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03/02/2017

Parlons d'eau, et de beaucoup d'autres choses ...

Le lundi 23 janvier en soirée, la petite salle du Conseil municipal d'Usclas-d'Hérault était pleine à craquer (cf. note du 24/01). Et ce vendredi 3 février, il en était de même pour la maison du tambourin à Cazouls-d'Hérault. Dans les deux cas, l'objet de la réunion portait sur l'enquête publique en cours pour la déclaration d'utilité publique (DUP) d'un captage d'eau potable pour le parc immobilier touristique de Lavagnac ; je rappelle que sur 150 hectares, il y aura 70 suites de luxe dans le château de Lavagnac, un golf de 18 trous, des villas et des appartements pour accueillir plus de 2 000 résidents l'été, ainsi que des commerces et restaurants sur place. Il est par ailleurs important d'indiquer que ces deux réunions d'Usclas-d'Hérault et de Cazouls-d'Hérault étaient organisées par les élus de chaque commune, car les dossiers soumis à l'enquête publique sont volumineux et complexes, et que ces réunions d'information permettaient de mieux partager les informations, voire même d'en débattre.

Mais ce qui est à relever au travers de ces deux réunions, et ce ne sont pas les premières mobilisations autour de ce projet à Lavagnac qui est déjà vieux de 10 ans, c'est la présence d'un public très nombreux et qui prend la parole, autant pour questionner que pour donner un avis. Oui, l'eau est un sujet qui intéresse, voire même qui préoccupe tous ses usagers.

Ce vendredi soir à Cazouls d'Hérault, Christophe Morgo a fait un bref passage (trop bref d'ailleurs). Christophe Morgo est maire de Villeveyrac, conseiller départemental du canton de Mèze, mais il est surtout le président du syndicat mixte du bassin du fleuve Hérault (SMBFH). Je me permets une aparté pour donner des explications sur toutes ces structures publiques qui s'occupent du « grand cycle de l’eau » à l'échelle d'un bassin versant. A cette échelle, il y a tout d'abord un Schéma d'Aménagement et de Gestion de l'Eau (SAGE). Le SAGE définit les orientations sur les politiques de l'eau, et c'est un document qui s'impose à tous les documents d'urbanisme des collectivités locales concernées (SCOT, PLU, ...) ; il est opposable aux tiers. La dernière version approuvée du SAGE du bassin versant du fleuve Hérault date de 2011, et il devait être mis en révision en 2016.

SAGE Hérault.jpg

Le SMBFH assure, conformément à ses statuts, les missions de coordination, d’animation et d’études pour une gestion globale équilibrée de l’eau et des milieux aquatiques sur le bassin versant du fleuve Hérault en cohérence avec le SAGE. D'ailleurs, le SMBFH devrait plutôt s'approprier le nom « d’Établissement Public Territorial de Bassin - EPTB », car c'est le statut qu'impose l’État pour être maître d’ouvrage du « grand cycle de l’eau » sur un bassin versant. En 2018, les intercommunalités pourront déléguer aux EPTB la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (GEMAPI). Une autre structure joue un rôle important, c'est la Commission locale de l'eau (CLE) ; elle est l’instance de concertation qui élabore le SAGE, qui définit des axes de travail, recherche les moyens de financement et organise la mise en œuvre du SAGE avec la volonté majeure de réussir la concertation interne et externe, d'anticiper et de résoudre les conflits d’usage.

Si l'EPTB n'est composé que de représentants des collectivités territoriales, c'est à dire d'élus, la CLE est composée de représentants de collectivités territoriales, de représentants des usagers de l'eau, des propriétaires riverains, ainsi que ceux de l’État et de ses établissements publics. Mais ce sont des structures très lourdes ; Christophe Morgo nous informait ce vendredi soir à Cazouls-d'Hérault que la CLE n'avait été installée que la semaine dernière à Lodève car il fallait que la Région Occitanie désigne ses représentants. Or, cela fait déjà un an que le Conseil régional a été élu, et il lui a fallu un an pour désigner deux élus (en l'occurrence Béatrice Négrier et Jean-Luc Bergeon).

Un autre enseignement des réunions d'information à Usclas-d'Hérault et à Cazouls-d'Hérault, c'est qu'il y a une masse énorme d'informations qui sont totalement méconnues du grand public, c'est à dire des usagers directs de l'eau (les ménages, les commerçants, les agriculteurs, les communes, ...). Ainsi, nous recevons chaque été des arrêtés préfectoraux de restriction des usages de l'eau, mais sans qu'une concertation en amont n'ait eu lieu pour ne plus en arriver là. Or, tout un chacun a des idées pour économiser l'eau ; par exemple, en réunion ce soir à Cazouls-d'Hérault, l'idée de disposer de retenues collinaires pour l'irrigation agricole a été discutée. Mais d'une discussion à une décision, comment faire ?

Il existe de rares associations qui s'intéressent particulièrement à l'eau du Fleuve Hérault ; c'est le cas du Collectif Lavagnac, créé en 2015 en vue de protéger la nappe alluviale de l’Hérault et présidé par Jean-Claude Poncé, ancien maire d'Aumelas. Monsieur Poncé était présent ce soir à Cazouls-d'Hérault, et par le passé il a déjà tenté de déplacer des montagnes (lettres aux ministres, rencontres en sous-préfecture, collecte de documents, ...), actions que les participants ce soir voulaient réitérer. Et en effet, nous avons besoin sur les 30 km qui séparent Gignac de Pézenas d'une structure citoyenne participative, qui serve de passerelle entre les usagers de l'eau et les élus qui siègent dans les syndicats mixte de gestion de l'eau, au SMBFH et à la CLE.

26/01/2017

La commune de Paulhan dit unanimement NON au pompage de centaines de milliers de mètres-cubes d'eau dans le fleuve Hérault

logo_paulhan.jpgLe Conseil municipal de Paulhan a adopté à l'unanimité ce soir une motion qui s'oppose à ce que le projet de domaine immobilier touristique à Montagnac se réalise dans des conditions aussi dévastatrices pour la ressource en eau de tout le territoire de la Vallée de l'Hérault. Le Conseil municipal a donné mandat à son maire, M. Claude VALERO, pour aller formaliser cette opposition dans le cahier d'enquête publique.

Ci-après le texte de la motion (en version PDF) : motion_captage_Lavagnac.pdf

Le débat autour de cette motion a donné lieu à une proposition alternative concernant la ressource en eau, c'est celle de réaliser des retenues collinaires. C'est un procédé bien connu des agriculteurs, mais il semble totalement ignoré des ingénieurs et des bureaux d'étude.

Et comme l'ordre du jour du Conseil municipal avait un point concernant le débat sur le Projet d'Aménagement et de Développement Durable (PADD) de notre Plan Local d'Urbanisme (PLU) qui est en cours de révision générale, nous allons nous rapprocher de la commune d'Aspiran, elle aussi en train de réviser son PLU, afin que nous puissions inscrire des retenues collinaires pour les espaces agricoles entre nos deux communes. Ces terres ne sont pas irriguées par BRL, alors qu'elles constituent un potentiel agronomique inexploité.

En tous cas, une action de résistance n'est pas toujours qu'un statu quo, et nous prouverons que l'on peut remplacer NON par AUTREMENT.

24/01/2017

De l'eau pour Lavagnac ou pour le littoral ? En tous cas, l'enquête publique en cours ne lève pas le voile ... et elle suscite de la colère

Le Syndicat intercommunal d’adduction d’eau potable des communes du Bas Languedoc (SBL) soumet à enquête publique l’instauration de périmètres de protection et de servitudes pour des travaux de dérivation des eaux souterraines en vue de l’alimentation en eau potable du projet de complexe touristique sur le domaine de Lavagnac à Montagnac ; cette enquête publique est un préalable à la déclaration d’utilité publique de ce projet. L’enquête publique se déroule du lundi 9 janvier au mercredi 8 février inclus. Cf. Avis d'enquête publique.

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Rappelons que le projet porté par la commune de Montagnac vise à transformer le château de Lavagnac en hôtel de luxe de 70 suites, entouré de 650 résidences de standing (avec piscine) et d'un golf de 18 trous sur ce site de 180 ha. Pour le seul golf, ce sont 250 000 M3 d'eau qui seront nécessaires chaque année, de l'eau que l'opérateur BRL s'engage à fournir. Or, les abonnés de BRL, presque exclusivement des agriculteurs, font déjà l'objet de restrictions d'usage sur le secteur voisin de Vendémian, Plaissan et Le Pouget.

Chateau_Lavagnac.jpg

lavangac2.jpg

Pour alimenter les futurs usagers de ce parc immobilier en eau potable, avec une occupation pouvant atteindre 2500 personnes l’été, un forage dédié a déjà été réalisé en 2009 sur la rive gauche de l’Hérault, puisant l’eau du fleuve dans sa nappe alluviale jusqu’à une profondeur de 14 mètres. Ce forage est prévu pour pomper 70 M3 par heure pendant 12 heures par jour, et il sera autorisé à pomper 70 M3 par heure pendant 20 heures par jour pendant deux mois si cela permet de sécuriser l’adduction en eau potable des communes de Montagnac et de St-Pons-de-Mauchiens. Ce sont donc 200 000 M3 qui seraient pompés chaque année pour le parc immobilier de Lavagnac, ce volume pouvant monter à 255 000 M3 s’il faut assurer un complément d’adduction en eau potable sur les communes de Montagnac ou de St-Pons-de-Mauchiens. A titre de comparaison, entre 2009 et 2015, la commune de Paulhan a distribué entre 200 000 et 218 500 M3 d'eau potable par an à ses 3 800 habitants.

Sur la moyenne vallée de l'Hérault, les ménages, les agriculteurs, les professionnels et les collectivités locales se partagent une ressource qui devient souvent critique l'été. Et pour les agriculteurs qui disposent de forages peu profonds aux limites de leur propriété, une baisse de la nappe de quelques mètres signifierait une catastrophe. En mars 2016, j'assistais à Aumelas à une réunion du collectif Lavagnac (cf. note), et j'y avais appris que le nouveau tuyau Aqua Domitia de la Région était déjà saturé ; les 10 000 hectares agricoles qu'il était destiné à irriguer sont très en deçà des besoins réels.

Ce n'est donc pas sans raison qu'en réunion du SAGE du fleuve Hérault en juin 2016, la DDTM a émis un avis défavorable à ce projet, indiquant qu’il ne devait plus se créer de captage sur le fleuve Hérault entre Gignac et Agde. Antérieurement, le Conseil syndical du Syndicat intercommunal de l’eau de la Vallée de l’Hérault (SIEVH) avait voté à l’unanimité en juin 2014 contre ce même projet. Enfin, la Commission Locale de l’Eau (CLE), qui est le « Parlement de l’Eau » sur le bassin versant de l’Hérault, s’oppose aussi au projet.

Alors pourquoi la commune de Montagnac et le Syndicat Bas Languedoc s'entêtent-ils à ce point, se mettant à dos les populations du territoire ? Surtout que le projet hôtelier connait quelques vicissitudes, le président de Pierre France, porteur du projet, est mis en examen pour abus de bien social, recel d'abus de bien social et trafic d'influence, ce qui lui a valu quelques mois d'incarcération l'an dernier, en même temps que le groupe Catella Residential qui était chargé de la commercialisation des villas avait déjà jeté l'éponge début 2016. Et si le projet immobilier est incertain, la volonté locale d'obtenir une déclaration d'utilité publique pour ce captage d'eau potable reste totalement intacte.

Le Syndicat du Bas Languedoc, qui assure la maîtrise d'ouvrage des opérations de production et d'adduction d'eau potable (avec Suez / Lyonnaise des Eaux comme délégataire), se compose de 27 communes s’étendant des portes de Montpellier (St-Jean-de-Védas, Lavérune, …) jusqu’à Vias, le long d'une large bande littorale. Ses plus gros consommateurs d’eau sont les communes d’Agde, de Sète, de Frontignan-Balaruc et de Mèze qui auront à l’horizon 2030 un besoin de 109 387 M3/Jour en période de pointe, contre 83 120 M3/Jour mesuré en 2009. Cf. Schéma directeur d'adduction en eau potable du SBL. La commune de Montagnac a rejoint le Syndicat du Bas Languedoc au 1er janvier 2012, dans l’objectif de sécuriser sa propre ressource, alors que le projet hôtelier devait lui aussi pourvoir à la sécurisation de l'adduction en eau potable de Montagnac. Alors pourquoi Montagnac avait besoin du SBL ? Ou alors, ne serait-ce pas plutôt le SBL qui avait besoin de Montagnac ?

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La carte d'implantation du Syndicat Bas Languedoc illustre bien son besoin en nouvelles ressources d'eau ; la population va continuer de croître, les activités touristiques estivales demeurent un secteur privilégié en terme de développement économique, et en même temps le réchauffement climatique va rendre la ressource en eau plus critique. Le SBL peut s'appuyer sur son historique usine de production d'eau André Fillol à Florensac ; cette usine a une production annuelle de 25 millions de M3 d'eau, avec 120 000 M3/Jour l'été, soit à peu près la consommation des quatre grosses communes urbaines du SBL.

On trouve malheureusement très peu d'informations et de données officielles sur l'eau, c'est un sujet tabou. Il ne manque pourtant pas de structures publiques qui en assurent chacune quelques responsabilités, mais la transparence n'est pas dans leur culture ... En naviguant sur le site Web du Syndicat mixte du Bassin du Fleuve Hérault, on ne trouve rien ; aucune actualité entre 2011 et 2016, aucune publication des délibérations du SMBFH. Idem pour le SAGE du Fleuve Hérault ou pour la Commission locale de l'Eau (CLE). Certains syndicats mixtes font des efforts, par exemple en publiant leurs délibérations (sauf pour le SBL), mais leurs activités restent encore très opaques pour l'ensemble des citoyens.

Peut-être faudrait-il constituer un collectif citoyen des usagers de l'eau sur ce secteur de la moyenne vallée de l'Hérault ...