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01/07/2012

C'est quoi l'écologie politique ?

"Les Verts", et aujourd'hui "Europe Ecologie Les Verts" est un parti politique dont les fondamentaux restent difficiles à appréhender pour beaucoup de monde. Alors que le communisme, le socialisme, le libéralisme ou encore le populisme sont des idéologies qui interpellent aisément le public, par leur histoire ou par la simplicité de leurs concepts, l'écologie politique est encore trop souvent réduite à la défense de l'environnement.

On connaît de l'écologie son volet scientifique, avec des chercheurs en géologie, en biologie, en climatologie, ... qui font énormément avancer nos connaissances sur toutes les interactions entre le monde du vivant et son environnement. En parallèle, de très nombreuses associations luttent activement pour préserver cet environnement qui est menacé par l'ensemble des activités humaines. Mais l'écologie scientifique et l'écologie associative doivent nécessairement trouver une issue politique pour que leurs travaux de recherche et que les actions d'alerte soient suivies d'effets. Reconnaissons au passage que l'union de ces trois facettes de l'écologie n'ont pas réussi à mobiliser les grands de ce monde réunis à Rio en juin pour un Sommet de la Terre qui était pourtant un rendez-vous crucial pour notre planète ...

Si les mots "solidarités" et "compétition" reflètent bien ce que la gauche et la droite portent comme projets politiques, le mot "coopération" est l'un de ceux qui exprime bien ce que propose l'écologie politique. Que ce soit vis à vis des écosystèmes naturels ou envers les hommes entre eux, nos comportements collectifs sont parfois destructeurs. Le souci de solidarité est important, mais il se résume trop souvent à des mesures de justice sociale que ses détracteurs réduisent à de l'assistanat ; il faut regarder de l'autre côté de l'atlantique pour voir comment l'esprit de compétition s'oppose à la fraternité, et plus paradoxalement encore dans une société très religieuse ... Or, la compétition est un moteur de la vie sur Terre, et pas seulement au sein de notre espèce ; on ne peut donc pas clouer au pilori ceux qui veulent être en avant, surtout que cette appétance au leadership peut avoir des effets très positifs.

Mais dès que la compétition a des conséquences négatives, alors c'est là où nous devons entrer dans une logique de coopération. Un exemple sur la pêche où pendant des années les flottes de navires se sont modernisées pour aller pêcher toujours plus loin et toujours plus efficacement. Or, vu l'état de la ressource qui n'arrive plus à se renouveler, il est urgent que s'organise la coopération entre les flottilles des pays maritimes. Les chercheurs, les professionnels et les Etats sont enfin d'accord sur le diagnostic et ils vont désormais coopérer durablement.

Et Darwin dans son traité sur l'évolution ne dit pas autre chose : "Ce ne sont pas les plus forts ou les plus intelligents qui survivent, ce sont les espèces qui savent s'adapter'. Or, s'adapter aux changements de notre environnement ne peut pas se faire de façon isolée et sans aucune anticipation. Il faut rentrer résolument dans une ère de coopération, et cela s'inscrit par exemple dans les politiques de construction de l'Europe, dans les stratégies sur l'énergie, dans l'accès aux ressources naturelles ou encore dans le retour à une plus grande indépendance alimentaire.

Cela signifie-t-il que l'écologie s'affranchit de toute préoccupation sociale ou humaine ? Evidemment que non, mais est-il judicieux de se battre pour la retraire à 60 ans si l'espérance de vie en bonne santé diminue ? Est-il opportun de lutter pour que tout le monde ait accès à un logement décent si c'est pour occuper une passoire thermique qui génère des factures énergétiques (fuel, gaz ou électricité) insupportables ? Ainsi, à trop vouloir imposer des politiques de solidarité qui font face à des comportements hyper-compétitifs de quelques uns, on finit par faire le lit du populisme qui stigmatise autant l'assistanat que les financiers ...

Quand on mesure la détresse du monde dans lequel nous évoluons et la fragilité de la Terre qui nous nourrit, ce qui réduit chaque jour les chances que nous donnons aux générations futures de vivre aussi bien que nous, alors on ne peut pas fermer les yeux et jouir du présent à la "carpe diem". Et chacun peut agir chez soi, dans son village ou dans son quartier, de façon éco-responsable.

24/06/2012

Ah, la croissance durable ... mais jusqu'où ?

Dans l'une de ses récentes choniques dans les colonnes du Monde, le journaliste Hervé Kampf dresse un tableau très fidèle mais aussi très inquiétant du déni d'écologie qui accompagne les premières décisions du Gouvernement et de ses services.

Les socialistes renouent sans complexe avec leur vision productiviste nombriliste. Il faut créer de l'emploi (voire même n'importe quel emploi), il faut faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat et on laissera aux générations futures le soin de gérer l'héritage.

Mais l'urgence n'est pas encore en France, ni même en Europe. Cette croissance économique durable souhaitée à Rio se fera sur le dos de centaines de millions de personnes dans des pays comme la Chine et l'Inde ; et ce sont ces pays là qui sont en danger car ils vont tout droit dans des conflits sociaux majeurs, voire même vers des situations insurectionnelles. Un exemple en Inde où cent millions d'Indiens profitent de l'essor économique de leur pays quand un milliards de leurs compatriotes, souvent des ruraux, ne sortent pas de la pauvreté. Or, on sait que tous n'auront pas accès à un mode de vie moderne ... Jusqu'à quand une telle cohabitation durera ?

Bon, François Hollande n'est à la tête de l'Etat Français que depuis un peu plus d'un mois, alors il faut souhaite qu'il puisse encore nous enchanter ...


Ecologie | chronique

Croissance à la matraque (Le Monde)

Edition du 24 juin 2012 - Le premier jet de gaz lacrymogène lancé par le gouvernement socialiste aura donc visé des paysans et des écologistes : jeudi 21 juin, les gendarmes ont tiré à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) des grenades sur des opposants au projet d'aéroport. Mercredi 20 juin, d'ailleurs, les forces de l'ordre avaient évacué à Chefresne (Manche) un local pourtant loué par le maire à des opposants au projet de ligne électrique du réacteur EPR en construction à Flamanville. Jeudi, on apprenait que l'exploration de pétrole au large de la Guyane serait autorisée, alors que la ministre de l'écologie, Nicole Bricq, avait souhaité la mise à plat du dossier. Ex-ministre, au demeurant, puisque Mme Bricq a été délogée le même jour par surprise lors du remaniement, le ministère de l'écologie étant confié à une jeune femme, Delphine Batho, talentueuse mais aussi ignorante des dossiers de l'écologie - à l'exception de celui des OGM - que démunie d'expérience ministérielle.
Voilà donc des débuts fracassants pour la politique écologique du premier ministre, M. Ayrault. La couleur est annoncée - notamment pour le débat à venir sur l'énergie : les intérêts des grandes entreprises sont prioritaires. Et l'objectif qui détermine tout, comme l'explique une parlementaire PS écologiste (cela existe), " c'est de faire des points de croissance ". Du béton pour les aéroports et pour les centrales nucléaires, c'est de la croissance, donc, vive le béton.
Les dirigeants français, hélas, ne font que refléter la pensée des classes dominantes de tous les pays, qui s'est exprimée à Rio. Contrairement à ce que l'on pense, il s'est passé quelque chose au Sommet de Rio : la victoire de l'idéologie croissanciste sur l'approche écologiste. Ce triomphe est inscrit dans la déclaration finale, adoptée vendredi 22 juin, où le mot qui revient le plus fréquemment est " croissance " (vingt-quatre occurrences). Le seul engagement pris dans l'introduction, intitulée " Notre vision commune ", est celui-ci : " Nous nous engageons à travailler ensemble en faveur d'une croissance économique durable. "
Ni le changement climatique ni la biodiversité ne sont cités dans cette introduction. Plus loin seulement, on lit : " Nous reconnaissons que les changements climatiques sont à l'origine d'une crise transversale et persistante. " Le nouveau développement durable ? Croissance über alles. Vous n'êtes pas d'accord ? Matraque et gaz lacrymogènes.
 
par Hervé Kempf

23/06/2012

François Hollande me désenchante déjà ...

La situation économique internationale, la crise des dettes des banques et des Etats Européens ainsi que la précarisation inquiétante de nos sociétés constituaient autant de handicaps pour le nouveau Président de la République. Nous savions en le préférant à Nicolas Sarkozy que nous allions changer de mode de gouvernance et l'image de notre République, mais personne n'ignorait les écueils socio-économiques.

Sur le plan Européen, le bras de fer qu'il a entrepris avec Angela Merkel ne semble pas tourner à son avantage, et on s'oriente petit à petit vers un compromis pour sauver la face. Sur le plan social, on sait que le chômage va continuer à croître en 2012, et il s'accompagne de quelques défauts d'entreprise (PSA à Aulnay, Air France, le Groupe Doux, ...) qui permettront au chevalier Montebourg de pourfendre le modèle capitaliste. On attend par ailleurs une augmentation du SMIC et une augmentation du point d'indice des fonctionnaires (gelés depuis plusieurs années) ...

Il y a par contre un domaine que François Hollande et ses amis sacrifieront sans vergogne à l'intérêt des grands groupes industriels, c'est l'écologie !

La période électorale nous avait déjà permis de mesurer les ambitions du candidat Hollande dans le nucléaire. Un coup de téléphone d'AREVA avait déjà donné lieu à un affrontement avec le partenaire écologiste, la filière MOX ne devant pas disparaître de l'accord de gouvernement entre le PS et EELV. La fermeture d'une seule centrale en 5 ans témoigne aussi de la motivation du camarade Hollande. Outre-Rhin, l'Allemagne a très vite compris l'intérêt stratégique des énergies renouvelables ; à la clé, il y a des secteurs industriels nouveaux à promouvoir, de la richesse supplémentaire et de la création d'emploi. Au Japon, plus aucun réacteur ne fonctionne après le drame de Fukushima, et ce pays qui dépendait à 30% du nucléaire dans sa production électrique a engagé d'importants chantiers d'économie d'énergie.

C'est par ailleurs dans la plus grande discrétion médiatique que François Hollande recevait à l'Elysée le Président Nigérien Mahamadou Issoufou  à la mi-juin pour formaliser ensemble l'accélération de l'exploitation d'une mine d'uranium géante à Imouraren. Le principal bénéficiaire de cet accord avec cette ancienne colonnie Française n'est pas le peuple Nigérien, régulièrement touché par des famines au Sahel, mais AREVA, le fleuron de l'industrie nucléaire Française. Alors comment comprendre que le Président veuille diminuer la part du nucléaire dans la production d'électricité en France et qu'il veuille en même temps augmenter les importations d'uranium ?

Nous savions aussi qu'avec Jean-Marc Ayrault, le défenseur acharné de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes, le duo à la tête de l'Etat n'était pas préoccupé par l'écologie ... Et ils sont très rares au Parti Socialiste ceux qui ont une conscience aigüe de ces enjeux pour le 21ème siècle.

Nicole Bricq est la première victime socialiste du virus écologiste. Totalement inconnue du grand public avant le 16 mai, cette sénatrice de Seine-et-Marne connaît bien les dossiers environnementaux. Mais elle a fait le geste de trop : elle a voulu suspendre deux arrêtés préfectoraux autorisant la société Shell à explorer des gisements de pétrole au large de la Guyane. Et elle voulait surtout réviser le code minier dont l'ancienneté offre de multiples opportunités pour les groupes pétroliers en matière de gaz de schiste. Reléguée au commerce extérieure à Bercy à l'occasion du remaniement du 21 juin, elle aura peut-être l'occasion de mesurer d'ici quelques années les plus-values générées par les 300 millions de barils de pétrôle promis par Shell et leur poids dans la balance du commerce extérieur ...

Bricq_Hollande.jpg

 

Enfin, l'irone de l'histoire c'est que c'est aux côtés de Nicole Bricq que François Hollande assistait au sommet de Rio pour y défendre l'économie verte, cette économie verte pour laquelle Nicole Bricq souhaitait "apporter une dimension sociale" ...

Souhaitons néanmoins que les quelques ambitions que François Hollande porte pour l'écologie ne soient pas aussi étriquées que tout cela ; mais je suis très sceptique.