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23/11/2013

Conférence sur le climat de Varsovie, le fiasco !

Ce qui est en jeu dans ce cycle de conférences des Nations Unies sur le changement climatique, c'est que des négociations multilatérales aboutissent à un accord qui doit être adopté lors de la Conférence de Paris en 2015, les termes de cet accord entrant en vigueur en 2020. La Conférence de Varsovie s'est ouverte le 11 novembre en présence de délégations de plus de 190 pays, et elle doit s'achever ce week-end. Mais jeudi 21 novembre, de grandes organisations non-gouvernementales (ONG) environnementales telles que Greenpeace, le WWF, Oxfam, les Amis de la Terre Europe, ... ont décidé de quitter la table des négociations car elles ne débouchent sur rien.

Cette Conférence avait déjà mal démarré, car se tient en même temps à Varsovie le sommet international du charbon ...

Greenpeace_Varsovie_Nov_2013.jpg

Mais ce qui bloque réellement ces négociations, c'est le clivage entre les pays occidentaux (Europe, Japon, Australie, Amérique du Nord, ...) et le reste du monde. Il est rétorqué aux pays occidentaux que le réchauffement climatique actuel est du à leurs activités économiques (industrie, transports, consommation, ...), et qu'ils doivent donc faire plus d'efforts que tous les autres pays du monde. En même temps, les pays émergents réclament un traitement de faveur afin de leur permettre d'élever le niveau de vie de leurs populations. Or, dans la compétition économique mondiale, une contrainte environnementale appliquée aux uns et pas aux autres fausserait la concurrence. Et les deux pays les plus accrocheurs dans ce bras de fer sont les USA et la Chine !

Le Rapport Meadows publié en 1972 pour le Club de Rome ainsi que les rapports du GIEC alertent en vain sur le réchauffement du climat de notre planète ; c'est la trajectoire pessimiste de +4°C qui se réalise aujourd'hui alors que la cible ne devrait pas dépasser +2°C !

Or, la croissance du PIB, ce si précieux indicateur de l'activité économique, est directement corrélé avec la consommation d'énergie. De nombreuses études le démontrent, sur un temps très long comme dans les dernières décennies, énergie et économie sont dépendantes l'une de l'autre. Mais consommer de l'énergie "pas chère", cela signifie émettre des gaz à effet de serre et donc contribuer au changement climatique. Et là où ça devient pervers, c'est que le changement climatique va coûter des points de croissance à un paquet de pays dans le monde ; et plus particulièrement les pays pauvres dont les économies sont très sensibles aux aléas climatiques ...

OCDE_croissance_PIB_energie_GES.jpg

Pour les Chinois, les USA doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et par conséquent freiner leur activité économique, tout en finançant les pays pauvres pour qu'ils puissent se développer sans trop polluer ni émettre de gaz à effet de serre. Mais pour les USA en revanche, pas question d'attribuer des faveurs économiques ou financières à des pays comme la Chine. Une aide de 100 milliards par an est prévue d'être attribuée aux pays du Sud afin de faire face aux conséquences locales du changement climatique, mais les règles du jeu restent encore à approuver.

La France qui reçoit la Conférence sur le climat en 2015 à Paris essaie de peser le plus possible pour que celle de Varsovie ne vienne pas s'ajouter à la longue liste des grandes conférences internationales inutiles. Et le Président Hollande devra tout faire pour que cette Conférence à Paris en 2015 ne soit pas perçue par les Français comme une nième reculade vis à vis de ses promesses de la campagne de 2012.

10/11/2013

Comment sortir du cycle infernal de la consommation ?

Quel que soit l'âge, le sexe, la nationalité, le métier et la culture, nous sommes tous désormais et en priorité des consommateurs. Et les publicitaires comme les agences de communication ciblent tous azimuts pour que les populations achètent des marchandises et des services. Et aujourd'hui, pour les grands de ce monde, je pense aux principales fortunes mondiales qui reposent justement sur le commerce, tout ralentissement de la consommation mondiale est un signal d'alarme à traiter en urgence.

Il y a cinquante ans, c'est la production qui était au coeur de notre économie, nationale comme mondiale. Et la place d'une entreprise comme Renault en témoigne, avec la célèbre formule d'un député gaulliste "Quand Renault éternue, la France s'enrhume". Mais la production agricole, la pêche, la sidérurgie et toutes les industries manufacturières occupaient la très grande majorité des actifs jusque dans les années 70. Et à l'époque, notre pays savait surmonter les crises, voire les guerres, car il disposait d'un appareil productif qui était mobilisable.

Pub_Renault.JPG

Aujourd'hui, notre économie repose de plus en plus sur son offre de services et les citoyens consomment ces services (banque, assurance, restauration, tourisme, télécom, aides à domicile, ...), mais aussi des produits importés de toute la planète. Cette économie de la consommation est donc très sensible aux crises ! Et quand on nous répète que c'est grâce à la construction européenne qu'il n'y a plus de guerre en Europe, c'est une mystification ; il n'y a plus de guerre parce que ceux qui tirent les profits du commerce européen ne veulent pas que la consommation baisse. Nous devons consommer de l'essence, de l'eau, de l'électricité, du multimédia, des produits bancaires (avec intérêts ou agios), de l'alimentaire de grande surface, des loisirs, ... Et si nous montrons quelques signes de faiblesse, alors le crédit bancaire est là pour nous donner une petite bouffée d'oxygène. Le patron de la banque centrale européenne (BCE) ne vient-il pas de baisser une nouvelle fois les taux d'intérêts européens ? La BCE prête désormais à 0,25%, un taux qui favorise la consommation comme aux Etats-Unis (0,25%) ou encore au Japon (0,1%). A l'inverse, les fameux BRICS prêtent à des taux bien plus élevés : 6% en Chine, 8,25% en Russie et 9,5% au Brésil !

Taux_BCE_FED.JPG

"Je consomme, donc je suis", voilà comment le fameux doute méthodique de Descartes est réduit à néant. Car dans son "Cogito ergo sum", Descartes décrit un être pensant qui prouve jusqu'à l'existence de Dieu ; la pensée peut permettre de se rassurer sur sa propre existence, mais elle peut aussi faire adhérer à une idéologie collective. Or, l'homme moderne semble dépourvu de toute liberté de penser, il est devenu un simple consommateur matérialiste. Il ne faut pas oublier les propos de l'ancien patron de TF1, Patrick Le Lay : "Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau disponible". Cette phrase est abominable, mais elle résume très bien notre société productiviste et consumériste.

Mais imaginons que tout à coup la population prend conscience de la superficialité de ce modèle économique ! Allez, pas besoin d'acheter des cadeaux à Noël, pas besoin de changer de smartphone tous les ans, pas besoin de changer de voiture avant qu'elle ne soit vraiment usée, pas de week-end à Lisbonne avec easyJet, pas de week-end avec les enfants à eurodisney, plutôt un bon repas avec les copains à la maison que le Buffalo Gill, etc. Vous imaginez le cauchemar des patrons du CAC40 et du ministre de l'économie ? Non, justement, ils y pensent tous les jours et ils font tout ce qu'ils peuvent pour que nous puissions consommer à donf.

L'INSEE mesure régulièrement la consommation des ménages, et hormis quelques accidents de parcours dans les cinquante dernières années, la consommation des ménages a augmenté d'année en année, que ce soit pour les services ou pour les biens manufacturés :

consommation_menages_50_ans.JPG

La consommation des ménages français est même le seul vecteur de croissance en ce moment, ni les exportations et ni l'investissement des entreprises sont en mesure de remplir les caisses de la nation.

Mais alors, comment en cette période de fort chômage qui nous vaut même une baisse de la note chez Standard & Poors la consommation des ménages français peut-elle encore croître ? Un article paru sur Slate.fr cet été a répondu partiellement avec l'invasion des "métiers à la con" ; l'idée sous-jacente étant que si la technologie pouvait nous permettre de ne travailler que 20 heures par semaine, le système valorise des métiers qui ne servent à rien afin que le modèle économique dominant ne s'effondre pas. Mais cette hypocrisie systémique engendre aussi beaucoup de mal-être au travail ! De plus en plus de salariés ne savent plus pourquoi ils travaillent, et pour qui. Derrière leurs tableaux Excel et leurs présentations Powerpoint, des centaines de milliers de salariés exercent des tâches qui ne sont plus en lien direct avec les consommateurs ou les clients. Tout devient virtuel, mais l'essentiel c'est quand même que les salariés restent des consommateurs !

Nos enfants ont-ils encore des métiers dans leurs rêves d'avenir ? Non, ils aspirent surtout à pouvoir consommer ; qu'importe l'emploi, même précaire s'il est bien rémunéré. Et cela conduit aussi beaucoup de jeunes des cités à vivre de petits trafics ... et il n'y a pas que les jeunes, on trouve cet appât du gain facile jusque dans certains services de l'Etat :=(

Or, le consumérisme est une quasi-religion et ses détracteurs sont des mécréants. Le mot "décroissance" est voué à la sainte inquisition. Pierre Rabhi s'en tire mieux avec sa "sobriété heureuse" ;-)

sobriete_heureuse.png

Bon, mais on en sort comment ??? Certainement pas au travers de nos institutions toutes vouées au culte du consumérisme ... Et pas plus d'ailleurs avec une démocratie qui reproduit le même modèle de société, et cela de génération en génération. Alors la révolution ? Il y a longtemps que le mythe du grand soir s'est éteint, et si les sans-culottes de 1789 n'avaient rien à perdre, il n'en va pas de même de nos contemporains qui ont tous au moins un crédit sur les épaules et la maison de retraite d'un aïeul sur les bras ...

Je crois par contre beaucoup plus aux effets positifs de l'expérimentation, et ça commence sur tous nos territoires ruraux. Je fais sciemment cette distinction parce que les 40% de français qui vivent dans les 25 métropoles ou très grandes agglomérations françaises sont au coeur du système (elles produisent les deux tiers de la richesse nationale) ; l'excellent reportage de France 3 à la fin octobre, La France en face : la carte des fragilités sociales de Jean-Robert Viallet, réalisé à partir des études des géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé.

La_france_en_face_fragilites_sociales.JPG

Tous les espaces en bleu sur la carte ci-dessus sont des terrains d'expérimentation, pour des territoires en transition où une économie circulaire pourrait se développer. Les concepts sont bien documentés, des exemples existent et la réplication peut se faire sans limite. Mais il faut les bonnes personnes au bon moment et au bon endroit ...

28/10/2013

Ces leaders politiques qui sombrent dans la comm' spectacle ...

Outre que les projets, que les politiques et que les réformes mises en oeuvre ces dernières années par les dirigeants politiques déçoivent les citoyens, et jusqu'au désespoir, nos femmes et hommes politiques prennent des postures de star dans la presse et dans les médias. Allez ensuite stigmatiser l'électorat des candidats du rassemblement bleu marine :=(

Et c'est la photo de Ségolène dans un quotidien qui me fait réagir :

SRParisienMag.jpg

Ridicule ! C'est quoi le message ? Un appel à la révolution derrière une nouvelle Marianne marchant sur Paris ? Mais l'héroïne de Delacroix montrait plus de fougue et elle avançait au milieu des combats de rue ... Là, nous avons une fade posture pour disputer le drapeau tricolore à Marine Le Pen. Un symbole, mais une vacuité saisissante !

Pour ma part, et loin de ces tableaux qui exaltent le patriotisme, j'ai toujours eu un faible pour la semeuse de Louis Oscar Roty. Elle tient sa place sur nos pièces de monnaie et sur les timbres-poste depuis le tout début du 20ème siècle :

1fr60.jpg

france_50c.jpg

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Cette image est universelle et c'est surtout son message qui est universel : semer aujourd'hui pour récolter demain. C'est un peu le Sisyphe heureux de Camus réitérant le même geste et les mêmes tâches de saison en saison ...

Alors, que nos dirigeants politiques aient la modestie de s'astreindre à leurs propres tâches, qu'ils soient assez responsables pour prendre la mesure de l'état du Monde et qu'ils deviennent enfin audacieux. Le système économique dominant, avec son triptyque Productivisme-Matérialisme-Consumérisme, met 7 milliards d'êtres humains dans un état qu'aucune guerre n'a jamais produit. Nous aurons de plus en plus de populations déplacées, la quête des ressources naturelles alimente depuis bien longtemps les tensions géopolitiques, les replis nationalistes ou idéologiques nourrissent le terrorisme, le capitalisme moderne paupérise des centaines de millions de travailleurs, le suicide et les maladies liées au mode de vie moderne sont un fléau, etc.

Il ne faut pas céder à un optimiste candide auquel contribuent les innovations technologiques et les activités ludiques bradées, mais comme le héros de Voltaire : "il faut cultiver notre jardin".