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03/02/2013

L'homme, animal jouisseur inassouvi dans un Monde si laid ...

Rien de nouveau à dire que l’homme est un animal singulier, et comme l’écrit Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro : « Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, madame, il n'y a que cela qui nous distingue des autres bêtes ». Car là où la plupart des animaux de la création agissent en fonction de besoins physiologiques, l’homme y ajoute la recherche du plaisir. Et cela va au-delà de ses cinq sens qui sont des récepteurs de plaisir (ou de douleur), le pouvoir, l'ostentation et la possession sont quelques autres sources du plaisir humain (cf. pyramide de Maslow).

Le bouddhisme accorde d'ailleurs une place importante au plaisir, car sa quête incessante serait à l'origine de tous nos malheurs ; ceux qui en jouissent craignent d'en être privés un jour et ceux qui en sont privés envient les jouisseurs. Ce sont donc des sentiments de satisfaction et de frustration qui s'affrontent, la satisfaction pouvant conduire à une attitude auto-protectrice égoïste et la frustration s'accompagnant parfois de violences extrêmes. Les morales religieuses ne sont pas aussi explicites que le bouddhisme, mais elles condamnent toutes le plaisir (i.e. péché).

Or, cet atavisme permanent chez l’homme, qui favorise les sociétés de consommation, du spectacle et donc de ségrégation sociale, se perpétue dans un Monde globalement sinistré. La pauvreté, la souffrance, les injustices, la faim, la corruption et la privation de liberté sont quelques-uns des maux qui rendent le Monde si laid. Et il ne faut pas aller en Erythrée ou en Corée du Nord pour assombrir le tableau, des banlieues pauvres de certaines grandes villes françaises, avec des taux de chômage trois fois plus élevés que la moyenne nationale, sont à moins d'une heure des quartiers chics des centres villes.

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Cette dualité se retrouve aussi dans le discours politique. Le plus facile et le plus rentable sur le plan électoral est bien évidemment de « vendre du plaisir ». C’est le sempiternel slogan d’une « American way of life » qui écarte sans complexe toute exigence de frugalité, de solidarité ou de responsabilité. Et c’est aussi l’expression Romaine « panem et circences » que l’on retrouve derrière les programmes de nombreux politiques.

D’autres politiques ne se contentent pas d’adapter les discours aux circonstances, avec ce savant mélange de compassion, d'optimisme et d'hypocrisie … Certains, plus rares, tiennent des discours qui éveillent les consciences pour espérer changer de paradigme. Martin Luther King, Jean Jaurès, Gandhi, Aung San Suu Kyi et Nelson Mandela sont quelques-unes de ces personnalités qui permettent d'alimenter la flamme. Et de façon générale, les formations politiques ainsi que les associations qui aspirent à l’alter-mondialisme restent très minoritaires.

A noter que le salafisme est une voie qu'empruntent de plus en plus de peuples pour répondre aux urgences sociales, le djihadisme en étant l'expression la plus visible actuellement. Et c'est ce qui me fait répondre au Président Hollande que ce n'est pas le terrorisme qu'il faut combattre, mais plutôt les causes des exactions commises par les islamistes.

Et c'est donc un questionnement qui se pose quotidiennement dans ma propre action politique. Tout projet majeur se place entre les deux mâchoires de cet étau, avec d'un côté la nécessité de satisfaire le désir des citoyens de se faire plaisir, et de l'autre la nécessité de rendre la société plus juste, plus solidaire et plus enthousiasmante. Certains seront plus clientélistes et d'autres seront résolument contestataires, j'ai choisi d'être ni l'un ni l'autre et de privilégier l'intérêt général.

02/02/2013

L'emploi à tout prix, ça suffit !

L'actualité illustre une fois de plus ce dogme selon lequel la création ou le maintien des emplois prime sur toute autre chose.

Localement sur Gignac, c'est l'entreprise Contralco qui se sépare de 150 employés (intérimaires ou en contrat à durée déterminée) suite à l'annonce du Ministre de l'Intérieur de ne pas imposer la présence des éthylotests dans les véhicules. Contralco avait recruté ces 150 employés au cours des 12 derniers mois parce que le gouvernement précédent justifiait une diminution des accidents de la route liés à l'alcoolémie des conducteurs par la présence de ces éthylotests. Certains avaient critiqué à l'époque le travail de lobbying de Contralco, mais en réalité cette mesure était plus commerciale que sécuritaire.

Mais c'est la réaction du député Patrick Vignal qui est surprenante (cf. Midi Libre). Et le parlementaire Héraultais d'affirmer : "Le message du président de la République François Hollande, c'est 1 l'emploi, 2 l'emploi, 3 l'emploi. Manuel Valls aurait dû s'interroger sur les conséquences de sa décision. On ne peut pas prendre des décisions qui vont à l'encontre de cette priorité". Cela justifie-t-il d'imposer à 40 millions d'automobilistes et de routiers la possession de deux éthylotests, d'imposer aux forces de l'ordre de verbaliser les contrevenants et de créer ainsi une mesure de prévention routière exclusivement destinée à faire travailler quelques entreprises de ce secteur ?

Et Monsieur Vignal ne doit pas être loin de justifier l'exploitation des gaz de schiste pour dynamiser l'activité économique de l'Hérault. Et pourquoi pas une centrale nucléaire, une raffinerie, ... ?

A Amiens, le Groupe Goodyear (qui contient aussi Dunlop) vient d'annoncer la fermeture de son site où la CGT refuse depuis des années d'accepter des clauses sociales de compétitivité. A côté, l'usine Dunlop a accepté en 2007 de passer aux 4x8. Cela consiste à faire tourner 4 équipes selon le rythme suivant : 2 jours du matin, 2 jours de l'après-midi, 2 jours de nuit et 2 jours de repos avant de recommencer. Ce cycle tourne toute l’année, week-end et jours fériés inclus. L’équivalent hebdomadaire de ce cycle est de 42 heures par semaine pour des postes de 8h, et de 44,6 heures pour des postes de 8h30.

En contrepartie, l'usine Dunlop bénéficie d'un plan d'investissement de 50 millions d'euros pour moderniser le site et donc gagner des parts de marché sur les pneus de tourisme. Du côté de Goodyear, la position de la CGT à Amiens-Nord s'est enfermée au fil des années dans une opposition ferme vis-à-vis de la direction du groupe, conduisant à la fermeture du site et laissant près de 2000 salariés sur le carreau.

Mais quand on regarde ce cycle des 4x8, on se rend compte immédiatement qu'il entraîne un mode de vie complètement asocial. Plus de notion de journée ou de week-end qui rythme pourtant la vie de notre société, juste des "ouvriers-machines" qui sont employés aux horaires qui conviennent à la compétitivité du groupe Goodyear.

On rétorquera que le groupe Goodyear est en grande difficulté, qu'il ne verse plus de dividende à ses actionnaires depuis des années, et c'est donc aux salariés de faire des efforts pour maintenir leur emploi. Ca me rappelle le livre de Zola, "Germinal" ... L'état de notre société regresse au point de revenir à ce qu'il était à la fin du 19ème siècle.

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Avec Contralco et Goodyear, chacun à son échelle, voilà deux exemples du dogme de l'emploi à tout prix. Les patrons ne sont pas en cause, leur fonction étant naturellement de faire du profit, mais ce sont les politiques qui ne sont pas au rendez-vous. Ils doivent arrêter de nourrir de faux espoirs dans des secteurs en déclin, et le secteur de l'automobile en Europe n'aura plus jamais l'activité qu'il avait dans la seconde partie du 20ème siècle quand l'acquisition d'une première voiture par foyer était la règle.

Il faut donc anticiper les secteurs de demain, ceux que la recherche scientifique a déjà révélés et pour lesquels il faut intensifier la formation. Mais dans des secteurs de l'énergie, de la médecine, de l'éco-construction, des nano-technologies, de l'informatique, de l'eau, ... les emplois nécessitent de la qualification. La formation est donc une condition nécessaire pour créer de l'emploi, et il faut tout faire pour ne pas laisser des demandeurs d'emploi sans qualification. C'est ce modèle social des Etats du Nord de l'Europe, qui privilégie la formation tout au long de la vie, dont nous devons nous inspirer.

Le RSA et toutes les mesures qui s'identifient à une politique de l'assistanat ne devraient jamais durer. C'est comme les Restos du Coeur que Coluche ne pensait certainement pas voir perdurer, mais qui aujourd'hui s'étendent au logement et à l'insertion par l'emploi. Plus notre société maintiendra de personnes dans la non-qualification et plus nous connaîtrons des tensions sociales, voire des violences.

L'orientation prise par le gouvernement de François Hollande en faveur de l'éducation, avec le recrutement de 60.000 enseignants en 5 ans, va dans la bonne direction. Mais la formation initiale, très généraliste, n'y suffira pas. L'adéquation entre les besoins économiques à anticiper et les qualifications de la population active devrait être la priorité du gouvernement. Or, qui connaît Monsieur Thierry Repentin, actuel ministre délégué à la formation professionnelle et à l'apprentissage ? Il n'a par ailleurs aucune compétence particulière dans ce domaine (cf. biographie), son parcours politique étant plutôt ciblé sur le logement. Mais la très médiathique Nadine Morano qui occupait ce ministère jusqu'à l'an dernier a-t-elle fait quelque chose ?

Je reste donc sur mes dinosaures modernes qui s'éteignent les uns après les autres, laissant des salariés anéantis, et avec des femmes et des hommes politiques qui ne pensent qu'à leur prochaine élection ...

29/01/2013

Après l'ère des dinosaures [industriels], voici celle des organismes agiles ...

Avec la seconde révolution industrielle, sont apparus des sites industriels gigantesques. Dans la métallurgie, la construction automobile, l'aéronautique,  la construction et l'entretien du matériel ferroviaire, les chantiers navals et bien d'autres secteurs très productifs, ce sont des sites industriels qui peuvent employer des milliers d'ouvriers. Ce sont eux nos dinosaures modernes !

Mais alors que depuis la préhistoire l'homme s'est toujours adapté aux évolutions de son environnement, aux découvertes techniques et qu'il a toujours fait preuve de créativité, d'audace et d'envie d'innover, ces dinosaures industriels n'ont jamais évolué. Et les uns après les autres, qu'il s'agisse des mines de charbon, des hauts fourneaux, des usines automobiles, des chantiers navals, ... ces sites disparaîssent. A chaque fois les ouvriers luttent contre ces inévitables fermetures, mais en vain.

A qui la faute ? Il y a au moins trois motifs : 1. Ces sites industriels se prêtent assez mal à l'adaptation technologique ; 2. Leurs productions finissent par saturer le marché national ; 3. La mondialisation les concurrence durement. Le problème, c'est que les économistes et les politiques ne savent pas anticiper la mort programmée de ces dinosaures, et qu'ils entretiennent de façon démagogique l'espoir du maintien de l'activité.

A l'inverse, les petites structures s'adaptent beaucoup mieux, et cela depuis toujours. De l'agriculture familiale à l'artisanat en passant par les petites entités industrielles, il est plus facile de se former, de changer de pratiques et de s'adapter aux besoins du marché. Et ce qui est difficile à faire, de la part des collectivités locales, des filières professionnelles, des organismes de formation et des chambres consulaires, c'est d'entretenir et de développer un tissu de petites et moyennes entreprises, un réseau d'acteurs économiques collectivement performants.

Tout le 20ème siècle a promu la création de ces grands sites industriels, synonymes de productivité, de compétitivité et de plus-values financières. Et pour les Français (mais c'est vrai de Détroit à Liverpool en passant par Milan), l'espoir d'une vie professionnelle réussie passait par un emploi dans une de ces hyper-structures. Rentrer chez Thomson, Renault, Usinor ou Alcatel donnait un passeport professionnel à vie. Et toutes les collectivités locales s'arrachaient ces sites industriels pourvoyeurs d'emplois soi-disant pérennes ; Toyota à Valenciennes, Airbus à Toulouse, Michelin à clermont-Ferrand, Renault sur l'ile Seguin, ...

Au 21ème siècle, ces dinosaures auront disparus ou auront été délocalisés. Il est urgent de se donner les moyens pour que puissent se créer des structures en réseau (agilité à grande échelle) ou en grappes (synergies productives et commerciales), et cela nécessite surtout de changer d'état d'esprit. Prenons le cas de l'agriculture, où là aussi l'industrie agro-alimentaire perd ses grands sites de production (cf. l'exemple du Groupe Doux, jusqu'alors premier producteur européen de volailles) ; il faut éclater les sites de production et les structures de commercialisation pour constituer un ensemble homogène de l'extérieur, mais en constant mouvement à l'intérieur. Un producteur d'oeufs ou d'olives peut s'associer avec d'autres producteurs de la même filière ou d'autres filières pour constituer des offres à géométrie variable, adaptables. Mais pour ça, il faut que l'Etat et que les collectivités locales mettent en place le cadre qui sécurise tous ces acteurs économiques. C'est déjà le cas avec les pépinières, les couveuses ou autres incubateurs d'entreprises, mais ces outils sont encore trop limités.

Il y a plus de 65 millions d'années, à la fin du Crétacé, les dinosaures disparaissaient sous la conjonction de plusieurs évènements majeurs : chute d'un astéroïde, éruptions volcaniques, régressions marines et changement climatique. Leur disparition permet alors aux petits mammifères de se développer, l'homme apparaît plus tard vers 4 millions d'années.

Aujourd'hui, la disparition de nos dinosaures industriels peut permettre à une nouvelle économie de se développer, une économie humaine à la fois solidaire et innovante.

En suivant cette métaphore historique, l'idée de cette note est d'envisager un modèle économique où nous soyons moins prisonniers des gigantismes toujours difficiles à faire évoluer, et qui conduisent à une forme d'immobilisme intellectuel. A côté de ça, des structures plus petites sont plus adaptables aux aléas économiques et ils offrent de meilleures intégrations professionnelles. Évidemment, il y aura toujours de grands sites industriels, et la France n'en manquera pas, mais ce ne doit plus être l'idéal à atteindre. Et c'est justement toute la complexité que d'y trouver une alternative ...