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18/11/2012

François Hollande en Pologne pour y promouvoir l'Europe du ... 20ème siècle :=(

C'est accompagné d'une vingtaine de chefs d'entreprises que François Hollande s'est rendu en Pologne en fin de semaine. Le Président de la République a évoqué la possibilité de coopération dans les domaines de l'énergie, l'eau, l'environnement, les infrastructures, le nucléaire et le secteur militaire. Les dirigeants de TOTAL, GDF/Suez, AREVA, EDF, Eurocopter, DCN, PSA, Alsom, ...) l'accompagnaient. Souhaitant " en terminer avec un certain nombre de clichés qui ont d'ailleurs fait beaucoup de mal ", dixit F. Hollande, le Chef de l'Etat français a déclaré que " Nous avons à la fois une base solide quant à la qualité des relations humaines (...) des industries qui sont complémentaires et nous avons la même volonté de préparer l'avenir, d'assurer la transition énergétique, d'être les plus innovants en matière de nouvelles technologies, et d'avoir les meilleures infrastructures. Tout cela peut donner à notre relation la dimension que je voulais lui accorder ".

Or, la Pologne cherche à diversifier ses sources d'énergie puisque le charbon représente aujourd'hui 95% de la filière électrique, quand l'électricité française est à 75% nucléaire. Et la Pologne est avec la France l'un des pays d'Europe au plus fort potentiel théorique en gaz de schiste (sic).

Et on retrouve, dans cet extrait de son discours devant les membres des deux chambres du Parlement polonais, toute la science du compromis que sait déployer François Hollande : " Nous devons être, sur la question de l'énergie, où nous avons nos débats -- j'imagine ici les mêmes qu'en France -- sur le nucléaire, sur le gaz, et sur tant d'autres choses. Mais faisons en sorte d'aller de l'avant, ensemble, sur la transition énergétique, sur le respect de l'environnement et sur la capacité de tirer de nos ressources tout le potentiel nécessaire ".

Et avec TOTAL et AREVA dans sa suite, il y a peu de chance que François Hollande soit venu faire la promotion du photovoltaïque, de l'éolien offshore ou encore de la géothermie profonde ... Et c'est là toute l'ambiguïté de la stratégie industrielle et commerciale de la France qui ne traduit pas du tout la volonté d'ancrer les énergies renouvelables dans l'économié européenne du 21ème siècle. Car en parlant de transition énergétique, le Président Hollande pense encore et toujours "nucléaire" ...

A l'occasion d'un déplacement récent en Chine, Angela Merkel a fermement défendu l'énergie solaire et elle s'est faite la porte-parole des industriels européens qui comptent saisir la justice européenne pour un dumping déloyal. Le commissaire européen au commerce devra néanmoins ouvrir une enquête pour d'un côté faire toute la lumière sur les aides généreuses de l'Etat chinois à ses propres entreprises, et d'un autre côté pour détailler les mesures de protection qu'impose la Chine aux sociétés étrangères. Accompagnée du patron d'EADS, la Chancellière allemande en a aussi profité pour inaugurer une usine Airbus.

Dans ces deux déplacements politico-commerciaux des dirigeants français et allemand, on retrouve une France arc-boutée sur ses vieilles industries qui sont confrontées à une concurrence internationale très forte, et une Allemagne qui va de l'avant pour conquérir des marchés où ses entreprises investissent énormément en recherche et innovation ! Mais si François Hollande a longuement parlé de l'histoire de l'Europe devant le Parlement polonais, avec un volet militaire franchement affirmé, Angela Merkel promeut l'Europe de demain ... Le dynamisme économique de l'Allemagne ne tient pas qu'à la "compétitivité-prix" de ses entreprises, la "compétitivité hors-prix" y est pour beaucoup.

Les élites politiques françaises restent empreintes du discours de Villepin en 2003 à l'ONU ; " Et c’est un vieux pays, la France, un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur ". Or, l'Europe est un acteur mondial de poids qui doit, et peut tirer vers le haut le développement durable de tous les continents ... Il faut d'urgence que d'autres politiques en soient les porteurs !

08/11/2012

L'Etat garantit la banque de PSA, mais pas l'Agence de financement des collectivités locales ...

Pierre Moscovici met son veto à la garantie de l’État pour l'Agence de financement des collectivités locales ; "circulez y'a rien à voir" comme disait Coluche ... Mais de quoi s'agit-il ?

Les collectivités allaient jusqu'à présent auprès des banques pour obtenir des prêts ; la plus connue d'entre elles est Dexia, mais les collectivités locales pouvaient aussi obtenir des lignes de trésorerie au Crédit Agricole ou se faire financer un équipement auprès de la Banque Postale. Sauf que depuis quelques années, le robinet ne coule plus qu'au goutte-à-goutte !

Une initiative intéressante portée par des associations d'élus, et notamment de l'Association des Maires de France (AMF), est de créer une Agence publique de financement des collectivités. Sans être le signe d'un rejet du monde bancaire, cette Agence a vocation à faire le plus d'économies possibles à ces collectivités. En 2010, l'ensemble des collectivités locales dégageait 30,2 milliards d'euros d'épargne brute et le recours à l'emprunt atteignait 16 milliards d'euros ; la solidité financière des collectivités locales est bien réelle, et le taux d'intérêt moyen de la dette des collectivités locales est passé de 9% à 2% en vingt ans. Les banques savent bien qu'elles ont là des clients solvables, mais sur du long terme.

Le Président Hollande avait déjà témoigné son hostilité à ce projet d'Agence de financement lors de son discours aux états généraux de la démocratie locale début octobre. Là, c'est le Ministre de l'Economie qui ferme totalement la porte (cf. article) ; il refuse que l'Etat apporte sa garantie financière !

Or, le même Ministre du gouvernement socialiste de François Hollande n'a-t-il pas accordé récemment une garantie de 7 milliards d'euros à la banque de PSA ?

Pierre Moscovici préfère à l'initiative des collectivités locales qu'elles aillent plutôt sonner à la porte des banques, comme si la bonne santé du secteur bancaire était l'alpha et l'omega de toute politique économique moderne ... N'était-ce pas le candidat Hollande qui fustigeait la finance dans son discours du Bourget en début d'année ?

05/11/2012

Allègement des charges des entreprises : jusqu'où ?

Les entreprises françaises ne remplissent plus leur carnet de commandes depuis bien longtemps, et la seule réponse apportée est systématiquement de leur donner un peu plus d'oxygène ... C'était le sens de la mesure phare du début de mandat de Nicolas Sarkozy, à savoir l'exonération des cotisations patronales et la défiscalisation des heures supplémentaires.  Cela a coûté 3,5 milliards d'euros chaque année en manque à gagner dans les caisses de la protection sociale et de l'Etat.

Même credo avec l'exonération de la taxe professionnelle, autre grand chantier du mandat de Nicolas Sarkozy ... Les entreprises ont ainsi bénéficié de 7 milliards d'euros de baisse de pression fiscale, avec un avantage donné aux PME et aux entreprises dont le chiffre d'affaire est inférieur à 3 millions d'euros. Mais ce sont des recettes qui manquent dans les caisses de l'Etat et des collectivités locales. Pour ces dernières, la baisse des recettes fiscales en provenance des entreprises s'est traduit par un basculement vers la fiscalité des ménages !

Il faut aussi citer l'exonération des cotisations sociales pour les bas salaires, c'est la "réduction Fillon", et elle affecte les salaires inférieurs à 1,6 fois le SMIC. C'est 22 milliards d'euros en moins pour la protection sociale ... Cette mesure était censée créer de l'emploi, et surtout de l'emploi non qualifié, mais la courbe du chômage n'a cessé de croître depuis 10 ans !

Autre pacte passé entre l'Etat et les entreprises, c'est la baisse de la TVA dans le secteur de la restauration. Cela coûte 2,6 milliards d'euros de recettes en moins pour l'Etat, et ça devait là encore créer de l'emploi ...

Personne ne peut donc dire que les demandes des entreprises pour rester à flot ne sont pas prises en compte. Et la proposition de Louis Gallois de baisser de 30 milliards d'euros les cotisations des sociétés en deux ans, c'est un peu comme doper un compétiteur qui ne dispose pas des équipements pour affronter la compétition mondiale. Et puis les entreprises qui se situent sur le secteur de la compétition internationale ne sont qu'un quart de la totalité des entreprises nationales ! Le boulanger, le libraire, l'avocat, le maraîcher et le garagiste automobile ne sont pas dans la recherche de "compétitivité prix", il leur faut tout simplement des clients ...

Dans le secteur agricole fortement soumis à la concurrence européenne et internationale, les exonérations de cotisations sociales pour les saisonniers coûtent quelques centaines de millions d'euros, et leur suppression (ou tout au moins le relèvement des seuils prévu dans la loi de finance pour 2013) est un handicap supplémentaire pour notre agriculture. Mais ces professionnels surendétés dont le prix de leurs ventes n'assure même plus la survie, faut-il les fonctionnariser ? La réponse ne peut pas être donnée sous le coup de l'urgence, mais c'est la place de notre agriculture dans notre alimentation qui doit être réorientée.

Le rapport Gallois présenté aujourd'hui, et essentiellement sur les mesures qui portent sur la réduction des cotisations des entreprises, est synonyme de contraction de notre activité économique et il induit une spirale de la récession. Car ces baisses accordées d'un côté devront être payées par d'autres, et on ira chercher un peu de TVA supplémentaire et un peu de CSG en plus, c'est à dire une baisse du pouvoir d'achat des ménages.

C'est une stratégie à très court terme qui est ciblée, celle de respecter le seuil des 3% de dette publique pour rassurer les marchés financiers, alors que le chômage dépasse les 10% de la population active et que la croissance du PIB sera presque nulle en 2012 et en 2013. Or, dans une telle situation économique, il faudrait au contraire se donner le temps de former, d'innover, d'investir et ainsi de redynamiser toute notre économie. Alors qu'il faut sauver la France, on va se contenter de sauver les entreprises, et après avoir sauvé les banques ...

Il faudrait rassurer les salariés, les retraités, les étudiants et aussi les entrepreneurs au travers d'un projet national de ré-industrialisation de notre économie. Cela signifie d'avoir un objectif audacieux et de s'en donner les moyens sur plusieurs années, pas de donner satisfaction à tous ceux qui font le plus pression sur le pouvoir politique.

Laurence Parisot a tout de suite approuvé les conclusions du rapport Gallois, jurant que les marges ainsi dégagées par les entreprises permettraient d'investir, de développer de nouveaux marchés, et voire même d'augmenter les salaires ... Quelle farceuse ;-)

Mais François Hollande sera-t-il le Gerhard Schröder français ? Dix ans après son homologue allemand, jouera-t-il le jeu du patronat ? Et à la différence avec l'Allemagne, c'est que le tissu économique y est beaucoup plus solidaire, plus opportuniste et plus conquérant.

Dis, Monsieur le Président, dessines moi la France de 2020 ...