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23/10/2016

Revitalisation commerciale des centres-villes, des solutions existent !

Toutes nos communes sont concernées, elles voient leurs commerces mais aussi leurs services de proximité quitter les centres-villes pour aller s'établir en périphérie. Sur le Clermontais, je suis régulièrement intervenu en assemblée communautaire pour pointer l'attractivité des zones des Tanes Basses et de la Salamane, et cela au détriment du centre-ville de Clermont l'Hérault. A Paulhan aussi, les commerces et les services préfèrent la zone de la Barthe au centre-ville ; nous avions deux supérettes en centre-ville, mais elles ont été supplantées par le Carrefour Contact à la Barthe. Pris au pied de la lettre, un tel constat peut s'avérer négatif, mais il faut le replacer dans une démarche plus globale.

Un centre-ville peut évoluer, mais les usages des habitants d'une commune eux ne changent guère. Il leur faut acheter leur alimentation, acheter des journaux, poster du courrier, se faire soigner, etc. La délocalisation des services et des commerces n'est donc pas nécessairement un mal, mais alors trois conséquences sont à prendre en compte : 1. Permettre aux usagers d'y accéder facilement. 2. Ne pas laisser les centres-villes en déshérence. 3. Maintenir l'emploi local.

Trop souvent, une grande surface avec une galerie marchande située en périphérie des villes, non accessibles sans voiture, aura préalablement détruit des dizaines d'emplois en centre-ville, un centre-ville où des locaux vacants demeurent sans autre destination. Ces constats figurent clairement dans le rapport sur la revitalisation commerciale des centres-villes que deux instances publiques ont remis le 20 octobre 2016 au gouvernement. Ces deux organismes sont l'Inspection générale des finances (IGF) et le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), émanations expertes du Ministère des finances et du Ministère de l'Environnement.

Nuage_mots.jpg

Je vous invite bien évidemment à consulter tous les documents qui ont été remis au gouvernement : cf. lien vers le site du ministère de l'économie et des finances. Le rapport complet (471 pages) est à parcourir, même en diagonale, car il est réellement instructif. La synthèse et les graphiques sont des ressources utiles. Ce rapport propose cinq leviers d'action pour la reconquête commerciale des centres-villes et un total de 16 recommandations ; et même pour des bourgs ruraux comme nos villes de Paulhan, de Clermont l'Hérault, de Gignac ou de Lodève, il y a des leviers à exploiter utilement.

Cinq_leviers_revitalisation_commerciale_centres_villes.jpg

Le premier levier porte sur la volonté, à l'échelon communal comme intercommunal, de définir une stratégie locale de revitalisation commerciale des centres-villes qui doit se retrouver dans les documents d'urbanisme (PLU, PLUi et SCOT). Le second levier concerne les stratégies d'aménagement commercial, qui sont trop souvent subies par les structures politiques locales. La gouvernance par des acteurs économiques locaux organisés est la clé des troisième et quatrième leviers, en étroite collaboration avec les acteurs politiques qui ne sont que des facilitateurs. La maîtrise foncière est au cœur du cinquième levier, et il existe des outils adaptés aux situations commerciales des communes.

Mais il y a de nombreux facteurs à prendre en compte pour établir sur le moyen terme une stratégie d'aménagement commercial : la consommation des ménages qui décroît significativement depuis 15 ans, la démographie, le pouvoir d'achats des populations du territoire, etc. Il faut noter aussi que l'e-commerce prend de plus en plus de place dans les pratiques de consommation des ménages comme des professionnels.

Je pose pour ma part une question complémentaire : combien de commerçants et d'entrepreneurs siègent au sein des conseils municipaux et des structures intercommunales ? Bien trop peu ! Or, ces assemblées d'élus sont sensées représenter la population qui les a élues ... Je ne fais là aucune reproche à quelque assemblée que ce soit, je pense par contre que c'est un problème qui ne peut perdurer.

22/10/2016

Merci aux Wallons !!!

Dans la langue de Shakespeare, le CETA est le Comprehensive Economic and Trade Agreement ; c'est un accord économique et commercial global entre l'Union européenne et le Canada qui est en chantier depuis 2009. Le contenu de cet accord a été dévoile à Ottawa en septembre 2014, après des négociations sécrètes comme celles qui sont décriées pour le TAFTA. Mais alors que depuis deux ans il ne s'agissait plus que de faire approuver l'accord par les parlements des dix provinces canadiennes ainsi que par les vingt-huit États de l’Union européenne, la Région wallonne de Belgique a pris le projet à bras le corps, décortiquant les 1600 pages de l'accord lors de laborieuses réunions de travail. Et il y a un an, la Wallonie a fait part de ses critiques et de ses questionnements à la commission européenne ... qui ne lui a répondu qu'il y a 15 jours :=(

Wallonie_Europe.jpgCette région qui ne représente que 0,39% du territoire de l'Union européenne et 0,71% de sa population a alors décidé que l'accord conclu en 2014 ne pouvait pas rester en l'état, et son ministre-président Paul Magnette a engagé un bras de fer avec la commission européenne et avec la ministre canadienne du Commerce extérieur, Chrystia Freeland. Mais en vain ! Et Monsieur Magnette fait l'effet d'un drôle de Gaulois depuis son village d'irréductibles opposants au CETA, déjouant ainsi les espoirs des gouvernements « libre-échangistes » de l’Union et brisant cette belle entente libérale avec le Canada.

Il faut écouter ce discours du ministre-président Paul Magnette devant son Parlement Wallon, il nous donne là une extraordinaire leçon de démocratie !

ceta,tafta,paul magnette,josé bové

Voila un socialiste qui agit en véritable homme d’État et qui nous réconcilie avec la politique comme levier du développement d'une société. Il n'use pas d'éléments de langage convenus, et au contraire il donne envie à chaque citoyen(ne) de prendre son avenir en main.

Stop_CETA.jpgCe temps où l'organisation mondiale du commerce (OMC) planifiait les échanges internationaux pour le profit des multinationales de la planète semble révolu. Après 20 à 30 ans d'une mondialisation béate, les populations des pays occidentaux se sentent de plus en plus devenir de simples variables d'ajustement socio-économiques ; l'humain est devenu secondaire. Je trouve aussi très sain que les citoyens fassent entendre leur voix, comme nous le fîmes en France en 2005 lors du vote sur le Traité de Constitution Européenne (TCE).

José Bové s'était vu refuser l'accès au territoire canadien la semaine dernière ; il était justement invité à participer à une conférence sur le CETA, mais son voyage s'est arrêté à l'aéroport de Montréal. Il faut donc savoir être un grain de sable dans la très cynique machinerie mondialiste, et ça donne de l'espoir !

21/10/2016

Revenu de base, l'idée fait son chemin ...

Toutes les études prospectives s'attachent à décrire une véritable révolution dans notre relation au travail. Alors qu'au 19ème puis au 20ème siècle le travail s'est inscrit progressivement dans le salariat, ce lien très encadré par le code du travail et par la jurisprudence sociale entre l'employé(e) et l'employeur évolue dans l'autre sens. Outre que l'accès à l'emploi devient plus difficile, car les entreprises s'appuient de plus en plus sur les nouvelles technologies, le nomadisme professionnel deviendrait la norme.

L'histoire a démontré que face à un système économique qui creuse les inégalités, le corps social met en place des instruments correctifs qui permettent à ceux qui entreprennent comme à ceux qui y contribuent de pérenniser leur relation socio-économique. L'impôt, caractérisé par son rôle redistributif, est l'un de ces outils. Le rôle des syndicats au sein des instances paritaires comme dans les négociations sociales témoigne de leur importance dans la recherche d'un équilibre social.

Aujourd'hui, la part de population active sans emploi ou dans des emplois précaires s'accroît, et la réponse qu'apportent les politiques n'est guère encourageante. En effet, ils n'entrevoient pas d'autre issue que la poursuite du modèle actuel, en nous promettant que chacun(e) demain y trouvera son compte. Mais 7,4 millions de personnes bénéficient de minima sociaux en France et 8,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (soit 14,1% de la population). Dans ce cadre-là, la France propose une kyrielle de prestations sociales auxquelles l'accès est un parcours du combattant. Et ce système de minima sociaux est complexe, tous ses bénéficiaires potentiels n'y recourent pas et ses coûts de gestion par les partenaires sociaux sont élevés. Les dépenses de protection sociale en France représentent un tiers du produit intérieur brut (PIB). Des responsables politiques n'hésitent d'ailleurs pas à stigmatiser cette politique de l'assistanat, lui préférant un retour au 19ème siècle où quelques sous gratifiaient des emplois occasionnels.

Le revenu universel de base, ou revenu d'existence, est depuis longtemps une revendication sociale des écologistes, parce que nous savons bien que la paupérisation entraîne des restrictions dans l'alimentation, dans l'hygiène, dans le recours aux soins ou encore dans le chauffage de son domicile, autant de facteurs qui déshumanisent notre société. Et il faut saluer le travail réalisé cette année par les sénateurs au travers d'une mission d'information sur l'intérêt et les formes possibles de mise en place d'un revenu de base en France. La chambre haute du Parlement profite d'une certaine imperméabilité vis à vis des aléas électoraux, ce qui lui permet de travailler sur des thématiques de fond, avec un esprit prospectif qui s'affranchit du calendrier législatif. Et ce travail sur le revenu de base est remarquable ; je vous invite à lire ce rapport, ou tout au moins sa synthèse, car nous sortons enfin de l'utopie pour esquisser un dessein plus solidaire.

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Mais il ne faut pas non plus être angélique, car il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Nos voisins Suisses ont soumis un tel projet de revenu de base inconditionnel (RBI) à une votation en juin dernier, et les trois-quarts des électeurs ont dit non ... C'est un groupe sans appartenance politique qui avait travaillé sur ce projet ; il proposait un RBI de 2260 € par adulte et de 600 € pour chaque mineur. Le coût du RBI en Suisse avait été évalué à 188 milliards d'euros, le total des aides et assurances sociales en Suisse s'élevant à 166 milliards d'euros. Le gouvernement Suisse et les partis politiques étaient opposés à ce projet, le jugeant trop coûteux, banalement idéaliste et synonyme d'anti-travail.

Le socialiste Benoît Hamon, candidat à la primaire socialiste, est l'un des rares promoteurs du revenu de base, en même temps qu'ils prône la réduction du temps de travail. Mais il est de ces projets innovants, comme les monnaies locales ou comme les formes coopératives de travail qui manque de bienveillance politique ; le mandat de François Hollande aura au contraire été émaillé de réformes libérales (CICE, loi Macron, loi El Komry, pacte budgétaire européen, ...), donc rien de très humaniste :=(

JD.jpgLe sénateur écologiste de Paris Jean Desessard a été l'un des artisans de cette mission d'information, et je tiens à lui rendre hommage pour avoir « inoculé le virus à ses collègues du Palais du Luxembourg ». Je connais Jean depuis près de 15 ans, et sa chaleureuse bonhomie témoigne que même en costume-cravate on peut porter un projet radicalement alternatif. Je vous invite à lire sa contribution à la mission d'information (Pour un revenu de base).

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