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24/02/2013

Quel développement économique pour le Clermontais ?

Des dizaines de données fournies par la Maison de l'Emploi du Coeur d'Hérault, j'ai regardé plus précisément comment la richesse monétaire circule au sein de la population du Clermontais. Le but ? Pointer les secteurs qui pourraient créer de la richesse.

Il y a par exemple 23,8% de retraités sur le Clermontais, mais on s'attend déjà à ce que les pensions soient ponctionnées pour que l'Etat et la Sécurité Sociale puissent trouver de nouvelles recettes. Idem pour les fonctionnaires (14,6% de la population du Clermontais) dont le nombre ne va plus augmenter dans les années à venir. Par ailleurs, les revenus de ces deux catégories de la population ne dépendent pas de l'activité économique locale, en même temps qu'ils joueront très peu dans la croissance de l'économie résidentielle.

A noter que dans l'Hérault, et parmi les 10 entreprises qui emploient le plus, ce sont les collectivités locales (Montpellier, Béziers, Département, Région) et les hôpitaux (Montpellier et Béziers) qui en pourvoient le plus, respectivement 12.000 et 11.000. Viennent derrière le CNRS avec 1.730 employés, Présence verte avec 1.947 employés et Sanofi-Aventis à Montpellier avec 1.417 salariés. Et malheureusement, l'actualité de Sanofi témoigne de la difficulté pour nos territoires du sud de péréniser leurs activités.

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L'économie d'un territoire comme celui du Clermontais s'évalue de la même façon qu'un pays comme la France ; il y a un PIB local, un taux de chômage local et une balance du commerce extérieur. Si longtemps les territoires français percevaient leur développement comme simple partie de l'activité économique nationale, des leviers de péréquation et de solidarité compensant les écarts entre les territoires, la situation a bien changé. Déjà, la décentralisation donne de plus en plus de responsabilités aux collectivités locales. Via la fiscalité perçue sur les entreprises, les intercommunalités ont désormais une obligation de résultats (et non plus seulement une obligation de moyens). Cela signifie qu'il ne suffit pas de créer une zone d'activité économique (ZAE), il faut aussi la positionner sur un domaine de compétence à forte valeur ajoutée, et donc créateur de richesses.

Le Clermontais (mais c'est le cas pour tout le Coeur d'Hérault) a une activité principalement présentielle. C'est à dire que les revenus de cette activité proviennent des personnes qui habitent ou qui visitent notre territoire. Aller au restaurant, faire ses courses sur un marché, solliciter un artisan chez soi ou visiter un musée sont quelques exemples d'une activité présentielle. A l'inverse, l'activité non présentielle est celle dont les revenus viennent de l'extérieur du territoire ; cela va des revenus des enseignants jusqu'à la vente de produits et de services hors du territoire.

Si j'exclue les revenus financiers et fonciers, c'est qu'ils sont très peu redistributifs. Je ne les occulte pas, mais je constate comme beaucoup d'observateurs que ces revenus-là sont plutôt spéculatifs et qu'il est très rare que quelqu'un liquide son épargne ou vende des terrains pour créer une entreprise. Je ne désespère pas que prochainement les rentiers ouvrent les yeux ...

Mais aujourd'hui, si nous voulons que les salariés soient moins précaires, mieux rémunérés et plus nombreux, alors il faut faire rentrer de la richesse sur le territoire. Et de façon caricaturale, pour notre territoire du Clermontais avec ses 24.111 habitants, l'avenir des 5.900 salariés du privé (inclus les chefs d'entreprises et professions libérales rémunérés par leur activité) et des 1.470 demandeurs d'emploi dépend directement d'eux-mêmes.

Il y a deux façons de faire rentrer de la richesse, soit que des personnes extérieures viennent le dépenser ici (ce sont les touristes et les professionnels de passage), soit que des revenus proviennent de la vente de produits et de services à l'extérieur. Sur ce dernier axe, le Clermontais dispose déjà d'une activité exportatrice, c'est le vin. Mais on trouve aussi quelques entreprises comme Contralco à Gignac (12 millions d'éthylotests vendus chaque année) ou Irrifrance à Paulhan.

Sur le Clermontais, et plus généralement sur le Coeur d'Hérault, nous avons d'énormes atouts. Déjà, le potentiel touristique est sous-utilisé. Il ne faut pas se contenter de vivre sur ses lauriers, il faut rendre le territoire encore plus attractif. L'offre d'hébergement est toujours aussi déficitaire, et le territoire ne fixe pas ses touristes. L'oeno-tourisme pourrait aussi être développé, avec des circuits pédagogiques. Le lien ferroviaire avec la méditerranée constitue une perspective de développement touristique, et les communes d'Agde et de Pézenas sont demandeuses de s'ouvrir vers le Coeur d'Hérault.

Autre atout du Coeur d'Hérault, ce sont des zones d'activité avec du foncier disponible. Il ne faut pas les gaspiller en y laissant s'installer des supermarchés et des commerces qui ne vivront que de l'activité présentielle. Il faut une stratégie territoriale de développement d'une activité exportatrice et pourvoyeuse d'emplois. Ainsi, combien de régions se bagarrent pour recevoir des centres d'appel ?

Le commerce local, l'artisanat et les emplois de service aux personnes ne pourront se développer que si notre territoire crée de la richesse ; et ceci presque automatiquement. Mais il faut pour cela mettre des locomotives en tête des convois ...

23/02/2013

Clermontais, une situation socio-économique préoccupante !

La Maison de l'Emploi du Coeur d'Hérault présentait jeudi 21 février au centre aquatique de Clermont l'Hérault les analyses de cinq années d'observation du territoire Coeur d'Hérault. Devant un public d'élus communautaires et d'agents des services sociaux du territoire (mission locale, pôle emploi, ...), la chargée de mission de la Maison de l'Emploi, Mme Jeanjacques, a enchaîné une cinquantaine de graphiques et tableaux.

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La population du Coeur d'Hérault connaît une croissance constante de +2,6% par an, soit 15.000 nouveaux habitants entre 1999 et 2009, mais c'est une croissance 4 fois plus forte qu'à l'échelle nationale ; c'est le Clermontais qui voit sa population augmenter le plus (+33% en 10 ans). La population du Coeur d'Hérault est plus jeune que dans le reste de la France et même de l'Hérault, elle compte moins d'actifs en emploi mais plus de chômeurs, d'inactifs et de retraités.

Il y a 9.838 entreprises dans le Coeur d'Hérault au 1er janvier 2013, mais le territoire est marqué par une forte proportion de très petites entreprises (TPE) : agriculteurs, commerçants, artisans, auto-entrepreneurs, etc. 21% de ces établissements professionnels n'ont pas de salarié et près de 90% ont moins de 10 salariés. Seuls 36 entreprises du Coeur d'Hérault comptent plus de 50 salariés.

Les principaux secteurs d'activité sont l'agriculture (26,2%), le commerce (12,9%), la construction (11,3%), le reste se répartit entre les activités sociales, la culture, le tourisme, le service, etc. Mais il y a une énorme distorsion entre les offres d'emploi proposées sur le territoire et les métiers recherchés par les demandeurs d'emploi. Par exemple, il y avait 218 personnes inscrites à Pôle Emploi dans les métiers du secrétariat en septembre 2012 pour seulement 10 offres d'emploi. Idem dans les métiers de l'enfance avec 335 demandeurs d'emploi dans ce secteur et 13 offres d'emploi.

Il y a avait 13,7% de chômeurs sur le Coeur d'Hérault en 2009 (et 14,2% sur le Clermontais), mais la hausse a été très forte depuis 2008 et le Coeur d'Hérault comptait 6.729 personnes inscrites à Pôle Emploi au 30 septembre 2012 (il y en avait 4764 en mars 2009). Les chômeurs de plus de 50 ans sont toujours plus nombreux (autour de +20% par an).

D'autres indicateurs illustrent la dégration du contexte socio-économique. 56,9% des foyers fiscaux du Coeur d'Hérault (et 58,4% pour le Clermontais) ne sont pas imposables, contre 45,7% en France et 51,4% dans l'Hérault. 64,8% des ménages ont des revenus salariaux ou de professions non salariés (et 62,1% dans le Clermontais) contre 69,2% en France et 64,9% dans l'Hérault ; les autres perçoivent une retraite, des allocations ou des rentes.

11.856 personnes (16,7% de la population) vivent en dessous du seuil de bas revenu (982 €) ; c'est 18,5% sur le Clermontais. Ce nombre a nettement augmenté depuis deux ans ; +7% sur le Coeur d'Hérault, +10,1% sur le Clermontais et +3,8% dans l'Hérault.

La dépendance financiaire aux allocations sociales (RSA, AAH, ASI, ASPA, ASV, ...) est elle-aussi préoccupante. 8,5% des personnes vivant en dessous du seuil de bas revenu sur le Clermontais dépendent à plus de 75% des prestations sociales ; et cela touche 32,1% des enfants de moins de 6 ans !

La balle est désormais dans le camp des acteurs économiques et politiques, les seconds devant offrir aux premiers les conditions de leur implantation et de leur développement. Et on ne peut plus se contenter de positions simplement opportunistes. Avec des milliers de demandeurs d'emploi très peu qualifiés ou mal qualifiés (au regard des secteurs d'emploi sur le territoire), il est urgent de structurer des filières d'emploi avec de la formation et des aides à l'installation. Avec sa situation géographique et ses grands sites naturels, le tourisme est par exemple un secteur dans lequel notre territoire n'investit pas assez. L'agriculture doit aussi donner lieu à plus d'initiatives.

D'autres thématiques sociales n'ont pas été évoquées en détail jeudi soir : le logement, la formation des jeunes, l'accès aux soins, les transports en commun, etc. Or, il est clair qu'une partie importante de la population risque de complètement décrocher.

Mais la multiplicité des centres de décision politiques n'aide pas à en sortir. Car on ne sait plus très bien, entre la Commune, la Communauté de communes et le Pays qui décide de quoi. A l'inverse de Montpellier par exemple, où ce sont la ville de Montpellier et l'Agglomération de Montpellier qui portent les politiques publiques favorisant le développement économique. En Coeur d'Hérault, chaque bourg centre et chaque intercommunalité voudrait faire mieux que son voisin, mais sans vraiment y réussir.

Le changement, ça doit réellement être maintenant. J'espère que les débats et que les propositions en vue des élections de 2014 prendront en considération ce contexte local, en tous cas j'y contribuerai.

20:19 Publié dans CCC, Economie | Lien permanent | Commentaires (1)

20/02/2013

Développons de nouvelles activités plutôt que de soutenir des entreprises de façon articicielle

Des élus du Coeur d'Hérault distribuaient hier des éthylotests devant la Préfecture de l'Hérault ; ils manifestaient ainsi leur soutien à l'entreprise Contralco de Gignac qui voit son activité mise à mal par la décision de Manuel Valls de ne pas rendre obligatoire la possession d'éthylotests dans sa voiture. La société qui avait profité de la directive du précédent Ministre de l'Intérieur se voit ainsi obligée de réduire ses effectifs qui passent de 310 à 84 salariés.

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Mais ce soutien d'élus du Coeur d'Hérault est-il pertinent ? C'est la même démarche que celle d'Arnaud Montebourg chez Pétroplus, chez Arcelor Mittal à Florange ou chez PSA à Aulnay. Il faut éviter la casse, il faut mettre en place des "amortisseurs sociaux", mais il faut surtout trouver des alternatives économiques pérennes.

Mais je reprends le cas de Contralco ...

Bon, personne n'était dupe sous Sarkozy que cet éthylotest obligatoire était une mesure inefficace. Et il est heureux que Manuel Valls ait mis fin à cette fable. La lutte contre la délinquance routière liée à l'alcool passe avant tout par la prévention et par la répression. Et on imagine mal une personne fortement alcoolisée souffler dans un éthylotest avant de prendre la route ... Si cette personne a bu en sachant qu'elle allait conduire, c'est qu'elle est imperméable à tout message de prévention. D'où l'utilité de multiplier les contrôles routiers aux endroits et aux heures où circulent des conducteurs alcoolisés.

ethylotest,contralco,coeur d'hérault,gignac

Par contre, le Préfet de l'Hérault dans ses orientations contre l'insécurité routière a évoqué un amendement de la loi LOPPSI2 imposant la pose d'éthylotest antidémarrage. Et avec la clé une expérimentation intéressante dans notre département ; cela consiste à obliger les personnes déjà contrôlées en état alcoolémique grâve au volant à s'équiper d'un anti-démarreur couplé à un éthylotest électronique. Plutôt que d'avoir à payer une amende, la peine serait d'équiper sa voiture d'un tel dispositif. L'idée est intéressante car elle cible les conducteurs à risque, qu'elle dissuade efficacement la conduite en état d'ivresse et qu'elle offre aux industriels de ce secteur une perspective de développement.

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Et c'est là où les élus devraient se mobiliser, car Contralco distribue aussi des éthylotests électroniques. Si malheureusement son produit phare qu'est l'éthylotest à usage unique se vend moins bien que prévu, alors il faut aider Contralco à faire de la recherche et à développer son offre commerciale sur ces anti-démarreurs. L'entreprise Contralco a un savoir-faire industriel dans ce domaine, il faut donc en profiter pour conquérir ce marché.

La manifestation de quelques élus du Coeur d'Hérault est compréhensible, elle apporte un soutien aux salariés en danger de perdre leur emploi, mais elle devrait être plus prospective. Les entreprises doivent faire de la R&D (le crédit d'impôt recherche est destiné à cela), elles doivent investir (la Banque Publique d'Investissement vient d'être créée pour ça) et elles doivent saisir toutes les opportunités pour diversifier leurs marchés. Maintenir une activité industrielle avec des incitations de l'Etat, comme la prime à la casse dans l'automobile ou l'obligation de posséder un éthylotest dans toutes les voitures, c'est créer artificiellement un besoin, ça n'a qu'un temps et l'issue n'en est que plus difficile.