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25/01/2013

Frédéric Cuvillier défend le monopole de la SNCF :=(

Son  nom fait rarement la une des médias, mais il a eu des prédécesseurs plus illustres : Louis Mermaz, Charles Fiterman, Dominique Bussereau ou encore Jean-Claude Gayssot. Monsieur Cuvillier est Ministre des Transports. Enfin, Ministre délégué ... Élu de Boulogne-sur-Mer, cet homme politique n'a pas de compétence particulière en matière de transport, il est surtout un très proche de François Hollande.

Mais sortons des mondanités pour évoquer les propos tenus par le Ministre délégué Frédéric Cuvillier devant les commissions des affaires européennes et du développement durable de l'Assemblée Nationale. Monsieur Cuvillier refuse d'appliquer la décision de la Commission Européenne de séparer les activités des gestionnaires d'infrastructures et les opérateurs ferroviaires. La Commission Européenne souhaite ouvrir le transport de voyageurs à la concurrence dès 2019, mais aussi bien la SNCF que la Deutsche Bahn s'y opposent. Le rapport que se proposait de présenter sur ce sujet le Commissaire Siim Kallas d'ici la fin du mois est reporté sine die.

Or, l'Etat a-t-il pour mission de faire circuler des trains ? Évidemment non ... De même qu'il n'a pas vocation à faire voler des avions (Air France est totalement privatisé depuis 10 ans) ou à construire des voitures.

Mais le transport assure des missions de service public que l'on ne retrouve pas chez Renault, et on sent bien que l'Etat ne doit pas s'en désengager totalement. Or, il y a un domaine où l'Etat peut vraiment assurer un contrôle de ces missions de service public, c'est dans la gestion du réseau. C'est à l'Etat d'entretenir et de développer le réseau ferré afin de permettre à des opérateurs privés d'assurer un trafic de voyageurs et de fret. Et si aucun opérateur ne veut assurer la circulation de trains sur des territoires peu fréquentés, alors c'est à l'Etat de faire payer au prix fort sur les axes les plus fréquentés pour aider les opérateurs qui maintiendront des lignes peu fréquentées.

On le constate depuis de nombreuses années, la SNCF se concentre sur les grandes agglomérations (RER) et sur les inter-cités les plus rentables (TGV). Et les fermetures de "petites lignes" s'additionnent année après année. La SNCF, malgré son statut national, se comporte comme une société commerciale lambda.

Ainsi, la règle "Gestionnaire public de réeau / Opérateur privé d'utilisation du réseau" est généralisable à tous les réseaux (télécom, autoroutes, aérien, fluvial, maritime, postal, électrique, ...) ; l'Etat doit être le propriétaire des infrastructures et il doit en faire payer l'usage par des opérateurs privés. L'Etat peut alors assurer des missions de régulation et de contrôle tout en garantissant le respect de l'intérêt général.

Quant à la concurrence entre opérateurs privés, elle est saine ; c'est le monopole qui est anormal. Mais nous retrouvons dans l'audacieuse position de notre Ministre un statu-quo plutôt rétrograde. Décidément, le changement ce n'est pas encore pour maintenant ;-)

24/01/2013

Arnaud Montebourg, la mouche du coche.

Arnaud Montebourg est vraiment un drôle d'oiseau. Il y a quelques mois encore, il vantait la 3ème révolution industrielle promue par l'Américain Jeremy Rifkin ; son ouvrage signe l'épitaphe de la seconde révolution industrielle fondée sur les énergies carbonées et il anticipe un développement qui repose sur les énergies renouvelables.

En 2012, Arnaud Montebourg lançait un grand chantier pour l'automobile propre, avec des moteurs de moins en moins polluants. Le Ministre de l'Industrie n'hésite d'ailleurs pas à se déplacer avec la Zoé de Renault, un véhicule 100% électrique.

Et ce soir sur France2, face à Alain Minc qui le titillait sur les gaz de schiste, Arnaud Montebourg a sorti sa botte secrète : l'exploitation du gaz de houille qui pourrait être extraite de façon plus propre de nos sous-sols charbonneux. Le gaz de houille n'est plus exploité en France depuis le milieu du 20ème siècle, et son usage n'est pas sans impact sanitaire (cf. wikipedia).

Le prochain modèle automobile qui sortira des chaînes de montage des usines Renault ressemblera donc à ça (avec une carosserie rose) :

Bundesarchiv_Bild_183-V00670A,_Berlin,_Auto_mit_Holzgasantrieb.jpg

Sacré Arnaud, mort de rire ... Mais sa place est-elle vraiment dans le gouvernement de la 5ème puissance économique du Monde ? Pouvons-nous aborder les enjeux du 21ème siècle avec des hommes politiques qui se veulent modernes, mais qui n'ont toujours dans leur cartable que de vieilles recettes du siècle dernier ?

Mais en écoutant Arnaud Montebourg expliquer en quoi sa mobilisation quotidienne avec ses commissaires au redressement productif contribue à sauver des emplois, presque un par un, il incarne parfairement la fable de Jean de la Fontaine, le Coche et la Mouche.

05/01/2013

Poussons jusqu'au bout le scénario d'une croissance économique mondiale de +3% par an, mais jusqu'où ?

Si les pays "riches" (Europe, Amérique du Nord, Japon) constatent que leur développement économique a atteint la limite asymptotique et que la croissance de leur PIB devient infinitésimale, le reste du monde part de plus loin et les pays émergents sont encore loin de la droite asymptote ... Les études de l'OCDE misent sur une croissance mondiale de +3% par an pour les 50 ans qui viennent ! La Chine et l'Inde seront les locomotives de la croissance mondiale pour les deux prochaines décennies, et leurs populations vont donc accroître considérablement leurs besoins en produits manufacturés et en matières premières tout en adoptant de plus en plus un mode de vie occidental.

Rien d'étonnant à ce que les prévisions du volume de trafic aérien mondial, fret et passager, ne suivent la même courbe de croissance. Les études prédisent une multiplication par 4 du volume de trafic aérien entre 2010 et 2050 ... Et même si entre 1970 et 2010 le trafic aérien a été multiplié par 10, l'industrie aéronautique produira encore beaucoup d'avions.

Autre secteur très lié à l'activité économique, l'automobile. L'agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit un doublement du parc automobile mondial d'ici 2035. La Chine et l'Inde sont encore cités pour une croissance exceptionnelle de leur parc automobile (plus de 400 millions de véhicules en Chine en 2035 contre 69 millions aujourd'hui, et 160 millions de véhicules en Inde contre 14 millions en 2011). Et ce sont 16 millions de kilomètres de routes nouvelles qui seront construites d'ici 2035 !

Mais avec une population mondiale de 9 milliards de personnes, les Nations Unies ont calculé que le monde aura besoin d'augmenter sa production alimentaire de 70 % d'ici le milieu du siècle pour répondre à la demande galopante. Et que ce soit pour produire l'alimentation animale ou végétale de ces 9 milliards de terriens, les ressources en eau vont devenir de plus en plus critiques ... La FAO a produit en 1999 un rapport très détaillé sur la sécurité alimentaire d'ici 2050, le diagnostic comme les prévisions restent d'actualité.

Encore un dernier domaine pour lequel la demande suit (ou précède) la croissance économique, c'est l'énergie. L'énergie pour construire des avions et des voitures, l'énergie pour les faire fonctionner,  l'énergie nécessaire pour produire comme pour transporter les productions alimentaires, mais aussi l'énergie pour se chauffer, pour s'éclairer et l'énergie pour l'économie numérique. La consommation d'énergie devrait augmenter de 80% d'ici 2050, et la part des énergies fossiles dans le bouquet énergétique mondial devrait demeurer aux environs de 85 %. Brésil, Russie, Inde, Indonésie, Chine et Afrique du Sud (les BRIICS) seront les plus gros consommateurs d'énergie.

En mars 2012, l'OCDE a édité une synthèse de toutes les études éxistances qui est intitulée : Les conséquences de l'inaction. En gros, nous savons que nous allons droit dans le mur, nous savons qu'une seule planète Terre ne suffira pas à couvrir tous ces besoins pour 9 milliards d'êtres humains, mais nous savons aussi que notre activité humaine accélère la dégradation de l'environnement (perte de la calotte glaciaire, déforestation massive, acidité des océans, biodiversité attaquée, ...). Nous sommes tous les acteurs de cette histoire de la Terre, et ce n'est pas que de la littérature.

Face à ce risque global qui pend au nez de nos enfants, il serait irresponsable de ne pas s'engager dans des politiques de prévention. Peut-être que des catastrophes se produiront un peu partout dans le monde, alors donnons-nous les moyens d'y échapper. Et loin de sombrer dans une approche purement catastrophiste, il faut entretenir une vision positive ; c'est ce que suppose le concept de résilience des territoires. En 2010, l'éruption d'un volcan islandais a interrompu le trafic aérien pendant quelques jours sur l'Europe et a illustré la fragilité de notre société hyper-dépendante des grands circuits de distribution des marchandises. Notre société est ainsi beaucoup moins résiliente qu'en 1940 ! Un mouvement s'est créé des "villes et des territoires en transition", avec pour principal objectif de relocaliser les productions (énergie, alimentation, matériaux, équipements, ...). Et en même temps que cette résilience améliorée renforce l'autonomie des territoires, elle fournit aussi de l'emploi non délocalisable.

Le Coeur d'Hérault un territoire en transition ? Il y a les ressources, il faut par contre la volonté politique !