ; ils vont ainsi devoir baisser de 2% leurs effectifs l’an prochain.

Ce qui ressort de ces décisions présidentielles et de ces ajustements ministériels, ce sont des "plus" et des "moins" ici et là. Ainsi, le décret de Christian Eckert gomme 17 millions d'euros initialement destinés au programme Patrimoines du ministère de la culture. Et en matière d'environnement, ce sont 136 millions d'euros qui passent à la trappe en 2016. En voici le détail : 23 millions d’euros consacrés à la recherche dans les domaines « de l’énergie, du développement et de la mobilité durables ». infrastructures et services de transport (72,1 millions d’euros), prévention des risques (10 millions d’euros), sécurité et affaires maritimes, pêche et aquaculture (7,7 millions d’euros), énergie, climat et après-mines (4,7 millions d’euros), météorologie (4,5 millions d’euros), paysages, eau et biodiversité (3,8 millions d’euros), informations géographiques et cartographiques (0,8 million d’euros) ; s'y ajoute 9,2 millions d’euros dans le programme conduite et pilotage des politiques de l’écologie, du développement et de la mobilité durable, c’est-à-dire la gestion des services du ministère.

De son côté, le secteur de la recherche devait subir 256 millions d'euros d'annulations de crédit, dont 134 millions d'euros concernaient les subventions allouées aux organismes de recherche. Mais les prix Nobel s'en sont alarmés dans une tribune dans le journal Le Monde, et cinq d'entre eux ont été reçus par François Hollande lui-même le 30 mai à l’Élysée ; ils ont été entendus et le Président a renoncé aux 134 millions de baisse de subvention pour la recherche, la ministre Vallaud-Belkacem y allant même de sa surenchère en renforçant les moyens de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR).

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Malheureusement pour la planète, la faune et la flore, la biodiversité naturelle et nos écosystèmes, il n'y a pas de Nobel ou de lobby suffisamment puissant pour infléchir la décision de réduire ainsi les moyens du ministère de l'environnement. François Hollande, très solennel devant tous les chefs d’État et de gouvernement réunis à Paris pour la COP21 s'était pourtant engagé à tout mettre en œuvre pour préserver notre planète, mais pas au prix de ses propres intérêts électoraux ...

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