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28/11/2012

CICE, encore un cadeau sans garantie aux entreprises ...

Le CICE, c'est le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, ce dispositif défendu aujourd'hui par le gouvernement (en Conseil des ministres puis en Commission des finances de l'Assemblée Nationale). Il s'agit tout simplement de verser 20 milliards d'euros aux entreprises en fonction de leur masse salariale. Pour tous les salariés qui perçoivent moins de 2,5 fois le SMIC, l'entreprise percevra pour 20013 un CICE équivalent à 4% de la masse salariale concernée. En 2014, ce sera 6% de la masse salariale.

Mais pourquoi ?

Le rapport Gallois l'a pourtant expliqué ... Les entreprises françaises ont besoin d'oxygène ! Et ce sont les Français qui vont payer, soit au travers de la TVA, soit avec quelques missions de service public en moins.

Qui a oublié la "réduction Fillon" qui offre un allègement de cotisations patronales aux entreprises pour leurs salariés rémunérés à moins de 1,6 fois le SMIC ? Ce dispositif va coûter 32 milliards dans le budget 2013 et les évaluations de la DARES et l'INSEE ont conclu "à un impact faible ou globalement neutre sur l'emploi ". Au total, c'est 52 milliards d'euros qui seront donnés aux patrons, et sans aucune contre-partie. On ne leur demande même pas d'investir, de participer à des cursus de formation innovants, de réduire leur empreinte écologique ou de nouer des partenariats pour conquérir des marchés ... Non, c'est cadeau !

Le mal de l'économie française est plus profond. Il y a des erreurs de stratégie, mais il y a aussi pas mal d'orgueil ... Un exemple sur la stratégie, c'est le choix du milieu de gamme pour nos produits manufacturés. Ainsi, quand le prix des matières premières augmente, les marques automobiles allemandes n'hésitent pas à le répercuter sur le prix de vente quand les marques françaises voient leur marge se réduire ... D'où la nécessité de leur apporter de l'oxygène si on ne veut pas les voir délocaliser.

Que l'on donne ces 52 milliards aux français, par exemple en crédits d'impôts pour isoler leur maison, pour produire leur énergie renouvelable, pour acheter un véhicule électrique, pour investir dans des sociétés coopératives, etc. Cet argent serait bien utilisé, alors que dans les poches des patrons il va surtout alimenter les dividendes et autres placements financiers.

C'est quand le changement ?

18/11/2012

François Hollande en Pologne pour y promouvoir l'Europe du ... 20ème siècle :=(

C'est accompagné d'une vingtaine de chefs d'entreprises que François Hollande s'est rendu en Pologne en fin de semaine. Le Président de la République a évoqué la possibilité de coopération dans les domaines de l'énergie, l'eau, l'environnement, les infrastructures, le nucléaire et le secteur militaire. Les dirigeants de TOTAL, GDF/Suez, AREVA, EDF, Eurocopter, DCN, PSA, Alsom, ...) l'accompagnaient. Souhaitant " en terminer avec un certain nombre de clichés qui ont d'ailleurs fait beaucoup de mal ", dixit F. Hollande, le Chef de l'Etat français a déclaré que " Nous avons à la fois une base solide quant à la qualité des relations humaines (...) des industries qui sont complémentaires et nous avons la même volonté de préparer l'avenir, d'assurer la transition énergétique, d'être les plus innovants en matière de nouvelles technologies, et d'avoir les meilleures infrastructures. Tout cela peut donner à notre relation la dimension que je voulais lui accorder ".

Or, la Pologne cherche à diversifier ses sources d'énergie puisque le charbon représente aujourd'hui 95% de la filière électrique, quand l'électricité française est à 75% nucléaire. Et la Pologne est avec la France l'un des pays d'Europe au plus fort potentiel théorique en gaz de schiste (sic).

Et on retrouve, dans cet extrait de son discours devant les membres des deux chambres du Parlement polonais, toute la science du compromis que sait déployer François Hollande : " Nous devons être, sur la question de l'énergie, où nous avons nos débats -- j'imagine ici les mêmes qu'en France -- sur le nucléaire, sur le gaz, et sur tant d'autres choses. Mais faisons en sorte d'aller de l'avant, ensemble, sur la transition énergétique, sur le respect de l'environnement et sur la capacité de tirer de nos ressources tout le potentiel nécessaire ".

Et avec TOTAL et AREVA dans sa suite, il y a peu de chance que François Hollande soit venu faire la promotion du photovoltaïque, de l'éolien offshore ou encore de la géothermie profonde ... Et c'est là toute l'ambiguïté de la stratégie industrielle et commerciale de la France qui ne traduit pas du tout la volonté d'ancrer les énergies renouvelables dans l'économié européenne du 21ème siècle. Car en parlant de transition énergétique, le Président Hollande pense encore et toujours "nucléaire" ...

A l'occasion d'un déplacement récent en Chine, Angela Merkel a fermement défendu l'énergie solaire et elle s'est faite la porte-parole des industriels européens qui comptent saisir la justice européenne pour un dumping déloyal. Le commissaire européen au commerce devra néanmoins ouvrir une enquête pour d'un côté faire toute la lumière sur les aides généreuses de l'Etat chinois à ses propres entreprises, et d'un autre côté pour détailler les mesures de protection qu'impose la Chine aux sociétés étrangères. Accompagnée du patron d'EADS, la Chancellière allemande en a aussi profité pour inaugurer une usine Airbus.

Dans ces deux déplacements politico-commerciaux des dirigeants français et allemand, on retrouve une France arc-boutée sur ses vieilles industries qui sont confrontées à une concurrence internationale très forte, et une Allemagne qui va de l'avant pour conquérir des marchés où ses entreprises investissent énormément en recherche et innovation ! Mais si François Hollande a longuement parlé de l'histoire de l'Europe devant le Parlement polonais, avec un volet militaire franchement affirmé, Angela Merkel promeut l'Europe de demain ... Le dynamisme économique de l'Allemagne ne tient pas qu'à la "compétitivité-prix" de ses entreprises, la "compétitivité hors-prix" y est pour beaucoup.

Les élites politiques françaises restent empreintes du discours de Villepin en 2003 à l'ONU ; " Et c’est un vieux pays, la France, un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur ". Or, l'Europe est un acteur mondial de poids qui doit, et peut tirer vers le haut le développement durable de tous les continents ... Il faut d'urgence que d'autres politiques en soient les porteurs !

08/11/2012

L'Etat garantit la banque de PSA, mais pas l'Agence de financement des collectivités locales ...

Pierre Moscovici met son veto à la garantie de l’État pour l'Agence de financement des collectivités locales ; "circulez y'a rien à voir" comme disait Coluche ... Mais de quoi s'agit-il ?

Les collectivités allaient jusqu'à présent auprès des banques pour obtenir des prêts ; la plus connue d'entre elles est Dexia, mais les collectivités locales pouvaient aussi obtenir des lignes de trésorerie au Crédit Agricole ou se faire financer un équipement auprès de la Banque Postale. Sauf que depuis quelques années, le robinet ne coule plus qu'au goutte-à-goutte !

Une initiative intéressante portée par des associations d'élus, et notamment de l'Association des Maires de France (AMF), est de créer une Agence publique de financement des collectivités. Sans être le signe d'un rejet du monde bancaire, cette Agence a vocation à faire le plus d'économies possibles à ces collectivités. En 2010, l'ensemble des collectivités locales dégageait 30,2 milliards d'euros d'épargne brute et le recours à l'emprunt atteignait 16 milliards d'euros ; la solidité financière des collectivités locales est bien réelle, et le taux d'intérêt moyen de la dette des collectivités locales est passé de 9% à 2% en vingt ans. Les banques savent bien qu'elles ont là des clients solvables, mais sur du long terme.

Le Président Hollande avait déjà témoigné son hostilité à ce projet d'Agence de financement lors de son discours aux états généraux de la démocratie locale début octobre. Là, c'est le Ministre de l'Economie qui ferme totalement la porte (cf. article) ; il refuse que l'Etat apporte sa garantie financière !

Or, le même Ministre du gouvernement socialiste de François Hollande n'a-t-il pas accordé récemment une garantie de 7 milliards d'euros à la banque de PSA ?

Pierre Moscovici préfère à l'initiative des collectivités locales qu'elles aillent plutôt sonner à la porte des banques, comme si la bonne santé du secteur bancaire était l'alpha et l'omega de toute politique économique moderne ... N'était-ce pas le candidat Hollande qui fustigeait la finance dans son discours du Bourget en début d'année ?