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31/10/2012

Réunir la SNCF et RFF, une bien mauvaise idée ...

En 1997, et essentiellement pour des raisons financières, l'Etat avait créé Réseau Ferré de France (RFF) pour gérer le réseau de voies ferrées et pour attacher à ce nouvel établissement public une dette évaluée aujourd'hui à près de 30 milliards d'euros. Depuis 15 ans, la SNCF s'était de son côté recentrée sur les transports et sur l'exploitation du réseau.

Il y a en réalité deux logiques, une logique économique qui conduit la SNCF a se focaliser sur des lignes à forte fréquentation, et en même temps à s'opposer à l'arrivée d'autres opérateurs de transport concurrents, et puis il y a la logique du service public. Au travers de RFF, l'Etat aurait du renforcer le maillage ferroviaire et faire payer les liaisons les plus fréquentées pour assurer la présence du train sur tout le territoire national. La voie ferrée est un moyen de réduire l'émission de gaz à effet de serre en prenant le pas sur l'automobile et sur le fret routier.

Je l'ai déjà expliqué sur ce blog, il est essentiel que les gestionnaires de réseaux soient des compagnies publiques dont les missions permettent d'assurer la disponibilité, la fluidité et surtout la sécurité du réseau. Dans le domaine fluvial, la compagnie des Voies Navigables de France gère un réseau sur lequel transitent des péniches de toute l'Europe. La Direction Générale de l'Aviation Civile gère tous les couloirs aériens du territoire national dans lesquels volent des aéronefs de toute la planète. Le Réseau de Transport Électrique gère le réseau haute et très haute tension, mais l'électricité acheminée provient aussi des pays voisins. Ces sociétés (VNF, DGAC, RTE, ...) jouent un rôle clé pour que des opérateurs (publics ou privés) utilisent leurs réseaux avec des missions de service public.

Aussi, d'apprendre que le gouvernement envisage de créer une nouvelle structure unifiée (rail et transport) sous la houlette de la SNCF est un mauvais signe. Cela ne mettra pas plus de trains sur les rails, la SNCF ayant aujourd'hui une stratégie essentiellement commerciale.

Une initiative plus heureuse, plus visionnaire et plus ambitieuse du gouvernement aurait été de créer un Ministère des Réseaux Publics. Les réseaux électriques, ferroviaires, fluviaux, postaux, aériens, maritimes, télécom, ... posent tous les mêmes questions de fond, avec une distinction claire entre l'infrastructure de transport elle-même et les opérateurs de transport. L'investissement dans ces infrastructures et leur maintenance sont financés par nos impôts ainsi que par une participation des opérateurs qui les empruntent, et l'Etat a donc un rôle essentiel à jouer dans ces secteurs qui permettent aux populations de vivre, de se nourrir, de se déplacer et de communiquer.

29/10/2012

Le moteur de l'activité économique, la production ou la consommation ?

C'est un peu la question de la poule et de l'oeuf ... et d'éminents économistes ont pris parti pour l'une ou l'autre des deux options ; certains ont même associé leur nom à de grandes théories économiques.

Historiquement, c'est plutôt le développement de l'appareil productif qui entraînait l'activité économique, les employés injectant ensuite une part de leur salaire dans l'achat des produits manufacturés ou de services. Au début du 20ème siècle, la révolution industrielle est ainsi illustrée par Henri Ford qui justifiait de mieux payer ses ouvriers pour qu'ils puissent acheter une automobile Ford.

Mais plus loin encore, le commerce s'est toujours établi à partir d'une offre. Les pays agricoles vendaient (ou échangeaient) leurs récoltes, les pays maritimes vendaient (ou troquaient) les produits de leurs pêches, etc. Et si l'offre s'amenuisait, alors c'est la famine qui frappait les populations.

Et puis est arrivé au milieu du 20ème siècle un retournement de situation où, la production semblant inépuisable, la consommation est devenue un véritable modèle de société. A la fin du siècle dernier, après la chute du mur de Berlin, la mondialisation a élargit le champ du commerce international avec une mise en concurrence inégale entre les pays occidentaux et les pays en voie de développement. Et monsieur Henri Ford n'avait pas prévu que ses ouvriers pouvaient lui préférer une voiture italienne ou sud-coréenne ;-)

Première conséquence de cette mondialisation, les populations des pays occidentaux n'ont pas changé leurs comportements d'achat et elles ont continué d'acheter ... mais à crédit ! Et du transfert vertueux "production vers consommation", nous sommes passés à la spirale infernale des "prêteurs et emprunteurs" ; la finance a pris le pas sur l'économie réelle, posséder du capital est plus rentable que de diriger des entreprises.

Autre conséquence, c'est le secteur public qui est devenu le principal investisseur économique. Le tissu industriel s'est effondré, trop peu d'entreprises investissant dans l'innovation, dans la recherche ou dans la conquête de nouveaux segments de marchés, et les théories de l'économiste Keynes justifient que l'Etat joue un rôle démultiplicateur au travers de politiques de relance tout en disposant du levier de la monnaie.

Au final, les ménages et les Etats se sont lourdement endettés depuis près d'un demi-siècle. Mais comment inverser la tendance ? Arnaud Montebourg redressera-t-il l'outil industriel en portant une marinière Armor-Lux ? Le Made in France de François Bayrou sauvera-t-il nos emplois ? La TVA sociale de Nicolas Sarkozy aurait-elle donné de l'oxygène à nos entrepreneurs ?

Car il faut inverser la tendance ! L'acte de consommer ne doit plus être compulsif, il doit être frugal. La compétitivité des entreprises ne doit pas occulter leur rentabilité et donc leur pérennité. Et la cure d'austérité du secteur public ne doit pas aboutir à une contraction de l'activité économique. Si la source se tarit, alors épanchera la soif de moins en moins de monde et le chômage deviendra la norme autant qu'une croissance nulle et une dette abyssale.

Mais attention, la fin ne justifie pas les moyens ! Car ils sont aussi de plus en plus nombreux à sacrifier notre environnement pour créer de l'emploi. Et je mets sur le même plan la ZAC de la Salamane et les gaz de schiste :=( Il y a du Docteur Faust dans ces pactes là ...

Alors oui, les écologistes portent un projet de relocalisation de l'économie, essentiellement autour des circuits courts qui ne concernent pas seulement les productions agricoles. Le secteur du bâtiment et l'artisanat seraient fortement mobiliés autour d'un ambitieux programme de rénovation d'un habitat plus économe en énergie. Et les énergies renouvelables mériteraient que les panneaux photovoltaïques, que les éoliennes, que les pompes à chaleur, que les turbines et autres digesteurs de déchets organiques soient fabriqués en France.

Une Banque Publique d'Investissement y suffira-t-elle ? Je ne crois pas ... Il y avait déjà Oséo et le Fonds Stratégique d'Investissement (FSI), deux excellents outils au service des PME, mais ils n'ont pas empêché nos entreprises de fermer à un rythme inouï.

Il faut par contre exiger du gouvernement qu'il cesse de se laisser berner par des pigeons et qu'il taxe le plus fortement possible les rentiers. Et il faut encourager la création de coopératives, favoriser l'innovation et former tout au long de la vie. On ne doit plus entendre chaque jour à la radio que le pouvoir d'achat est en berne, que le salon de l'auto n'est plus ce qu'il était, que les crédits se font rares ou que l'iPhone et l'iPad écrasent tous leurs concurrents ; ces messages sont totalement orientés "consommation". Alors qu'il y a tellement de projets professionnels réussis qui pourraient donner envie de se lancer. A l'école comme dans les média, dans les discours politiques comme dans les réunions de famille, il faut que passe un message plus positif sur nos capacités productives. Et pour ne pas tomber dans la méthode Coué, il faut que cela soit un axe prioritaire du gouvernement Ayrault ; à côté de la courbe du chômage, la courbe du solde de création/destruction d'entreprises devrait bénéficier de la même médiatisation.

23:01 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

27/10/2012

Société Générale : l'affaire Kerviel éclipse le scandale du Libor

Les télés et les radios ont bouclé depuis quelques jours sur le verdict par lequel la Cour d'Appel de Paris a condamné Jérôme Kerviel à 5 ans de prison, dont 3 ans ferme, et à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts. Cet employé de la Société Générale a fait perdre près de 5 milliards à la banque en 2007 en bidonnant des opérations de placement, en créant des comptes fictifs et en étant finalement aspiré par une surenchère financière qu'aucun système de contrôle n'avait détecté. Jérôme Kerviel est coupable de quoi ? Il ne s'est pas mis ces 5 milliards d'euros dans la poche, ce trader totalement immergé dans le monde de la finance internationale a simplement été encouragé par le système lui-même, un système tellement complexe qu'il en devient opaque et que toutes les tricheries deviennent possibles.

societe_generale_logo_2010.gifMais cette actualité sur Jérôme Kerviel a occulté une autre actualité de la Société Générale que quelques journaux ont néanmoins relaté, c'est celle du scandale du Libor pour lequel la Société Générale a été citée à comparaître auprès des autorités judiciaires américaines. Mais de quoi s'agit-il ?

Le Libor est un outil financier piloté par un organisme londonien et qui fixe quotidiennement le taux d'emprunt entre les établissements bancaires pour 10 devises et pour 15 durées différentes. Par exemple aujourd'hui, le taux Libor en euros pour une durée de 12 mois est à 0,55786 %. Pour établir ce taux, la British Banker's Association (BBA) s'appuie sur un panel de 8 à 16 grands établissements financiers ; ce panel change chaque année afin qu'il soit représentatif de l'activité financière internationale. Ces établissements bancaires déclarent quotidiennement leurs volumes de transactions et les principaux chiffres clés de leur activité afin que le BBA puisse fixer des taux Libor les plus fidèles possibles avec la réalité de l'activité financière.

Ci-dessous les graphiques d'historique du Libor Euro 12 mois sur le long terme et sur la seule année 2012. Ce taux qui était entre 10 et 12% au début des années 90 est aujourd'hui en dessous de 1%.

Libor 1.jpg     Libor 2.jpg

Mais, entre 2006 et 2009, quelques-uns de ces établissements bancaires ont triché dans leurs déclarations. Certains ont minoré leurs chiffres afin de faire baisser le taux Libor et profiter ainsi de taux plus intéressants pour se refinancer. D'autres ont majoré leurs chiffres afin de se présenter plus forts qu'en réalité sur les marchés financiers et ainsi éviter des attaques spéculatives. C'est une tricherie généralisée qui voit maintenant 16 grands établissements mondiaux contraints de venir s'expliquer devant la justice (c'est presque la totalité du panel). Et parmi eux, la Société Générale ...

Le Libor rime avec Euribor, un taux européen que les Français qui contractent un crédit bancaire connaissent bien, c'est sur l'Euribor que sont indexés leurs taux de crédit. Ainsi, quand les banques trichent dans leurs déclarations pour favoriser leur position sur le marché, ce sont les consommateurs qui trinquent !

Michel Barnier, commissaire européen en charge du Marché intérieur et donc des services financiers, exige des sanctions pénales contre ces établissements financiers qu'il estime avoir trahit. Notre ancien ministre français à Bruxelles découvre brutalement que l'autorégulation du marché par lui même est une chimère, mais pendant de très longues années, c'était un dogme porté haut et fort par les libéraux de tous poils.

Mais qui se fera l'avocat des millions de consommateurs à travers le monde que cette tricherie sur le Libor a contribuer à leur ponctionner des remboursements plus importants ? Le graphique présenté ci-dessus montre bien comment, entre 2006 et 2009 alors que la crise financière s'étendait, le taux Libor a continué de croître ... Et en 2009 juste après que le scandale a été dévoilé par les autorités financières britaniques, le Libor décroche quand même de 4 points en une seule année !

Ce scandale du Libor démontre une fois de plus que le système financier mondial nous fait marcher sur la tête. Et la tentation est forte de vouloir nettoyer les écuries d'Augias en revenant à la situation où des banques nationalisées empruntaient sans intérêt auprès de la banque de France. C'est depuis l'antiquité que des usuriers prennent des intérêts sur ce qu'ils prêtent, et régulièrement la cupidité irresponsable de quelques-uns a nécessité que les Etats (ou les religions) fixent des règles plus coercitives et sanctionnent les abus. Mais aujourd'hui, l'information circule à travers le monde en un clic de souris et ce type de scandale génère du dégoût et une défiance durable envers le système bancaire ...

Et Jérôme Kerviel dans tout ça ? Le lampiste de service bon client des médias ? L'arbre qui cache la forêt ? Une enquête d'opinion commandée à chaud par le Figaro en 2008 révèle que 13 % des Français estiment que Jérôme Kerviel n'est pas le premier à incriminer pour ces pertes, tandis que 50 % estiment que c'est la direction de la banque qui est responsable et pour 27 % que c'est l'Autorité des marchés financiers Pas certain qu'en condamnant Kerviel à rembourser 4,9 milliars d'euros à la Société Générale l'opinion des français sera plus favorable à la banque ...