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20/05/2013

La démondialisation passera par l'Europe

L'Europe occidentale et l'Amérique du Nord ont connu quatre révolutions successives qui se sont déroulées sur quatre siècles : les révolutions démocratiques au 18ème, la révolution du productivisme industriel au 19ème, la révolution consumériste au 20ème et enfin la révolution des nouvelles technologies contributives de ce début du 21ème siècle.

Chacune de ces quatre révolutions a marqué des territoires, elles se sont inscrites dans l'histoire et elles ont été longuement digérées. Je ne vais pas détailler chacune d'elles, mais nos sociétés modernes sont les héritières de ces mutations profondes qui sont aujourd'hui dans notre culture commune. Voter, lire ou écouter des médias libres, promouvoir l'innovation industrielle, satisfaire des pulsions de consommation et partager une vidéo sur YouTube sont quelques exemples des comportements que nous sommes en mesure d'accomplir de façon usuelle.

Or, la mondialisation a brutalement projeté nos comportements modernes sur des sociétés qui n'étaient absolument pas prêtes à les assimiler. La démocratie en est le premier exemple ... Je me souviens de G. Bush qui voulait exporter la démocratie au moyen-orient après les attentats du 11 septembre ; nous en mesurons depuis l'absurdité meurtrière. Et en même temps, le printemps arabe qui s'est répandu il y a deux ans n'a pas atteint le résultat espéré.

L'industrialisation des pays émergeants s'est réalisée en quelques décennies quand l'Europe a pris plus d'un siècle pour s'industrialiser. Et cette accélération donne par exemple le modèle brésilien, totalement prédateur de la biodiversité amazonienne et qui bouleverse les écosystèmes. La catastrophe de Dacca au Bangladesh (plus d'un millier de morts dans l'effondrement d'un immeuble de confection textile) témoigne aussi de cet antagonisme. Le consumérisme qui se développe en Asie, en Amérique Latine ou en Europe de l'Est est le privilège d'une classe moyenne très minoritaire. En Inde par exemple, la classe moyenne est constituée d'environ 100 millions de personnes, mais dans un pays de plus d'un milliard d'habitants qui vivent dans une très grande pauvreté. Un tel développement est voué à l'échec, et ces pays connaissent épisodiquement des situations sociales insurrectionnelles. Le pire pourrait venir ...

J'entends le discours angélique des économistes ou des politiques qui voient dans la mondialisation une chance donnée à toutes les populations du monde d'accéder à la démocratie, au développement industriel, à la consommation (sur le modèle occidental) et au partage sur Internet, mais tout cela vient télescoper des sociétés qui n'ont pas la capacité collective de les assimiler. Il ne suffit pas qu'une petite minorité s'empare de ce modèle pour s'en satisfaire, car la réalité est tout autre. Le poids des institutions politiques ou religieuses est un mur contre lequel toutes ces aspirations modernes viennent s'écraser.

Mais cette mondialisation sans âme n'est pas une volonté des peuples occidentaux de coloniser le reste du monde, et d'ailleurs l'Europe et l'Amérique en subissent les effets dévastateurs, mais c'est le capitalisme financier qui en a été le moteur. Et la perspective qu'explose demain la bulle financière de banques et d'organismes internationaux ne me fera pas verser une larme ; je suis partisan du principe pollueur-payeur.

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Notre responsabilité collective nous oblige néanmoins à ne pas attendre la catastrophe annoncée. Nous avons à l'échelle de l'Europe les moyens de réaliser la troisième révolution industrielle, et il nous faut se concentrer sur cet objectif. Cessons d'acheter du soja au Brésil, cessons d'importer des haricots verts du Kenya et cessons d'acheter du textile en Inde, et relocalisons en Europe toutes ces productions qui créeront de l'emploi. Est-ce synonyme d'un abandon des pays en voie de développement ? Non, mais laissons les se développer pour satisfaire leurs propres marchés internes, et dans le temps qu'il leur faudra pour digérer ces transformations politiques et sociales.

Comme disait François Mittérand, "La France est notre patrie, mais l'Europe est notre avenir". Et si la construction européenne s'est égarée, voire qu'elle est en panne, l'idéal reste le même. Il faut remettre l'ouvrage sur le métier, même vingt fois si nécessaire, mais il ne faut pas succomber aux sirènes identitaires qui privilégient le recroquevillement sur soi.

18/05/2013

Retraites, la réforme de Sarkozy que Hollande va poursuivre ...

En 2010, nous étions nombreux dans la rue pour manifester contre la réforme des retraites de Sarkozy. En gros, face au déficit prévisionnel du régime des retraites, le gouvernement UMP a passé l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, il a passé de 65 à 67 ans l'âge à partir duquel le système de décote ne s'applique plus si la personne n'a pas le nombre de trimestres requis, il a rallongé de 41 ans à 41 ans et demi la durée légale de cotisation et se sont ajoutées d'autres mesures financières pour trouver de l'argent ici et là, comme par exemple l'augmentation du taux de retraite des fonctionnaires de 7,85% à 10,55%.

Toute la gauche s'est mobilisée contre cette réforme et de nombreuses grèves et manifestations se sont déroulées à l'automne 2010 (cf. ma note sur ce blog à cette époque).

Mais aujourd'hui, le Président socialiste qui se trouve à l'Elysée, celui que la gauche a choisi le 6 mai 2012, va continuer l'oeuvre de son prédecesseur. Nous connaissons les arguments (cf. rapport du 19 décembre 2012 du Conseil d'Orientation des Retraites - COR). Tout d'abord que le système pourrait connaître un déficit de 20 milliards d'euros d'ici 2020, et que les seules options qui peuvent être utilisées sont la hausse des cotisations, la baisse des pensions ou l'allongement de la durée de cotisation, et à condition d'un retour de la croissance du PIB (évalué par le COR à +0,8% pour 2013, alors que le chiffre pourrait finalement être négatif, puis à +2% dès 2014). Les questions comme la pénébilité au travail ne sont pas oubliées, mais de même que sous Sarkozy ça fera l'objet de propositions ultérieures ...

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Or, comme en 2010, les mêmes interrogations sont posées. La baisse du chômage ne serait-elle pas un objectif plus juste socialement ? Les experts prétendent d'ailleurs qu'une hausse de +5% du taux d'emploi de la population active équilibrerait le système (critère d'ailleurs non pris en compte dans le dernier rapport du COR). Alors, pour un Président qui assure inverser la courbe du chômage en 2013, ce serait pas mal d'avoir un peu de suite dans les idées ;-)

Le problème de fond pour le financement du régime des retraites, c'est qu'il est basé sur les salaires. Or, si le nombre de salariés n'augmente plus et qu'en même temps la redistribution des plus-values économiques bénéficie de moins en moins aux salariés, et avec un nombre croissant de pensionnés, alors le système est inévitablement en danger.  Je l'ai par exemple répété souvent sur mon blog, c'est anormal que les plus-values générées par les gains de productivité du travail n'alimentent pas les régimes sociaux.

Mais le gouvernement social-libéral de François Hollande assume désormais sans complexe sa préférence pour les entreprises et pour leur rôle clé dans l'avenir de notre pays ; et il ne doit rester qu'un idéaliste comme Philippe Poutou pour déclarer sur un plateau de télévision que la richesse d'une entreprise réside dans ses employés ... Mais à ce rythme, ma génération née dans les années 60 partira à la retraite à taux plein à 70 ans. Peut-on à cet âge-là enseigner à une classe, conduire des engins et des autocars, exercer un métier dans la sécurité publique, travailler sur des chantiers ou dans les champs, c'est à dire dans un grand nombre de métiers où il vaut mieux avoir 30 ans que 65 ans. Et d'ailleurs les employeurs ne s'y trompent pas puisque le taux de chômage des plus de 55 ans ne cesse de croître.

Je ne dis pas que l'on ne peut plus peindre un mur, conduire un engin, encadrer un groupe d'adolescents, élaguer un arbre ou recevoir du public après 65 ans, mais pas au rythme exigé par une entreprise dont la viabilité repose sur la productivité de son personnel. Par contre, ce serait une mesure très appréciée que les personnes de plus de 55 ans qui ont du mal à retrouver un emploi puissent percevoir la même indemnité quand ils participent activement au mouvement associatif.

Un autre contrat social doit s'imposer et les régimes sociaux doivent cesser de reposer sur les salaires. Ce qui valait en 1945 au lendemain de la guerre, avec la perspective de la reconstruction du pays et donc d'une augmentation aussi évidente que nécessaire des actifs avec emploi, ne peut plus servir de socle au système social à inventer 68 ans après ; c'est le système qui doit prendre sa retraite ;-)

Personnellement, je reste très attaché au revenu universel, et rien ne m'a encore convaincu qu'un tel système n'était pas viable. Et le RSA (revenu de solidarité active) n'en est-il pas l'ersatz ? Faisons d'un tel revenu une règle générale ; tout citoyen pourrait par exemple recevoir un revenu de 1000 €, et ceci de sa naissance à sa mort. Mais chaque euro perçu serait soumis à l'impôt sur le revenu, et c'est le barême progressif de l'impôt sur le revenu, prélevé à la source, qui garantirait l'équilibre du système. Et plus besoin de ces multitudes d'outils d'aide sociale et des coûts de gestions exorbitants, ce qui permettrait du même coup de réduire les dépenses de fonctionnement de l'Etat et de ses agences.

Une telle révolution sociale ne viendra pas des cerveaux formatés des gouvernants du PS ou de l'UMP, alors faut-il une autre révolution ? La démocratie est-elle un moyen d'y parvenir ? Je l'espère ...

14/05/2013

Répartition de richesses, libérée ou encadrée ?

Nicolas Sarkozy avait choisi son modèle de développement dès son entrée en fonction en 2007, il avait fait voter un certain nombre de lois qui favorisaient le maintien des richesses dans les poches de ceux qui en détiennent déjà beaucoup. Je pense par exemple au bouclier fiscal, mais aussi à la défiscalisation des heures supplémentaires.

Ce modèle est très simple, il s'inspire des modèles anglo-saxons, et je pourrais le décrire par l'adage : "les petits ruisseaux font les grandes rivières". Le discours qui soutient un tel modèle nous a été ressassé pendant des années ; il professe que ceux qui travaillent beaucoup n'ont plus de temps pour plein d'autres besoins qu'ils délèguent ou qu'ils achètent. Ainsi, un milliardaire devra s'entourer d'un personnel de maison pour réaliser des tâches que l'humain normal réalise lui-même. Mais un employé qui fait beaucoup d'heures supplémentaires devra payer quelqu'un pour entretenir son jardin, il devra manger plus souvent au restaurant et il mettra ses vêtements au pressing. Ainsi, ceux qui bossent le plus, les locomotives qui produisent de la richesse, génèrent de l'emploi induit.

Mais ce modèle de la compétition sociale est très inégalitaire. Les chiffres en témoignent dans le monde entier, l'écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de s'accroître. Les promoteurs de ce modèle libéral nous diront que chacun a sa chance et que les richesses matérielles qui s'étalent devant nos yeux alimentent les rêves de ceux qui veulent réussir.

En Allemagne, il n'y a pas de salaire minimum et cela permet aux sociétés agricoles d'employer des ouvriers agricoles à des prix incroyablement bas ; et ce sont souvent des travailleurs qui viennent des pays voisins de l'Est de l'Europe. Un salaire de 400 € par mois pour ces employés pauvres est "mieux que rien" selon les promoteurs du modèle, voire "une première marche de l'escalier social" ...

Et le partage du temps de travail, qui se traduit par les 35 heures ou par la fin de l'incitation fiscale aux heures supplémentaires, est voué aux gémonies ; ses opposants y voient un carcan qui handicape les recrutements.

Or, dans les débats qui opposent les leaders politique de gauche et de droite aujourd'hui, le discours est confus. Le face à face entre Michel Sapin et Jean-Louis Borloo hier soir sur France2 s'est transformé en un étrange côte à côte. Et quand le journaliste a demandé au ministre du Travail s'il se sentait plus proche de J-L. Borloo ou de J-L. Mélenchon, Michel Sapin a hésité longuement avant de préciser que le dialogue était plus cordial avec son opposant du centre.

Michel Sapin a justifié la fin de l'incitation fiscale pour les heures supplémentaires, mais essentiellement à cause de la crise économique ; il a précisé qu'une telle mesure en 2007, en période de croissance, n'était pas absurde. Mais Michel Sapin ne maîtrisait pas vraiment son dossier hier soir. C'était flagrant sur le CICE quand J-L. Borloo lui demandait pourquoi ne pas avoir simplement baissé les cotisations sociales des employeurs. Et le ministre de répondre que la compétitivité des entreprises ne porte pas que sur les salaires, il y a aussi les frais financiers, les frais de structure et les achats de produits et de services. Sauf que le CICE se calcule à partir du nombre de salariés des entreprises ...

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Récemment, le ministre a déclaré "faire confiance aux entreprises". Avec le CICE (Crédit d'Impôt Compéttivité Emploi) puis avec l'ANI (Accord National Interprofessionnel), et pire avec la volte-face au Parlement sur l'amnistie sociale, le gouvernement nous fait le remake de Sarkozy en 2007 avec sa loi TEPA (Travail, Emploi et Pouvoir d'Achat). Sauf que l'expérience montre que faire des cadeaux aux entreprises n'est pas systématiquement synonyme d'investissements, d'embauches ou d'amélioration des conditions de travail.

Il faut avoir un discours beaucoup plus clair sur l'emploi ! Déjà, le mot de solidarité devrait systématiquement se substituer à celui de compétition ; surtout dans la tête de nos dirigeants. Le but n'est pas d'interdire à quiconque de s'investir à fond dans son boulot, mais il y a des seuils d'enrichissement qui doivent plus fortement servir à l'intérêt général. Car plus on laisse filer l'écart entre les plus riches et les plus pauvres, et plus la réparation sociale sera dure.

Nos livres d'histoire regorgent de situations où des États ont eu recours à de la répartition forcée après des années, voire des siècles de captation des richesses par quelques-uns. Dans de nombreux pays, cela s'est traduit par des réformes agraires où les terres de riches propriétaires fonciers étaient redistribuées à des paysans sans terre pour leur assurer de quoi faire vivre leur famille. Les régimes communistes en URSS, en Chine ou encore au Vietnam et au Cambodge ont dépassé l'objectidf de solidarité pour imposer une idéologie abominable.

La répartition des richesses produites doit être encadrée, mais sans être confiscatoire. Et le partage du temps de travail en est le meilleur exemple. La fiscalité aussi y contribue largement, mais elle aurait bien besoin d'une petite révolution copernicienne. Et la gauche est totalement absente sur ces sujets, préférant courir après la croissance. La France est la cinquième économie mondiale et son PIB est de deux mille milliards d'euros ; aussi, avant de courir avec la meute mondiale à la recherche de points de croissance qui se feront au détriment de la planète, ne serait-il pas plus utile de repenser un nouveau contrat social ? Malheureusement, nos élites politiques ne sont pas des lumières ;-)