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25/05/2013

Pourquoi l'Europe s'abaisse-t-elle à importer le modèle américain ?

C'est par 460 votes pour, 105 votes contre et 28 abstentions que le Parlement Européen a adopté ce jeudi 23 mai la proposition de résolutions B7-0187/2013, à savoir le lancement de négociations en vue d'un accord de commerce et d'investissement entre l'Union européenne et les Etats-Unis. Ci-joint le tableau des votes nominaux (cliquez sur le lien pour le télécharger) : tableau. La droite française a voté la proposition, les écologistes et le front de gauche, ainsi que le Front national ont voté contre, mais les socialistes et les centristes se sont majoritairement abstenus (les députés français sont surlignés en jaune).

Le constat qui a été fait par la Commission européenne et par l'ensemble des gouvernements de l'Union européenne, c'est qu'il faut plus de commerce pour générer plus de croissance économique. Et les deux piliers de l'économie mondiale que sont l'Europe et l'Amérique du Nord doivent tout faire pour faciliter l'installation et le développement d'entreprises sur le sol de chacun de ces deux continents. Mais cet accord ne concerne pas l'artisan du coin ou le restaurant d'à côté, non, cet accord est mis en place uniquement pour que les grandes firmes internationales ne rencontrent plus d'obstacle à leur extension.

Souvenons-nous qu'en 1998, les mêmes acteurs européens et américains voulaient adopter un accord multilatéral sur l'investissement (AMI) ; cette démarche a été stoppée nette par la mobilisation de millions de citoyens européens. Car que signifient exactement ces accords de libre-échange ? Tout simplement qu'aucune politique publique, qu'aucune loi ne pourra empêcher une entreprise d'investir. Et si c'est le cas, alors cette entreprise pourra réclamer une compensation financière pour le préjudice subi. Les États-Unis ont déjà expérimenté ces accords avec leurs voisins canadiens et mexicains, et c'est ce qui conduit par exemple l'entreprise américaine Lone Pine à réclamer 250 millions de dollars au gouvernement du Québec pour avoir prononcé un moratoire contre la fracturation hydraulique.

Nous avons entendu le gouvernement français réagir à ce projet d'accord de libre-échange, mais uniquement pour réclamer que la culture ne fasse pas partie de la négociation. Les politiques publiques françaises qui protègent l'audiovisuel, le cinéma, le théâtre et le livre seraient ainsi à l'abri des grandes firmes américaines. Mais rien n'empêcherait Monsento de réclamer des dédommagements contre le moratoire français sur les OGM. La réglementation REACH (Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals) adoptée en 2006 par l'Union européenne est l'un des principaux obstacles pour la commercialisation des produits chimiques américains ; ce progrès social et environnemental pourrait-il être bradé pour quelques dollars ? Et enfin le boeuf aux hormones de l'oncle Sam pourra faire son entrée dans les rayons de nos supermarchés. Même les normes anti-pollution imposées aux véhicules qui circulent sur nos routes pourront être ignorées par l'industrie automobile américaine, ou alors ses firmes obtiendront de confortables compensations financières.

David Cameron, le Premier ministre britannique, a déjà plaidé pour lancer les négociations sur le libre-échange entre l'Europe et les Etats-Unis en marge du sommet du G8, les 17 et 18 juin en Irlande du Nord. C'est dire l'empressement des plus fervents défenseurs du libéralisme économique des deux côtés de l'atlantique ...

accord de libre échange europe etats-unis

Mais le plus étonnant, quoique ça va finir par ne plus surprendre personne, c'est que ce sont toujours des gouvernements dits "socialistes" en France qui se rendent complices de cet abandon de souveraineté publique. Car c'est le pouvoir des multinationales qui s'imposerait à nos démocraties, leur argent qui méprise nos bulletins de vote. Comment François Hollande, et après Lionel Jospin en 1998, peut-il y être aussi indifférent ?

L'Europe n'a pas besoin de s'aplatir devant le modèle social et économique américain, l'Europe a le potentiel pour devenir un espace de développement humain plus respecteux des acquis sociaux, plus soucieux de l'état de notre planète et indépendant des autres puissances mondiales telles que la Chine ou l'Amérique. En tous cas, les élections européennes de juin 2014 nous donneront l'occasion d'en débattre.

accord de libre échange europe etats-unis

20/05/2013

La démondialisation passera par l'Europe

L'Europe occidentale et l'Amérique du Nord ont connu quatre révolutions successives qui se sont déroulées sur quatre siècles : les révolutions démocratiques au 18ème, la révolution du productivisme industriel au 19ème, la révolution consumériste au 20ème et enfin la révolution des nouvelles technologies contributives de ce début du 21ème siècle.

Chacune de ces quatre révolutions a marqué des territoires, elles se sont inscrites dans l'histoire et elles ont été longuement digérées. Je ne vais pas détailler chacune d'elles, mais nos sociétés modernes sont les héritières de ces mutations profondes qui sont aujourd'hui dans notre culture commune. Voter, lire ou écouter des médias libres, promouvoir l'innovation industrielle, satisfaire des pulsions de consommation et partager une vidéo sur YouTube sont quelques exemples des comportements que nous sommes en mesure d'accomplir de façon usuelle.

Or, la mondialisation a brutalement projeté nos comportements modernes sur des sociétés qui n'étaient absolument pas prêtes à les assimiler. La démocratie en est le premier exemple ... Je me souviens de G. Bush qui voulait exporter la démocratie au moyen-orient après les attentats du 11 septembre ; nous en mesurons depuis l'absurdité meurtrière. Et en même temps, le printemps arabe qui s'est répandu il y a deux ans n'a pas atteint le résultat espéré.

L'industrialisation des pays émergeants s'est réalisée en quelques décennies quand l'Europe a pris plus d'un siècle pour s'industrialiser. Et cette accélération donne par exemple le modèle brésilien, totalement prédateur de la biodiversité amazonienne et qui bouleverse les écosystèmes. La catastrophe de Dacca au Bangladesh (plus d'un millier de morts dans l'effondrement d'un immeuble de confection textile) témoigne aussi de cet antagonisme. Le consumérisme qui se développe en Asie, en Amérique Latine ou en Europe de l'Est est le privilège d'une classe moyenne très minoritaire. En Inde par exemple, la classe moyenne est constituée d'environ 100 millions de personnes, mais dans un pays de plus d'un milliard d'habitants qui vivent dans une très grande pauvreté. Un tel développement est voué à l'échec, et ces pays connaissent épisodiquement des situations sociales insurrectionnelles. Le pire pourrait venir ...

J'entends le discours angélique des économistes ou des politiques qui voient dans la mondialisation une chance donnée à toutes les populations du monde d'accéder à la démocratie, au développement industriel, à la consommation (sur le modèle occidental) et au partage sur Internet, mais tout cela vient télescoper des sociétés qui n'ont pas la capacité collective de les assimiler. Il ne suffit pas qu'une petite minorité s'empare de ce modèle pour s'en satisfaire, car la réalité est tout autre. Le poids des institutions politiques ou religieuses est un mur contre lequel toutes ces aspirations modernes viennent s'écraser.

Mais cette mondialisation sans âme n'est pas une volonté des peuples occidentaux de coloniser le reste du monde, et d'ailleurs l'Europe et l'Amérique en subissent les effets dévastateurs, mais c'est le capitalisme financier qui en a été le moteur. Et la perspective qu'explose demain la bulle financière de banques et d'organismes internationaux ne me fera pas verser une larme ; je suis partisan du principe pollueur-payeur.

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Notre responsabilité collective nous oblige néanmoins à ne pas attendre la catastrophe annoncée. Nous avons à l'échelle de l'Europe les moyens de réaliser la troisième révolution industrielle, et il nous faut se concentrer sur cet objectif. Cessons d'acheter du soja au Brésil, cessons d'importer des haricots verts du Kenya et cessons d'acheter du textile en Inde, et relocalisons en Europe toutes ces productions qui créeront de l'emploi. Est-ce synonyme d'un abandon des pays en voie de développement ? Non, mais laissons les se développer pour satisfaire leurs propres marchés internes, et dans le temps qu'il leur faudra pour digérer ces transformations politiques et sociales.

Comme disait François Mittérand, "La France est notre patrie, mais l'Europe est notre avenir". Et si la construction européenne s'est égarée, voire qu'elle est en panne, l'idéal reste le même. Il faut remettre l'ouvrage sur le métier, même vingt fois si nécessaire, mais il ne faut pas succomber aux sirènes identitaires qui privilégient le recroquevillement sur soi.

18/05/2013

Retraites, la réforme de Sarkozy que Hollande va poursuivre ...

En 2010, nous étions nombreux dans la rue pour manifester contre la réforme des retraites de Sarkozy. En gros, face au déficit prévisionnel du régime des retraites, le gouvernement UMP a passé l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, il a passé de 65 à 67 ans l'âge à partir duquel le système de décote ne s'applique plus si la personne n'a pas le nombre de trimestres requis, il a rallongé de 41 ans à 41 ans et demi la durée légale de cotisation et se sont ajoutées d'autres mesures financières pour trouver de l'argent ici et là, comme par exemple l'augmentation du taux de retraite des fonctionnaires de 7,85% à 10,55%.

Toute la gauche s'est mobilisée contre cette réforme et de nombreuses grèves et manifestations se sont déroulées à l'automne 2010 (cf. ma note sur ce blog à cette époque).

Mais aujourd'hui, le Président socialiste qui se trouve à l'Elysée, celui que la gauche a choisi le 6 mai 2012, va continuer l'oeuvre de son prédecesseur. Nous connaissons les arguments (cf. rapport du 19 décembre 2012 du Conseil d'Orientation des Retraites - COR). Tout d'abord que le système pourrait connaître un déficit de 20 milliards d'euros d'ici 2020, et que les seules options qui peuvent être utilisées sont la hausse des cotisations, la baisse des pensions ou l'allongement de la durée de cotisation, et à condition d'un retour de la croissance du PIB (évalué par le COR à +0,8% pour 2013, alors que le chiffre pourrait finalement être négatif, puis à +2% dès 2014). Les questions comme la pénébilité au travail ne sont pas oubliées, mais de même que sous Sarkozy ça fera l'objet de propositions ultérieures ...

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Or, comme en 2010, les mêmes interrogations sont posées. La baisse du chômage ne serait-elle pas un objectif plus juste socialement ? Les experts prétendent d'ailleurs qu'une hausse de +5% du taux d'emploi de la population active équilibrerait le système (critère d'ailleurs non pris en compte dans le dernier rapport du COR). Alors, pour un Président qui assure inverser la courbe du chômage en 2013, ce serait pas mal d'avoir un peu de suite dans les idées ;-)

Le problème de fond pour le financement du régime des retraites, c'est qu'il est basé sur les salaires. Or, si le nombre de salariés n'augmente plus et qu'en même temps la redistribution des plus-values économiques bénéficie de moins en moins aux salariés, et avec un nombre croissant de pensionnés, alors le système est inévitablement en danger.  Je l'ai par exemple répété souvent sur mon blog, c'est anormal que les plus-values générées par les gains de productivité du travail n'alimentent pas les régimes sociaux.

Mais le gouvernement social-libéral de François Hollande assume désormais sans complexe sa préférence pour les entreprises et pour leur rôle clé dans l'avenir de notre pays ; et il ne doit rester qu'un idéaliste comme Philippe Poutou pour déclarer sur un plateau de télévision que la richesse d'une entreprise réside dans ses employés ... Mais à ce rythme, ma génération née dans les années 60 partira à la retraite à taux plein à 70 ans. Peut-on à cet âge-là enseigner à une classe, conduire des engins et des autocars, exercer un métier dans la sécurité publique, travailler sur des chantiers ou dans les champs, c'est à dire dans un grand nombre de métiers où il vaut mieux avoir 30 ans que 65 ans. Et d'ailleurs les employeurs ne s'y trompent pas puisque le taux de chômage des plus de 55 ans ne cesse de croître.

Je ne dis pas que l'on ne peut plus peindre un mur, conduire un engin, encadrer un groupe d'adolescents, élaguer un arbre ou recevoir du public après 65 ans, mais pas au rythme exigé par une entreprise dont la viabilité repose sur la productivité de son personnel. Par contre, ce serait une mesure très appréciée que les personnes de plus de 55 ans qui ont du mal à retrouver un emploi puissent percevoir la même indemnité quand ils participent activement au mouvement associatif.

Un autre contrat social doit s'imposer et les régimes sociaux doivent cesser de reposer sur les salaires. Ce qui valait en 1945 au lendemain de la guerre, avec la perspective de la reconstruction du pays et donc d'une augmentation aussi évidente que nécessaire des actifs avec emploi, ne peut plus servir de socle au système social à inventer 68 ans après ; c'est le système qui doit prendre sa retraite ;-)

Personnellement, je reste très attaché au revenu universel, et rien ne m'a encore convaincu qu'un tel système n'était pas viable. Et le RSA (revenu de solidarité active) n'en est-il pas l'ersatz ? Faisons d'un tel revenu une règle générale ; tout citoyen pourrait par exemple recevoir un revenu de 1000 €, et ceci de sa naissance à sa mort. Mais chaque euro perçu serait soumis à l'impôt sur le revenu, et c'est le barême progressif de l'impôt sur le revenu, prélevé à la source, qui garantirait l'équilibre du système. Et plus besoin de ces multitudes d'outils d'aide sociale et des coûts de gestions exorbitants, ce qui permettrait du même coup de réduire les dépenses de fonctionnement de l'Etat et de ses agences.

Une telle révolution sociale ne viendra pas des cerveaux formatés des gouvernants du PS ou de l'UMP, alors faut-il une autre révolution ? La démocratie est-elle un moyen d'y parvenir ? Je l'espère ...