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26/11/2014

Sivens, l'Europe contrarie ce projet inutile porté par les élus du Tarn

Il y a sur Wikipédia un dossier très complet sur le projet de barrage de Sivens (Tarn), né en 1969 et véritablement lancé au début des années 2000. Au départ, l'intérêt des acteurs locaux pour ce barrage était de fournir aux agriculteurs du secteur une ressource qui leur permette de se développer. C'est ce modèle productiviste qui pose un voile pudique sur les questions environnementales pour n'insister que sur les enjeux socio-économiques ...

Aujourd'hui, les changements du climat nous imposent de nous adapter (cf. Darwin), et ce n'est pas à la nature de s'adapter à nos désirs. Or, s'il y a de moins en moins d'eau qui coule l'été dans le Tescou et si les températures moyennes augmentent régulièrement, alors il faut choisir des variétés et des pratiques plus économes en eau. Car investir 8,4 M€ pour une retenue d'eau (surdimensionnée de 1,5 millions de mètres-cubes) qui ne servira qu'à quelques dizaines d'agriculteurs, c'est une dépense assez irrationnelle.

Il y a aujourd'hui sur le site envisagé pour ce barrage une zone humide de 18,81 ha qui fait partie des zones humides majeures du département du point de vue de la biodiversité ; plusieurs dizaines d'espèces de plantes et d'animaux (insectes, amphibiens, reptiles, oiseaux et chiroptères) protégés y ont leur habitat. Une zone humide est un écosystème qui assure par exemple une bonne qualité de l'eau qui y passe. Le Conseil général du Tarn a créé en 1997 un barrage identique à celui de Sivens, c'est le barrage de Fourogue (1,3 millions de mètres-cubes sur la Vère). Or, les analyses de l'eau en aval de ce barrage se révèlent médiocres, alors que celles effectuées sur le Tescou en aval du site d'implantation du barrage est bon (cf. note comparative).

Le Tescou est un petite rivière, régulièrement asséchée l'été.

Or, c'est justement sur ce point que la Commission européenne interpelle le gouvernement français, le barrage envisagé à Sivens est susceptible de détériorer l'état écologique de la masse d'eau retenue. La directive sur l'eau auxquels sont soumis tous les projets d'aménagement vise à garantir « une durable de l'eau à long terme », et c'est une exigence qui a été négligée. Le gouvernement français a désormais deux mois pour répondre à la lettre de mise en demeure de la Commission avant que celle-ci ne fasse un recours devant la justice européenne, susceptible de mener à des sanctions financières.

Mais la question que pose cette nouvelle remise en cause du projet, c'est celle de la démocratie locale. Les conseillers généraux du Tarn qui ont très majoritairement approuvé ce projet, et à de multiples reprises, ont-ils vraiment connaissance des enjeux et des impacts d'un tel projet ? L'exercice du pouvoir ne s'illustre pas uniquement au travers d'ouvrages ou d'équipements publics toujours plus beaux et plus grands que ceux du voisin. La sobriété devrait être un nouveau principe républicain, car les biens communs doivent être préservés, économisés et consommés avec le souci constant ne pas en priver les générations futures.

Ce projet de barrage ne verra pas le jour, en tous cas dans la configuration prévue initialement par le Conseil général du Tarn et par la Compagnie d'aménagement des coteaux de Gascogne (CCAG), mais il a provoqué la mort d'un jeune opposant, Rémi Fraisse. Les autorités publiques ont laissé ce dossier dégénérer, et il en est de même par exemple à Notre-dame-des-Landes ; il est évident que la classe politique ne pourra plus échapper à ses responsabilités.

26/08/2014

Pendant que Rosetta sonde une comète pour découvrir les clés de l'origine du monde, nous sommes hypnotisés par un bien mauvais feuilleton politique

Au lendemain des journées d'été d'Europe Écologie Les Verts à Bordeaux et aujourd'hui en plein mélodrame gouvernemental, les médias ont un peu trop vite réduit les écologistes à deux courants : le premier plus radical exigeant une rupture avec le modèle économique dominant et le second très pragmatique revendiquant que c'est seulement en exerçant le pouvoir que l'on peut faire bouger les choses. En gros, je décris ici les stratégies respectives de Cécile Duflot et de Jean-Vincent Placé.

Mais l'écologie politique ne se réduit pas à des stratégies politiciennes, il y a d'abord un socle programmatique qui revendique des alternatives au productivisme et au consumérisme. Et un écologiste ne se demandera pas "comment et à qui redistribuer les fruits de la croissance", ce qui renvoie aux stratégies économiques de l'offre ou de la demande. Pour un écologiste, il y a d'abord une planète dont le stock de ressources planétaires pour 7 milliards d'être humains a fini d'être consommé le 19 août pour l'ensemble de l'année 2014 ; depuis le 20 août, nous exploitons les ressources des années à venir ... Et il s'y ajoute que notre activité humaine pollue la planète (l'eau, l'air et les sols), et qu'elle altère durablement son climat.

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Aujourd'hui, le parti Europe Écologie Les Verts est soumis à des tensions internes semblables à celles que connait le Parti Socialiste. Un militant sincère et passionné comme Gérard Filoche est à cent lieues d'un ministre pétri de sociale démocratie. Et tout comme le PS pourrait exploser demain face à ces mouvements de plaques tectoniques, EELV pourrait aussi se décomposer. Mais ce serait aussi plus honnête dans notre démocratie que chacun suive ses convictions plutôt que la ligne d'un parti politique (cf. Winston Churchill : « Certains changent de conviction pour leur parti, moi je change de parti pour mes convictions »). Et ces partis qui ne sont plus que des écuries électorales sont rejetés par le peuple, car dès l'élection passée les élus ne font plus que ce qui servira leur réélection ...

Ce qui nous manque cruellement, ce sont des formations politiques qui fassent naître des idées nouvelles adaptées aux circonstances, et puis que ces formations s'accordent selon le principe de l'autonomie contractuelle pour gouverner ensemble, chacune faisant avancer ses projets dans le souci de l'intérêt général. Qu'importe donc l'avenir d'un Arnaud Montebourg ou d'un Manuel Valls si leurs idéaux sont occultés par l'affichage de leur envie de se présenter à la présidentielle de 2017 ?

Autrement, c'est le Front National qui fait office de voiture-balaie des déçus de notre démocratie. La qualité de vie régresse, les inégalités sociales s’accroissent et le lien social se dissout dans une société de plus en plus individualiste ; cela génère des peurs et donc la tentation de se raccrocher à tout ce qui peut rassurer, même quand c'est irrationnel.

Et la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, ne cache-t-elle pas des mystères bien plus passionnants que ces quelques joutes éphémères ?

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26/06/2014

Ecotaxe, après les bonnets rouges les ... bonnets d'âne

Ah oui, il ne faut plus dire écotaxe ... Ségolène Royal ne veut plus que l'écologie soit punitive et associer le préfixe "éco" à "taxe" suffirait déjà à plomber le projet. Voici donc le "péage de transit pour les poids lourds" ! On ne sait plus trop quel est l'objectif poursuivi, mais on sait que c'est une sacrée usine à gaz.

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Le gouvernement abandonne les portiques (ils serviront peut-être pour autre chose), et il décide de rentrer dans le capital de la société Ecomouv qui va percevoir une taxe pour certains camions qui circulent sur certaines routes gratuites selon une technologie qu'il reste à déployer. L'Etat en attend une recette annuelle d'un demi milliard d'euros qu'il souhaite investir dans des chantiers de transports, mais pas nécessairement des transports propres alternatifs comme le rail ; il peut s'agir par exemple de mettre une route nationale en double voies. L'argument massue de Ségolène Royal est que les camions abiment les routes sans avoir à payer leur entretien, contrairement aux autoroutes, et cette nouvelle fiscalité trouve là sa justification.

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Bref, nous sommes très très loin de ce qu'une fiscalité écologique peut poursuivre comme objectif en matière de transport. Une telle fiscalité ne devrait avoir qu'une seule cible : contraindre les usagers des transports individuels et/ou polluants à privilégier des transports collectifs et/ou propres quand ils sont disponibles, la recette de cette fiscalité servant à améliorer l'offre de transports collectifs et/ou propres. Ainsi, là où il y a de multiples avenues et voies rapides qui se congestionnent systématiquement aux heures de pointe, les pouvoirs publics créent des réseaux de transports en commun et ils appliquent un malus aux premiers pour proposer un bonus aux seconds. De même, là où il y a des autoroutes où les camions cheminent en file indienne, cul à cul, il faut mettre en place une offre de ferroutage et taxer le transport routier pour orienter le fret vers le rail.

La stratégie est pourtant simple. Et elle n'est pas compliquée à expliquer. Il faut présenter de façon exhaustive tous les points noirs du transport actuel, et mettre en regard des chantiers de transport alternatif. Quand l'offre est présente, il faut jouer sur cette fiscalité pour faire changer le comportement des usagers de la route. Et si l'Etat doit fixer le cap, il doit déléguer aux régions la mise en oeuvre de cette fiscalité ecologique. Chaque région a ses spécificités en matière de transports et chaque région peut apporter des réponses spécifiques dans un cadre général imposé par la loi.

Mais là, avec ces projets fiscaux définis au sommet de l'Etat et mis en oeuvre par ce même Etat, la réalité du terrain fait apparaître des disparités régionales au dernier moment. Comme avec les bonnets rouge ... Bon, Ségolène hérite elle du bonnet d'âne ; en attendant le(la) prochain(e) ministre de l'Ecologie ;-)