Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

14/08/2011

Mesdames Aubry et Pécresse complètement à côté du problème ...

La première s'en prend aux niches fiscales et à la défiscalisation des heures supplémentaires tout en promettant la création de 300.000 emplois jeunes, et la seconde propose pour 2012 de faire 2 milliards d'euros d'économie sur les dépenses de l'Etat ... En gros, elles se focalisent sur la fuite d'eau au fond de la baignore sans se préoccuper du robinet qui ne se ferme plus.

Bien sur qu'il faut revenir à l'équilibre du budget de l'Etat, mais il y a des questions de fond qui se posent en amont : le poids de la dette, le rythme de l'activité économique et l'Euro. Tant que nous n'aurons pas un cadre plus vertueux, alors nous serons toujours à essayer de colmater des brèches.

Concernant la dette des États, mais de tout les États du monde, il faut un moratoire international. Et il ne faut plus laisser le Fond Monétaire International ou la Banque Mondiale s'en occuper, il faut une véritable résolution de l'ONU comme cette institution sait en prendre quand des populations sont menacées. On pourrait par exemple geler toutes les dettes des États, c'est à dire stopper les remboursements du capital et des intérêts pendant un an ou deux, et continuer à autoriser les États à emprunter pour financer des projets structurants. Un emprunt pour construire un réseau de tramway ou une université, oui, mais pas pour acheter des avions de chasse, des sous-marins et des équipements industriels sur des marchés confidentiels. On ne peut pas effacer toutes ces dettes souveraines d'un coup car cela poserait des problèmes d'équité ; pourquoi effacer tout ou partie des dettes d'un Etat et pas d'un autre ... Mais en retirant cette épée de Damoclès que cette dette fait porter au dessus de nos têtes, soit quand même 1.682 milliards d'euros pour la France et 14.598 milliards de dollars pour les USA, on libère immédiatement plus de 100 milliards d'euros par an (pour la France) qui correspondent au service de la dette (remboursement des intérêts et du capital), et qui équivalent à la totalité des recettes fiscales directes de l'État (impôts sur les sociétés et sur les revenus, ISF, ...).

Sur l'activité économique, et là je laisse de côté le PIB qui n'est qu'un indicateur productiviste, il faut relocaliser et écologiser ! En taxant les produits importés de pays qui font du dumping social et environnemental, on régule de façon équitable les échanges commerciaux internationaux. Et cela nous donne de l'oxygène pour implanter des entreprises, qu'il s'agisse d'industries ou de producteurs agricoles locaux. On le sait bien, quand les entreprises ont des commandes et que le chômage est plus proche de 5% que de 10%, alors les recettes fiscales (directes et indirectes) et sociales alimentent des budgets équilibrés. Et mettre fin à la règle de suppression d'un poste de fonctionnaire sur deux qui partent à la retraite, c'est assurer la continuité du service public tout en donnant du pouvoir d'achat à des jeunes qui galèrent pour trouver un job.

Enfin, il faut régler le problème de l'euro. Nous nous sommes arrêtés au milieu du gué en 2002 quand nous avons adopté la monnaie européenne, alors soit on fait marche arrière, soit on poursuit la traversée. Revenir en arrière ne signifie pas nécessairement de revenir au franc, mais par exemple de réduire le cercle des pays qui utilisent l'euro à ceux qui ont des économies semblables. Et la question à se poser est de savoir si l'allemagne et quelques autres pays n'imposent pas des règles insupportables pour les autres ... A l'inverse, aller au bout de la démarche signifie clairement d'abandonner une part de notre souverainneté budgétaire pour la placer entre les mains de la Banque Centrale Européenne. En fin de semaine dernière, Jean-Claude Trichet aurait imposé à l'Italie un certain nombre de mesures économiques et sociales que Sivio Berlusconi a adopté sans sourciller. La monnaie est un puissant levier de régulation économique, mais aujourd'hui nous en sommes dépossédés. Alors soit nous en retrouvons un usage exclusif, soit nous le déléguons à l'échelon européen, mais on ne peut pas rester en l'état.

Voilà trois axes programmatiques majeurs pour la campagne de 2012, trois thèmes qu'il faut aborder en priorité. Et ne nous laissons pas amuser par les passes d'arme des responsables politiques de l'UMP et du PS, ayons enfin le débat politique qui nous fera sortir de la crise actuelle. Et n'ayons pas peur de dire qu'il s'agit là d'une véritable révolution dont la France doit être l'ambassadrice à l'international. Notre révolution de 1789 et l'ère des lumières ont fait écho à travers le monde pendant deux siècles, il n'y a donc aucune raison de pas pouvoir renouveler l'expérience ...

13/08/2011

Le Clermontais et son scénario d'avenir : "Logistique & Transports" !

Midi Libre nous présente aujourd'hui un résumé de la réunion qui s'est tenue à Canet sur le thème du développement économique dans le cadre de la phase de concertation de l'Agenda 21 intercommunal. Mais l'article ne reflète pas l'exacte réalité de cette soirée estivale où nous étions une vingtaine de personnes pour aborder l'avenir économique du Clermontais. Et la photo utilisée par Mme Martinez dans cet article reflète toute l'escroquerie d'une telle concertation.

L'essentiel de la rencontre a porté sur la présentation par Mme Jeanjacques, Directrice de la Maison de l'Emploi du Pays Coeur d'Hérault, de la situation économique et sociale du Coeur d'Hérault, mais elle a aussi dressé des perspectives d'avenir.

Après avoir pointé du doigt le fort taux de précarité de notre territoire, que dit Mme Jeanjacques sur l'avenir du Clermontais ? Elle n'y va pas avec le dos de la cuillère : "Ralentissement de la croissance démographique prévisible, vieillissement de la population, nécessité d'adaptation des services aux besoins, nombre peut-être plus importants d'inactifs que d'actifs, baisse du pouvoir d'achat, précarisation et appauvrissement de la population, transformation non maîtrisée des activités économiques" ! Avec tout ça, faut être vraiment maso pour miser un copec sur notre territoire ...

Mais Mme Jeanjacques n'est pas du genre pessimiste, et elle a un scénario magique. Sincèrement, je ne pensais pas que ce soir là la plate-forme logistique de Système U serait au centre de notre stratégie de développement économique. Mme Jeanjacques a d'abord regretté que la Communauté de Communes n'ait pas anticipé plus en amont les enjeux de cette plate-forme. Au delà des 120 à 150 recrutements annoncés, Mme Jeanjacques aurait préféré que la CCC mette en avant les enjeux pour les entreprises en présence (112 entreprises sur le Coeur d'Hérault et 29% d'entre elles sur le Clermontais), ainsi que l'offre de formation dans les domaines de la logistique et des transports (il existe 212 diplômes d'état dans le secteur de la logistique et 226 dans celui des transports terrestres, mais il n'y aucune offre de formation sur le Coeur d'Hérault).

Et selon elle, mais y a du Cazorla la dessous, il faut "construire une réflexion collective territoriale" à partir d'un projet comme celui de Système U. Il faut se poser les questions suivantes : Quel développement durable pour le transport et la logistique sur ce territoire ? Quelles orientations et quelles implications ? Quels arguments pour attirer d'autres entreprises du secteur ? Quel projet de formation initiale et/ou continue ? Quels aménagements, infrastructures et services complémentaires ? N'en jetez plus, on a bien compris que l'emblème du Clermontais sera bientôt un gros camion sortant d'une plate-forme logistique pour emprunter une autoroute ... Nous ferons passer le permis poids lourd aux jeunes qui sortent du lycée et les collègiens feront des stages professionnels comme manutentionnaires.

Heureusement ce soir là, il y avait aussi une présentation sur l'avenir agricole autour du Salagou. Mais cela renforce le sentiment de la presque totalité des élus locaux du Clermontais, il y a une partie du territoire dans le triangle Clermont-Canet-Gignac qui sera abandonné à l'urbanisation et à l'implantation de toute entreprise créatrice d'emplois, et une autre partie qui constituera notre jardin, là où nous pourrons aller respirer un peu le soir et le week-end. Mais c'est un piège à cons, déjà il y a 15 ans on disait que le Coeur d'Hérault serait le jardin de Montpellier ... Les promoteurs et les suceurs de fric n'ont ni frontière ni morale, et nous sommes leurs pigeons.

12/08/2011

Annulons toutes les dettes !

Mais si c'est possible ... faut juste le vouloir tous ensemble.

L'actualité des marchés bouscule la tiédeur estivale en nous annonçant chaque jour la fin du monde. A la suite des premiers feuilletons de 2008, ce sont les États qui se sont portés garants pour les acteurs économiques (banques, grandes entreprises, particuliers, ...) et ce sont maintenant les dettes publiques des états qui sont attaquées par les méchants spéculateurs. Ce mécanisme de spéculation est assez simple ; quand on emprunte, on contracte une assurance qui sert à garantir l'emprunt. Mais plus l'emprunteur est "potentiellement défaillant" et plus ces assurances enflent. C'est ce qui est arrivé à la Grèce et c'est l'attaque subie par la France hier sur les marchés, ces assurances (cf. CDS) rendent l'accès au crédit de plus en plus difficile. Et la perversité du système, c'est que ces contrats sont des produits boursiers sur lesquels on peut spéculer !

Et tout le monde ne parle plus donc que de cette dette publique qui pèserait sur les générations futures. Aujourd'hui, le poids de la dette publique française est de 25.000 € par habitant !

A partir de là, chacun y va de sa petite théorie. A gauche (le PS français comme les démocrates américains), il faut augmenter les prélèvements fiscaux, surtout envers les plus riches, afin d'accroître les recettes de l'Etat. A droite (l'UMP en France comme les républicains américains), il faut tailler dans les dépenses de l'Etat, et en l'occurrence sur les services publics et les prestations sociales. D'autres (un peu à gauche comme à droite) verraient bien un peu d'inflation afin de faire croître artificiellement le PIB (et arithmétiquement faire baisser le poids de la dette qui s'exprime en % du PIB). Mais qui dit inflation dit hausse des prix et baisse du pouvoir d'achat ... D'autres encore attendent que les allemands abandonnent l'Euro pour enfin pouvoir dévaluer l'Euro face au Dollar et au Mark, et ainsi améliorer notre balance commerciale qui contribue elle aussi au PIB.

Dans tous les cas, les responsables politiques exploitent le spectre de cette dette (que les générations futures auraient à rembourser) pour nous faire passer la pilule de leurs doctrines économiques, sociale-démocrate pour les uns et néo-libérale pour les autres. Sauf que toutes ces mesures ont la même conséquence, elles contractent l'économie elle-même ! Préléver plus d'argent à ceux qui en ont pour rembourser la dette, c'est autant d'argent non investie dans l'économie réelle créatrice d'emplois. Baisser le pouvoir d'achat des plus pauvres, c'est assurément la meilleure façon de baisser la consommation et donc de réduire les bons de commande des entreprises qui emploieront moins. Je ne dis pas qu'il n'y a pas quelques niches fiscales à supprimer, ni même que l'Etat providence a montré ses limites, mais il ne faut pas avoir de dogme en ces domaines. Je rappelle que le développement durable repose sur trois piliers et donc sur trois intersections de piliers : un développement équitable (en payant les produits et les services à leur juste prix), un développement vivable (sur une planète aux ressources respectées) et un développement viable (en ne sciant pas la branche économique sur laquelle nous sommes assis).

Autre son de cloche, il faut "faire de la croissance" ! Et ce sont justement les perspectives de croissance des pays occidentaux qui démoraliseraient les investisseurs ... Mais de la croissance pour créer de l'emploi ou de la croissance pour rémunérer les actionnaires des fonds de pension ? Le dilemme a été clairement exposé en 2009 et 2010 quand de grands groupes industriels ont préféré fermer des unités, avec des milliers de licenciements à la clé, afin de préserver leur compétitivité financière.

dette,inflation,dévaluation,hausse des impôts,baisse des dépenses publiques

Mais la dette dans tout ça ? Et si on la supprimait ? Et si comme d'un acte divin on décidait soudainnement de rayer d'un coup la dette de tous les Etats, de toutes les sociétés et de tous les particuliers ?

Car en réalité, cette dette est totalement virtuelle. En effet, quand par exemple vous empruntez 200.000 euros pour acheter une maison, la banque qui vous prête cet argent ne le prend pas sur ses fonds propres ou sur les comptes de dépôt de ses clients ; en réalité, elle crée virtuellement 200.000 euros ex nihilo. Et on peut dire qu'à ce moment là, la somme totale des euros en circulation dans le monde a été augmentée de 200.000. Ensuite, au fil des remboursements du capital emprunté, ce montant virtuel diminue jusqu'à disparaître. Et annuler cette dette de 200.000 euros revient tout simplement à réduire de 200.000 euros le montant total des euros en circulation, mais cela ne porte préjudice à personne. Enfin si, les établissements financiers qui portent ces créances ont besoin de se rémunérer au passage, et c'est pour cela que l'on n'annule jamais 100% d'une dette.

En 2005, le G8 a ainsi décider d'annuler la dette de 38 pays pauvres pour un montant total de 55 milliards de dollars. Plus récemment, la France a décidé d'annuler les 101 M€ de la dette du Togo (dans la ligne des décisions du Club de Paris qui proposait aux 19 pays créanciers du Togo d'annuler 203 M$ de dette). Mais l'annulation de la dette ne concerne pas que les pays. En 2006, la dette de la société Euro-tunnel a ainsi été divisée par deux, du simple fait d'une décision des créanciers et de montages financiers assez complexes.

Le seul problème, c'est la moralité de cette annulation. S'agissant des pays pauvres, personne ne s'oppose à ce que des pays ravagés par les guerres ou par la sécheresse puissent se redonner un peu d'oxygène en réattribuant le remboursement de ces dettes à des dépenses plus urgentes ou plus structurelles. Mais si mon emprunt de 200.000 euros pour acheter ma maison était soudainement annulé, alors cela voudrait dire que je me suis enrichi d'une maison sans la payer ... Et on comprend un peu mieux l'amertume des allemands qui ont payé au prix fort leur réunification ainsi que la modernisation de leurs industries quand on les accule à faire cadeau au grecs d'une partie de leur dette qu'ils ne pourront de toutes façons jamais payer. Les allemands trouvent ça immoral.

Mais ce sont les américains qui ont créé le concept de "dette odieuse" quand au XIXème siècle ils ont rayé d'un trait la dette accumulée par les Espagnols à Cuba. Ce même concept a été utilisé pour réduire de 70% la dette Irakienne en 2003 après que les troupes US aient renversé Saddam Hussein. L'Équateur a lui aussi annulé une partie de sa dette souverainne en 2008 au prétexte qu'elle avait été constitué de façon illégitime pour financer des sociétés occidentales sur le dos des citoyens.


Ci-après un documentaire trouvé sur le site Web iFinance [la finance autrement]. Il illustre le pouvoir de la dette et il a été réalisé à l'initiative de journalistes, d'intellectuels et de citoyens grecs qui conduisent actuellement un audit de la dette grecque en vue de faire comme en Équateur, annuler une part de leur dette.


[La gouvernance par la dette - 1/2]

[La gouvernance par la dette - 2/2]

Il y a donc un juste milieu à trouver entre une annulation immédiate de toutes les dettes du monde, et qui serait perçu dans la plupart des cas comme une prime à l'irresponsabilité, et le fait d'exploiter les conséquences de ces dettes souveraines pour imposer des politiques économiques et sociales totalement inacceptables. Sinon, ce sera un argument de plus pour les nationalistes de tous bords qui rechercheront leur souverraineté dans une devise nationale.
 
Une remarque au passage, se débarrasser du poids d'une dette n'exonère pas d'avoir des budgets publics à l'équilibre. Et pas en contractant l'activité économique, mais en engageant des politiques publiques pérennes de développement durable.